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Un tueur en série, surnommé le Golem, sévit dans le Londres de l’époque victorienne. Contrairement à Jack l’éventreur qui ciblait ses victimes, le Golem semble frapper au hasard tuant prostituées, vieillards, familles entières sans logique apparente. L’inspecteur Kildare est envoyé sur place pour démêler cette sale affaire et surtout, être le bouc-émissaire, en cas d’échec...



L'AVIS :

Le film de Juan Carlos Medina est l’adaptation cinématographique du livre « Le Golem de Londres » de Peter Ackroyd, édité en 1994. L’enquête nous mène en 1880, dans les rues glauques et sales du quartier de Limehouse à Londres à la recherche d’un meurtrier appelé « Le Golem ». Ce fameux Golem serait passé dans une bibliothèque et aurait laissé des écrits à une date précise. L’inspecteur Kildare, en charge de l’affaire, se rend vite compte que ce jour-là, seuls quatre hommes étaient présents dans la bibliothèque. Ils deviennent ainsi les seuls suspects probables. Pour démasquer le criminel, il va devoir comparer l’écriture de chacun des quatre hommes avec celle laissé sur un livre par le Golem.

Ces exercices de graphologie permettent à Medina de mettre chaque suspect dans la peau du tueur et ainsi de trouver des effets de mise en scène et de narration efficaces et originaux. Cela a aussi pour intérêt de se rapprocher du style du livre qui est écrit à la première personne comme un journal intime du tueur. Le film propose aussi une dimension historique, certes accessoire mais captivante pour les personnes s’attachant un peu à cette époque, puisque les suspects se trouvent être des personnages ayant existés. On retrouvera ainsi l’illustre Karl Marx mais aussi des personnalités moins connues comme George Gissing, écrivain, John Cree, journaliste ou encore Dan Leno, star des spectacles de cabaret.



Dan Leno, brillamment interprété par Douglas Booth, est d’ailleurs un des personnages importants du film puisqu’une grande partie se déroule au travers de flashbacks ayant lieu dans le milieu du spectacle. Milieu dont Dan Leno et sa protégée, Lizzie Cree, sont de véritables vedettes et dans lequel semble se jouer différents enjeux. Car au-delà de la traque du Golem, le film part dans différentes voies qu’il explore plus ou moins profondément mais avec une remarquable réussite sur presque tous les tableaux. De la défense d’une condamnée à mort à la satire sociale de l’Angleterre de l’époque victorienne en passant par un subtil traitement de l’homosexualité et du travestissement ainsi qu’une dénonciation de la recherche de la célébrité à tous prix, « Golem, le tueur de Londres », arrive à aborder tout cela sans s’emmêler les pinceaux et sans user de grosses ficelles. Un équilibre presque parfait, donc. Finalement, seul sur le terrain du « whodunit », le film ne convainc pas totalement. Dommage car si la première partie du film est pleine de suspense, il est plutôt aisé de deviner le final passé une heure de métrage. Pas très grave mais c’est toujours rageant de découvrir le pot-aux-roses avant l’enquêteur !



Au-delà de ses qualités scénaristiques et techniques, c’est aussi grâce à sa reconstitution fidèle de l’époque et son montage rythmé que ce « Golem » est convaincant. Pas une minute d’ennui, une plongée passionnante dans le Londres de 1880… Dès les premières minutes, on se retrouve absorbé par l’ambiance glauque et pleine d’hypocrisie de l’époque. Le manque de moyen d’investigation de la fin du 19ème siècle laisse aussi la part belle à une enquête à l’ancienne, à base d’interrogatoires et d’intuition. Un vent de fraicheur en ces temps d’investigations high tech dopées aux analyses ADN et autres décorticages de relevés téléphoniques.
Dernier point, et pas des moindres, l’interprétation à la hauteur de l’ensemble du casting. Bill Nighy fait des merveilles en enquêteur acharné mais pas dupe, envoyé pour subir les foudres de Scotland Yard et des journaleux en cas de nouveaux meurtres. Comme dit précédemment, Douglas Booth, est troublant en Dan Leno, star de cabaret travesti et investi. Mentions spéciales à Eddie Marsan, second rôle toujours étonnant excelle dans celui d’un « tonton » ambigu à la limite de l’angoissant et à Olivia Cooke, star féminine du film, qui à mille lieux de son interprétation fadoche dans « Ouija » transcende le rôle de Lizzie Cree et rappelle parfois la Winona Ryder de la grande époque.



Plus qu’un film d’horreur ou un thriller, « Golem, le tueur de Londres » est une reconstitution saisissante du Londres du 19ème siècle au travers de ses manigances politiques et criminelles, de ses écrivains et ses artistes à l’égo surdimensionné vivant au milieu de la pauvreté et de ses pensées parfois datées mais souvent plus contemporaines qu’il n’y parait. Convaincant dans sa construction mais légèrement imparfait dans sa façon d’amener son dénouement, le film risque de décevoir les fans de « whodunits » classiques. Pour les autres, la plongée dans cette atmosphère envoutante, passionnante et violente ne sera que pur plaisir.


Disponible en DVD et BR chez CONDOR ENTERTAINMENT






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