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Deux frères, Justin et Aaron, ne semblent pas s’adapter à la société classique dans laquelle ils évoluent. Ce n’est pas parce que ce sont des marginaux, non, mais plutôt parce qu’ils ont grandi au sein d’une communauté dont les membres croyaient en une entité toute-puissante, devant les mener vers leur « Ascension ». Un jour, Aaron reçoit un mystérieux colis de l'un des habitants du camp Arcadia, la secte qu’ils ont fui des années auparavant. Son désir ardent de retourner en cet endroit éloigné de tout mais à l’aura manifeste l'inspire à convaincre son frère d’y revenir pour un séjour d'une nuit. À leur arrivée, tout semble être comme s’ils avaient quitté les lieux et les personnes la veille, ce qui est rassurant pour le frère cadet mais plus inconfortable pour l’aîné assez mal à l’aise et très circonspect. Devant cette contradiction, vont-ils encore fuir ce lieu ou bien rester ? Mais surtout, le feront-ils à deux ?



L'AVIS :

The endless est déjà la quatrième réalisation commune du duo Justin Benson/Aaron Moorhead, très souvent acteurs et scénaristes dans leurs films, après "Resolution", "Spring", encore inédits chez nous et « Bonestorm », un segment de "V/H/S viral"). A l’image de "Monsters" de Gareth Edwards, les deux réalisateurs en marge sont artisans d’un fantastique naturaliste, onirique mais surtout suggestif, et ils construisent ici leur canevas autour du travail de H. P. Lovecraft, dont ils se sont inspirés et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si leur dernier métrage débute par une citation du romancier américain : « La plus ancienne et la plus forte des émotions humaines est la peur, et la plus ancienne et la plus forte des peurs est celle de l’Inconnu ».

The endless est donc un petit film indépendant de et avec Justin Benson et Aaron Moorhead très énigmatique prenant pour cadre le désert californien avec une secte (mais en est-ce bien une ?) dont les membres semblent ne pas vieillir et sont entourés par un décor étrange qui paraît vivant voire doué de volonté propre ! Dans cette ambiance quasi apocalyptique, les deux frères vont également découvrir de nombreux casse-têtes et assister à d’étranges phénomènes que la physique ne peut expliquer et cela dans un endroit aussi bizarre qu’accueillant. Ce lieu, c’est le camp Arcadia et à l’instar des deux principaux protagonistes, nous savons que quelque chose de singulier s’y passe. Justin le sent, les membres du camp y font allusion et Aaron semble l’éluder, mais un événement (avènement ?) étrange à venir se prépare et les scènes sont magnifiquement manipulées par Moorhead et Benson pour refléter les règles fluctuantes de la réalité afin que le public soit aussi déboussolé que Justin. D’ailleurs dans une scène, la désorientation du jeune homme se traduit par un lent panoramique qui regarde dans toutes les directions. C’est claustrophobe au possible, émotionnellement exaltant, et ajoute une crainte existentielle alors que les murs de la réalité semblent s’approcher, métaphoriquement et littéralement !



Ainsi, tout dans The endless concerne la perception et une fois que les frères sont arrivés dans ce lieu quittés par eux des années auparavant, la leur (et donc la nôtre) est presque immédiatement remise en question. Ce que l’on voit est-il réel ou est-il juste le fruit d’une manipulation visuelle ? Y a-t-il quelque chose de surnaturel ou simplement d’humain ? Seuls Benson et Moorhead le savent, eux qui, tels des démiurges omnipotents et omniscients, maintiennent les spectateurs en haleine en prenant bien le temps de caractériser l'environnement, les personnages, leurs interactions, rendant ainsi les rebondissements encore plus convaincants. Ensemble, ils créent quelque chose que vous n'avez jamais vu jusqu’alors, non pas grâce à des effets spéciaux extravagants (ici, tout est exécuté avec un budget restreint) mais à cause du pouvoir de leur imagination et il est bien vaste ! Vous l’aurez compris à la lecture de cette critique : leur cinéma est donc là pour intriguer, mais pas de manière stérile ni gratuitement et encore moins facilement comme dans tant de productions hollywoodiennes faites pour des décérébrés, mais plutôt de manière stimulante. L'interrogation au centre du film (et de leur "Resolution" également, imbriqué dans celui-ci, dans une leçon de méta cinéma) est ultra intéressante : vaut-il mieux revivre inlassablement une partie de sa vie s’étant relativement bien déroulée ou bien est-il plutôt préférable de réintégrer une vie normale ponctuée par les jours et les nuits qui se succèdent et devant finir inéluctablement par la mort ?



Il faut également louer la qualité du casting et des rôles écrits pour tous les protagonistes qui font aussi de ce petit film un bijou de l’insolite. Tout d’abord, il faut rendre hommage à Justin Benson et Aaron Moorhead incarnant sans avoir changé de prénom, les deux frères dont l’un est suspicieux à l’égard de la soi-disant secte alors que l’autre est convaincu que les membres de celle-ci ne lui veulent que du bien. C’est bien simple, ils jouent tellement bien, que l’on dirait que c’est un documentaire auquel on assiste ! Bon, il faut dire aussi qu’avoir un visage inconnu de nos jours au cinéma, ça aide pas mal pour l’empathie, l’immersion et le réalisme ! En ce qui concerne les seconds rôles, les acteurs incarnent également très bien leurs personnages, lesquels sont superbement construits, qu’il s’agisse de Hal, le leader infiniment patient, d’Anna, une créatrice de vêtements qui aime particulièrement Aaron, de Tim, maître brasseur et dépositaire des secrets d’Arcadia ou même de Lizzy, une jeune femme en convalescence qui a trouvé refuge dans l'enceinte, chaque représentation est habilement gérée de manière à chevaucher la frontière entre la menace illusoire et le gardien bienveillant que représente le camp ou la présence qui semble tapie dans l’ombre....



The endless est ainsi un métrage intrigant toutefois peu spectaculaire côté effets spéciaux car nanti d’un budget malingre mais dont le script est incroyable et prenant lieu et place aux confins du désert californien où tout est question de perception. Ainsi, avec trois bouts de ficelle, des trucages simples et une maîtrise absolue du hors-champ, Benson et Moorhead emballent une série B de qualité avec pour seul petit bémol : une fin un peu abrupte et un manque d’explications pertinent quant aux boucles temporelles même si cela entretient un certain mystère !









Du même réalisateur :

SPRING