RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Cliquez pour noter..
Jeanne est une jeune femme réservée qui travaille comme employée d’un parc d’attractions. Timide, cette dernière ne semble pas vouloir chercher le grand amour, en tout cas pas chez les hommes... Car Jeanne vit une étrange relation avec l’un des manèges du parc qu’elle a appelé Jumbo...



L'AVIS:

Présenté lors de la 27ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer dans le cadre du hors-compétition, "Jumbo" faisait office de « film ovni », ce genre de long-métrage qui parait des plus étranges sur le papier à la lecture du synopsis. Je ne vais pas vous le cacher, lors du festival géromois je suis allé un peu à reculons à cette projection, le résumé ne m’ayant pas vraiment emballé (cette histoire de jeune fille qui tombe amoureuse d'une attraction de fête foraine, ça laisse quand-même plus que perplexe vous en conviendrez...).

Hé bien, quelle ne fut pas ma surprise lors du visionnage de ce premier film de Zoé Wittock ! Dès les quinze premières minutes, j’étais déjà happé par cette histoire inordinaire sortie de la tête de notre cinéaste belge et dont la réalisation a ce pouvoir de vous tenir en haleine grâce notamment à ce tandem mère-fille joué à la perfection par Noémie Merlant (Jeanne) et Emmanuelle Bercot.

Triste sort qui sera réservé à ce long-métrage qui vaut clairement le détour car malheureusement pour Zoé Wittock et toute l’équipe ayant œuvré sur le film, ce dernier devait sortir dans les salles obscures le Mercredi 18 Mars 2020... alors que la France est en pleine période de confinement en raison de la crise sanitaire du Coronavirus Covid-19 qui touche le Monde entier. Pas de sortie cinéma en Mars donc pour "Jumbo" mais on espère le voir reporté dans le calendrier des sorties ciné qui se retrouve plus que bouleversé par ces temps difficiles...



Petit film franco-belge-luxembourgeois, cette histoire de romance improbable était clairement un pari risqué pour sa réalisatrice Zoé Wittock qui réussit un vrai petit tour de force. Émouvoir, nous faire rire et nous intriguer : voici les objectifs visiblement fixés par notre réalisatrice qui parvient à nous faire passer par divers états d'âme.
Alors que notre jeune Jeanne entretient une passion dévorante pour le « manège de son cœur », son entourage lui s'inquiète fortement de cet amour hors du commun tandis que nous, spectateurs, nous amusons à la voir se frotter les seins contre la structure métallique et caresser avec tendresse les ampoules des bras mécaniques de la machine. Fou!

Entre réalisme et onirisme, "Jumbo" s’amuse à semer le doute face à ce que nous voyons. Cette machine de fête foraine dont est éperdument amoureuse notre jeune femme semble en effet lui répondre et accéder à ses demandes. Plongés dans l’imaginaire de Jeanne, persuadée que son prince charmant se cache parmi les écrous, boulons et vis de cette structure métallique pourtant sans âme, nous ne pouvons ignorer certaines similitudes avec un certain récit fantastique répondant au doux nom de "Christine".
D’un côté nous avons des humains en chair et en os (le monde réel) et d’un autre nous avons cette attraction de fête foraine qui s’avère être un personnage à part entière dans le récit au vu de ses nombreuses interactions avec Jeanne (le surréalisme), cette dernière étant en parfaite symbiose avec la machine. Deux mondes (le réel et l’imaginaire) qui se côtoient et parviennent à se mêler sans gêner le déroulement de cette histoire, grâce notamment à ce personnage de Jeanne qui fait le lien entre ces deux mondes et s’avère vraiment intéressant, pour ne pas dire même saisissant.



Car "Jumbo" est une romance dramatique portée par une jeune actrice réellement envahie par son personnage, donnant d'une part du fil à retordre à son prétendant humain et d'autre part son lot d'inquiétudes et d'incompréhensions chez sa mère habituellement très crue dans son langage et particulièrement libertine (deux personnages diamétralement opposés).

Noémie Merlant joue ici un personnage étrange, énigmatique même. Avec ses vêtements mal taillés, limite masculins, sa coupe de cheveux un brin négligée et ses attitudes parfois à la garçonne, nous nous rendons rapidement compte que notre Jeanne n’est pas une jeune fille comme les autres. D’ailleurs, il semble bien compliqué d’estimer son âge, entre son comportement enfantin (une sorte de Peter Pan au pays imaginaire) et ses vêtements un peu vieillots qu’elle porte de temps à autres.
Cette jeune fille aux traits fort masculins ne semble d’ailleurs que très peu attirée par les jeunes hommes de son âge et leur préfère cette attraction de foire que nous pouvons qualifier d’asexuée.

Une attitude, un comportement, un style vestimentaire et un renfermement sur elle-même qui ne laissent pas les autres indifférents. Entre ceux qui s’inquiètent pour elle (sa mère), ceux qui tentent et parviennent à la comprendre (son beau-père du moment), ceux qui ne la comprennent pas (son chef qui semble attiré par elle) et enfin ceux qui se moquent d’elle et en font leur tête de turc, Jeanne attise la curiosité. Tous ces gens qui l’entourent, elle n’en a que faire (ou quasi...) : elle ne semble heureuse, pleine de vie et apaisée qu’en présence de ce géant métallique qui fait la fierté du parc d’attraction et la joie des visiteurs (une sorte de virilité et de protection qu’offre étonnamment cette machine à Jeanne).

Et au fil de l’histoire qui nous est contée, nous en arrivons à comprendre cette jeune fille pas comme les autres et, finalement, la seule chose qui semble nous importer est de la voir heureuse, même si cette relation amoureuse qu’elle entretient avec ce manège est des plus invraisemblables.
A ce niveau, "Jumbo" est finalement un fort beau plaidoyer sur la tolérance mis en scène de façon très originale par la talentueuse Zoé Wittock



"Jumbo" : le genre de film qui peut rebuter à la simple lecture du synopsis mais qui au final s’avère être un très bon film mêlant drame, humour et romance avec beaucoup d’habilité.
Alors, ne restez pas indécis avec au résumé du film de Zoé Wittock et courrez voir ce petit film hautement sympathique qui saura peut-être même vous tirer une petite larme dans son dernier chapitre !
Dans mon top5 de la 27ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.

Teaser :










Du même réalisateur :