RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Cliquez pour noter..
Une jeune journaliste américaine part en Roumanie pour enquêter sur la mort d’une nonne des suites d’un exorcisme ayant duré trois jours. Désireuse de lever le voile sur cette affaire (un meurtre déguisé derrière un pseudo-exorcisme ou un réel exorcisme qui a mal tourné ?), elle va progressivement découvrir que cette histoire est bien plus complexe qu’elle n’en avait l’air... et que notre Démon court toujours...



L'AVIS:

Tous les cinéphiles amoureux du fantastique connaissent forcément le réalisateur français Xavier Gens à qui l’on doit principalement les films "frontière(s)", "the divide" ou encore "cold skin", sans oublier des segments dans "ABC of death" et "the theatre bizarre 2 : Grand guignol" ou encore une quarantaine de vidéo-clips.

C’est aujourd’hui sur "the crucifixion" que nous allons nous poser : un film de possession/exorcisme qui est passé quasi inaperçu dans la filmographie de son réalisateur, à l’inverse du très intéressant "cold skin" réalisé dans la même période et ayant quant à lui fait une sympathique petite virée en festivals.
C’est donc avec une bonne dose d’impatience (je ne suis pas insensible, bien au contraire, vis-à-vis du très bon travail de Xavier Gens, n’en déplaise aux détracteurs de son pourtant très jouissif "frontière(s)") mais aussi de questionnements (pourquoi diable n’a-t-on quasi pas parlé de ce film ?) que je me plongea dans cette histoire de possession.

Bon, soyons clairs, le registre « possession/exorcisme » est devenu à ce jour un phénomène de mode : nombreuses œuvres sortent sur ce thème, beaucoup s’influençant les unes les autres pour ne laisser transparaître bien souvent que des travaux sans réel intérêt, des vulgaires copiers-collers parfois indigestes voire même risibles...
Encore aujourd’hui, les deux grands films illustrant au mieux ce registre filmique sont sans conteste les deux longs métrages issus des Seventies "l’exorciste" ("the exorcist", William Friedkin 1973) et "la malédiction" ("the omen", Richard Donner 1976).

Difficile à ce jour de trouver de bons films traitant de possession et d’exorcisme même si certains parviennent encore à nous émoustiller comme ce fut le cas par exemple en ce qui me concerne de "le projet atticus" de Chris Sparling avec son approche scientifique et politico-économique, ou encore "l’exorcisme d’Emily Rose" de Scott Derrickson avec son affaire portée au tribunal. Deux films qui apportaient effectivement du sang neuf et réussissaient à se frayer un petit chemin vers les meilleurs réalisations dans ce registre beaucoup trop représenté dans le cinéma actuel (qui a parlé d’overdose ?)

Sans être des chefs d’œuvre (loin de là pour certains), d’autres se sont fait une place dans la lumière en proposant une petite touche d’originalité bienvenue (ne s’arrêtant pas à l’exorcisme de 30 minutes vu et revu autour duquel je brode un peu par-ci par-là...). Ce fut le cas entre autres de "délivre-nous du mal" de Scott Derrickson pour son enquête à multiples rebondissements, "devil inside" de William Brent Bell avec son approche found-footage, "le rite" de Mikael Hafstrom qui nous plongeait en plein Vatican, "incarnate" de Brad Peyton dans lequel le démon est vu comme un parasite qui parvient à contrôler son hôte par le biais de ses rêves, ou encore "the inhabitant" de Guillermo Amoedo avec son cambriolage qui tourne à l’horreur...



Et c’est justement dans cette dernière catégorie que je place volontiers "the crucifixion" de Xavier Gens : un petit film sans grande prétention mais qui évite les écueils et autres grosses ficelles que nous retrouvons beaucoup trop dans ce registre sur-représenté dans le cinéma fantastique pour finalement nous offrir une petite enquête certes pas bien originale mais dont l’ambiance générale et la réalisation sont plutôt bien léchées il faut l’admettre. Un petit plus qui le démarque de bien d’autres productions sans pour autant le hisser dans le haut du panier soyons honnêtes.

La Roumanie : ses petits villages lugubres, sa brume persistante, son folklore mystérieux tout en étant angoissant, ses superstitions, et ses morts vivants légendaires aux grandes dents. Un cadre saisissant et une atmosphère adéquate pour réaliser un film dont le Diable et les démons sont au cœur des préoccupations.

Xavier Gens ne manque pas par ailleurs de nous emmener avec lui et sa caméra dans les couloirs sombres et froids d’un vieux monastère (l’occasion de pénétrer également dans ses chambres tristes et glaciales), dans l’artère principale d’un village plongé dans l’obscurité de la nuit où se déroule une fête intrigante assimilable à Halloween où masques de démons et flambeaux se succèdent (mais aux touches peut-être un peu plus ténébreuses), dans une vieille propriété reculée dont nous franchirons l’enceinte sous une pluie battante et où l’apparition d’un chien vous fera soudainement bondir de votre siège (comme l’avait fait un certain Richard Donner en 1976...), dans la chambre de ce petit hôtel modeste où séjourne notre journaliste et en proie à des manifestations surnaturelles une fois la nuit tombée, ou encore dans des champs s’étendant à perte de vue et qui plus est une fois de plus guidés par la seule lumière de la lune...

Bref, vous l’aurez compris, tout semble présent pour nous offrir un cadre attrayant, une ambiance et une atmosphère lugubres et frissonnantes.
D’ailleurs, Xavier Gens se permettra quelques jumpscares bien fichus et savamment dosés (rares sont ceux qui feront l’effet d’un pétard mouillé, notre réalisateur n’abusant pas de ce stratagème parfois un peu facile pour nous effrayer), ainsi que des visions cauchemardesques (avec comme éléments clés des insectes et des cendres que nous retrouvons à plusieurs reprises, comme pour symboliser la putréfaction, la pourriture...) parsemées à divers endroits du récit sans pour autant devenir envahissantes là aussi.
Des procédés peut-être classiques dans ce genre de production mais qui viennent contribuer à donner cette atmosphère sombre et glaciale presque omniprésente. Probablement le grand point fort de ce long-métrage !



Esthétiquement séduisant (comme bien souvent dans le cinéma de Xavier Gens) et minutieux dans les détails et les plans choisis, le rythme est également un point fort de "the crucifixion". Force est de constater que malgré des défauts indéniables dans le scénario (nous en parlerons dans le paragraphe suivant), on parvient à nous tenir en haleine, non pas forcément grâce à l’intrigue mais une fois de plus grâce à l’ambiance générale qui découle de tous ces procédés vus juste avant. Par ailleurs, le casting d’honnête facture n’entache pas la bonne lecture du film de Xavier Gens. Autre bon point.

Par contre, là où nous ne pouvons qu’être déçus de "the crucifixion", c’est dans son scénario.
Alors que l’intrigue s’avérait prenante au départ, intelligente même (on nous questionne sur l’importance de la foi dans cette enquête où nous oscillons entre réelle possession d’une nonne, maladie mentale de cette dernière ou meurtre pur et dur d’un déséquilibré agissant au nom de Dieu...), cette dernière va rapidement basculer dans la facilité pour finalement répondre à toutes nos questions en quelques minutes seulement (et sans grande originalité, rien d’extraordinaire ne nous étant dévoilé et on perd même du temps à nous expliquer quelque chose que nous avons parfaitement compris depuis plusieurs minutes déjà...) dans un final très vite expédié.

Les incohérences, certes pas nombreuses, sont malheureusement de taille et perturbent quelque peu la bonne lecture du film. Entre un exorcisme final qui prend une poignée de minutes (alors que celui de la malheureuse nonne a duré trois longues journées en début de film), ou encore des villageois roumains (notamment des fermiers perdus dans la campagne avoisinante...) qui maîtrisent parfaitement la langue de Shakespeare et un rédacteur en chef qu’il est très facile de convaincre (alors qu’il était très fermé au départ à l’idée d’envoyer sa jeune journaliste enquêter en Roumanie), difficile d’apporter beaucoup de crédibilité à cette intrigue qui malheureusement présente des erreurs trop grossières à mon goût.

On appréciera toutefois que l’on nous ait dispensés du sempiternel exorcisme long et chiant, vu et revu, tel qu’on le voit (ou parfois même subi) bien trop souvent dans les films de possession/exorcisme !



"The crucifixion" est au final un film bancal. Un film qui ne marquera nullement d’une pierre blanche la filmographie de son réalisateur que nous apprécions pourtant beaucoup à horreur.com pour une grande partie de la Rédaction. La faute à un scénario trop basique (mais qui tient en haleine dans sa première partie), des révélations trop convenues, des incohérences grossières...

Un film qui mérite toutefois d’être vu pour son ambiance glauque, son atmosphère glaciale, son cadre des plus sinistres ainsi que ces petits moments d’effrois (des visions cauchemardesques et des jumpscares efficaces sans être trop présents) et son souci du détail. A ce niveau-là, on reconnait bien le travail de Xavier Gens (la réalisation est bien léchée) et c’est vraiment dommage qu’on lui ait apporté cette histoire de possession/exorcisme sur un plateau en inox et non en argent...








Du même réalisateur :

COLD SKIN
FRONTIERE(S)
DIVIDE - THE