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Paris se retrouve plongé dans une étrange et immense brume dont l ‘origine demeure inconnue (cette dernière étant sortie soudainement du sol des suites d’un petit séisme), mais pas sa dangerosité. L’air étant devenu irrespirable, deux couples de voisins se réfugient au dernier étage d’un immeuble, épargné pour le moment par cette brume qui monte progressivement...



L'AVIS:

Dominique Rocher, réalisateur de "la nuit a dévoré le monde" (que nous avions abordé dans le compte-rendu de la 25ème édition du festival de Gérardmer présent sur le site), est à nouveau à l’œuvre avec le film de Daniel Roby "dans la brume" pour lequel il a participé au scénario.

Après le film de Dominique Rocher, Paris est de nouveau plongé dans un univers post-apocalyptique, sans zombie cette fois-ci.
Au même titre que "la nuit a dévoré le monde" qui n’avait pas pour but de raconter uniquement comment survivre dans un monde infecté mais plutôt de nous livrer une métaphore sur la solitude, la détresse et l'isolement (le mort-vivant étant ici un prétexte pour montrer l'isolement d'une personne soudainement seule après sa séparation, transformant alors ce petit film en un drame fantastique), "dans la brume" n’est pas non plus un simple survival post-apocalyptique Lambda comme il en existe déjà un nombre conséquent. Prix « Cheval Noir » pour le Meilleur Film au festival Fantasia 2018, le film de Daniel Roby est en effet avant tout un drame sur fond de film catastrophe / post-apo.

Construit tel un faux huis-clos (bien que nous soyons ici réfugiés dans un appartement en raison de cette brume étouffante, il est possible de sortir dehors à l’aide de masques et autres bonbonnes d’oxygène), "dans la brume" a tout d’un film post-apocalyptique traditionnel même si ce dernier tient plus du drame (à la manière du sympathique film australien "these final hours", aujourd’hui tombé dans l’oubli, dans lequel notre héros s’amourachait d’une petite gamine devenue orpheline).
Nous sommes ainsi confrontés à un réel sentiment d’insécurité, d’isolement et de solitude de par ce séisme au début du film ayant provoqué une coupure d’électricité (nous voilà coupés du Monde et notamment de toute information médiatique, à l’exception des quelques messages audibles sur un petit récepteur ressorti du placard) et la propagation de cette brume étouffante qui oblige les parisiens à se cloîtrer chez eux, portes et fenêtres fermées.

Mais voilà, comme dit précédemment "dans la brume" porte bien son titre : il y a en effet urgence et ce qui semblait se transformer en huis-clos doit finalement s’ouvrir un peu pour deux raisons. La première est que le refuge de fortune que représente ce petit appartement niché au dernier étage d’un immeuble n’en sera bientôt plus un car la brume monte progressivement pour atteindre les toits de Paris. La seconde est que l’un des deux couples a une petite fille atteinte d’une malformation génétique rare l’obligeant à vivre dans une bulle stérile car l’air ambiant lui est néfaste ; or, cette bulle fonctionne sur batterie et cette dernière n’est pas éternelle et nécessite d’être remplacée une fois déchargée mais le hic est que cette bulle stérile se trouve dans l’appartement d’un autre immeuble (le couple étant séparé)... Nous voilà donc contraints de sortir dehors et de briser ce huis-clos qui s’était mis en place en début de film. Mais sortir dans la brume, même à l’aide de masque ou de bonbonne à oxygène, peut s’avérer dangereux car cet étrange brouillard n’est malheureusement pas le seul danger...



Comme tout film post-apocalyptique, l’histoire demeure assez banale (nous y retrouvons notamment ces sempiternels messages radio pour la population avec les mises en garde et précautions à respecter...) même si nous apprécierons ici d’y avoir incorporé quelques éléments intéressants (la maladie génétique rare d’une petite fille qui perturbe une situation déjà compliquée pour nos protagonistes et apporte ce côté dramatique bienvenue au long-métrage de Daniel Roby ; une fin inattendue et fort originale ; une critique sociale sur fond écolo).

Alors oui, il est vrai que les dialogues ne sont pas bien étoffés, pour ne pas dire creux, et que certains passages sont assez longuets, la faute à un rythme parfois soporifique. Mais heureusement, les scénaristes n’ont pas oublié d’incorporer dans le script quelques péripéties permises par cette maladie génétique dont souffre la fille du couple formé par les protagonistes principaux. Des parents qui de ce fait se voient confier un but dans cette histoire (sauver leur fille emprisonnée de sa bulle stérile qui n’assurera bientôt plus son rôle protecteur) et qui sans cela seraient peut-être restés dans leur refuge sur les hauteurs de Paris ou auraient suivi les secours pour aller dans un lieu sûr (ces derniers vont notamment se rendre dans un centre médical dévasté pour récupérer une combinaison spéciale pour si besoin transférer leur fille).
Des sorties hors de l’appartement-refuge qui engendreront deux-trois altercations, histoire de pimenter la narration (avec notamment un chien devenu fou du fait de cet air suffocant ou encore un policier prêt à tout pour sa survie), et quelques excursions sympathiques dans cette belle purée de pois qui a envahi les rues de la capitale.

Des petites péripéties bienvenues qui nous font presque oublier les deux-trois incohérences scénaristiques que nous pouvons déplorer (porter une grosse malle dans des escaliers, tout en étant sérieusement blessé et sans masque à oxygène / la rencontre avec un chien qui semble vivre dehors depuis un moment sans montrer le moindre problème respiratoire / un policier qui meurt bien vite au contact de l’air...).



Doté d’une très belle photographie (les toits de Paris surplombant cette brume opaque offrent de bien beaux plans de la ville, tout comme certaines scènes extérieures montrant la désolation d’un quartier tout entier en proie à un exode urbain vers les hauteurs de la capitale telles que Montmartre) et d’une musique collant parfaitement à la narration, "dans la brume" nous gratifie notamment de très intéressantes scènes détaillées, muettes et contemplatives dans des rues jonchées de cadavres d’humains et de chiens, où des terrasses de cafés sont vidées de leurs clients et voient leurs chaises renversées au sol tandis que des voitures sont à l’arrêt, portières ouvertes et clignotants encore en marche... Quelques exemples qui témoignent d’une fuite soudaine de la population suite à l’arrivée impressionnante de la brume en tout début de film (là aussi un passage au rendu bluffant).

Le casting n’est pas en reste non plus avec un couple Romain Duris - Olga Kurylenko incarnant de bien belle façon des parents séparés prêts à tout pour sauver leur fille d’une mort quasi certaine dans cette histoire où notre brume étouffante rend tout le monde aussi vulnérable que la jeune Sarah, prisonnière de sa bulle stérile.

Des acteurs qui s’investissent tous dans ce drame mêlant les émotions diverses, dans lequel des familles se recomposent (le rapprochement d’une famille séparée face à des facteurs externes alarmants, des parents soudés pour aider leur fille avec certes ce petit côté gnian-gnian prévisible mais presque inévitable à base de « je n’y arriverai pas, pas sans toi » et « vous êtes les deux femmes de ma vie » suivis d’un long baiser semblant faire digérer une rupture) et d’autres au contraire vont s’éteindre (évitons de spoiler), le tout dans une ambiance intimiste (les rêves d’un père voyant sa fille courir dans les champs avec d’autres enfants, un père mort de chagrin pour son fils...), avant de basculer dans la tristesse et les larmes d’un final cruel et tragique (SPOILER : Une mère qui va mourir pour sauver sa fille finalement pas en danger / Un couple de retraités qui décident de ne plus se battre et se laisse mourir en balançant des tirades larmoyantes du type « je n’ai aucune envie de survivre à mon fils » ou « pour nous le chemin s’arrête ici », FIN DU SPOILER).



Au final, le film de Daniel Roby est une bonne surprise dans le cinéma de genre francophone.
Un rythme parfois lent ? Des dialogues creux ? Quelques incohérences scénaristiques ? Qu’importe, oublions tout ceci en partie car "dans la brume" s’avère être malgré tout un agréable divertissement franco-canadien mêlant post-apocalyptique et drame, avec son petit lot de péripéties, une photographie remarquable, une bande originale collant parfaitement à l’ambiance générale du film et un casting qui s’investit beaucoup dans cette production française ambitieuse au budget avoisinant tout de même les 11,5 millions d’euros.








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