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COMPTE-RENDU FESTIVAL DE GERARDMER 2018

Par David Maurice

 

Comme chaque année, je suis passé par les Vosges et plus précisément par Gérardmer en cette fin Janvier pour couvrir le Festival International du Film Fanstastique.

Une 25ème édition que nous attendions avec impatience : un quart de siècle déjà que le festival vosgien existe après qu’Avoriaz se soit éteint après une dernière édition en 1993. Après des périodes difficiles financièrement parlant, le festival de Gérardmer avait su rebondir et nous avait offert notamment trois belles éditions de 2015 à 2017 (vous pouvez trouver sur notre site l’ensemble des compte-rendus que j’avais rédigés pour l’occasion).

Et même si la neige n’est pas présente ce mercredi 31 Janvier 2018 à notre arrivée à « la Perle des Vosges », le charme opère toujours autant dans ce cadre forestier collant parfaitement à l’esprit du festival (comme l’ont déjà signalé plusieurs réalisateurs).

Content de voir également que les commerçants de la ville continuent de jouer le jeu en décorant leurs vitrines ou leurs restaurants aux couleurs et à la thématique de l’affiche annuelle du festival.

 

25ème édition oblige, cette année nous avons eu droit à quelques surprises bienvenues : une nuit spéciale Hellraiser (dans laquelle seront projetés les trois premiers opus de la saga mythique initiée par Clive Barker avec son excellent "hellraiser, le pacte"), un hommage au réalisateur Alex de la Iglesia (avec notamment les projections uniques de "action mutante", "le jour de la bête", "mes chers voisins", "le crime farpait", "les sorcières de Zugarramurdi" et "el bar") et de nombreuses expositions seront notamment au programme.

L’occasion durant les expositions de voir notamment les sculptures spéciales « recyclage » de l’artiste Adrien Vinet (« Vortex Recycl’Lab Créations » : http://vortex67.e-monsite.com), les tableaux sombres et intrigants de « Couleur et Clair Obscur » (page Facebook disponible), les oeuvres bioniques d’Edouard Heyraud (www.facebook.com/vizz000) ou encore les magnifiques toiles de Cédric Taillefer mêlant les univers de Del Toro et Burton : (-> Site de Cédric Taillefert)

 

 

 

 

Enfin, n’oublions pas comme chaque année de citer le fameux Grimoire avec ses stands mêlant vente de dvd/blu-ray, jeux de société et livres. Dommage que cette année le nombre de stands ait diminué et que la fréquentation se soit nettement amoindrie. L’occasion toutefois de voir notre habituel Loïc Bugnon venu présenter son Bloody Week-End (1, 2 et 3 Juin 2018 à Audincourt) dont nous vous parlons couramment sur horreur.com !

 

MERCREDI 31 JANVIER 2018

 

19h, place à la cérémonie d’ouverture à laquelle nous assistions dans la grande salle de l’Espace Lac. L’occasion comme le veut la coutume d’entendre les discours de Lionel Chouchan (Créateur et Délégué Général du festival), Pierre Sachot (Président de l’Association Fantastic’Arts) ou encore Jean-François Duval (Adjoint au Maire de Gérardmer) qui, pour ce dernier, continue d’amuser la galerie avec ces textes fort bien écrits et riches en anecdotes et culture générale.

 

 

 

Une fois les discours terminés, place au Jury de la Compétition des longs métrages qui va venir sur l’estrade sous les applaudissements du public. Cette année, ce dernier est présidé par Mathieu Kassovitz (réalisateur sur "la haine", "assassin(s)", "les rivières pourpres", "gothika" ou encore "Babylon A.D."), accompagné des réalisateurs-scénaristes Nicolas Boukhrief et Olivier Mégaton, et des comédien(ne)s Pascale Arbillot, David Belle, Judith Chemla, Suzanne Clément, Aïssa Maïga et Finnegan Oldfield. Suivra alors un rapide discours du Président du Jury qui reviendra notamment sur les quelques polémiques qu’il a provoquées quelques jours avant son arrivée dans les Vosges...

Place à présent au premier film projeté lors de cette 25ème édition du festival de Gérardmer : "le secret des Marrowbone", film en compétition.

 

Film 01 : LE SECRET DES MARROWBONE (Compétition, film d’ouverture)

Pour ne pas être séparés, Jack, âgé de vingt ans, et ses frères et sœurs plus jeunes que lui, décident de cacher à tout le monde le décès brutal de leur mère. Ils se retrouvent isolés et livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale où leur mère les élevait seule. Bientôt, d’étranges phénomènes semblent indiquer que cet unique refuge qui est le leur est désormais hanté par une présence malveillante.

 

Scénariste sur "l'orphelinat", Sergio G. Sanchez nous livre ici son premier film en tant que réalisateur intitulé "le secret des Marrowbone". Mêlant habilement drame familial et paranormal, voilà bien le meilleur film d'ouverture sur Gérardmer depuis "ex-machina"! (même si je n'ai rien contre "split" ou le "Frankenstein" de Bernard Rose hein!) Alors oui certains pourront reprocher quelques longueurs ou deux-trois jumpscares prévisiblesdans ce premier film mais pour ma part je trouve le résultat très convaincant. Doté d'un jeune casting de bonne facture (dans lequel figure, déjà vue dans "the witch", "Morgane" et "split" justement) et d'une atmosphère mystérieuse et sombre à la fois (cette grande bâtisse peu accueillante où se déroule en grande partie l'action nous cache bien des choses entre ses murs...), "le secret des Marrowbone" s'avère également très intelligent et fort bien structuré dans sa narration. Un film qui saura vous surprendre dans son dernier quart d'heure nous offrant un sympathique twist bien construit et savamment amené, clôturant de bien belle façon ce premier film présenté en compétition cette année!

 

JEUDI 01 FEVRIER 2018

Après une soirée de cérémonie où les trombes d'eau se sont lâchées sur la ville de Gérardmer, la neige a fait son apparition cette nuit avec un beau manteau de 10-15 cm d'épaisseur! Le temps pour nous de commencer à arpenter les salles obscures à la recherche de pépites et à échanger avec les festivaliers dans les files d’attente!

 

Film 02 : EL BAR (Hors-Compétition)

 

Madrid, 9 heures du matin. Des clients qui ne se connaissent pas sont dans un bar. L’un d’entre eux sort et se fait tirer dessus, quand les autres se retrouvent bientôt faits prisonniers à l’intérieur…

 

Présenté en hors compétition dans la catégorie "hommage", le tout dernier film d'Alex de la Iglesia intitulé "el bar" ("pris au piège" en France) était projeté dans cette petite salle du Paradiso qui a su garder tout son charme d'antan et que nous sommes beaucoup à apprécier parmi les festivaliers. Sorti il y a peu en dvd, le film a cependant conquis le cœur de nombreux festivaliers sur l'année 2017 dans divers festivals européens et il est donc assez logique de le voir arriver à La Perle des Vosges. Dans la pure tradition des films du réalisateur espagnol, "el bar" nous plonge dans une comédie fantastique qui contient son lot de personnages diversifiés et un brin décalés. Démarrant comme un huis clos social dans sa première partie avec son lot de dialogues drôles et savoureux comme sait si bien les distiller Alex de la Iglesia, "el bar" plonge rapidement dans la méfiance, la paranoïa et la violence, chaque personnage entrant en altercation avec son voisin jusqu'à provoquer la scission de tous ces personnages hauts en couleurs et stéréotypés en deux groupes aux destins différents. Dommage que la dernière partie traîne un petit peu en longueur une fois que le huis clos bascule dans ce que nous pourrions assimiler à un survival souterrain où l'humour se perd petit à petit pour virer dans l'angoisse jusqu'à un final peut-être un peu trop vite expédié (là où nous aurions peut-être préféré avoir un sympathique petit twist). Et malgré quelques petites incohérences scénaristiques par-ci par-là (un portable qui brûle pas dans un incendie, taper dans le dos de son camarade alors que l'on vient de se brûler les mains à vif...) sans grande incidence sur la suite des évènements, "el bar" demeure un agréable divertissement!

 

Film 03 : THE INHABITANT (Hors-Compétition)

À la nuit tombée, trois jeunes femmes pénètrent par effraction chez un politicien corrompu, espérant mettre la main sur une grosse somme d’argent en liquide. Après avoir ligoté chacun des membres de la famille et trouvé les billets qu’elles cherchaient, le trio de voleuses entend des bruits étranges en provenance du sous-sol. Elles y découvrent la fille cadette du politicien, attachée et prostrée, son corps couvert de signes évidents de torture, et décident alors de lui porter secours, en ignorant la mise en garde des parents de la fillette.

 

Ces derniers temps il ne fait décidément pas bon de cambrioler une maison. Après des films comme "panic room", "don't breathe" et "the collector" entre autres, c'est au tour du film mexicain "the inhabitant" de se lancer dans la brèche avec cette fois-ci du démon à la clé! Les films de possession et d'exorcisme deviennent légion depuis pas mal d'années maintenant, si bien qu'il devient très difficile de renouveler ce genre beaucoup trop représenté dans le cinéma fantastique. Et malgré un casting fort convaincant, ce "the inhabitant" (présenté en hors-compétition) ne restera pas dans les annales, la faute à des longueurs non négligeables dans la première partie, des incohérences dommageables (une révélation sur une des protagonistes qui ne colle pas à son âge / il est si simple de se libérer de ses liens ici...) et de nombreux clichés rongés jusqu'à la moelle (les ombrages les craquements et bruits de tuyauterie ou encore le sempiternel exorcisme...). Restent toutefois quelques bonnes idées (un démon qui se sert de vos péchés pour vous retourner la tête ou encore le fait d'invoquer le Diable pour sauver son enfant : une idée déjà vue rappelez-vous dans "le jour de la bête" dans lequel un prêtre faisait le mal autour de lui afin de se rapprocher du Diable) et quelques thèmes abordés assez éloignés des croyances mexicaines habituelles (la possession d'un homme d'Eglise, la consanguinité, la religion mêlée à un drame familial...) mais qui malheureusement se perdent dans une réalisation parfois très brouillonne, principalement dans sa dernière partie... Ce n'est décidément pas encore cette année qu'un film d'exorcisme et de possession viendra nous offrir un réel souffle nouveau. Tant pis...

 

Film 04 : TRAGEDY GIRLS (Compétition)

Sadie et McKayla, deux adolescentes obsédées par les réseaux sociaux, ne reculent devant rien pour faire sensation sur la Toile. Les « Tragedy Girls », comme elles se surnomment elles-mêmes, kidnappent un jour un tueur en série afin qu’il leur enseigne les ficelles du métier. En commettant des meurtres, les filles espèrent entrer dans la légende du crime et faire ainsi grimper leur cote de popularité en ligne. Les cadavres s’amoncellent, mais avec le shérif local de plus en plus sur leur dos et leur relation qui bat de l’aile, elles sont contraintes de revoir leurs plans pour ne pas, à leur tour, devenir victimes de leur propre machination.

 

Après avoir fait la tournée des festivals en 2017 et avoir reçu 2-3 prix, notamment au Canada (meilleure comédie horrifique et meilleure musique à Toronto), "tragedy girls" arrive à Gérardmer cette année en compétition. Sous fond de critique des réseaux sociaux, le film nous plonge dans les périples de deux jeunes lycéennes serial killeuses en herbe prêtes à tout pour devenir les stars de leur école. Un teen movie mêlant comédie et film de serialkiller qui pourra rappeler notamment un certain "dance of the dead" sorti il y a quelques années maintenant pour ses gags gentillets, ses quelques éclaboussures d'hémoglobine bienvenues, ses quelques baisers fougueux suivis du bal de fin d'année (qui tourne forcément au drame) et ses scènes déjantées. Passés les démembrements, découpages à la scie circulaire, plantés de machette et autre ouverture de boîte crânienne dans la joie et la bonne humeur, on regrettera cependant que le film du réalisateur de "patchwork" ne parvienne pas à conserver le rythme effréné de sa première partie (oscillant entre meurtres et gags), "tragedy girls" souffrant de plusieurs petits temps morts et d'un côté un peu trop gnian-gnian (hé oui la jeune meneuse tombe amoureuse et on perd le côté un peu fou-fou de l'entreprise) dans sa seconde moitié. Alors que nous rêvions d'un final tonitruant, déjanté et saignant comme l'était la première partie, nous restons quelque peu sur notre faim mais ne boudons toutefois pas notre plaisir : comme un certain "the voices" (une poignée d'années plus tôt) qui possédait également des baisses de rythme, ce "tragedy girls" demeure une sympathique comédie fantastique au concept original et aux nombreux clins d'oeil aux années 80 comme le soulignait d'ailleurs son réalisateur venu à la rencontre du public avant la projection

 

Film 05 : THE LODGERS (Compétition)

En 1920, dans la campagne irlandaise. Les jumeaux Rachel et Edward mènent une existence pour le moins étrange dans leur grand manoir décati. Tous les soirs à minuit, la propriété familiale est hantée par la présence des Locataires (« the Lodgers »), de sinistres esprits leur imposant de vivre selon trois règles strictes : ne jamais se coucher après minuit, ne jamais laisser d’inconnu passer le seuil de leur porte et ne jamais se séparer l’un de l’autre. Lorsque Sean, un jeune vétéran de la Première Guerre, rentre chez lui, dans le village voisin, il tombe immédiatement sous le charme de la mystérieuse Rachel, qui en vient à enfreindre les règles édictées par les Locataires. Rachel doit alors affronter la fureur de son frère tout comme la malédiction qui continue à peser sur eux deux.

 

Film irlandais en compétition, "the lodgers" est un film de malédiction qui, à l'instar de "the witch" (dans un registre différent bien-sûr), mise tout sur son casting et son atmosphère au détriment d'un peaufinage du scénario qui demeure assez simple (une histoire de malédiction où s'entremêlent incestes et tendances suicidaires). En ressort un sympathique petit film mené tambours battants par 3 jeunes acteurs(trice) aux interprétations sans réelle fausse note et qui nous plonge dans un univers sombre, froid et humide pourrait-on même dire (nous parlons ici de fantômes de noyés dont chaque apparition fait surgir des énormes flaques d'eau notamment, provoquant moisissures et pourritures d'une bâtisse déjà peu charmante, glauque à souhait), avec parfois de fortes influences gothiques remarquables. Peu original dans sa narration (bien que le suspense soit maintenu, les mystères entourant cette maison se dévoilant petit à petit pour progressivement recomposer les pièces d'un puzzle finalement pas bien compliqué à reconstituer), "the lodgers" a toutefois le mérite d'instaurer une ambiance oppressante, la sensation d'isolement et de solitude se faisant terriblement ressentir (on se sent piégés dans cette grande propriété, siège d'une malédiction dictée par des règles familiales établies, une maison dont on n'ose pas sortir malgré tout car le monde extérieur peut s'avérer tout aussi dangereux, à en croire les voyous qui rôdent aux alentours, adeptes de viols et de bastons organisées...) quand d'autres séquences au contraire virent de l'angoisse à l'épouvante le temps de quelques apparitions de fantômes bien fichues réussissant à faire leur petit effet!
Loin d'être transcendant, voilà un honnête petit film au scénario certes pas bien étoffé mais à l'ambiance et au cadre bien léchés!

 

Film 06 : GAME OF DEATH (Hors-Compétition)

Une bande d’adolescents passe une journée ensoleillée au bord de la piscine d’une maison de vacances. Trouvant dans le salon un jeu de société intitulé « Game of Death – Le Jeu de la mort », l’un d’entre eux propose d’y jouer. Sans trop réaliser dans quoi ils s’embarquent, les sept amis commencent une partie et se rendent très vite compte que le jeu porte bien son nom. La règle d’or est de tuer quelqu’un si l’on ne veut ne pas être tué soi-même. Littéralement. Qui sera alors le gagnant ? Et quel en sera le prix ?

 

Dernier film de la journée pour nous, "game of death" est un film franco-américano-canadien (ouch!!!) présenté en hors-compétition. Au vu de la bande-annonce assez kitch proposée, mixant film et animation avec manifestement une belle petite touche de gore, nous étions beaucoup pour un jeudi soir à 22h30 à nous rendre à cette projection à l'Espace Lac, la plus grande salle du festival. Hé bien quelle ne fut pas notre déception face à cette ovni qui aurait pourtant pu être un bon petit défouloir quand on sait notamment que les Blood Brothers (équipe gérant les effets spéciaux du très bon "turbo kid") étaient de la partie...
Car les SFX seront bien la seule chose qui sauvera "game of death" de la noyade (des têtes qui explosent en balançant des litres d'hémoglobine, un corps sectionné dans sa largeur par une bagnole...), le restant qui nous est montré étant tout simplement sans intérêt, rébarbatif et clairement immature dans son scénario et sa réalisation. Avec ce matériau scénaristique de base intéressant et promettant 1h15 de folie furieuse (des jeunes vont se retrouver piégés dans un jeu dans lequel il faut tuer, ou être tués, pour progresser et arriver au but final : la libération), nous nous attendions à une sorte de "battle royale" franco-canadien, le message social en moins bien-sûr... Au lieu de cela on nous sert un scénario tenant sur le tiers d'une feuille de papier toilette, un casting désolant (des jeunes écervelés qui jouent à des jeux puérils quand ces derniers ne préfèrent tout simplement pas batifoler, baiser ou boire de l'alcool), des cadrages approximatifs et usant (une introduction caméra à l'épaule, un format scope survenant d'un coup en pleine narration...). Passée une introduction sans intérêt, voire même très chiante et au degré d'immaturité très élevé, où nos jeunes acteurs se filment les uns les autres en balançant des dialogues tout aussi puérils que leurs jeux, nous tombons dans une regrettable répétitivité narrative, le scénariste ayant visiblement du mal à trouver des idées pour la grosse vingtaine de meurtres à perpétrer (du coup faire une tuerie dans un centre de gériatrie semble au bout d'un certain temps la solution de facilité!), aussi bien dans son histoire que dans ses effets spéciaux qui ne se renouvellent pas... Oui, on se fait clairement chier devant ce "game of death" (le comble pour un film d'1h15!) et ce ne sont pas deux personnages un brin décalés (un voisin clairement atypique et une shérif fofolle) qui vont rattraper cela.

 

VENDREDI 02 FEVRIER 2018

 

Film 07 : DOWNRANGE (Hors-Compétition)

Victimes d’une crevaison, six étudiants en covoiturage sont contraints d’arrêter leur véhicule au milieu de nulle part. Mais le pneu n’a pas éclaté par accident… Car soudain les balles pleuvent autour d’eux : un mystérieux sniper les a pris pour cible. Ils sont seuls. Et sans défense. Un terrible jeu du chat et de la souris peut alors commencer.

 

Déjà diffusé dans plusieurs festivals l'année précédente, "downrange" de Ryuhei Kitamura (à qui on doit notamment "versus, l'ultime guerrier", "Azumi", "midnight meat train" ou encore "no one lives") fait son apparition à Gérardmer en hors-compétition. Survival sous fond de road-movie, voilà un film bien nerveux comme sait si bien les faire le cinéaste japonais. Doté d'un rythme maintenu du début à la fin, ne prenant pas la peine de nous présenter les personnages, le film commence direct avec un accident de voiture sur une route déserte qui deviendra rapidement le théâtre de tirs d'un tueur fou. Musique pétaradante, fusillades à gogo, scènes sanglantes qui raviront les fans (énucléation, tête arrachée, cervelle répandue au sol...), "downrange" ne fait pas dans la demi-mesure et nous plonge dans un champ de tir où chacun des gestes des victimes sont analysés par un sniper planqué dans un arbre ne reculant devant rien pour faire un carton, tout en s'amusant avec ses proies! Le casting est convaincant, les réactions de ces derniers logiques et les dialogues réduits au minimum (pas de blabla inutile) pour nous faire vivre pleinement cet atroce piège qui s'est refermé sur nos six jeunes gens, en temps réel (pour la majeure partie du métrage).
Une petite pépite explosive et sans prise de tête que nous sert une fois de plus Kitamura! A découvrir assurément! (

 

Film 08 : LA NUIT A DEVORE LE MONDE (Hors-Compétition)

En se réveillant ce matin dans cet appartement où, la veille encore, la fête battait son plein, Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?

 

Film projeté en hors-compétition, "la nuit a dévoré le monde" est un film français inspiré d'un roman narrant l'histoire d'un homme piégé dans un immeuble parisien assiégé par des zombies. Démarrant à la manière d'un "28 jours plus tard", ce dernier se démarque très rapidement du film de Danny Boyle de par son sujet traité. En effet le but du film n'est pas de raconter uniquement ici la survie dans un monde infecté comme l'oeuvre précédemment citée mais plutôt de nous livrer une métaphore (une illustration) sur la solitude, la détresse et l'isolement. Le mort-vivant est ici un prétexte pour montrer l'isolement d'une personne soudainement seule après sa séparation, transformant alors ce petit film en un drame fantastique. À la manière d'un "zombie", notre personnage principal (et quasi unique) s'amuse seul et se passe le temps comme il peut, s'amuse à tirer sur les morts-vivants ("l'armée des morts")... S'ensuivent alors des lenteurs regrettables mais malheureusement inévitables pour nous faire vivre et ressentir cette impression d'isolement, cette souffrance liée à la solitude et la folie qui commence à s'accaparer le cerveau de notre pauvre Sam. Particulier dans son approche, "la nuit a dévoré le monde" ne plaira pas à tout le monde en raison de son manque d'action flagrant (quelques attaques de zombies par-ci par-là, deux-trois touches humoristiques), chose qui se ressent déjà quand on discute avec les autres festivaliers...

 

Film 09 : LES BONNES MANIERES (Compétition)

Clara, une jeune infirmière solitaire venant de la banlieue pauvre de São Paulo, est engagée par la riche et mystérieuse Ana pour l’aider à préparer la naissance de l’enfant qu’elle attend, puis d’en devenir la nurse. Contre toute attente, les deux femmes réussissent à tisser entre elles un lien de plus en plus fort. Quand les projets qui sont les leurs se retrouvent chamboulés pendant une nuit de pleine lune.

 

Film en compétition, "les bonnes manières" avait déjà frappé fort à l'Etrange Festival 2017 en repartant avec le Prix du Public. Le voilà qui arrive en terres vosgiennes avec la bonne intention d'aller récupérer un prix (et in en aura finalment même deux) !

Drame social poétique mettant en avant la lutte des classes au Brésil, le tout sous forme de film de loup-garou, "les bonnes manières" saura vous angoisser, vous effrayer, vous faire rire et peut-être même vous mettre la larme à l'oeil! Les inégalités sociales sont clairement le fil d'Ariane de ce film qui nous plonge tantôt dans un Sao Paulo beau, riche, moderne et séduisant et tantôt dans les favelas de la ville où les petites maisons en ruine témoignent de la misère d'un peuple pourtant pas très loin, juste de l'autre côté du pont... Un beau voyage outre-Atlantique dépaysant (des interludes sous formes de comptines et chansons d'Amérique Latine, des fêtes traditionnelles...), au rythme allant crescendo (certains pourront peut-être reprocher quelques lenteurs dans la première partie du film) jusqu'à un final certes prévisible mais tellement émouvant. Chapeau bas!

 

Film 10 : CHASSEUSE DE GEANTS (Compétition)

Adolescente solitaire et différente des autres, Barbara est en conflit permanent avec son entourage. Ses journées au collège sont rythmées par ses allers-retours entre le bureau du proviseur et celui de la psychologue. Les adultes qui veillent ainsi sur elle s’inquiètent de son obsession pour les Géants, ces créatures fantastiques venues d’ailleurs pour semer ici le chaos et envahir le monde. Pour les en empêcher, Barbara décide alors de mener un combat épique, bien qu’armée de son seul marteau légendaire.

 

Nouveau film en compétition, le très timide "chasseuse de géants" pointe son nez discrètement à Gérardmer, à la manière d'un "february" deux ans plus tôt. En effet, difficile pour ce film de diverses nationalités (Irlande, Belgique et Etats-Unis) de se faire une place dans la compétition pour aller chercher un prix en raison du sujet traité ici. Film métaphorique (mais je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler...) dans lequel une jeune collégienne combat des géants et des titans de toutes espèces (forestiers, maritimes...). Entre imaginaire et drame familial, "chasseuse de géants" est un bel exercice sur des sujets délicats (le rejet des autres, la maladie...) qui contient son petit lot de scènes amusantes, ses combats contre des géants (on ne peut s'empêcher de penser à "the troll hunter" d'Andre Ovredal dans un tout autre registre) et un final larmoyant ou du moins émouvant pour les plus durs à cuire d'entre vous! Suffisamment rythmé pour ne pas s'ennuyer, "chasseuse de géants" demeure une belle expérience humaine, portée par une jeune fille fort convaincante (drôle dans ses altercations à l'école, elle saura également vous émouvoir dans le dernier acte) si on fait exception de l'aspect parfois très enfantin de ce projet suffisamment original pour retenir notre attention. Pas transcendant une fois de plus mais pourquoi ne pas vous laisser tenter?

 

Film 11 : REVENGE (Compétition)

Trois riches chefs d’entreprise, mariés et bons pères de famille, se retrouvent dans une zone désertique pour leur partie de chasse annuelle. Un moyen pour eux d’évacuer le stress et d’affirmer leur virilité, armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une séduisante nymphette qui, rapidement, attise la convoitise des deux autres. Les choses dérapent. Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie. Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme.

 

Onzième film vu dans cette première moitié de festival, c'est le fameux "revenge" qui venait clôturer ma journée du vendredi. A l'instar de "Sam was here" l'année précédente, on ne compte plus le nombre de festivals (Toronto, Sundance, Paris...) dans lequel ce film français de Coralie Fargeat a été projeté! Annoncé comme l'une des oeuvres phares de cette 25ème édition (avec "ghostland", "cold skin" et "les bonnes manières" entre autres), "revenge" estun rape and revenge en plein désert dans lequel une jeune femme va se venger de ses tortionnaires. Rien de bien neuf dans ce sous-genre fort apprécié, dont les fers de lance demeurent "I spit on your grave" ("day of the woman") et "la dernière maison sur la gauche", mais tout de même quelques bonnes trouvailles et une touche humoristique assez rare dans les rape and revenge et bienvenue (notre jeune femme se transforme en véritable Rambo et va en faire voir à ses trois bourreaux, notamment son violeur qui va déguster tout au long du film, provoquant moult éclats de rire dans la salle).
Et même si on appréciera les interprétations justes des quatre personnages et les nombreuses scènes sanglantes qui ponctuent le film (mention spéciale à l'extirpation sanguinolente d'un morceau de verre enfoncé dans un pied en gros plan), on reprochera toutefois à "revenge" de nombreuses lenteurs (1h30 aurait été bien suffisant) et des incohérences de taille (l'état de santé finalement pas si inquiétant de la victime après une chute dans un ravin suivie d'un empalement sur un arbre / ces litres de sang que l'on peut perdre à deux reprises dans le film sans que personne ne s'évanouisse plus que cela...). Alors oui j'ai envie de dire "On s'en fout des incohérences qu'il peut y avoir : prenons le film comme un bon petit défouloir sans chercher les petites erreurs scénaristiques et amusons-nous!" (comme un certain "cub" quelques années auparavant : truffé d'incohérences mais tellement jouissif par moments!) A ce moment-là oui "revenge" est un fort sympathique divertissement malgré son rythme en dents de scie!
(Heureusement d'ailleurs que ce genre de femme guerrière reste assez rare soit dit en passant... Promis ma chérie j'étendrai le linge dorénavant mais pitié ne t'énerve pas!)

 

SAMEDI 03 FEVRIER 2018

 

Film 12 : COLD SKIN (Hors-Compétition)

Au confins du cercle Antarctique, un bateau à vapeur s’approche d’une île déserte. À son bord, un jeune homme s’apprête à y mener une vie recluse, loin des hommes, afin d’y étudier le climat. Arrivé sur la terre ferme, le météorologue qu’il doit remplacer demeure introuvable. La seule présence humaine est celle d’un vieux gardien de phare bourru et très agité pour avoir été le témoin d’atrocités dont il refuse de parler. Une fois la nuit tombée, le nouvel arrivant s’aperçoit que d’étranges créatures marines vivent également sur l’île.

 

Après notamment "frontière(s)" et "the divide", Xavier Gens nous revient avec un nouveau film qui a déjà pas mal fait parler de lui dans la dernière partie de l'année 2017 : "cold skin". Présenté en hors compétition, ce nouveau Gens nous invite sur une île en compagnie de deux personnages aux prises avec des monstres sortant des eaux une fois le soleil disparu à l'horizon. Assez classique dans sa narration, ce film de monstres reste esthétiquement séduisant (un vieux phare au bord des côtes frappé par des vagues pleines d'écume), angoissant durant les phases de nuit et plutôt bien joué dans son ensemble. Si on oublie le scénario un peu faiblard et les quelques scènes d'attaques quelque peu répétitives perpétrées par des monstres humanoides attaquant en masse le phare et ses malheureux occupants, ce "cold skin" se suit agréablement bien et demeure un survival en milieu côtier de bonne facture nous présentant une bien sympathique métaphore tout en longueur sur la Grande Guerre. Encore un bon Xavier Gens donc!

 

Film 13 : LES AFFAMES (Compétition)

Dans un petit village reculé au nord du Québec, les choses ont changé. Certains habitants ne sont plus ce qu’ils étaient. Leurs corps semblent se décomposer et ils développent une soudaine attirance pour la chair fraîche. On les appelle « les Affamés ». Une poignée de survivants s’enfoncent dans la forêt pour leur échapper.

 

Nous vous avions parlé en 2017 d'un film d'horreur québécois réalisé par un certain Robin Aubert. Un film ayant été projeté au festival de Sitges et Toronto ainsi qu'au Fantastic Fest sur 2017 et ayant eu d'assez bons retours de la part du public. Présenté en compétition à Gérardmer lors de cette 25e édition, ce film d'infection (zombies?) fait la part belle à l'humour (petites blagues de derrière les fagots, dialogues pétillants...) tout en n'oubliant pas les codes du genre (une morsure qui est fatale pour la victime, les courses-poursuites dans les bois...). Même si le film de Robin Aubert ne répondra pas à toutes nos interrogations (mais pourquoi donc ces personnes infectées amassent-elles des tonnes d'objets pour en faire des petites montagnes?? Pourquoi restent-elles parfois immobiles dans les champs en fixant au loin??...), ce dernier se laisse toutefois très bien regarder grâce notamment à son humour faisant mouche à multiples reprises, des zombies plutôt convaincants (hargneux, vifs et avides de chair fraîche), des maquillages et effets spéciaux simples et efficaces et un casting d'assez bonne facture (dont un pauvre gars, roi de la blague, héros malgré lui, très attachant).
Que demander de plus à un petit film de zombies? Peut-être quelques attaques zombies supplémentaires, histoire de pimenter encore un peu plus le film qui décroit un peu en rythme par moments. Sympa, amusant et évitant les écueils du déjà-vu (une partie du moins...), "les affamés" demeure un bon petit film de zombies/contaminés.

 

Film 14 : THE TITAN (Hors-Compétition)

Dans un futur proche, une famille participe à une expérience génétique qui pourrait bien changer l’avenir de l’exploration spatiale.

 

Présenté en hors compétition et faisant figure de rare film de science-fiction cette année, "the titan" fait son entrée sur le territoire français avec dans son casting Sam Worthington (calmez vos femmes messieurs!)
Avec son concept plutôt original consistant à changer le génome des humains afin de pouvoir les faire vivre sur d'autres planètes que la Terre, surpeuplée et dépourvue de réserve dans quelques années, "the titan" demeure de la science fiction très accessible et grand public. Casting propre, effets spéciaux soignés, "the titan" a tout du blockbuster classique. Et même si on reprochera un final trop simpliste voire même illogique, on ne peut pas dire que l'on s'est ennuyé! Ca se suit relativement bien sans pour autant rester bien longtemps dans les mémoires. CQFD.

Avant la projection tant attendue de "ghostland" de ce cher Pascal Laugier, un autre évènement était fort attendu au bord du lac : l’hommage rendu au cinéaste espagnol Alex de la Iglesia ! L’occasion de voir une rapide (mais très bien faite) rétrospective sur la filmographie (non exhaustive) du réalisateur mais également d’entendre ce dernier nous parler de sa passion pour le cinéma en général, de ses débuts derrière la caméra... Un grand moment intéressant et amusant à la fois pour un public ravi de cet hommage amplement mérité pour celui qui nous a tellement fait rire devant des "action mutante", "le jour de la bête", "le crime farpait", "mes chers voisins", "el bar" et d’autres encore...

 

Film 15 : GHOSTLAND (Compétition)

Pauline, suite au décès de sa tante, héritent avec ses deux filles, Beth et Vera, d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Cette nuit cauchemardesque va traumatiser toute la famille, mais surtout affecter différemment chacune des deux jeunes filles dont les personnalités vont diverger encore davantage. Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Et dans laquelle d’étranges événements vont alors commencer à se produire.

 

Présenté en compétition, le nouveau film de Pascal Laugier,"Ghostland", nous était dévoilé en avant-première mondiale. Salle sous surveillance infrarouge, retrait des batteries de camescopes et appareils photos avant l'entrée en salle (quel dommage pour l'hommage à Alex de la Iglesia fait juste avant la projection...), il nous a été demandé de ne pas faire de spoiler ou de dévoiler des éléments clés du film sous peine de représailles judiciaires.
Une chose est sûre : je ne peux que vous conseiller d'aller voir ce nouveau Pascal Laugier qui vient de nous livrer là une vraie petite pépite cinématographique comme on aimerait en voir un peu plus souvent sur nos terres. Doté d'un casting plus que convaincant, d'un rythme effréné et surtout d'une ambiance oppressante et dérangeante à souhait (les poupées font toujours leur petit effet, d'autant plus dans cette vieille et grande bâtisse sombre et angoissante) et rebondissements bienvenus, "ghostland" demeure l'une des grosses surprises de ce festival. Hargneux tout en étant émouvant, rondement bien ficelé et mêlant les genres avec brio (je n'en dirai pas plus), ruez-vous dans les salles obscures à sa sortie!!!

 

Films 16 et 17 : MAYHEM (Hors-Compétition) et BEYOND SKYLINE (Hors-Compétition)

Après une Nuit Décalée soporifique l’année précédente, nous étions en droit pour cette 25ème édition de nous attendre à un déluge d’action et de rire... hé bien non... Pour la seconde année consécutive, la Nuit Décalée porte assez mal son nom et peine à nous émoustiller ! Incompréhensible de voir une sélection aussi pauvre pour ce qui doit être notamment le grand moment que tous les fans que nous sommes attendent !

Au programme : "mayhem" de Joe Lynch (rappelez-vous "détour mortel 2" notamment...) et "beyond skyline" (oui, deux films uniquement et non trois : exactement comme l’année dernière).

[MAYHEM] Fraîchement remercié par ses employeurs, le salarié d’une firme d’avocats prépare son départ en ruminant sa rancoeur. Au même moment, une mystérieuse épidémie transforme ses anciens collègues en monstres assoiffés de sang.

[BEYOND SKYLINE] Le jour où la population de Los Angeles est littéralement aspirée de la surface de la Terre par un mystérieux vaisseau extraterrestre, le détective Mark Corley décide de prendre d’assaut l’engin volant pour porter secours à son fils. Après avoir réussi à faire s’écraser l’appareil en Asie du Sud-Est, Corley doit s’allier à un groupe de survivants pour trouver la clé permettant de sauver son fils et de reconquérir la planète une bonne fois pour toutes.

 

Diffusé dans une poignée de festivals en 2017, "Mayhem" est arrivé à Gérardmer pour la nuit décalée. Vendu comme un film d'infection très violent avec en tête d'affiche l'asiatique de la série "Walking Dead", beaucoup étaient impatients de découvrir celui que beaucoup vendent comme une petite bombe.
Violent et déjanté, "Mayhem" l'est assurément mais le gros problème est que le film ne va pas au bout de toutes ses promesses et devient longuet et répétitif. Le scénario n'aide pas à faire passer la pilule, ce dernier cherchant à faire trop compliqué sur le début avec ces notions de cabinets d'avocats pour finalement nous balancer quelque chose de très terne avec comme seul fil conducteur de vouloir nous amener au 8e étage de ce bâtiment infecté par le virus...

Une nuit décalée qui virera à la catastrophe une fois "Mayhem" terminé avec un deuxième film clairement en deçà de nos espérances... "Beyond skyline" et ses robots en prise avec des asiatiques qui virevoltent dans tous les sens pour nous offrir au final un film sans saveur, long et ennuyeux...

Nous repartons donc de cette Nuit Décalée le coeur gros, la tête basse et les grognements au bec. Certes, c’était mieux que l’année précédente mais nous sommes très loin de ce qui était proposé avant (et n’allez pas dire que cela dépend des sorties : des films déjantés, il y en a eu en 2017 et certains ne sont toujours pas sortis sur support laser ou sur Netflix et Cie !)

A la rigueur, il aurait peut-être été préférable de mettre "game of death" (aussi pathétique soit-il) en second film de la Nuit Décalée à la place de ce « beyond skyline » soporifique, le film canadien répondant bien mieux à la thématique !

 

DIMANCHE 04 FEVRIER 2018

 

Film 18 : ERREMENTARI : THE BLACKSMITH AND THE DEVIL (Hors-Compétition)

Espagne, 1841. Il y a maintenant deux ans que la Première Guerre carliste a pris fin. Un envoyé du gouvernement est dépêché sur les traces d’un mystérieux forgeron vivant en solitaire au plus profond de la forêt. Les villageois de la région le craignent et l’accusent même d’avoir scellé un pacte avec le démon que, chaque nuit, ils entendent hurler du fin fond de sa forge. Un jour, une jeune orpheline prénommée Usue pénètre chez lui, et menace de révéler le terrible secret du forgeron, en réveillant alors les forces maléfiques s’échappant des portes de l’Enfer.

 

"Errementari : the blacksmith and the devil" est une production Alex de la Iglesia présentée en hors compétition sur le week-end du festival. Et la première chose que l'on peut dire est que nous sommes clairement dans l'univers de son producteur : en effet, certaines thématiques chères à Alex de la Iglesia (humour noire, religion omniprésenteet notamment le Diable...) se retrouvent dans ce qui ressemblait au départ à un petit conte sombre qui progressivement va virer dans le fantastique pur et dur avec l'apparition de démons bien décidés à faire respecter les pactes que certains humains pourraient passer avec le Diable. Joli bestiaire d'un imaginaire bienvenu ici qui nous mènera jusqu'en Enfer dans un final divertissant et surprenant! Une petite plongée dans le 19ème siècle, ses croyances et ses coutumes, qui ravira les fans d'Heroïc Fantasy et de films de Diable et démons de manière générale. Sans aucun ennui (un humour très présent, le casting convaincant composé d'enfants attachants ou encore de personnages bien mystérieux se dévoilant au fil du temps) et esthétiquement réussi (les couleurs chaudes des Enfers qui contrastent avec la noirceur de la forêt et de l'antre du forgeron : aucun endroit ne semble chaleureux, pas même cette auberge sombre et quelque peu miteuse où se réunissent habituellement les villageois), "errementari" surprend agréablement son petit monde là où on ne l'attendait pas forcément! Belle découverte!

 

Film 19 : 4 HISTOIRES FANTASTIQUES (Hors-Compétition)

Présenté en projection unique, "4 histoires fantastiques" est une petite anthologie regroupant (comme son nom l’indique) quatre petites histoires élaborées par des frenchies (William Laboury sur "chose mentale", Steeve Calvo sur "livraison", Mael Le Mée sur "Aurore" et Just Philippot sur "acide") sur le thème du fantastique et de l’étrange. Notons également la présence sur "Aurore" et "acide" de David Scherer sur les effets spéciaux, un brillant artiste que nous vous avions fait connaître pour certain(e)s au cours d’une interview en début 2017 !

[CHOSE MENTALE] Depuis qu’elle est électro-sensible, Ema vit recluse chez elle, coupée du monde. Son seul lien avec l’extérieur est mental, au travers de ses expériences de sorties hors du corps. Mais un jour, deux garçons s’introduisent chez elle en pensant cambrioler une maison vide. Cette rencontre va bouleverser Ema, dans ses peurs et dans ses certitudes.

[LIVRAISON] Dans un monde ravagé, un éleveur aux abois part sur les routes pour livrer un bétail très spécial. À l’issue d’une éprouvante transhumance, la livraison sera remise en question lorsqu’il découvre une part d’humanité inattendue chez l’une de ses créatures.

[AURORE] Aurore a seize ans. Elle découvre son corps avec ses amis. Et un doigt de surnaturel…

[ACIDE] Un nuage inquiétant a pris forme quelque part à l’ouest. Il remonte lentement vers le centre du pays, jetant la population sur les routes. Devant l’inexorable avancée du nuage, c’est la panique générale. Car ce cumulus est acide…

 

Chacune de ces rapides petites histoires développe un thème bien particulier, aucun lien ne réunissant celles-ci comme cela peut parfois être le cas dans une anthologie.

"Chose mentale" nous décrit ce que l’on appelle un « voyage astral », une méthode de relaxation permettant de sortir de son corps par la pensée. Une méthode qui peut s’avérer très utile, notamment lorsque des jeunes cambrioleurs décident de passer par là...

"Livraison" fait également dans l’originalité en nous plongeant dans une transhumance avec des zombies, un long trajet où un éleveur de morts-vivants doit protéger sa marchandise mais sera également confronté à un problème de conscience quand il s’apercevra que l’une de ses « bêtes » possède encore de nombreuses réactions très humaines...

"Aurore" traite de la sexualité de façon très particulière (une jeune fille se rend compte qu’elle peut enfoncer ses doigts dans la chair de son copain sans faire mal à ce dernier), et nous montre comment le sexe peut rapidement devenir une addiction, une drogue presque dangereuse (la découverte de nouvelles pratiques sexuelles pour lesquelles nous ne connaissons pas toujours les conséquences qu’elles pourraient avoir sur notre organisme ou notre santé...), un phénomène de plus en plus précoce chez les jeunes...

Enfin "acide" est un court-métrage axé sur l’écologie, l’environnement, avec ses pluies acides  fatales pour l’espèce humaine, obligée de se protéger comme elle peut sous peine de finir brûlée. Certes, pour les besoins de l’anthologie et pour coller à la thématique fantastique, les pluies acides ici sont particulièrement dangereuses (brûlures extrêmes) au contact de la peau humaine (alors qu’habituellement ces dernières, causées par le rejet dans l’atmosphère de dioxyde d’azote et de dioxyde de soufre par l’industriel et les véhicules motorisés,  peuvent principalement dissoudre le calcaire des roches et des constructions).

Une anthologie prometteuse pour le cinéma français qui montre par le biais de ces quatre histoires fantastiques que nous avons encore des beaux atouts dans nos manches dans l’Hexagone ! La relève est assurée !

 

Film 20 : HOUSEWIFE (Compétition)

À l’époque âgée de sept ans, Holly est le témoin du meurtre de sa sœur et de son père par sa propre mère, alors passablement perturbée. Vingt ans plus tard, Holly porte toujours en elle les séquelles de ce traumatisme de jeunesse. Victime de cauchemars à répétition, elle demeure incapable de faire la part entre rêve et réalité. Jusqu’au jour où elle rencontre un célèbre médium qui prétend pouvoir lui venir en aide.

 

Après un "baskin" plutôt apprécié, le cinéaste Can Evrenol revient avec un second film intitulé "housewife". Dernier film présenté en compétition, ce dernier était peut-être trop ambitieux pour son réalisateur. Désireux de nous plonger dans le cerveau malade d'une jeune femme des suites d'un traumatisme de jeunesse par le biais de ses consultations chez un psychiatre, notre cinéaste turc se perd dans les méandres d'un scénario très dense où il est parfois difficile de tout bien réassembler dès le premier visionnage. Entre imagination/rêve et réalité, notre malheureuse patiente va découvrir l'horrible vérité, surprenant le festivalier par la même occasion. Quelques clichés et autres jumpscares plus ou moins réussis parsèment ce scénario un peu bancal qui ira verser dans un gore poignant pas forcément indispensable, avec de fortes influences de l'univers de Lovecraft.
Une projection dont on ressort plutôt satisfait, même si nous aurions préféré une réalisation un peu plus soignée et moins brouillon que ce qui nous a été servi ici (allez hop, à nous de faire tout le boulot après-coup!)

 

Film 21 : MUTAFUKAZ (Compétition)

Angelino est un bon à rien comme il y en a des milliers à Dark Meat City, une impitoyable mégalopole californienne. À la suite d’un accident de scooter provoqué par la vision d’une mystérieuse inconnue, le jeune homme commence à avoir de violentes migraines accompagnées d’étranges hallucinations. Avec son fidèle ami Vinz, Angelino tente de découvrir ce qui lui arrive, alors que des hommes vêtus de noir et particulièrement menaçants semblent déterminés à lui mettre la main dessus.

 

Ne connaissant pas du tout l'oeuvre originale dont est tiré ce dernier film en compétition qu'il me restait à voir durant le festival, c'est donc sans trop savoir où je mettais les pieds que je me suis rendu à la projection de ce film d'animation. Avec notamment les voix d'Orelsan et Gringe, cette petite aventure de deux jeunes hommes d'une vingtaine d'années s'avère plaisante à suivre. L'humour est omniprésent (qui a parlé d'écarts de langage?), les péripéties nombreuses et les personnages divers et variés. Dans cette lutte contre une menace mystérieuse, notre jeune héros va également par la même occasion découvrir des informations essentielles au sujet de son identité, lui qui a toujours grandi sans parent dans un milieu difficile (drogues, fusillades, guerres de gang et misère sont le quotidien du jeune homme). Original, drôle et rythmé, ce "mutafukaz" est une bonne petite surprise même si je ne comprends pas encore aujourd'hui sa place en compétition...

 

Film 22 : PREY (Hors-Compétition)

Après avoir retrouvé les corps d’une famille de fermiers sauvagement mutilés par ce qui semblerait être un animal, la police fait appel à Lizzy, une vétérinaire du zoo d’Amsterdam, afin de tenter de trouver une explication. Son constat est sans appel : l’auteur de ces mutilations ne peut être qu’un lion mangeur d’hommes, de taille importante et très agressif. Lorsqu’un nouveau bain de sang a lieu dans un parc de la ville, les autorités, au départ incrédules, finissent par donner raison à Lizzie. Elles décident de suivre ses recommandations en faisant appel à Jack, un Britannique chasseur de fauves. La traque peut alors commencer.

 

Petit dernier de Dick Maas (à qui l’on doit notamment "l’ascenseur", "amsterdamned" ou encore plus récemment "saint"), "prey" est présenté en hors-compétition. Un film passé dans une petite poignée de festivals (notamment lors de la dixième édition du FEFFS) mais qui a su rester très discret.

Film d’agressions animales, "prey" nous plonge dans un Amsterdamned (et ses environs proches) en proie à un lion d’une tailleimpressionnante en recherche de chair humaine. Dynamique (difficile de s’ennuyer dans cette chasse au lion), drôle (beaucoup d’humour noir, des situations cocasses, des personnages attachants et amusants, des répliques hilarantes) et saignant (votre enfant, à point ou bien cuit ? Cru visiblement ...), "prey" sait divertir son public avec son lion insatiable (tout le monde y passe, même les enfants !), accumulant les cadavres (éventrations, têtes arrachées, tripes versées sur le sol...) partout où il passe (et il avance vite le bougre !) et causant bien des soucis à la Police locale.

Beaucoup sur Internet critiquaient les effets spéciaux et notamment la modélisation de notre fauve présenté ici : pour ma part, je n’ai pas ressenti ce problème relatif aux SFX, le lion étant pour moi pas si mal fichu et les scènes d’attaques réussies... En toute sincérité, j’ai vraiment trouvé que cette petite série B était un très bon divertissement et qu’elle remplissait parfaitement le cahier des charges du film d’agressions animales.

 

Film 23 : WINCHESTER (Hors-Compétition, film de clôture)

À proximité de San Francisco, se situe la maison la plus hantée au monde : construite par Sarah Winchester, la riche héritière de l’entreprise d’armes Winchester, elle est en perpétuelle transformation et contient des centaines de pièces. Sarah y construit une véritable prison, un asile pour les centaines d’esprits vengeurs qui ont été tués par ses armes. Et le plus terrifiant d’entre eux veut en découdre une fois pour toutes avec les Winchester.

 

Film de clôture du festival, "Winchester" arrive et attire de nombreux festivaliers (habituellement la projection du film de clôture dans la salle du Casino se fait devant quelques dizaines de spectateurs : cette année la file d’attente dehors s’étandait sur quelques dizaines de mètres...), notamment en raison de ses réalisateurs. En effet, les deux frères (jumeaux) Spierig ont déjà été aux commandes de "jigsaw" dernièrement mais également de "daybreakers" et surtout "undead" : normal donc que nous ayons envie de voir le nouveau film de ces cinéastes qui n’hésitent pas à taper dans divers registres comme le montre leur filmographie (des vampires, des tueurs en série, des zombies/infectés...). Et cette fois-ci ce sont les fantômes, le paranormal, qui intéressent nos deux frères réalisateurs qui vont nous amener dans une immense bâtisse où des esprits vont mener la vie dure à un homme de médecine venu tirer un bilan de santé mentale de la riche propriétaire des lieux.

Jumpscares plus ou moins bien réussis, grande maison labyrinthique... Le film accumule les clichés et n’apporte pas grand chose à ce sous-genre cinématographique. Et pourtant le film se laisse plutôt bien regardé, grâce notamment à une ambiance sombre et une atmosphère mystérieuse, n’en déplaisent à beaucoup de gens qui auront vu le film. Alors oui, le film ne restera pas dans les mémoires du fait de ce manque d’originalité indéniable et de cette fin presue bâclée pourrons-nous dire mais sa projection ne fut en aucun cas un mauvais moment de cinéma. A voir une fois pourquoi pas donc (au même titre que "incarnate", film de clôture de l’édition précédente du festival).

LE PALMARES 2018 :

 

Grand Prix : GHOSTLAND
Prix du Jury : LES AFFAMES ex-aequo avec  LES BONNES MANIERES
Prix du Public : GHOSTLAND
Prix du Jury Jeunes : MUTAFUKAZ
Prix de la Critique : LES BONNES MANIERES
Prix du Jury Syfy : GHOSTLAND
Prix de la Musique : MUTAFUKAZ

 

Comme d’accoutumée, voici pour finir ce compte-rendu (avant les habituels remerciements) mes petits tops à moi (dans l’ordre de préférence) pour cette 25ème sélection :

 

En compétition : GHOSTLAND / LES BONNES MANIERES / LE SECRET DES MARROWBONE

En hors-compétition : ERREMENTARI / DOWNRANGE / EL BAR / PREY

 

REMERCIEMENTS :

 

Comme chaque année, je remercie tout d’abord les centaines de bénévoles sans qui le festival ne pourrait avoir lieu : sympathiques, serviables et toujours souriants même quand la météo n’est pas facile (froid, trombes d’eau...)

Ensuite, je remercie Sophie GAULIER (SG ORGANISATION, à Nancy) et Lucile BAJOT RICHARD (LE PUBLIC SYSTEM CINEMA) pour leur disponibilité et leur aimabilité lors de la préparation de mon séjour en terres vosgiennes.

Enfin, je remercie une fois de plus cette année Dominique VALENTIN, bénévole sur le festival, qui nous a hébergés durant toute la durée de la manifestation.

 

David MAURICE