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A 9h du matin, dans un quartier madrilène, une personne sort d’un bar et se fait soudainement tirer dessus. Très vite, la rue se vide de ses passants et la petite poignée de clients du bar se retrouvent prisonniers à l’intérieur de l’établissement.



L'AVIS:

"Le jour de la bête", "action mutante", "mes chers voisins", "le crime farpait", "crimes à Oxford", "balada triste", "800 balles", "les sorcières de Zugarramurdi"... Qui ne connait pas Alex De La Iglesia ? Toi, cher lecteur ? Hé bien dis-toi qu’il n’est jamais trop tard pour découvrir la filmographie de ce cinéaste espagnol si talentueux qui nous divertit tant depuis le début des années 90 !

Un réalisateur qui n’a pas volé son hommage lors de la 25ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, hommage durant lequel nous avons pu justement découvrir en hors-compétition son petit dernier du moment intitulé "el bar" (sorti chez Netflix, en VOD et sur support laser chez nous sous le titre "pris au piège"). Un film passé dans plusieurs festivals en 2017 (dont notamment L’Etrange Festival, le festival de Malaga ou encore le NIFFF durant lequel il récolta le Méliès d’Argent du Meilleur Long-Métrage Fantastique Européen) qui finit donc son petit périple par la Perle Des Vosges pour le plus grand plaisir des festivaliers qui, comme moi, s’étaient refusé de voir le film avant sa projection à Gérardmer afin de le voir dans les meilleures conditions.



Impatient de découvrir le nouveau-né d’Alex De La Iglesia qui m’intriguait depuis plusieurs mois déjà suite à ses parutions en festivals, inutile de vous dire que cette attente a été récompensée car "el bar" est un bon divertissement, drôle et rythmé, avec des personnages hauts en couleur comme sait si bien nous en proposer le réalisateur espagnol !

Oui, "el bar" s’inscrit sans peine dans la pure tradition des films d’Alex De La Iglesia (soulignons que Jorge Guerricaechevarría, son fidèle co-scénariste, est bien-entendu encore de la partie ici), ce dernier nous plongeant dans une comédie fantastique qui contient son lot de personnages diversifiés et un brin décalés comme nous avons pu déjà en voir à de nombreuses reprises dans son cinéma (il suffit de se pencher sur ses deux premiers longs-métrages, "action mutante" et "le jour de la bête", pour s’en convaincre).

Un SDF quelque peu taré, une retraitée accro aux machines à sous, une vieille propriétaire de bar qui en a dans le pantalon, un ancien homme d’affaires très mystérieux et influant, un jeune homme aux allures de surdoué connecté, une working girl sortie tout droit d’une série télé ou encore un serveur naïf et très influençable... Tant de personnages aux caractères opposés et venant de milieux différents qui vont se retrouver enfermés dans ce petit bar de Madrid, en proie visiblement à un mystérieux sniper qui semble avoir élu domicile non loin de là, à l’extérieur, le viseur pointé sur la porte d’entrée de l’établissement devenu pour l’occasion la cachette de notre petit groupe de personnages dépeints ici.



Démarrant comme un huis clos (qui a parlé de "mes chers voisins" ?) social dans sa première partie avec son lot de dialogues drôles et savoureux comme sait si bien les distiller Alex de la Iglesia, "el bar" plonge rapidement les clients du bar (ainsi que le personnel) dans la méfiance, la paranoïa et la violence.
Un mort, puis deux morts : le danger venant de l’extérieur est bien réel ! Un danger d’autant plus préoccupant que les deux cadavres allongés sur le trottoir vont soudainement disparaître à la grande surprise de nos malheureux clients de bar, en proie à une peur collective finalement assez logique et prévisible dans pareille situation.

Car le constat est là : impossible (et surtout impensable) de sortir du bar sous peine de se prendre une balle en pleine tête comme en ont déjà fait les frais les deux personnes précédentes.
Une situation de crise (on fait d’ailleurs allusion aux attentats de Paris) qu’Alex De La Iglesia nous dépeint ici avec beaucoup d’humour, certains personnages cherchant à comprendre le pourquoi du comment de tout ceci (les idées, même les plus saugrenues, fusent à tout va), pendant que d’autres commencent à suspecter leurs voisins (avec des preuves quelque peu bidons ou des raisonnements hâtifs : un jeune homme barbu et au teint bronzé qui se retrouve assimilé à un extrémiste radicalisé, une valise gardée jalousement par son propriétaire et dont le contenu intrigue et inquiète fortement...).

La panique engendre des réactions inattendues de la part de certains personnages qui révèlent alors leurs vraies natures. Une peur collective qui génère des décisions soudaines et surprenantes de la part de certains individus alors animés par une paranoïa à toute épreuve et un instinct de survie qui prime devant toute autre chose.
On commence par se méfier, puis on avance des théories plus ou moins fondées (pour ne pas dire plus ou moins bancales) et enfin on entre en altercation avec son voisin (on en arrive parfois aux mains de façon très brutale !) jusqu'à provoquer des scissions parmi tous ces personnages hauts en couleurs et stéréotypés pour finalement former deux groupes aux destins différents.

Un huis clos haletant (mais que se passe-t-il exactement dehors ? Comment se sortir de cette galère ?) et rythmé par des altercations jouissives entre ces personnages que l’on souhaite, au fond de nous, voir se mettre sur la gueule il faut bien l’avouer !



Dommage que la dernière partie traîne un petit peu en longueur une fois que le huis clos bascule dans ce que nous pourrions assimiler à un survival souterrain où l'humour se perd petit à petit pour virer dans l'angoisse (de la réserve située dans le sous-sol du bar en proie aux flammes qui provoquera chez certain(e)s une sympathique et frissonnante claustrophobie, nous nous retrouvons dans les égouts de la ville avec ses longs conduits lugubres, humides et sans fin que nous arpentons) et l’horreur (une course-poursuite contre la mort dirons-nous pour ne pas spoiler) - ce qui n’est pas pour nous déplaire pour autant hein ! - jusqu'à un final peut-être un peu trop vite expédié (là où nous aurions peut-être préféré avoir un sympathique petit twist).

Une dernière partie qui montre donc des limites (un humour quasi disparu, un rythme clairement revu à la baisse) mais également des petites faiblesses (pour ne pas dire des incohérences) scénaristiques par-ci par-là (un portable qui ne brûle pas dans un incendie, taper dans le dos de son camarade alors que l'on vient de se brûler les mains à vif...) sans grande incidence sur la suite des évènements cependant.
Une dernière partie en demi-teinte donc (on perd en rythme et en humour pour cependant gagner en horreur viscérale malheureusement vite expédiée...) mais qui n’empêche pas "el bar" d’être au final un agréable divertissement pour ma part recommandable.