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Samuel est sensible. Samuel est seul. Samuel ne vit que pour la musique punk/hardcore et les films d’horreur underground. Samuel est incompris. Samuel repense souvent à sa rupture avec Eva. Alors Samuel, dans les moments difficiles, parle au Diable…



L'AVIS:

Fondé en 2013 par Rémy Barbe, le collectif « Les Films de La Mouche » a déjà quelques courts métrages au compteur dont certains ayant été récompensés en festival ("Margaux" primé au PIFFF en 2016, "Le jour où maman est devenue un monstre" deux fois primé au Pérou et surtout "Et le Diable rit avec moi" primé à Gérardmer en 2018 et aux Hallucinations Collectives de Lyon cette même année). Un collectif formé de trois membres (Rémy Barbe, Joseph Bouquin et Joséphine Hopkins) qui ne cesse de nous étonner par la qualité des courts métrages dont il nous gratifie depuis quelques années maintenant.

Aujourd’hui, nous allons nous poser sur "Et le Diable rit avec moi", court-métrage de Rémy Barbe qui en a fait son projet de fin d’études. Produit par l'ESRA (Ecole Supérieure de Réalisation Audiovsuelle), ce film, comme déjà cité un peu plus haut, a remporté le Prix du Meilleur Court-Métrage au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2018 ainsi que le Prix du Jury Lycéen aux Hallucinations Collectives 2018 à Lyon.
Notons par ailleurs que ce court-métrage a été projeté dans plusieurs festivals (l’Etrange Festival 2017, le Razor Reel Flanders Film Festival 2017, le Courts Mais Trash 2018 ou encore le Sadique-Master Festival 2018) : une exposition remarquée et amplement méritée !

Intelligent, onirique, viscéral et subversif sont les mots qui me viennent à l’esprit pour qualifier ce court-métrage qui a fortement retenu mon attention (à l’heure où j’écris ces lignes j’en suis à mon cinquième visionnage) et dont Rémy Barbe nous parle plus en détails dans une interview qu’il nous a accordée et qui est disponible sur le site (une interview que nous vous conseillons fortement de lire si vous voulez en savoir davantage sur le phénomène "Et le Diable rit avec moi", cet entretien complétant parfaitement cette chronique).

Alors que vaut réellement ce fameux "Et le Diable rit avec moi" qui commence à se faire un petit nom dans le cinéma de genre hexagonal par le biais notamment de sa belle exposition en festivals ? Réponse dans les paragraphes qui suivent !



"Et le Diable rit avec moi" est ce que nous pourrions appeler un « film d’horreur psychologique subversif et alternatif ».

Psychologique car nous pénétrons ici dans le cerveau malade de Sam, une personne fragilisée des suites d’une rupture amoureuse qui vit seul, reclu, et qui semble terriblement influençable vis-à-vis du Monde extérieur. Un Monde extérieur dont il se protège en s’isolant dans son appartement où il s’abrutit de films d’horreur underground et peint des toiles sombres et inquiétantes le restant des journées... quand ce dernier ne parle pas à cette étrange silhouette tapie dans la pénombre de son séjour mal éclairé.que l’on nous dépeint ici comme le Diable en personne !

Car, contrairement à ce que beaucoup annoncent après avoir vu "Et le Diable rit avec moi", nous ne sommes pas face ici à un simple film d’horreur violent et saignant (même s’il faut bien reconnaître que le final sanguinolent – orchestré par le chef maquilleur SFX David Scherer - bien remuant et totalement barré dans lequel Sam « finit par s’ouvrir aux autres » fait son petit effet). Ce côté subversif et alternatif du projet (permis entre autres par ce mélange entre drame psychologique et paranormal, ces hallucinations amorales et intrigantes ou encore ces excès de violence matinés d’hémoglobine sous fond de musiques entêtantes et hardcores) confère au court-métrage de Rémy Barbe une singularité indéniable, un traitement original de cette folie qui s’accapare progressivement de notre malheureux Sam.

Le collectif « Les Films de La Mouche » aime donner naissance à des projets délivrant une ou plusieurs thématique(s) basée(s) sur des phénomènes de société nous parvenant dans des écrins alternatifs.
Dans "Et le Diable rit avec moi", nous abordons (à la manière du film français "La nuit a dévoré le Monde" de Dominique Rocher) une thématique fort préoccupante dans notre société d’aujourd’hui : l’isolement / la solitude, fortement liés à la dépression (dont elle peut être l’origine ou la conséquence), qui entraînent parfois les plus fragiles d’entre nous dans la folie (tout commence par des hallucinations puis la perte de ses moyens...). Combien, suite à un élément déclencheur malheureux (ici une rupture amoureuse), finissent par s’isoler à tel point que le moindre rapport avec le Monde extérieur peut ensuite rapidement devenir destructeur (fragiles, ces personnes deviennent facilement influençables/manipulables et notre pauvre Sam, un brin naïf, en fera notamment les frais à deux reprises...) ?
La dépression (parfois due au stress, à la pression exercée par la hiérarchie ou comme ici à une vie sentimentale chamboulée...) et l’isolement (la geek-attitude ou les réseaux sociaux sont un bel exemple parmi tant d’autres de notre société actuelle) sont des thématiques fortes qui touchent nombre d’entre nous et qui nous sont dépeintes ici avec des conséquences se prêtant bien entendu au cinéma fantastique (nous flirtons avec le paranormal avec ces apparitions du Diable, puis nous plongeons dans des excès gores - qui pourront rebuter les moins habitués d’entre nous – avec notamment ce dernier acte qui vous rappellera probablement un certain "maniac" de William Lustig).



Justement, les clins d’œil sont nombreux dans le court-métrage de Rémy Barbe, témoignage d’une réelle passion pour le cinéma de genre assurément ! Des clins d’œil qui explorent justement les thématiques explicitées ci-avant (l’isolement, la dépression, la folie, le caractère influent de certaines personnes...) avec notamment en tête de liste un poster de "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper (une affiche apparaissant pile au moment où l’on traite Sam d’autiste justement, avant que cela ne tourne à la folie meurtrière...), des dvds de "Kill list" de Ben Wheatley et "Angoisse" de Bigas Luna dans un vidéo-club de quartier (pour le côté « secte / influence » car ce petit magasin demeure l’unique point de repère de Sam dans le Monde extérieur, une fois sorti de son appartement, et donc ce dernier exerce forcément sur lui une attirance et une influence certaines et inévitables).
Des clins d’œil pertinents et disséminés à plusieurs endroits du récit et que vous prendrez certainement plaisir, comme moi, à découvrir et surtout à déchiffrer ! (la thématique de la religion est également très présente et vous passerez assurément un bon petit moment à chercher tous les détails qui font référence à la religion dans le film de Rémy Barbe)

Autre preuve de l’intelligence et de l’originalité du scénario proposé ici dans "Et le Diable rit avec moi", ce dernier laisse libre court à l’interprétation et ne vous donnera pas d’explication toute-faite. A vous d’interpréter ce que vous venez de voir car le court-métrage de Rémy Barbe possède plusieurs niveaux de lecture permis notamment par ces incursions tantôt dans le monde réel, tantôt dans les hallucinations et pensées d’un cerveau malade (nous nageons parfois en plein surréalisme) et tantôt dans le paranormal (les discussions avec le diable) qui poussent le public à extirper de ce grand voyage entre réel et fantastique les informations qui lui paraitront indispensables à la « bonne » lecture du film. Une lecture simple (qui conviendra à certains), une lecture plus réfléchie ou enfin une lecture réfléchie et analysée (de laquelle nous allons sortir des thématiques, trouver des clins d’œil......).
Alors, notre malheureux Sam est-il réellement en proie au Diable (qui verrait alors en lui un être fragile et facilement endoctrinable/influençable, autrement dit une proie facile) ou sombre-t-il plutôt dans une folie destructrice (le Diable serait alors une hallucination et lui seul serait l’unique responsable de ces actes barbares dont nous sommes témoins) des suites d’une dépression l’ayant poussé à s’isoler du Monde ? Quelque soit la version choisie, les thématiques, elles, restent inchangées et apportent un réel message à ce court-métrage très ancrée dans un phénomène de société (la détresse de personnes seules, fragiles et démunies) par contre lui bien réel.

Nous retiendrons enfin de "Et le Diable rit avec moi" la remarquable interprétation de l’acteur Mathieu Lourdel (déjà vu dans le court-métrage "Justines" du même collectif « Les Films de La Mouche ») dans la peau de Sam. Un personnage très complexe aux multiples facettes (ténébreux, mystérieux et anxieux, ce dernier va également se montrer totalement barré et ultraviolent à la manière d’un Alex dans "Orange mécanique") que le jeune homme parvient à incarner avec brio. Un jeu d’acteur épatant qui donne clairement un gros plus à cette production déjà bien léchée ! (à noter également la présence remarquée et bienvenue de Jackie Berroyer dans le rôle du disquaire)



Œuvre atypique dans le paysage fantastique francophone, "Et le Diable rit avec moi" est un petit bijou maîtrisé, intelligent et subversif. Alarmant (nous sommes dans un drame psychologique ne l'oublions pas) tout en étant viscéral et jouant la carte de l’alternatif (ce qui ne plaira peut-être pas aux moins initiés), l’œuvre de Rémy Barbe primée à Gérardmer en 2018 témoigne d’un savoir-faire indéniable qui laisse présager un bel avenir à son géniteur... ainsi que pour le cinéma de genre français par la même occasion !








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