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Un sorcier vieillissant, Kreon, vivant reclus au fond d’un grand manoir perdu dans les bois et entouré d’un cimetière, désire redonner la vie à sa belle fiancée, Isabelle. Pour cela, il doit faire des victimes humaines en les attirant dans son repaire. Au milieu de la nuit, un jeune garçon qui a fugué le jour de son anniversaire, Billy, rejoint la demeure. C’est peu après au tour d’un groupe de fêtards, virés d’une soirée, de se retrouver dans cette baraque. Ils y découvrent un ouija et invoquent les esprits défunts. Carol, l’une des membres de ces jeunes inconscients, est comme hypnotisée. Kreon la possède et la transforme en horrible démon. Piégés dans la demeure hantée, les jeunes gens vont devoir s’organiser pour tenter de survivre. Des zombies surgissent des tombes à l’extérieur, alors que chaque recoin de cette maison maudite semble pouvoir cacher une nouvelle créature démoniaque. Chacune des victimes renforcera le pouvoir de Kreon, qui capturera leur âme…



L'AVIS :

La genèse de ‘Spookies’ fut particulièrement compliquée. La pré-production du film débute en effet en 1983. Le projet se nomme ‘Twisted souls’. Le tournage, quant à lui, se déroule au courant de l’été 1984, puis se termine en octobre de cette même année, avec Thomas Doran et Brendan Faulkner en tant que coréalisateurs et scénaristes, Frank Farel ayant également participé à l’écriture. Hélas, il n’y a pas assez de métrage exploitable et la production stoppe, faute de finances et de motivation. Le film reste dans les tiroirs jusqu’en 1985. C’est là que la réalisatrice Eugénie Joseph rentre en jeu. Des nouvelles scènes sont tournées avec de nouveaux acteurs, puis collées tant bien que mal au métrage d’origine. ‘Twisted souls’ devient alors ‘Spookies’. Si le produit fini est diffusé en France au festival du film fantastique de Paris en 1986, puis l’année suivante à Hong-Kong, il se sortira aux Etats-Unis qu’en 1988. Avec un budget total plafonnant à 17785 dollars, ‘Spookies’ reste une curiosité hybride, qui peut se rapprocher par bien des aspects aux films ‘deux en un’, procédés très prisés par certains réalisateurs hongkongais comme Godfrey Ho.



Pour décortiquer tout ça, la partie tournée en 1984 inclut le groupe de jeunes gens qui arrivent dans la maison dans deux voitures, puis se retrouvent coincés à l’intérieur après avoir invoqué le ouija. Ils y rencontrent diverses créatures monstrueuses : la femme araignée, les ‘muck men’ ( des sortes de zombies faits de terre et de boue, qui semblent d’ailleurs porter des bouts de vieux vêtements ), une statue de faucheuse qui prend vie, la gargouille, le monstre gluant qui lance des décharges électriques avec sa queue, le cadavre zombifié qui tient le ouija, ainsi que le personnage de Carol, transformé en sorcière. Toutes les séquences rajoutées en 1985 incluent donc le reste, c’est-à-dire les nouveaux personnages du sorcier Kreon, lequel se greffe à l’intrigue en tant que propriétaire du manoir et possesseur du ouija, sa fiancée malgré elle Isabelle, l’homme-chat, le gamin démon au visage bleuté, la sorcière qui lance des éclairs rouges, les zombies du cimetière, ainsi que le gamin Billy et le gars qu’il croise brièvement dans les bois. En observant bien, toutes ces scènes en plus sont faciles à repérer, même si l’on ignore la manière dont le film a été créé. Comme dans tout bon ‘deux en un’, ces personnages n’apparaissent jamais à l’écran avec les autres. Par exemple, l’homme-chat observe toujours le groupe de jeunes, avant leur arrivée dans la maison, en se cachant dans les buissons, puis à une fenêtre ou derrière une porte entrouverte par la suite.

C’est avec l’astuce classique du champ et du contre-champ que le résultat fonctionne à peu près. Pareil pour Billy, son personnage semble avoir été rajouté uniquement pour rajouter un peu de bobine à l’ensemble. Il sera d’ailleurs bien vite expédié dans la tombe et enterré ( au sens propre du terme ) dès que les choses sérieuses commenceront, avec l’arrivée du ouija et des autres monstres. Mais, comme le film reste à la base un gros festival de diverses créatures de tous bords, la pilule passe assez bien, quelques démons de plus se fondant parfaitement dans l’ensemble. La magie du montage fait le reste, même si les ficelles scénaristiques qui rajoutent artificiellement Kreon et sa princesse sont un peu grosses. Ce n’est pas du copier-coller, mais du forcer-coller !! Le final va d’ailleurs zapper rapidement les quelques survivants du groupe de jeunes pour se focaliser exclusivement sur la fuite de l’héroïne-princesse-fiancée, face à une meute de zombies déchaînés, qui font rien qu’à l’embêter en la décoiffant, lui défaisant son chignon et essayant de la mettre à poil. Quelle bande de coquins ces zombies ( bon, vu la beauté, on les comprend ) !!!



Le résultat final, c’est une oeuvrette très représentative des films d’horreur des années 80, dont le charme fonctionne toujours autant aujourd’hui. Par son délire et sa générosité dans son incroyable bestiaire et ses multiples séquences d’épouvante, Spookies ne se contente pas de faire catalogue, mais réussit à instaurer une véritable ambiance. Nous sommes dans un train fantôme très excitant dont chaque recoin peut révéler une nouvelle bestiole monstrueuse. Sans égaler, ni même prétendre, atteindre la force de quelques films cultes dont il s’inspire ( le premier "Evil dead", "La nuit des morts-vivants" ), Spookies crée cette atmosphère macabre et glauque au charme certain, renforcée par une formidable bande originale, à la fois inspirée de mélodies classiques et d’un style moderne. Le thème principal, superbe, reste dans les mémoires longtemps après l’écoute, tandis que les nappes de synthétiseur, agrémentées de voix macabres, renforcent l’aspect inquiétant de l’ensemble.

Comme dans un cirque des monstres, "Spookies" nous propose un large éventail de créatures diverses et variées : zombies, muck-men péteurs ( oui, des zombies faits de terre et de boue mais qui n’arrêtent pas de péter !!! Une idée sugérée par le producteur exécutif, Michael Lee… ), sorcières, statue de squelette/grande faucheuse qui prend vie et dont les yeux s’allument en rouge ( comme une superbe figurine de Skeletor !! ), démon gargouille, femme asiatique qui se métamorphose en araignée géante, homme-chat affublé de griffes métalliques ajoutées au bout de son bras comme le crochet du Capitaine Crochet, petit garçon démoniaque et encapuchonné aux dents pointues et au visage tout bleu… C’est la fête !!

Les effets spéciaux et les divers maquillages sentent bon l’artisanat, le latex et le caoutchouc, mais ces authentiques effets de plateau restent plutôt efficaces. Parfois très réussis, parfois un peu moins, l’ensemble demeure cohérent et sert bien l’ambiance délirante du film. On peut être un peu déçus, notamment avec la séquence de l’araignée, qui, à l’époque de la sortie du film, était présentée comme incroyable et spectaculaire, superbes photographies à l’appui. Le résultat est un brin décevant, vu que la transformation se fait par étapes, changeant de technique d’un plan à l’autre avec coupes de montage. Toute écoeurante, gluante et rosâtre sur les images, la chose apparait ici bleutée et d’aspect très plastoc. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir ! Les techniques se mélangent avec bonheur tout au long du métrage : animations image par image, prothèses, créatures mécaniques, maquillages divers… Un vrai bonheur auquel l’amateur éclairé aura bien du mal à résister.



N’hésitant pas à éliminer ses personnages de manière cruelle, sans pour autant se complaire dans des passages trop gores, ‘Spookies’ joue aussi la carte d’un humour assez décalé. Les protagonistes sont pour la plupart de sombres idiots. Au programme : la fille aux gros seins, copine du jeune loubard habillé de cuir et qui se la joue en permanence, le mec de quarante berges qui semble se faire chier comme un rat mort mais qui suit sans cesse le groupe, le fêtard comique de service avec sa marionnette qui picole sans arrêt de la bibine, qui ne veut d’ailleurs pas se planter en voiture parce qu’il n’est pas assez bourré pour l’apprécier, la fille autoritaire dont le mec approuve tout de sa nana et obéit comme un soumis, lui qui est d’ailleurs toujours enrhumé… Une bien belle brochette de vainqueurs !! Les comédiens, bien évidemment pas connus, possèdent cependant leur charme. A noter la présence de la belle Maria Pechukas ( de son nom entier Maria Toma Berenson Pechukas ), dont le destin semble assez tragique. Certaines sources internet affirmaient qu’elle était décédée en 2000. Si la nouvelle était totalement fausse, l’on apprend hélas que la comédienne est décédée le 1er février 2017, à seulement 50 ans. Une triste information pour une femme au charme indéniable et qui aura marqué de son superbe minois quelques films comme ‘Carmilla’. Quelques figures du cinéma Bis ici présentes se retrouveront dans d’autres films, notamment Nick Gionta ( l’un des punks de ‘Street trash’, dont Jennifer Aspinall fait aussi partie du staff des maquillages ) et Peter Iasillo Jr, revu dans ‘Ecorché vif’ de Gabe Bartalos ( qui joue un des muck-men et s’occupe aussi des effets spéciaux ). Peter Dain, qui incarne le véritable héros, le quarantenaire, retrouvera d’ailleurs Nick Gionta quelques années plus tard dans un tout petit film d’horreur inédit en France, ‘Non vegetarian zombies from outer space’, des mêmes auteurs. Tout un programme !!

PS : A noter qu’en 2016, la bande originale du film, totalement inédite jusqu’alors, est sortie aux USA chez un nouveau label nommé Terror vision records, en LP, en cassette audio et en téléchargement digital ( mais pas en CD, dommage ). Une édition à la superbe pochette ( qui représente la gargouille en bleuté ), véritable objet collector et bénédiction pour les collectionneurs qui attendaient cette sortie depuis sans doute longtemps.



Pour la France, la VHS sort sous l’égide de Scherzo, chez son label Melrose ( boîtier et jaquette en grand format ). Cette cassette fera les belles heures des rayons de vidéoclubs. Elle sort à la fois à la location puis à la vente. On la retrouve néanmoins en deux versions légèrement différentes ( l’étiquette sur la cassette change ), dont une avec des bandes-annonces et l’autre pas. Quelques années plus tard, Scherzo ressort le film en deux autres éditions ( toutes les deux avec boîtier et jaquette en petit format ) : une chez son label Lange et l’autre dans sa collection ‘Spécial Avoriaz’ ( qui a pour particularité de ne pas présenter des films du festival ). Pour le DVD, c’est l’Angleterre qui s’y colle pour la première fois, avec une édition simpliste éditée par Vipco. Il semblerait que la source soit une VHS, mais le résultat à l’écran demeure assez correct. Nous n’avons droit qu’à la version originale anglaise et à un format en 4/3, avec des bonus restreints ( une galerie de photographies et des bandes-annonces du label et de sa ‘Vipco screamtime collection’ ). Un DVD similaire sera repris en Allemagne, issu du même master, ajoutant le doublage allemand ainsi que la bande-annonce allemande du film ( qui est la même que celle d’origine, mais redoublée ). Toujours pas de DVD à l’horizon chez nous, mais il semblerait que le film soit ressorti en 2017 à l’étranger en DVD avec un nouveau master 2K. De même, un Blu-ray semblerait prévu depuis un moment, hélas aucune date n’est encore annoncée.






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