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Lily, Sarah, Bex et Em sont quatre amies qui vivent à Salem, une ville de 17 000 habitants aux Etats-Unis. Connectées H24 sur les réseaux sociaux, le nez toujours collés sur leurs téléphones portables à discuter de tout et de n’importe quoi, les quatres copines passent leur temps à faire la fête, draguer et se moquer des personnes qui les entourent. Mais un évènement inattendu va perturber ce qui semble être leur équilibre sociétal : un mystérieux hackeur va pirater les millions de données informatiques confidentielles de l’ensemble des habitants de Salem, rendant alors publiques toutes les conversations et vidéos des gens... L’hystérie s’installe rapidement dans la ville et très vite Lily et sa bande sont la cible d’une chasse à l’homme organisée par des citoyens révoltés persuadés que les quatre lycéennes sont à l’origine de ce piratage généralisé.



L'AVIS:

Fils de Barry Levinson ("Rain man", "Good morning, Vietnam", "Sleepers", "The bay"...), Sam Levinson rencontre un premier succès critique avec son film "Assassination nation" sorti en 2018.
Un thriller pas comme les autres que nous livre là un réalisateur encore bien jeune dans le métier mais capable déjà de nous surprendre par l’originalité d’un scénario porté à l’écran de manière très punchy (le chef opérateur Marcell Rév, déjà à l’œuvre sur « White dog » et « La lune de Jupiter », étant de la partie ici pour dynamiter et faire péter à la rétine le récit de Sam Levinson).

Dès le début, "Assassination nation" se démarque de part une réalisation propre et peu commune. Avec ses faux airs de teen movie assez stylé (des split-screens joliment réalisés sous fond de musique djeun’s entraînante, des plans séquences maîtrisés...), le film montre rapidement les crocs avec notamment cette sorte de mise en garde sous forme de défilement épileptique de photos issues du récit qui va suivre avec comme légendes des mots chocs (« violence », « pédophilie », « meurtre »...) qui se succèdent à un rythme saccadé, histoire de vous prévenir que nous serons loin ici de l’image d’une Amérique puritaine que certain(e)s pourraient peut-être encore avoir en tête.

Une voix off qui nous entraîne alors dans cet univers 2.0 pourrions-nous dire avec tous ces nouveaux mots que nos aînés ne maîtrisent pas et n’ont pour la plupart pas envie de connaître : les selfies, les sextos, les snapchats et autres réseaux sociaux en pagaille sont en effet le quotidien de notre joyeux quatuor, bien plus intéressé par ce qui se passe chez leurs amis qu’au sein même de leur foyer (ma mère fréquente un homme visiblement peu fréquentable mais je m’en fiche car mes sms avec mes amis ont bien plus d’importance à mes yeux que le nouveau mec de maman...).

Car "Assassination nation", c’est avant tout une critique de notre société d’aujourd’hui et de la jeunesse des années 2000-2010 notamment. Par ce scénario fort original, on nous met face à cette menace qui pèse sur cet univers virtuel qui s’est créé en même pas deux décennies et qui a pris aujourd’hui une ampleur démesurée.



Car le film vire rapidement dans une spirale infernale. Le côté « teen movie façon Gaspar Noé » du début qui ne s’intéressait qu’à la sphère lycéenne va rapidement se transformer en cauchemar pour toute une population.

Un hacker va en effet révéler des millions d’informations confidentielles provenant des téléphones et ordinateurs portables des milliers d’habitants que compte la ville de Salem.
Il n’y a plus de secret, tout se sait : les bulles de confidentialité que représentaient les salons de chat privé et autres conversations à deux par sms sont étalées sur la place publique.

Tout commence par le maire de la ville dont sont dévoilées sur les réseaux des photos choquantes sur lesquelles ce dernier, habillé en femme, se masturbe. La douleur est trop grande, le politicien se tire une balle en pleine tête devant ses concitoyens déchaînés. Puis c’est au tour du proviseur de voir ses photos intimes déballées au grand jour dont certaines laissent planer des soupçons de pédophilie...
Un piratage qui s’intensifie progressivement, touchant d’abord des personnalités bien connues de la population de Salem. Nous nous rendons compte rapidement que le phénomène va se généraliser et que la menace qui pèse sur cette ville de 17 000 habitants n’est pas négligeable et pourrait avoir de lourdes répercussions.

Une angoisse bien retranscrite qui va crescendo (Lily va tomber sur le hackeur, les insultes vont fuser et à partir de cet instant la peur de voir ses infos dévoilées est bien palpable) jusqu’à ce moment où la totalité des informations confidentielles de toutes et tous est balancée sur la toile. L’hystérie atteint alors des sommets au sein d’une population qui va vouloir connaître coûte que coûte le coupable de ce hackage généralisé tout en punissant celles et ceux qui ont bousculé les mœurs par leurs comportements décriés dans la Bible ou tout simplement contraire à l’opinion commune.
Trahisons, adultères, affaires de pédophilie, ou simples moqueries et cachoteries vont être révélées au grand jour et provoquer la colère des habitants de Salem, la haine voire même la vengeance de certain(e)s alors informé(e)s par notre hackeur.

Et "Assassination nation" va alors tomber dans le survival pur et dur : nos quatre jeunes lycéennes vont rapidement être prises pour cibles (nous assistons alors à un home invasion en règle), la population étant persuadée qu’elles sont les responsables de cette piraterie informatique à grande échelle. Une chasse aux sorcières (le nom de la ville imaginaire où se déroule l’action n’est pas étranger à cela...) se met en place et cette dernière est sanglante et violente à souhait (impossible de ne pas penser par moments à la saga "American nightmare" d’ailleurs).



Aucun doute qu’avec son second film, Sam Levinson jette un bon gros pavé dans la mare et s’attaque à cette Amérique patriarcale et joue quelque peu les conservateurs (« Je déteste ce putain d’Internet » lancera une personnalité de Salem) en dénonçant le progressisme et cette omniprésence d’Internet et des réseaux sociaux dans notre vie de tous les jours. Des outils virtuels qui ne font qu’attiser et vulgariser la violence ou encore populariser l’hypersexualité chez les jeunes, loin des valeurs traditionnelles que prône le conservatisme notamment.

"Assassination nation" dresse alors le portrait d’une jeunesse américaine (mais pas que) d’aujourd’hui en déperdition et en proie à l’informatisation de la communication qui en fait ses esclaves. On nous dépeint ces jeunes qui vivent dans un monde superficiel et virtuel qui creuse alors parfois un véritable fossé entre les parents et cette nouvelle génération qui n’a peur de rien, minimise la violence (la violence est limite contemplative à l’image du frère de Lily qui dit avoir trouvé plutôt cool le fait que des gens aient été dévorés par des tigres en plein safari...), généralise l’hypersexualité et se voile la face devant des sujets graves tels que la pédophilie.

Mais le pire est que ce phénomène des réseaux sociaux qui a touché d’abord les jeunes s’est aujourd’hui généralisé chez les adultes. Des adultes qui se laissent prendre au jeu et, comme les jeunes, vivent logiquement mal l’exposition de leur vie privée au grand public, au point d’en oublier leurs mœurs traditionnelles et leur côté puritain quand la menace est mise à exécution. Rien à faire de la Justice : la douleur est trop grande et il est impensable de faire autrement que de se faire justice soi-même ! La ville sombre alors dans le chaos, à l’image de policiers eux-mêmes qui participent à cette chasse à l’homme organisée pour punir les coupables de cette trahison à grande échelle.

Et face à ces hackeurs de plus en plus expérimentés, Sam Levinson tente de montrer la dangerosité des réseaux sociaux et la sphère d’influence qui se créée tout autour, la fragilité même de cette sphère virtuelle dans laquelle nous sommes enfermé(e)s pour beaucoup d’entre nous pendant une partie de notre journée ou encore l’inquiétant rapidité de véhiculation de l’information (parfois fausse par ailleurs... Petit clin d’oeil dans cette chasse à l’homme à la dangerosité des fake news dont l’on nous abreuve régulièrement).



"Assassination nation" : un thriller politico-social qui se termine en véritable survival sous fond de critique de la société actuelle. Une réalisation très soignée, un scénario original et des acteurs convaincants, que demander de plus ? Peut-être une dernière partie plus hargneuse encore ? Allez, on chipote...

Teaser :










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