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En pleine période de guerre froide, Elisa Esposito, modeste employée dans un complexe gouvernemental ultrasecret américain, mène une existence assez terne et isolée. Cette jeune femme est d’autant plus seule qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’avec sa collègue Zelda, elles découvrent une expérience encore plus secrète que les autres : celle basée sur celui que les scientifiques nomment « l’actif », un être amphibien en provenance d’Amérique du sud où les Indiens le considéraient comme un dieu mais qui est ici, molesté par Strickland, le chef de la sécurité. Fascinée par la créature, Elisa va tenter de communiquer avec elle…



Long-métrage ayant reçu quatre Oscars en 2018 (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleurs décors et direction artistique et meilleure musique de film, rien que ça !), sans compter des récompenses aux Golden Globes et à la Mostra de Venise, La forme de l’eau (« The shape of water » chez nos amis américains) est pourtant ce que l’on appelle - et sans faire de jeu de mots balourd- un beau pétard mouillé ! Présenté partout et depuis longtemps comme un chef-d’œuvre, voire son chef-d’œuvre, le dernier métrage de Guillermo Del Toro ("L’échine du diable", "Blade 2", la franchise des "Hellboy", "Le labyrinthe de Pan", "Pacific rim", "Crimson Peak") jouit d’une réputation totalement usurpée. Malgré des qualités esthétiques indéniables louées çà et là, il pèche toutefois à plusieurs niveaux. Au premier rang de ceux-ci figure le script. En effet, l’histoire est d’une platitude super prévisible : il y a très peu de rebondissements avec, en apothéose, un happy end hollywoodien de rigueur et donc aucune prise de risque scénaristique. On aurait tellement aimé quelque chose de plus tragique pour compenser le côté mollasson de la romance car c’est bien de cela dont il s’agit avant tout !



Malheureusement, on ne croit pas du tout à cette histoire d’amour ! Certes, ça change des sempiternels contes de fées où la princesse embrasse le crapaud qui se transforme derechef en prince charmant, seulement c’est amené tellement vite qu’on peine à y adhérer. C’est vrai quoi, elle lui donne deux œufs durs, lui fait écouter trois morceaux de musique sur son tourne-disque et ça y est, c’est le « big love » ! Ce côté elliptique de la romance est d’autant plus fâcheux que Del Toro s’attarde sur des scènes sans intérêt comme le quotidien de certains protagonistes principaux ! Effectivement, certaines scénettes de la vie courante de Zelda, la collègue d’Elisa, véritable « bonne à tout faire » à domicile de son mari ou encore celles des journées du chef de la sécurité du laboratoire, Richard Strickland, avec sa femme, et enfin celles avec Giles, le voisin de palier d’Elisa, illustrateur de son état, discutant avec un barman fort à son goût, n’ont que très peu d’intérêt dans le déroulement de l’intrigue mis à part celui de voir que ce sont des personnes finalement seules et frustrées qui n’attendent donc qu’un déclic pour franchir leur zone de confort. Un peu facile tout de même ! Alors quand en plus il semble y avoir des failles scénaristiques comme celle de l’attente pour libérer la créature (l’action prend lieu et place à Baltimore, pas si loin que cela de l’océan et on attend que le canal y conduisant soit ouvert pour libérer la créature !?), on se dit que la déception commence à être vraiment grande ! Elle le sera d’autant plus que l’on a du mal à imaginer une structure américaine ultrasecrète où l’on peut se déplacer tranquillement et ce, même dans les endroits les plus surveillés sans jamais se faire attraper ! C’est pourtant l’exploit que réussit Elisa à maintes reprises avec ou sans comparse !



Alors, oui c'est beau l'amour, avec l'acceptation des différences de l’autre, mais c’est tout de même très naïf et la promesse du conte gothique semble alors très lointaine tant il y a peu d’originalité là dedans ! Et on pourra alors lui préférer le tragique "L’étrange créature du lac noir" dont Guillermo del Toro s’est inspiré pour le design de la créature ou encore "Splash" qui inversait les rôles et proposait plus humblement une vraie romance et du comique ! On pourra arguer aussi que c’est poétique lors des scénettes de ballets aquatiques, et que l’on voit des corps nus, ce qui change des canons Hollywoodiens, mais c’est vraiment trop peu marquant pour être transcendant !

Côté casting, Sally Hawkins ("Waz", "Godzilla (2014) " et…« Paddington » !!!) en muette découvrant l’amour et pourtant portée aux nues est cruche au possible alors que Richard Jenkins (vu pourtant dans "Bone Tomahawk", "Laisse-moi entrer", "La cabane dans les bois") incarnant son voisin Giles tenant plus du faire-valoir qu’autre chose, est d’une crédulité effarante vu son âge déjà avancé ! Seul Michael Shannon ("Dead birds", "Bug", "Man of steel", "Midnight special") dans le rôle du salaud de service est très bon, mais en même temps sort-il vraiment de son domaine privilégié lorsqu’il joue un tel personnage, lui qui est habitué à camper des salopards finis !? On retiendra également et ce, de manière anecdotique, la présence de Doug Jones dans le rôle de l’amphibien. Rappelons que cet acteur qui ne fait pas de vagues (quel jeu de mots !) est un habitué des rôles avec costume et maquillage puisque l’on peut le voir notamment dans : "Le labyrinthe de Pan", "Les 4 Fantastiques et le Surfeur d'Argent", "Hellboy" ou encore "The bye bye man", où la aussi, il avait l’un des premiers rôles.



Voici donc une romance qui ne provoque pas beaucoup d’émotions côté spectateurs car nantie d’une action plutôt faiblarde et d’un scénario très ingénu dans ses intentions. Certes, les décors sont inventifs, la photographie magnifique et la musique très bonne (cocorico Alexandre Desplat !) mais cela laisse de marbre d’autant que les personnages sont, dans l’ensemble, tous assez peu charismatiques et que c’est très manichéen comme approche car les méchants restent méchants et les gentils…gentils ! Bref, le réalisateur mexicain s’est fait plaisir, toutefois pas à nous, en nous offrant quelque chose d’hyper léché graphiquement d’accord, mais tellement superficiel pour tout le reste que c’est une réelle désillusion que voilà !