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INTERVIEW DE MATHIAS AVERTY

 

Réalisateur, scénariste et monteur sur la websérie « Mad Marx » disponible sur Youtube en libre accès à partir du 15 Septembre 2018, Mathias Averty nous fait l’honneur d’un petit passage rapide sur notre site pour nous parler un peu de lui et de la genèse de la série.

 

David MAURICE : Salut Mathias ! Content de te recevoir chez nous !

Alors tout d’abord présente-toi un peu car beaucoup ne te connaissent pas ! Qui es-tu ? D’où viens-tu ?

MATHIAS AVERTY : Bonjour, je suis très honoré d’être ici. Pour faire simple je suis réalisateur dans l’asso Label Prise Production, une asso de cinéma à Nantes. Actuellement je suis monteur à Paris, j’ai été journaliste pour Première et avant « Mad Marx » j’ai réalisé le clip débile de Steak Ter Ter pour le groupe de Gangsta/Grind Paupiettes et quelques courts-métrages krypto-communistes qui ne seront jamais visionnables en ligne, pour le bien de l’humanité (rires).

Je suis ton interlocuteur pour cette interview, mais n’oublions pas que « Mad Marx » est une oeuvre collective dont je ne suis qu’un des humbles maillons ! Donc si je réponds par “on”, ce n’est pas parce que je me la joue Alain Delon mais pour parler au nom du groupe (rires).

DM : OK Alain (lol), continuons avec les « je » et les « on » alors !

Tu as donc réalisé et co-écrit les premiers épisodes de la saga « Mad Marx » - que j’ai eu la chance de découvrir en exclusivité- , une websérie française tournée à Nantes dont nous allons parler juste après.

D’où te vient cette passion pour le cinéma et plus particulièrement pour la réalisation ?

MA : J’ai toujours adoré aller au cinéma depuis que je suis gosse. Mais j’y allais pour l’histoire et l’univers avant tout. Puis j’ai vu « Drive », « La Montage Sacrée », « Irréversible » et « The Wall » et ça a été un vrai choc. J’ai compris que l’image et la manière de raconter une histoire était toute aussi importante que l’intrigue elle-même, que les plans et l’atmosphère avaient un pouvoir hypnotique et cathartique sur le spectateur, comme de la magie noire finalement... Et je voulais apprendre cette science occulte. C’est là que j’ai commencé à devenir cinéphile et à essayer de dévorer plus d’un siècle de films, puis à rassembler mes amis rôlistes, geeks ou fans de films de genre autour du collectif Label Prise. On a filmé nos soirées de débauches et fait des films de très mauvais goût avec un plaisir immense. On a aussi tourné un faux documentaire qui s’appelait « La Gauche Profonde » et qui suivait les aventures d’Alain Moral et de son acolyte Dédé, deux chasseurs de nazis qui avaient une manière bien à eux de les remettre dans le droit chemin. Par miracle, nous avons perdu les rushs : on aurait été obligé de se battre sur Twitter avec Alain Soral à la sortie (rires).

DM : Mince, j’aurais bien voulu voir les mésaventures de ces chasseurs de nazis !

Es-tu ce que l’on appelle un autodidacte ou as-tu fait des études axées sur le cinéma avant de te lancer dans le projet « Mad Marx » ?

MA : J’ai eu quelque cours de cinéma à la Fac mais surtout l’occasion d’accéder à des petites caméras assez rapidement pour filmer des petits documentaires et surtout les premiers méfaits de Label Prise. Mais non, je n’ai pas fait d’école, on ne m’a pas bourré le crâne avec la Nouvelle Vague et j’en suis finalement très heureux. D’ailleurs César, Elie (son) et Clément (assistant-réal) sont les seuls à avoir suivi des études de cinéma au sein de « Mad Marx ». Notre école c’est la passion, les gens qui nous entourent et deux-trois tutos sur Internet.

DM : « Mad Marx » c’est avant tout une oeuvre déclinée en plusieurs saisons très ancrée dans l’univers fantastique avec une grosse connotation post-apocalyptique (un Monde ravagé, des personnes errantes à la recherche de nourriture, des bandes de barbares prêts à tout pour répandre la terreur...)

Comment en es-tu venu à t’intéresser au cinéma fantastique ?

As-tu une préférence pour le sous-genre post-apocalyptique ? Tu sembles en effet à l’aise dans ce sous-genre (paysages dévastés, souci du détail dans certains plans...)

MA : On est presque tous fans de SF et de Fantastiques au sein de Label Prise. Sous entendu : oui, on était tous des parias solitaires qui mangions le sable de la cour au collège (non j’exagère ahah) ! On a grandi avec « Le Seigneur des Anneaux », « Star Wars »,  Lovecraft et « La Horde du Contrevent ». Mais notre côté punk nous a très vite fait apprécier le post apo. On aime son côté vide et sauvage mais aussi l’idée d’un Monde qui permette de tout recommencer et qui te force à être débrouillard, à réinventer ton quotidien et à détourner les objets autour de toi pour survivre. A être malin en fait. N’oublions pas d’être malin.

DM : J’aime beaucoup ta façon de parler du sous-genre post-apocalyptique !

Alors « Mad Marx » c’est l’histoire de Romane, une jeune femme s’étant échappée d’une prison expérimentale, dans laquelle elle séjournait des suite d’un braquage et d’autres délits en tous genres, et qui découvre que le Monde n’est plus qu’un champ de ruines. Alors qu’elle recherche sa soeur disparue, elle va faire la rencontre d’un vieux communiste qui se fait appeler Marx Le Fou et qui mène une guerre sans relâche aux capitalistes avec ses quelques amis prolétaires.

Alors la première fois que j’ai eu vent de ce résumé, je me suis dit « Purée, dans quel truc de dingue me suis-je embarqué ? » (lol) Car il faut bien le reconnaître, « Mad Marx » c’est avant tout une oeuvre carrément atypique qui ne se prend pas au sérieux et qui flirte avec des tas de sous-genres allant du film post-apocalyptique au film d’histoire (la Russie est à l’honneur avec cette guerre revisitée entre les Bolchéviks et les Capitalistes, Karl Marx étant bien-entendu mis en avant), du survival à la SF pure...

Mais d’où t’es venue cette idée loufoque de te servir de l’Histoire de la Russie, voire de l’Allemagne, pour créer cet univers ô combien original ? Es-tu un féru d’Histoire à la base (certains monologues de Marx Le Fou sont fort travaillés et révèlent une étude approfondie au préalable sur la Russie du début du XXe siècle) ?

MA : Bien vu, Mad Marx est un hommage assumé et décontracté aux luttes anarchistes ou communistes du XXe siècle. On a la chance d’avoir des amis très investis dans ces mouvements qui ont été une aide précieuse lors de l’écriture du scénario. On nous rabâche sans arrêt depuis l’école républicaine que ça ne fonctionne pas, que ça a fait des morts, qu’il faut en avoir peur et qu’il vaut mieux vivre sans se poser de question dans un système capitaliste qui favorise la misère, les guerres, le changement climatique, la médiocrité et le mal-être au quotidien. Nous ne sommes pas de cet avis. Si on s’intéresse de près aux auteurs et aux expériences libertaires tout au long du XXe siècle, on se rend compte que ces systèmes portent en eux des centaines de propositions pour mieux vivre ensemble. Qu’il s’agisse de renverser le Capitalisme demain ou juste de trouver des moyens de vivre autrement voire de lutter pour acquérir ou conserver nos droits au quotidien… il est grand temps de redécouvrir ce qu’ils proposent, et de se rendre compte que c’est aux militants d’Extrême Gauche d’hier que l’on doit les acquis d’aujourd’hui.

DM : Ta websérie va même très loin dans l’originalité et ce côté « complètement barré » en nous proposant par exemple des croisements improbables entre des films cultes comme « Mad Max » (pour le titre bien-sûr mais également pou son côté post-apocalyptique et certains de ses personnages assimilables à de véritables barbares) ou « Orange mécanique » (pour le côté prison expérimentale en début de saga), mais également en nous balançant une bande originale mêlant black métal et punk hardcore, en est la preuve directe !

Ca va quand-même très loin dans l’esprit décalé et hautement atypique, tu t’en rends compte ? lol

MA : Merci. Tu vas rire mais on a passé tellement de temps devant des nanards ou des films trashs comme « Begotten » ou « Nekromantik » que « Mad Marx » nous semble au contraire très naïf et gentillet vis à vis du côté « atypique ». « Orange Mécanique » est peut-être une influence sous jacente mais c’est surtout « Old Boy » qui nous a inspiré les scènes de la prison. On l’a montré un midi, en mangeant, à Déborah pour qu’elle prépare les scènes de la prison en lui disant “tiens, tu vas voir, c’est sympa”. Elle a arrêté le film au bout de vingt minutes. C’est là qu’on s’est rendu compte qu’on était peut-être un peu déglingos (rires). Heureusement elle ne nous en veut plus et a trouvé ça très inspirant. Tout ça pour dire que la saison 2 de « Mad Marx » sera bien plus sombre et destroy !

DM : Es-tu conscient que ce type de websérie peut rebuter plus d’un internaute et que le cinéma que je qualifierai ici d’ « atypique et loufoque » (car c’est ce que « Mad Marx » est clairement)n’est pas forcément le plus vendeur malheureusement ? (des oeuvres comme « Norwegian ninja » de Thomas Cappelen Malling ou encore « The greasy strangler » de Jim Hosking ont bien plus de détracteurs que de véritables fans par exemple)

Appréhendes-tu  quelque peu les critiques à venir de la part de certains médias qui vont s’intéresser à « Mad Marx » et peut-être ne pas adhérer à ce type de cinéma ?

MA : Je suis au contraire très curieux et très impatient de la réception qu’aura « Mad Marx » : qu’elle soit bonne ou mauvaise d’ailleurs. C’est déjà une victoire pour nous que la série existe et qu’elle soit vue. Alors si en plus on peut énerver Nabiladu39, FAFdu88 ou les Cahier du Cinéma c’est encore mieux (rires). Et puis, on est fiers qu’en plein milieu de la start up nation, il existe sur Internet une série où un vieillard en fauteuil roulant déblatère des tirades de gauchistes en noir et blanc sur du Hardcore. Aucun producteur n’aurait accepté ça ! C’est du suicide : mais c’est justement pour ça qu’on l’a fait, parce que le public n’est jamais là où on l’attend et qu’il a besoin de films louffoques et atypiques tournés par ses voisins avec rien du tout.. Mais si tu regardes bien, tu te rends compte que sous ses airs Arte-Underground-Trash, Mad Marx n’est pas du tout snob : au contraire il est finalement très pop et blindé de références geeks. On l’a pensé comme un film populaire, mais avec une esthétique très underground.

DM : Tout à fait ! En tout cas, en ce qui me concerne j’ai plutôt bien accroché à cet univers post-apocalyptique déjanté mais également à ces personnages un brin loufoques (comme le délirant Marx Le Fou ou encore l’énigmatique Jean-Eude caché derrière son masque à gaz et aux comportements très primitifs), moi-même aimant ce type d’oeuvre barrée du moment que c’est un minimum maîtrisé comme c’est le cas ici.

Comment est né justement ce personnage de Marx Le Fou, sorte de croisement entre Mad Max et Karl Marx, magnifiquement interprété par Henry Lemaigre ?

MA : Merci pour lui : Marx le fou a été écrit pour Henry de A à Z, et c’est parce qu’il faisait du théatre et qu’il était bon qu’on s’est dit que tourner « Mad Marx » était possible. Je n’ai même pas eu l’impression de le diriger sur le plateau. Henry sait être tragique, drôle ou en faire des caisses en fonction de la scène et c’est super !

DM : Alors justement, raconte-nous un peu comment tu as déniché ce casting si particulier, et notamment l’actrice Déborah Heurtematte (Romane) et l’acteur Henry Lemaigre (Marx Le Fou). Sont-ce des amis à toi à la base ou un casting a-t-il réellement été passé ?

MA : Henry est un ami de longue date et il a tout de suite adoré le rôle. Pour Romane, c’était plus compliqué. Romane devait être un homme à la base : Ramon. Et comme pour Marx, Ramon était inspiré par un autre de nos amis : un anarchiste aux airs de viking farouche qui circule dans une super moto rétro. Et on avait envie de les filmer ensemble dans les ruines industrielles nantaises. Mais Ramon ne se sentait pas de jouer la comédie, alors on a dégenré le rôle, on a passé un casting et quand Déborah a passé la porte, on a tout de suite compris que l’on avait trouvé notre comédienne : elle dégage une force, une vitalité et un charisme incroyable qui nous a tout de suite transportés : Romane était née !

DM : Deux acteurs qui fonctionnent bien ensemble en tout cas ! Parle-nous un peu de la mise en chantier de la websérie « Mad Marx ». T’es-tu ruiné pour permettre à la saga de voir le jour ? lol ! Comment se sont passées la production et la réalisation des premiers épisodes composant la première saison ?

MA : Personnellement, « Mad Marx » m’a creusé les cernes et blanchi les cheveux mais nous n’avons pas été obligé de se ruiner pour le finir, heureusement (rires). J’avais déjà la caméra, j’ai acheté deux mandarines et un micro sur Leboncoin, on a tous mis 50 euros et on a lancé la production. Aux premières heures du projet, on a voulu écrire et tourner à plusieurs mains mais on s’est rendu compte que c’était trop compliqué et qu’on n’arrivait pas à prendre les bonnes décisions ni à avancer... Et que la force de nos propositions artistiques se diluaient au fil de nos discussions et de nos concessions. Avec le temps j’ai dû assumer le rôle du réalisateur parce que j’étais le plus cinéphile, mais ça n’a pas été facile ! Je me serais bien contenté du rôle de showrunner mais je ne le regrette pas et je suis pressé de recommencer. Désormais, je suis un tyran qui parle comme Alain Delon (rires).

DM : Alain (lol), des anecdotes de tournage, on en a toujours.Mais que retiens-tu à titre personnel de cette expérience ? Que t’ont apporté la réalisation et une partie de scénarisation de ce projet ?

MA : « Mad Marx » a été une vraie école de cinéma punk et Do It Yourself ! Le projet n’a pas été facile un seul instant et nous a forcé à tous nous remettre en question de manière très profonde. « Mad Marx » nous a mis en face de nos idéaux libertaires et de nos démons intérieurs. Mais il y a aussi eu des tonnes de moments merveilleux. Notamment les scènes pleines de figurants médiévaux dans l’épisode 3, la scène du concert de l’épisode 0 ou de combat contre les riders dans l’épisode 2. Mais c’est la scène de maquillage dans l’épisode 3 qui m’a le plus marquée. C’est la dernière scène que nous avons tournée : Déborah et Henry y sont meilleurs que jamais, les plans veulent dire quelque chose et il régnait une atmosphère religieuse émouvante pendant les prises. C’est là qu’on s’est dit : « merde, on a peut être progressés ? »

DM : Déjà une belle expérience et des tas de souvenirs à se remémorer plus tard !

Alors, pour finir, voici une question qui va sûrement brûler les lèvres de nombreux internautes qui verront les premiers épisodes de la websérie : Pourquoi avoir tout misé sur une photographie noir et blanc ?

MA : Alors c’est un parti pris artistique qui nous plaisait parce que le noir et blanc va bien avec notre atmosphère dark. Et puis c’est aussi un bon moyen de donner plus d’impact à nos images tournées avec un humble Canon 600D. Mais là-dessus on n’a rien inventé, je vous invite à regarder les premiers courts de Besson et de Caro & Jeunet.

DM : Oui, oui ! En tout cas, je ne peux que saluer ton travail, la part de risque prise dans ce type de projet et enfin l’implication exemplaire de tous ces bénévoles qui ont permis à « Mad Marx » de voir le jour. Espérons que le succès et la reconnaissance seront au rendez-vous !

Que peut-on te souhaiter pour la suite des évènements mise à part la réussite de « Mad Marx » bien-entendu ?

MA : J’espère que « Mad Marx » trouvera son public et que les retours nous donneront la force de faire une saison 2 ! On a plein d’idées mais après trois ans de travail on a envie de faire d’autres genre de projets, en couleur cette fois ! J’ai écrit le scénario d’un court-métrage gore et hanté qui s’appelle « La Croisade des Enfants ». Tu seras le premier averti de la sortie évidemment ! (rires) Avant cela, Label Prise va sortir un Vaudeville très drôle appelé « Madame Reçoit » et réalisé par le caustique Théo Rageunback. N’hésitez pas suivre nos actus. Et merci beaucoup de m’avoir invité.

DM : Merci à toi de nous faire confiance ! A bientôt donc pour la suite des évènements !

 

Interview réalisée le 07 Septembre 2018



David Maurice