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Alors qu’il est sur le point de se suicider sur une île déserte, le désespéré Hank découvre un cadavre échoué au bord de la mer. Prénommé Manny, le dit-cadavre va être « recueilli » par notre malheureux Hank qui va vivre des aventures avec lui, ce dernier lui servant alors de véritable couteau-suisse humain.



Certains films dits insolites nous parviennent encore de temps à autres dans les festivals de cinéma fantastique (dont notamment L’Etrange Festival pour ne citer que celui-ci). Sortant des sentiers battus, ces longs-métrages réussissent parfois à retenir notre attention de manière fort agréable, comme parfois ils peuvent au contraire carrément se casser les dents, la faute à une prise de risque peut-être un brin trop élevée ou des thématiques mal maîtrisées au final malgré de bonnes idées de départ.
"Rubber", "the greasy strangler", "norway of life", "mother !", "tusk", "norwegian ninja", "atomik circus" et autres "new kids nitro" et "new kids turbo"... Tant de films inordinaires dont nous avons pris plaisir à vous faire partager chez horreur.com nos avis.

Et parmi cette longue liste d’œuvres à part dans le cinéma de genre, difficilement classables dans des sous-catégories du cinéma fantastique en général, nous retrouvons un certain "swiss army man". Un long-métrage qui a su se faire remarquer en festivals un peu partout dans le Monde en 2016 et qui a récolté une belle petite moisson de récompenses.
Prix de la Mise en Scène au festival de Sundance, Prix du Meilleur Film et du Meilleur Acteur (Daniel Radcliffe) à Sitges, Prix de la Critique Internationale au NIFFF ou encore Prix du 7ème Parallèle au BIFFF, le film de Dan Kwan et Daniel Scheinert (surnommés Les Daniels) interpella forcément en 2016 les amateurs de cinéma fantastique n’ayant pas eu la chance de le découvrir en festival.

Mais alors que peut-on dire de ce fameux "swiss army man" ? Votre dévoué rédacteur vous propose dans les paragraphes suivants son avis sur la question.



"Swiss army man" intrigue dès le premier quart d’heure de visionnage, et c’est le moins que l’on puisse dire !
Une île déserte, deux protagonistes seulement (dont un cadavre !), des situations loufoques pour ne pas dire totalement barrées (un cadavre utilisé comme jet ski car ses pets font office de propulseur !) : le cadre est donné et pose déjà des questionnements sur la suite à venir (que peut bien nous proposer là notre duo de réalisateurs ? où veulent-il en venir avec ce couple improbable de personnages ? ne risque-t-on pas de s’ennuyer un peu devant le film des Daniels si ce dernier peine à apporter un minimum de péripéties et ne livre finalement qu’une accumulation de gags déjantés sans grand lien entre eux ?...). Mais qu’importe, hors de question de rester sur des à-prioris qui n’ont peut-être pas lieu d’être après tout et laissons-nous embarquer dans cette histoire d’amitié entre un suicidaire un brin fou-fou et un cadavre contre toute attente très attachant ! Et grand bien m’en a fait !

Car "swiss army man" est clairement une réussite. Un long-métrage alternant brillamment entre le drame et la comédie qui parvient tantôt à nous amuser par le biais de séquences fofolles (pour ne pas dire carrément débiles et jouissives !) tantôt à nous faire réfléchir sur le côté tragique de nos malheureux protagonistes en nous délivrant des scènes touchantes (principalement sur la fin de l’histoire qui nous est narrée), à la limite de la poésie pourrions-nous même dire (un rythme lent, une belle musique douce et entraînante...). Un véritable tour de force de la part des Daniels !

Et, hormis la complexité et l’inventivité de notre histoire, c’est justement cette combinaison entre le sérieux de l’entreprise (dans le fond, nous sommes clairement ici dans un drame, une tragédie vécue par un malheureux suicidaire) et au contraire le surréalisme presque omniprésent et les loufoqueries de nombreuses séquences du film qui font toute l’originalité de "swiss army man", et indéniablement sa réussite.
Sans jamais ennuyer le spectateur, le film de Dan Kwan et Daniel Scheinert nous plonge dans cette aventure humaine pas comme les autres, avec beaucoup d’humour (Dieu que c’est débile tout en étant sacrément jouissif et addictif : comique de situation, dialogues poilants, musique parfois très crétine, sans oublier les airs bidonnants et les grimaces hilarantes de notre cher cadavre de Manny exposé aux excentricités et à l’imagination débordante de son nouvel ami Hank) et d’émotion également.

Ambitieux et intelligent (nous ne sommes pas simplement face à une vulgaire accumulation de séquences absurdes sans fondement et sans profondeur : on interroge ici clairement la nature humaine), "swiss army man" est un véritable plaidoyer pour l’amitié/l’amour et contre la solitude qui décime les plus fragiles d’entre nous.
Solitude, détresse, amitié, amour... Telles sont les thématiques abordées ici dans le film des Daniels pour nous rappeler sans cesse qu'hormis ces débordements d’énergie et ces séquences complètement barrées nous sommes bel et bien face à un film dramatique avant tout.



Et pour porter ce scénario réfléchi et jouant la carte des émotions, Dan Kwan et Daniel Scheinert ont fait appel à deux acteurs offrant là des interprétations de haute volée. Daniel Radcliffe (nous ne présentons plus son rôle marquant d’Harry Potter mais nous pouvons citer également dans sa filmographie "la dame en noir" ou "horns") est désopilant dans son rôle de cadavre animé par l’imagination d’un malheureux suicidaire souffrant de solitude que campe le très bon Paul Dano (vu notamment dans "little miss sunshine", "there will be blood", "prisoners" ou encore "twelve years a slave"), un habitué des registres comico-tragiques justement.

Un duo d’acteurs qui fait clairement des étincelles devant la caméra. Alors que nos deux lascars s’en donnent à cœur joie dans des moments de pure folie (utilisé par Hank comme « mec/outil multifonction », comme le laisse penser le titre du film, le « défunt » Manny va servir de jet ski, de lance-projectiles, de mitrailleuse ou encore de fontaine à eau... Quand ce dernier ne voit pas son sexe se transformer en GPS/boussole !), ils savent également nous mettre la larme à l’œil, principalement en dernière partie de métrage, notamment lors de son final poignant et larmoyant.

Tout en ayant repris goût à la vie en s’occupant d’un cadavre retrouvé sur le bord de mer alors qu’il s’apprêtait à se pendre (névrosé, Hank voit en Manny un ami qui peut l’aider à combattre sa timidité et cet emprisonnement geekien et paternel qui l’empêche de s’ouvrir au monde qui l’entoure), il est également amusant de voir comment notre suicidaire de la veille va soudainement devoir convaincre par divers stratagèmes son cadavre d’ami (devenu son reflet en quelque sorte) d’aimer la vie, de continuer à se battre et de quitter cette île métaphorique où ils se trouvent tous deux isolés (Manny, être qu’il a inventé de toutes pièces, est la clé de sa survie car seul ce dernier peut l’aider à quitter l’île).

Pas de véritable spoiler ici, nous comprenons aisément dès la première demi-heure que tout est le fruit de l’imagination de ce cher Hank désespéré et déboussolé, abandonné de tous et enclin à la mélancolie. "Swiss army man" n’est ni plus ni moins qu’une percée dans le cerveau malade d’un jeune homme ayant développé une imagination à rude épreuve qui va l’amener à côtoyer un cadavre qui va devenir son ami, son confident puis son psy (certains dialogues durant lesquels Manny tente de faire comprendre à Hank qu’il est dans le faux sont savoureux) pour finir par être le reflet de celui qu’il a toujours voulu être (avenant avec la gente féminine, sans problème de libido, sans contrainte paternelle...). Une sorte de thérapie des plus particulières dirons-nous car le malade ici (Hank) se soigne lui-même par le biais de son propre imaginaire.

Entre rêve (il est amoureux d’une jeune femme rencontrée dans le bus et imagine lui parler, lui qui n’a pourtant jamais osé lui adresser la parole) et réalité (il est seul, perdu, et personne ne se soucie de lui, pas même son propre père), Hank se sert de Manny comme support/facteur de ses émotions, dévoile un comportement qu’il s’ignorait, découvre en lui le véritable homme qu’il est, sans pudeur et dans sa plus grande intimité (on parle d’amitié forte, voire même d’amour ici).

Tout en étant complètement barrée (vous n’écouterez plus jamais le thème de "Jurrasic park" de la même façon !) et surréaliste au possible, cette relation entre Hank et Manny son compagnon d’infortune est extrêmement touchante.



Vous l’aurez aisément compris, je ne peux que vous conseiller de voir ce (certes complexe mais tellement) passionnant "swiss army man" et de vous laisser guider dans cette aventure humaine drôle et touchante qui parviendra même sur sa fin à vous tirer peut-être une petite larmichette...
A découvrir sans plus attendre si ce n’est déjà fait !








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