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Milo, un jeune adolescent, vit seul avec son grand frère Lewis, dans le quartier du Queens, à New York. Si le premier occupe son temps à regarder des vieux films de suceurs de sang ou bien à traîner dans les rues pour trouver des gens à qui s’attaquer tel un vampire fondant sur ses proies, le second passe ses journées assis sur le divan du salon à mater les chaînes de télé-achat. Il faut dire que les deux frangins ont enterré leur mère, enfin surtout Lewis ayant voulu épargner Milo, mais il n’a pas été ménagé, lui, par la guerre en Irak. A chacun ses failles ! Un beau jour, la charmante Sophie, une voisine venue habiter chez son vieil oncle, débarque dans le quotidien de Milo. Ils commencent à devenir amis, mais va-t-elle vraiment le faire changer ?



L'AVIS:

Présenté à Cannes en 2016 dans la section « Un certain regard », Transfiguration est un film de vampires urbain se déroulant de nos jours dans le ghetto du Queens. Si le cadre est original, l’histoire l’est aussi car c’est celle de Milo, le personnage principal, un jeune ado psychologiquement atteint depuis que sa mère s’est suicidée et qui, de temps à autre, va sucer le sang d’inconnus choisis aléatoirement. Mais est-il un véritable vampire ou bien n’est-ce qu’un énième adolescent perturbé par sa sombre réalité et qui bascule vers le meurtre ? Pour sa première œuvre, le réalisateur américain Michael O’Shea choisit le conte macabre comme amer constat d’une réalité sociale sombre au possible. On est ainsi bien loin du romantisme à la "Dracula (1992)" de Francis Ford Coppola et plutôt proche de la noirceur crasse sur fond de rédemption de "The addiction" d’Abel Ferrara avec le ton maussade de "Morse" de Tomas Alfredson, le film de vampires venu du froid.

Alors qu’on pensait le genre vampirique devenu moribond, Transfiguration sort du lot et apporte sa petite pierre à l'édifice à travers une réalisation sobre et originale, un peu comme l'avait fait "La sagesse des crocodiles" en son temps. Si on est bien loin cependant de la puissance d’un "Only lovers left alive" qui réussissait avec deux, trois plans contemplatifs et une musique lancinante à nous captiver avec peu, ce long-métrage parvient, par son décorum authentique et ses protagonistes désœuvrées livrés à eux-mêmes, à nous ancrer plus dans une réalité telle qu’on pourrait la côtoyer, ce qui est un véritable tour de force avouons-le et permet une meilleure immersion !



Ainsi, Milo apparaît comme un vampire, de ceux qui ne craignent ni le soleil ni les gousses d’ail, mais il n’a pourtant aucun pouvoir. Il incarne un vampire moderne, réaliste et solitaire qui semble ne pas éprouver de sentiments. Traumatisé par un deuil, il lit tout ce qui est relatif au vampirisme et regarde toutes les œuvres cinématographiques y étant liées. De fait, l’ado esseulé fait des recherches pour établir une sorte de code du vampire, comprendre et accepter son état. Il annote en conséquence son calendrier pour justifier ses sorties nocturnes mais ne paraît pas plus que ça éprouver du plaisir quand il commet ces actes. Le jeune homme ne sourit pas, ne rit pas non plus, ne se défend pas lorsque des petites frappes l’interpellent, il est ce qu’on appelle un « introverti en puissance », psychologiquement atteint, mais que rien ne semble atteindre, jusqu’à l’arrivée de la charmante Sophie. Celle-ci va alors entériner définitivement la mise en place de son « plan » pour se sortir de sa situation et lui faire découvrir d’autres sentiments à travers une romance d’où viendra peut-être la rédemption tant attendue, qui sait ? D’ailleurs à ce sujet, le titre du film n’évoque-t-il pas la transformation d'une personne dont la physionomie, l'expression, prennent un éclat, un rayonnement inhabituel rappelant, pour les chrétiens, le changement glorieux survenu chez le Christ !?

Force est de reconnaître que les jeunes acteurs sont vraiment bons. Bien évidemment, on retiendra avant tout la performance d’Eric Ruffin qui incarne avec une froideur remarquable mais crédible ce Milo semblant dépourvu d’émotions. Son manque de charisme évident et la chétivité de son corps frêle siéent parfaitement au personnage du petit être invisible beaucoup plus dangereux qu'il n'y paraît. Et la rayonnante Chloe Levine incarnant Sophie, apporte un beau contrepoids qui empêche le film de sombrer totalement dans le pathos absolu. La rédemption progressive du jeune homme au contact de Sophie est d’ailleurs très bien vue, mais durera-t-elle ? Notons pour l’anecdote les apparitions en alcoolique et en clochard de Larry Fessenden ("The last winter") et Lloyd Kaufman (le papa de la Troma qu’on ne présente plus), représentant des parrains de qualité donc pour un premier film de genre !



Par ailleurs, le scénario est hyper référentiel car beaucoup d’œuvres vampiriques y sont abordées lors d’échanges verbaux entre nos deux adolescents à propos de productions plus ou moins réalistes ("Dracula untold", "Twilight",…), ou quand Milo visionne des films d'horreur sur son ordinateur, ou bien encore lorsqu’il emmène sa copine au cinéma pour voir "Nosferatu, fantôme de la nuit". Mais le script, n’est pas qu’une énumération ou un étalage de films d’horreur et il se veut beaucoup plus original car il joue en permanence sur une certaine ambiguïté quant à la réelle nature de Milo : adolescent sanguinaire ou véritable créature de l'ombre ? Le flou est donc constant, ce qui permet d’avoir du suspense. Lequel est entrecoupé de quelques scènes sanglantes, rapides et violentes et aussi de moments plus optimistes teintés de dialogues plus légers, entre l’adolescent et les quelques personnes qui tiennent à lui. C’est donc un film sur la question du bien et du mal dont il s’agit, mais aussi de la vie et de la mort et surtout, du passage à l’âge adulte d’un adolescent mal dans sa peau. Michael O’Shea déroule sa narration, plaçant la résolution dans le fait-divers, nous ramenant à la réalité telle qu’elle peut être. La fin d’une justesse toute trouvée est donc le très beau point d’orgue de ce petit film faisant figure de bête de festivals indépendants, ce qui pourrait être son point faible car certains pourraient le trouver un tantinet poseur...



Ainsi, le mythe du vampire trouve toujours sa place au cinéma et ses déclinaisons sont nombreuses. Dans Transfiguration, la figure mythique du buveur de sang soi-disant éternel se fait au travers de Milo, un petit black habitant dans le Queens qui est filmé à travers ses rapports sociaux. L’ambiance austère, la musique troublante, ajoutées à une photographie lugubre des zones urbaines appauvries renforcent le style documentaire et la crudité de quelques situations semblant réelles créeront un certain malaise dont le spectateur pourrait ne pas se remettre. Le premier long-métrage de Michael O’Shea profondément mélancolique s’avère donc fortement recommandable pour tout fan de réalisme qui se respecte.









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