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Thomas, 32 ans, souffre d’agoraphobie aigüe. Cela fait maintenant huit ans qu’il n’est pas sorti de son appartement et qu’il passe toutes ses journées sur l’écran de son ordinateur. Mais voilà, Thomas va tomber amoureux grâce à des sites de rencontre...



L'AVIS:

"Thomas est amoureux" : un des films qui aura su marquer les esprits des festivaliers à Gérardmer et que beaucoup se remémorent encore aujourd’hui dans les files d’attente du fameux festival vosgien.
Car si le film belge de Pierre-Paul Renders est tombé dans l’oubli à ce jour chez le Grand Public, il aura su marquer par un temps la sphère fantastique en remportant notamment le Grand Prix du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, en 2001. Un trophée certes parfois très discuté ("Le loup-garou de Paris" en 1998, "Fausto 5.0" en 2002, "Miss zombie" en 2014 ou encore "Puppet master : the littlest reich" en 2019 ont été des primés souvent meurtris par la Presse et les festivaliers) mais une récompense tout de même prestigieuse que tout réalisateur œuvrant dans le cinéma de genre souhaiterait ramener à la maison (surtout quand on connait la renommée de ce festival, anciennement basé à Avoriaz, au niveau européen voire même mondial).



Véritable ovni dans la sphère fantastique, "Thomas est amoureux" est une expérience des plus singulières à laquelle Pierre-Paul Renders nous convie.
"Thomas est amoureux", c’est l’histoire d’un jeune homme atteint d’agoraphobie, et même de sociophobie, qui vit reclus chez lui, terré dans son appartement loin de ses semblables et passant ses journées devant les écrans.
Seulement voilà, ce qui semble avoir quelque peu déstabilisé de nombreux festivaliers et téléspectateurs est la façon dont est filmé ce petit film en provenance directe du plat pays sans oublier l’intrigue peu palpitante (c’est assez répétitif et monotone par moments il faut bien l’avouer) qu’il nous livre.

En effet, tout est ici filmé en vue subjective (la caméra nous positionne à la place de Thomas, nous donnant l’impression d’être à la place du protagoniste principal). Le spectateur est alors plongé dans un univers mêlant virtuel et communication par visiophones ou webcams interposés : nous vivons le quotidien d’une personne ne pouvant s’évader que par le biais des écrans, le monde physique extérieur représentant un réel danger pour cet agoraphobe des plus critiques.
Imaginez alors un film dans lequel vous naviguez d’un visiophone à l’autre, d’une webcam à l’autre, sans jamais voir personne en réel. Tout n’est que virtualité et l’ensemble des séquences du film ne sont qu’accumulation de rencontres et de discussions par écrans interposés.
Il est intéressant d’ailleurs de voir comment l’équipe du film a retranscrit cela devant la caméra : ici, comme dirait le réalisateur de "Thomas est amoureux", les décadrages, les flous et autres hors-champs sont monnaie courante et sont même volontairement créés pour permettre une meilleure immersion pour le spectateur car tous les protagonistes du film n’ont pas les mêmes visiophones (certains appareillages marchent plus ou moins bien, certaines webcams émettent des grésillements et d’autres non...). L’image se retrouve alors parfois parasitée (ça saccade lors de mouvements brefs), tout comme le son... L’immersion est totale !

Voilà bien des bases scénaristiques et une façon de filmer qui auront su diviser le public, tout le monde n’étant pas réceptif à ce type de réalisation ne baignant pas suffisamment dans le monde réel pour ne se consacrer qu’à l’ère informatique (moi-même par exemple je n’avais pas été du tout séduit par le film "Existenz" de David Cronenberg...).

Et ce ne sont pas les décors kitschs aux couleurs parfois criardes et les costumes fluos très cheaps qui vont aider le spectateur Lambda à se laisser guider dans cette drôle d’histoire. Des choix une fois de plus bien singuliers, un brin farfelus, qui nous rappellent que nous sommes ici dans un film insolite, limite expérimental, que beaucoup n’apprécieront probablement pas à sa juste valeur.

Des choix parfaitement assumés par l’équipe du film qui a dû notamment se battre pour pouvoir obtenir des aides publiques et des partenariats avec un pareil projet pour soutenir financièrement le film (qui aurait très bien pu ne jamais voir le jour si le réalisateur et ses acolytes ne s’étaient pas tournés vers la France et le Luxembourg pour y trouver des mains charitables).



Et pourtant, "Thomas est amoureux" est un bon petit film de science-fiction et, aurais-je même envie de dire, d’anticipation. Car oui, cette petite production belge a tout du film visionnaire : on y suit les prémices de l’Internet (nous sommes en 2000 lors de la mise en chantier de "Thomas est amoureux" et le Web est alors en plein essor dans les foyers européens) et nous commençons à nous poser des questions sur l’utilité que pourrait avoir cet outil que beaucoup qualifieront plus tard de véritable révolution, au même titre que la télévision, la radio et l’avion en leurs temps.

Nous y percevons bien évidemment et tout d’abord les avantages, les gains que nous pouvons tirer d’Internet : la possibilité de passer des commandes à distance, de dialoguer avec des gens tout en les voyant sans avoir à se déplacer, de rencontrer des personnes que nous n’aurions peut-être jamais vues dans la vie réelle (les sites de rencontres sont clairement mis en avant ici, le Minitel et les agences matrimoniales étant alors en net recul) etc etc... Thomas, lui, semble avoir parfaitement su tirer parti de cette sphère informatisée et virtuelle : avec tout l’argent qu’il a gagné avant d’être rattrapé par cette agoraphobie aigüe, il a fait appel à une société d’assurances qui veille à son bien-être et l’aide à accomplir certaines tâches qui lui échappent du fait de son enfermement dans son appartement.

Beaucoup de choses intéressantes et utiles émergent donc d’Internet, sans oublier qu’il permet aux personnes atteintes d’agoraphobie de s’ouvrir au Monde qui les entoure. Mais voilà, le film de Pierre-Paul Renders montre également au fil de l’histoire qui nous est narrée qu’Internet nous isole également du fait de ses multiples potentialités. Piégés derrière des écrans, nous nous isolons des autres, sans oublier que nous perdons également en autonomie du fait que nous nous retrouvons en parfait assistanat avec des robots et autres serveurs nous aiguillant dans ce que nous avons à faire ou à choisir.
Et Thomas, qui se croit tout-puissant et intouchable derrière son écran (il n’hésite pas à envoyer chier les gens avec qui il n’est pas d’accord ou même à harceler des hôtesses pour leur soutirer un contact privé...), va en payer rapidement les frais et découvrir certaines réalités du Monde réel, loin de son petit monde virtuel à lui où tout est rose et tout se solutionne en un claquement de doigt ou en faisant appel à la société d’assurances qui gère son capital santé et bien-être.

Notre agoraphobe est également suivi à distance (car il ne peut rencontrer personne de manière physique en raison de sa maladie qui tend à présent vers la sociophobie) par un psychiatre dont l’objectif est simple : aider Thomas à se battre contre cette maladie mentale afin qu’il retrouve progressivement une vie normale.
Et pour se faire, le psychiatre va tenter de provoquer un choc émotionnel à Thomas en le dirigeant vers un site de rencontres virtuelles. Trouver l’amour l’encouragerait peut-être à vaincre sa peur du Monde extérieur pour rencontrer la dite-élue... Mais voilà, la tâche s’avèrera compliquée car la tentation va aller en grandissant mais la maladie est bien toujours là, elle... Internet peut être pour certains une délivrance sur le plan affectif/émotionnel/amoureux mais pour d’autres malheureusement une terrible désillusion, pire un danger mortel...

Outre ce côté drame et romance parfaitement retranscrit dans le film de Pierre-Paul Renders, l’humour a également sa place dans le scénario élaboré par Philippe Blasband et s’avère même selon moi indispensable au récit pour ne pas sombrer dans la monotonie (car oui, naviguer d’un site à un autre, d’un serveur à un autre, n’a rien de bien palpitant il faut le reconnaître et l’ennui aurait pu rapidement pointer le bout de son nez...).
Et drôle, "Thomas est amoureux" l’est assurément ! Un aspect humoristique mis en avant dès les premières minutes du film durant lesquelles Thomas se lance dans une partie de cybersexe ! Une partie de jambes en l’air virtuelle avec une sorte d’hôtesse/avatar aux formes généreuses qu’il a créée de toutes pièces et avec laquelle il va s’adonner à des préliminaires, des palpations, des masturbations et des pénétrations : oui, le film de Pierre-Paul Renders démarre fort !
Un côté tantôt farfelu et tantôt carrément déjanté qui est mis en avant tout au long du film. Les idées loufoques sur ce que serait l’avenir avec Internet ne manquent pas pour notre équipe belge qui s’est visiblement amusée à imaginer des trucs assez dingues comme par exemple une combinaison de cybersexe (une combinaison sexy blindée de capteurs que chaque partenaire enfile pour ressentir les gestes et palpations de l’autre), une tente pour suer abondamment (un phénomène tendance dans le futur) ou encore la possibilité de faire appel à des assistantes sexuelles pour personnes handicapées remboursées par la Sécu (un job qu’il est d’ailleurs possible de faire en guise de substitution de peine quand on est condamnée suite à un délit !) Alors oui, on s’amuse bien devant "Thomas est amoureux" !



Mêlant drame, romance, humour et anticipation, "Thomas est amoureux" est un film ovni comme on en voit de temps en temps (notamment en festival) et qui apporte un réel souffle de fraîcheur dans le paysage cinématographique.
Certain(e)s seront réceptif(ve)s, d’autres non (d’autant plus qu’ici le risque est pris à différents niveaux : sur le scénario mais également sur la réalisation) : c’est malheureusement le destin de pareils projets qu’il fallait oser mettre en chantier et qui parfois réussissent à se faire une petite place dans le cœur de cinéphiles, comme ce fut le cas de ce « Thomas est amoureux » qui remporta le Grand Prix du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer en 2001.
Chapeau bas chers voisins du plat pays!


Bande-annonce :










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