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Suzie Bannion, une jeune danseuse américaine, arrive à Berlin, et fait un essai dans l'école de danse de ses rêves, dirigée par Héléna Markos. Sa prestation est tellement remarquée que la chorégraphe, Madame Blanc, accepte immédiatement sa candidature. La disparation d'une des pensionnaires, Patricia, y a laissé une place vacante. Suzie devient rapidement une pièce maîtresse au sein de la troupe pendant qu'elle et Madame Blanc semblent se rapprocher.



L'AVIS :

Film d'horreur baroque et bariolé, le "Suspiria" de Dario Argento (1977), est un monument du cinéma d'horreur ancré dans son époque bénéficiant de qualités techniques remarquables, de décors et d'une utilisation de couleurs extravagantes , ainsi que de la musique des Goblins. Des qualités qui ont réussi à masquer un scénario quasiment inexistant. Tout reposait alors sur les sensations d'effrois et de peurs. Autant dire que l'idée d'en faire un remake en a surpris plus d'un. Pour cette version relookée, on a fait appel à l'italien Luca Guadagnino (à qui l'on doit l'oscarisé "Call me by your name"). Un nom qui n'a jamais été associé à l'horreur jusqu'à alors.



Le résultat final ne surprendra guère du coup, car plutôt que de bêtement copier le film original, le Suspiria 2018, s'oriente dans une direction totalement différente, ne gardant du film matriciel,que le titre et le lieu: l'école de danse, qui est déplacée de Fribourg à Berlin. Un changement de lieu qui est loin d'être anecdotique, du fait de la politisation plus forte de la ville scindée en deux en pleine guerre froide. Plus politique, le film de Guadagnino, inscrit ses trames scénaristiques, au moment où l'Allemagne est la cible des actes terroristes de la Fraction Armée Rouge et de la Bande à Baader. Les quelques passages narrant l'actualité de l'époque y font référence. A ce traumatisme des années 1970 répond comme un écho celui des années de la Seconde Guerre Mondiale, au travers du personnage du vieux psychiatre, le Docteur Josef Klemperer, qui vit dans le souvenir de la disparition de sa bien-aimée.



Les thématiques fortement riches du film participent de de la singularité d'une œuvre, qui divisée, en six actes (et un prologue), oublie néanmoins l'élément fondamental de ce type de cinéma: la peur. Quant à l'horreur pure, il faudra attendre le déchaînement final où le sang se mêle à un érotisme débridée. Le scénario de David Kajganich (la série The Terror, la nouvelle version de "Simetierre (2019)" s'attache nettement plus à dresser des portraits de femmes, aidé en cela par des actrices vraiment impliquées. En tête, on peut citer Tilda Swinton ("Snowpiercer"), actrice caméléon, qui joue de multiples rôles et se révèle bluffante dans la crédibilité de ses sentiments. Pour interpréter Suzie Bannion, c'est à Dakota Johnson («50 nuances de Grey») qu'échoit la lourde tâche de succéder à Jessica Harper (Suzy Banner) -qui fait d'ailleurs un petit caméo-, et dont le changement de nom s'inscrit en toute logique du fait d'une narration totalement différente du film de Dario Argento. Enfin, nous retrouvons aussi Chloë Grace Moretz ("Kick-Ass" et sa suite), qui après "Laisse moi entrer" et "Carrie la vengeance" montre un certain attachement aux relectures des classiques de l'horreur.



Suspiria s'inscrit dans un cadre réaliste et baignant dans des teintes grisâtres, bien représentatif de cette époque de la Guerre froide. Un choix qui aboutit à une froideur d'ensemble, ne laissant que peu de places à la couleur, hormis une représentation scénique et son dernier acte, ne lésinant pas sur le gore.
Les sorcières de cette nouvelle version (on parlera difficilement de remake tellement le réalisateur ne caresse par les fans dans le sens du poil ) sont représentées comme des femmes en lutte dans une société patriarcale, et non plus comme des entités maléfiques, prenant le contre-pieds de la mythologie originelle, poursuivie en son temps sur «Inferno» (1980) et sur "Mother of tears" (2007).

Objet un peu ovniesque du cinéma fantastique, ce Suspiria, est quand même assez proche du cinéma d'Art et d'Essai, n'hésitant pas à prendre son temps et à faire traîner les plans (une scène de restaurant) au risque de perdre les spectateurs. En cela, malgré d'indéniables qualités, ce long-métrage aurait gagné à être raccourci (plus de 2h30...) et à se recentrer sur le thème de la peur, qui a été remplacé, par la mémoire et l'oubli. Le temps qui passe étant clairement au centre des préoccupations des concepteurs de cette aventure cinématographique. Cette nouvelle version risque donc de décevoir et de diviser. Autant être prévenu à l'avance que le film visionné nous propose un parcours différent et aux antipodes du classique de Dario Argento.











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