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Il était une fois, trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux, régnaient souverains et souveraines, princes et princesses totalement différents et aux aspirations bien diverses : le roi de Roccaforte, fornicateur et libertin tombant amoureux d’une mystérieuse villageoise à la voix envoûtante qu’il n’a jamais vue, un autre roi, celui d’Altomonte, captivé par un étrange animal et qui doit marier sa fille Violette et la reine de Selvascura, obsédée par son désir d'avoir un enfant. Ainsi, nécromanciens, monstres redoutables, ogre, jumeaux albinos, saltimbanques et courtisans se côtoieront et seront les protagonistes de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile issus de son Pentamerone écrit il y a environ quatre siècles de cela.



L'AVIS :

Après avoir surpris le monde entier avec « Gomorra », son film sur la mafia napolitaine, le réalisateur italien Matteo Garrone s’attaquait en 2015 à un autre genre avec trois histoires entremêlées s’inspirant de contes italiens, ceux de Giambattista Basile, écrivain modeste du dix-septième siècle voulant avec son œuvre surpasser le « Décaméron » de Boccace. Tale of tales ou « Il racconto dei racconti » en version originale qu’on pourrait traduire par « Le conte des contes » dans la langue de Molière se compose de plusieurs pièces reliées entre elles par une trame commune. Garrone ne retient de l’œuvre séminale que trois récits et construit son film avec en panneau central, celui de Violette, la princesse d’Altomonte avec parallèlement l’histoire de la reine de Selvascura et celle du roi de Roccaforte. Sur ce principe, les trois tableaux peuvent se voir de manière différenciée, mais vont inévitablement s’imbriquer l’un dans l’autre dans une perspective globale.



Ainsi, on rencontrera une reine complètement consumée par son désir d’enfanter qui sera prête à prendre de bien étranges conseils auprès d’un énigmatique nécromancien, mais aussi une princesse dont le père - qui nourrit en secret une bien curieuse créature - va lui choisir pour étrange mari un ogre et un roi libidineux qui va tomber amoureux d’une mystérieuse lavandière à la voix ensorcelante mais au physique ingrat qu’il ne verra jamais sous ses mauvais jours à moins que...

De fait, les grands thèmes psychanalytiques classiques et récurrents des contes sont ici évoqués pêle-mêle de près ou de loin : les complexes d’Œdipe (fils amoureux de sa génitrice) et d’Electre (fille éprise de son géniteur), les mythes du Graal et de l’éternelle jeunesse, l’affranchissement de la femme dans la société remplie pour elle d’épreuves qu’elle devra surmonter. Mais à chaque fois, l’amour sera contrarié par un obstacle imposant que ce soit le père, la mère ou encore la monstruosité qu’elle soit morale ou physique. Ainsi, de nombreux détails et images crues pourrait en rebuter certains au visionnage. Toutefois, les contes de notre enfance, ne sont-ils pas peuplés de drôles de bêtes, d’ogres mangeurs d’enfants, de vieilles sorcières malintentionnées ou encore de loups affamés de chair fraîche et non encore consommée ? Si tout est dit dans les livres, ici, les images ont peut-être plus d’impact et rappelleront le côté horrifique de bien des contes de notre jeunesse.



Si Tale of tales manquera d’onirisme pour certains et que sa fin pourrait être considérée comme absconse car peu développée, le long-métrage italien présentera toutefois moult qualités au premier rang desquelles on trouvera les costumes d’époque, véritablement éblouissants, ciselés à la perfection et dont chaque détail (dentelle, broderie, étoffe, fraise…) a été pensé au millimètre près. Comment ne pas également souligner la beauté du décorum et des paysages qui parsèment ce métrage !? On ne peut que louer la grâce des décors intérieurs savamment étudiés mais aussi extérieurs qui sont tout aussi impressionnants. Les châteaux de Donnafugata, Del Monte, Roccascalegna sont, en effet, de magnifiques sites où se joueront de nombreux drames. Quant à la bande originale faite de ballades et de partitions de flûtes et cordes, elle est assurée de main de maître par le français Alexandre Desplat qu’on ne présente plus et toujours en accord avec le rythme du film. Enfin, la force de Tale of tales est aussi dans son casting rutilant et international. Vincent Cassel ("Sheitan","Irréversible"), Salma Hayek ("Une nuit en enfer", "The faculty"), Toby Jones ("Berberian sound studio", "The mist") et John C. Reilly ("Kong : skull island") sont ainsi à l’honneur et n’ont pas à forcer leur talent outre mesure pour être convaincants et ce, même dans un film dit « de genre » car quand on est un bon acteur, on peut tout jouer et jouer dans tout ! Notons également au sein de cette distribution cosmopolite la présence de Stacy Martin (vue dans « Nymphomaniac ») qui, comme à son habitude, apparaît dans des scènes où elle est peu vêtue…

Par ailleurs, si on aura plaisir à découvrir des histoires peu connues et originales, on pourra, à l’heure du tout numérique, être diablement surpris par le bestiaire du film semblant fait maison comme à la belle époque des Rick Baker et autre Stan Winston avec notamment : un monstre marin, une puce géante ou encore une chauve-souris gigantesque, des créatures parfois proches du cinéma de Cronenberg par leur aspect très « latex » !



Film atypique et étrange, mettant en scène trois contes noirs dans un cadre médiéval, destinés plutôt aux adultes, Tale of tales réussit à nous transporter dans un univers magnifique aussi féérique qu’occulte, délicat que vulgaire dans lequel on pourrait retrouver son âme d’enfant pour peu que l’on soit happé par la bande-son, les somptueux costumes, les châteaux gracieux, les paysages filmés comme des tableaux et le jeu des acteurs de ce long-métrage baroque à la fin néanmoins obscure.

LA BANDE-ANNONCE :












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