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Alors qu’elle attend un premier enfant, la jeune et riche Ana embauche Clara, une jeune infirmière vivant seule dans la banlieue pauvre de Sao Paulo, pour l’aider à préparer l’arrivée du bébé et devenir ensuite sa nounou. Les deux jeunes femmes de milieux diamétralement opposés vont rapidement tisser des liens de plus en plus forts, jusqu’à une nuit de pleine lune où tout va basculer...



L'AVIS:

"Les bonnes manières" : ce film ne vous dit peut-être rien et pourtant ce dernier a fait parler de lui dans deux festivals français que sont l’Etrange Festival et le Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.
En effet, lors de l’édition 2017 du festival parisien précédemment cité, ce film franco-brésilien réalisé par Juliana Rojas et Marco Dutra avait remporté le Prix du Public. Puis il repartit des Vosges l’année suivante avec le Prix du Jury (ex-æquo avec "les affamés" du canadien Robin Aubert) et le Prix de la Critique, rien que cela ! Cela méritait bien une petite chronique sur notre site non ?

Avant toute chose, tenons juste à préciser que votre dévoué rédacteur ne fera pas ici de spoiler dans le sens où l’affiche-même du long-métrage "les bonnes manières" trahit une partie de son secret. En effet, la lycanthropie est clairement mise en évidence sur l’affiche du film, qu’il s’agisse du visuel original brésilien ou de celui projeté dans les festivals ou dans la poignée de salles obscures hexagonales ayant diffusé le film. Dire que "les bonnes manières" met en scène un loup-garou ne constitue donc pas un spoiler dans le sens où toute personne voyant l’affiche du film est mise d’emblée au parfum.

Pourquoi tant d’éloges sur ce film franco-brésilien pourtant rapidement retombé dans l’anonymat une fois sa tournée des festivals terminée ? Hé bien tout d’abord parce que nous avons affaire ici à un concept quelque peu original dans le sens où notre duo de réalisateurs nous offre là un mélange des genres jusque là rarement assemblés et encore moins combinés avec un contexte socio-politique fort d’où découlent un véritable plaidoyer sur la différence et un pamphlet social.
Entendons par là que "les bonnes manières" multiplie les genres filmiques, allant de la romance au fantastique en passant par le conte de fée et la comédie musicale, rien que cela !

Véritable conte subversif (le conte de fée du départ va rapidement virer au cauchemar), "les bonnes manières" joue la carte de l’allégorie politico-sociale tout en faisant passer le spectateur du rire (comédie noire, comédie musicale) aux larmes (un final émouvant et larmoyant) sans en oublier la dimension fantastique du projet et tout ce que cela suggère (doutes, inquiétudes, effrois... chez le spectateur).



Pour ce faire, "les bonnes manières" se divise en deux parties d’une durée similaire pour un final dépassant de peu les deux heures.

La première partie du film nous met d’emblée face à cette lutte des classes, ce fossé entre deux mondes bien distincts. Une jeune femme noire issue des quartiers pauvres de Sao Paulo se rend à un entretien d’embauche chez une jeune femme blanche aisée vivant dans les quartiers riches et illuminés de la ville. On parcourt en la présence de la réservée Clara l’appartement moderne et huppé de la pétillante Ana ; une visite qui sonne un peu comme un rêve inaccessible pour Clara qui, comme on le verra un peu plus tard après son entretien auprès d’Ana, retrouve son logement dans les favelas (quartiers pauvres et délabrés, séparés de la ville riche et moderne par un grand pont marquant clairement une séparation physique entre ces deux mondes socialement différents) où promiscuité et fin de mois difficiles sont le quotidien des habitants de ces quartiers.

Des inégalités sociales entre les deux femmes qui ne vont toutefois pas empêcher leur rapprochement, une alchimie naissant rapidement entre l’employeuse et l’employée que tout semblait pourtant opposer au départ. Un début onirique sous fond d’histoire d’amour entre ces deux femmes qui vont alors gommer leurs relations hiérarchiques au profit d’une relation amoureuse.
Une tranche de vie merveilleuse pour Clara qui malheureusement va rapidement être en proie à des inquiétudes et de la peur quand cette dernière va constater chez Ana des crises de somnambulisme les nuits de pleine lune, des envies carnassières préoccupantes...



Un incident tragique (Ana décèdera suite à l’accouchement de son enfant) clôturera cette première partie que beaucoup reprocheront d’avoir été un poil trop longue et lente (le principal défaut relevé par les festivaliers lors de mes conversations dans les files d’attentes au festival de Gérardmer).
Passés les quelques moments d’angoisse et d’effroi de la fin de la première moitié du film, une ellipse de sept ans tout de même fera le lien avec une seconde partie dans laquelle notre chère Clara vit à présent une relation mère/fils fusionnelle, cette dernière s’étant refusée à abandonner le fils de sa regrettée amante.

Du fait de la particularité de cet enfant (on cultivera ici un véritable plaidoyer sur la différence) qui s’avère être un loup-garou, Clara voit sa vie privée quelque peu chamboulée, celle-ci devant garder ce lourd secret tout en essayant de vivre une vie « normale » (même si cette dernière a semble-t-il tiré un trait sur l’amour autre que celui maternel).
L’instinct et l’amour maternels comme seule arme contre les instincts meurtriers et sauvages d’un fils tant aimé, seul « vestige » d’un amour passionnel vécu sept ans auparavant avec la mère biologique de cet enfant pas comme les autres.

Un basculement vers le film de monstre qui ne manquera pas d’effrayer le spectateur mais également de l’attendrir, voire même de lui tirer quelques larmes dans un final émouvant qui se permettra un sympathique clin d’œil à un certain Frankenstein (mais chut, n’en disons pas plus !)

Alors oui nous pourrons reprocher à cette seconde partie du film de Juliana Rojas et Marco Dutra des incohérences (ou facilités) scénaristiques (comment Clara est-elle parvenue à cacher ce lourd secret tout ce temps ? Qui a bien pu construire cette pièce secrète qui s’avère être une véritable cellule où le jeune Joel passe ses nuits de pleine lune attaché avec des chaînes ?...), oui certains effets numériques sont parfois perfectibles sur notre bête poilue à quatre pattes (toutefois n’exagérons rien, le rendu est tout de même appréciable) mais ne boudons pas notre plaisir face à ce conte noir et si symbolique (un beau plaidoyer sur la différence et un pamphlet social illustrés de façon fort originale) que représente "les bonnes manières".



Drame social poétique mettant en avant la lutte des classes au Brésil, le tout sous forme de film de monstre (allez, osons le faux spoiler : oui il s’agit bien d’un loup-garou comme vous vous en doutez fortement en regardant l’affiche du film !), "les bonnes manières" saura vous angoisser, vous effrayer, vous faire rire et peut-être même vous mettre la larme à l’œil!
Les inégalités sociales et les luttes contre les différences sont clairement le fil d'Ariane de ce film qui nous plonge tantôt dans un Sao Paulo beau, riche, moderne et séduisant et tantôt dans les favelas de la ville où les petites maisons en ruine témoignent de la misère d'un peuple pourtant pas très loin, juste de l'autre côté du pont...
Un beau voyage outre-Atlantique dépaysant (des interludes sous formes de comptines et chansons d'Amérique Latine, des fêtes traditionnelles...), au rythme allant crescendo (certains pourront peut-être reprocher quelques lenteurs dans la première partie du film) jusqu'à un final certes prévisible mais tellement émouvant. Chapeau bas!








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