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Sam, un représentant de commerce, part à la recherche de nouveaux clients dans le désert californien. Ne parvenant pas à rencontrer la moindre personne dans ce coin paumé des Etats-Unis, Sam désespère, d’autant plus qu’il ne parvient à joindre ni son chef ni son épouse. Une solitude qui le pèse et que seule la voix d'Eddy, un animateur radio dont il écoute l’émission dans sa voiture de fonction, parvient à lui faire garder le contact avec le monde extérieur. Mais voilà, Eddy informe ses auditeurs du déroulement de la traque d’un tueur en série par la Police et Sam s’aperçoit rapidement que c’est lui qui est la cible des Forces de l’Ordre qui voient en lui le tueur d’enfants que tout le monde recherche dans la région...



Présenté entre autres à l’Etrange Festival, au FEFFS, aux Utopiales de Nantes, au PIFFF et à Gérardmer, voilà bien un film qui a fait la tournée des festivals français de films fantastiques sur 2016-2017 ! (et je ne parle pas de son passage par le fameux Sitges en Espagne...)
Mais quel est donc ce film fortement mis en avant en festival ? Hé bien son petit nom c’est "Sam was here", et on peut le retrouver dans les bacs en France sous le titre "Némésis".

Réalisé par le français Christophe Deroo, ce petit film (1h13 au compteur) est une œuvre à part dans le cinéma fantastique. Mélange habile de science-fiction, de thriller et de survival, cette chasse à l’homme sous forme de road-movie en plein désert californien puise son inspiration auprès de nombreux grands classiques du cinéma fantastique (impossible de ne pas penser à "la quatrième dimension" ou à "la colline à des yeux" par exemple) tout en développant sa propre personnalité et se démarquant par des idées fort originales et des thématiques abordées intelligentes.

Nous retiendrons notamment du film de Christophe Deroo une habileté et une technique incroyables pour réussir à maintenir le spectateur en haleine du début à la fin (oui le film ne fait qu’1h13 me direz-vous...), sans pour autant nous balancer des scènes d’action à gogo comme nous pouvons en voir à foison dans la plupart des road-movies mettant en scène une chasse à l’homme ou un tueur en série de manière générale (le rythme est souvent lent dans "Sam was here" mais sans être soporifique pour autant, entendons-le bien !)



Car "Sam was here" va rapidement à l'essentiel et nous plonge d’emblée dans un climat d'insécurité, une ambiance oppressante/austère dont la tension va aller crescendo sans plus jamais relâcher le spectateur.

Une impression de solitude (Sam ne croise personne sur sa route, ne parvient pas non plus à joindre son épouse ou son directeur...), d’isolement (à la manière d’un certain "rubber" de Quentin Dupieux auquel le film fait cruellement penser dans ses décors, nous sommes ici en plein no man’s land) et d’insécurité (un policier attaque Sam avec une motivation des plus redoutables, puis ce seront des rednecks qui s’en prendront à lui... Des protagonistes dont il est difficile de voir les visages, un paramètre qui alimente encore plus cette angoisse déjà bien présente) nous envahit et se fait de plus en plus ressentir dans cet arrière-pays américain dépeint de façon si sale (terrain vague, carcasses de voitures), pauvre (un motel vide et délabré, des personnes vivant dans des roulottes vétustes) et surtout hostile.

Seule la radio locale alimentée par un certain Eddy, animateur d’une émission visiblement très écoutée par la population qui n’hésite pas à réagir en direct (mais que nous ne voyons pas... C’est quand-même très surprenant !), permet à Sam d’avoir un lien avec le Monde extérieur, perdu dans ce désert qui s’étend à perte de vue.
Une ambiance anxiogène et une impression de solitude qui nous feraient presque croire que nous sommes dans un monde à part, un monde irréel, comme semble nous l’indiquer d’ailleurs de manière habile cette musique électronique de très bonne facture et aux touches carpenteresques qui nous renvoie vers le milieu de la science-fiction et de l’étrange...



Grâce à une intrigue implacable, refusant de nous donner trop de détails et préférant nous laisser imaginer tout et n’importe quoi au sujet de ce qui se trame autour du malheureux Sam, le spectateur est logiquement happé par les mystères qui flottent au-dessus de ce scénario.

Un scénario pourtant pas si étoffé au final mais diablement efficace du fait qu’il ne révèle pas grand chose (nous suivons Sam dans sa mission de porte-à-porte avant de se mettre à fuir à ses côtés quand un policier et des rednecks viendront s’en prendre à lui : un survival ni plus ni moins mais se refusant de dévoiler son essence, le pourquoi du comment de cette chasse à l’homme imprévue pour ne pas dire saugrenue) et se contente de nous laisser entrevoir des pistes plus ou moins réalistes (nous nous surprenons à abandonner les voies du réel et du rationnel pour aller chercher du côté du surnaturel, cette lumière rouge vue dans le ciel à plusieurs reprises intriguant fortement le spectateur qui pense alors inévitablement à la piste extraterrestre).

On dit souvent que parmi les grands films fantastiques se trouvent ceux qui laissent matière à réfléchir, ferment la page sur des questionnements et refusent de donner une explication toute faite et servie sur un plateau d’argent.
Et Christophe Deroo choisit judicieusement de laisser le public donner libre cours à son imagination et à sa réflexion pour interpréter cette chasse à l'homme virevoltante que nous venons de vivre.

Plusieurs lectures sont ainsi possibles et chacun se fera sa propre idée de ce qu’il vient de voir.
Sans véritablement spoiler (je ne parlerai pas du final de "Sam was here" rassurez-vous mais libre à vous de stopper la lecture ici et de la reprendre en-dessous de la prochaine capture d’écran !), je pense pour ma part que le film de Christophe Deroo porte sur une thématique malheureusement fortement ancrée dans notre civilisation actuelle et faisant parfois des dégâts d’ordre moral : la diffusion de fausses informations/rumeurs.

Nous savons par expérience et suite à de nombreuses études sur le sujet qu’une fausse information colportée par les médias (ici la radio d’Eddy) et/ou les réseaux sociaux touche bien plus de monde qu’une véritable information. Dans "Sam was here", il semblerait que notre malheureux commercial soit en effet en proie à un complot, une machination (soit l’œuvre de personnes un poil sadiques balançant des fausses rumeurs dans l’unique but d’envoyer un pauvre gars au lynchage perpétré par une population révoltée, soit des personnes ayant réellement tué et faisant porter le chapeau au premier venu qui passe par là) : nous voyons bien que Sam est suivi et surveillé (caméras, coups de téléphones, messages transmis...) et il semblerait même bien que ce dernier soit filmé par ces mêmes personnes qui veulent le voir se faire lyncher par la population locale, attristée par la mort de cette fillette (cette fameuse diode rouge que nous percevons à plusieurs reprises ne représente-t-elle pas tout simplement l’éclairage du bouton « record » d’une caméra qui filmerait le périple du pauvre Sam ?).

A cela se pose également la réflexion sur le degré d’influence des médias et des réseaux sociaux. Eddy, dans son émission de radio où il demande aux auditeurs de « cracher leur venin », sait attiser le feu (il fait interagir les auditeurs au sujet du « salaud » qui a tuer une fillette sans défense) mais sait surtout également comment influencer/diriger une population en grande partie très influençable dans ses régions reculées où les rednecks vivent dans la misère et ne semblent pas tous fut-fut, excusez-moi le terme... Et quoi de plus facile que de propager une fausse rumeur (et notamment ici l’identité d’un faux coupable) auprès d’une population très influençable, d’autant plus que les gens sont très affectés par ce meurtre répugnant dont Eddy ne cesse de leur parler pour bien leur bourrer le crâne...



Au final, que retenir du film de Christophe Deroo ?
Une sensation d’insécurité et d’isolement fort bien rendue, une intrigue qui garde une grande part de mystère et tient en haleine le spectateur du début à la fin du film, un rythme infernal sous fond de musique carpenteresque tonitruante, une chasse à l’homme réaliste et enfin des thématiques abordées intelligentes qui génèrent nombreux questionnements et réflexions sur la société d’aujourd’hui : voilà les ingrédients essentiels dans la réussite de ce petit film à la réalisation bien léchée!
"Sam was here" est un film à découvrir assurément !








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