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Le virus Maze a ravagé une bonne partie de l'Europe, transformant les humains en monstres sanguinaires cannibales. L’action prend lieu et place en Irlande, où 75% de la population malade a été guérie, les 25 % restants appelés « résistants » au traitement, sont parqués dans des cellules, prêts à être probablement euthanasiés. L'effet secondaire le plus terrifiant de cet antidote est que les « traités » se souviennent des horreurs qu'ils ont commises. Le retour à la vie est donc bien difficile pour eux surtout avec les populations qui ne sont pas prêtes à cohabiter. On suit ainsi le quotidien de Senan, nouvellement guéri mais qui a bien du mal à se reconstruire psychologiquement parlant car il est en proie à de terribles cauchemars. Il sera hébergé par Abby, sa belle-sœur vivant seule avec son fils, mais Conor, avec lequel il entretient une relation trouble, ne rôde pas loin et qui sait ce qu’il mijote ?



L'AVIS:

Voici un énième film de zombies mais avec, cette fois, une déclinaison irlandaise, excitante par son postulat de départ rappelant l’excellente série anglaise « In the flesh ». Au départ, on a donc un virus qui infecte l'Irlande et dont on finit par trouver un traitement excepté pour 1/4 des malades. Se retrouvent alors face à face : les « traités » (les infectés guéris, «The cured» du titre), lesquels se souviennent de tout ce qu'ils ont fait durant leur maladie, les « résistants » internés en attente que le gouvernement se prononce sur leur sort (les éradiquer ou poursuivre la recherche d'un antidote plus puissant) et le reste de la population (les « normaux » aurait-on envie de dire !) qui a tendance à mettre tout le monde dans le même panier et ne veut donc pas voisiner avec les groupes précédemment susnommés. Ainsi, l’ambiance d'ostracisme est à couper au couteau y compris vis-à-vis de ceux qui réintègrent leur famille et tentent de se réinsérer à l’instar de Senan qui, avec les autres « traités » va être relâché dans un pays qui le considère lui et ses acolytes comme des pestiférés. Malgré le fait d’être relégués à des tâches ingrates, ils restent soudés entre eux devant l'oppression populaire permanente. Face à l'adversité, cette communauté reliée par le souvenir douloureux de leur condition envisage de plus en plus de se révolter, menée principalement par Conor, un ancien avocat revanchard, ami de Senan et devenu homme de ménage...



Avec The cured, le réalisateur David Freyne prolonge son court métrage d'horreur, «The first wave» sorti en 2014 en évitant un traitement classique du film de zombies car il recentre son propos sur « l'après » via la réinsertion sociale et l’acceptation par les autres mais aussi à travers le prisme de la difficile reconstruction psychologique et l’acceptation par soi-même des horreurs qu’on a perpétrées à l’état d’infecté. La grande force du film tient, de fait, dans son ambiance presque asphyxiante, le réalisateur dépeignant une atmosphère de guerre civile en devenir, les rues ressemblant à des ghettos avec des graffitis et autres slogans incitant à la haine qui sont omniprésents. Pour une grande partie de l'opinion publique, les personnes « traitées » ne sont plus considérées comme humaines. Sous couvert d'un drame horrifique rappelant parfois l'époque de la guerre en Irlande du Nord, Freyne, tel un Ken Loach dénonciateur, se livre à une véritable critique de notre société d’autant que de façon métaphorique, de nombreux thèmes y sont abordés comme le rejet, la réinsertion, la radicalisation ou encore le terrorisme, constituant ainsi une bien bonne surprise dans l'univers plus que formaté du film de zombies !



Ce qui fonctionne également très bien dans The cured c’est sont trio de personnages principaux, superbement bien campés d’ailleurs par Ellen Page ("Hard candy", "Inception"), Sam Keeley ("Monsters : dark continent") et Tom Vaughan-Lawlor, tous trois (ré)unis par un événement passé douloureux encore mystérieux mais dont on comprend assez vite les enjeux. Alors que Senan doit déjà lutter contre ses propres souvenirs et le regard extérieur que les autres lui portent, il doit aussi affronter l'emprise psychologique de Conor devenant peu à peu le leader charismatique de la résistance des « traités » qui voudrait le voir rejoindre ses rangs. Pour calmer le jeu dans ce duel psychologique, il y a Abby, une jeune journaliste cherchant à dénoncer le sort des « traités » et celui, encore bien pire, que l'on réserve aux « résistants ». Ainsi, ce trio essaie finalement, chacun à sa façon, de lutter contre une population prête à accepter de tuer une partie des siens qu'elle n’est pas parvenue à guérir et ne savant plus que faire de ses « traités » sinon les reléguer au rang de sous-hommes. Tout cela faisant méditer si on ose les comparaisons avec ce qui se passe actuellement dans le monde avec les migrants…

Toutefois, The cured n'est pas exempt de défauts entre la faiblesse de son enveloppe initiale expliquant peut-être pourquoi (hormis quelques réminiscences des « traités ») il y a si peu de gore dans ce film de zombies, certaines longueurs où le dialogue l’emporte sur l’action et ses quelques ellipses faciles comme la montée trop rapide dans l'extrémisme de certains protagonistes. Mais ces faiblesses ne serviraient-elles pas finalement à renforcer le réalisme du décorum et à nous placer au même niveau que ces personnages à l'échelle d’une ville ? Quoi qu’il en soit, on sort du visionnage de The cured comme rassasié et décontenancé car conscient d'avoir assisté à un film de zombies ayant réussi l'exploit de renouveler un genre qu’on pensait en totale perdition en y amenant un nouveau discours et vu sous un angle différent qui change et fait donc du bien !



The cured est donc, par son scénario qui s’éloigne des habituels métrages post-apocalyptiques, un film singulier. Ici, la menace est encore présente avec des choix sociétaux qui s’imposent et là est donc toute l’originalité ! Le réalisateur David Freyne, malgré quelques longueurs et un manque de budget évident, se livre ainsi à une véritable critique de notre société à travers son drame horrifique et nous offre un film de zombies au propos inédit qui change des standards habituels. A découvrir pour ceux qui veulent un long-métrage plus psychologique et à hauteur d’homme plutôt que les multiples imitations du sieur Romero !









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