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Le folklore japonais recèle bon nombre de mythes et de légendes urbaines qui n’ont rien à envier à ceux de leurs homologues américains. Ils ont ainsi donné lieu à des petits bijoux d’épouvante qui ont fait les lettres de noblesse du genre en Asie et à travers le monde au point d’être souvent copiés sur le continent de l’Oncle Sam. Il n’est donc guère étonnant qu’ils soient également déclinés en compilations de courts-métrages. Dans Dark tales of Japan qui est l’une d’entre elles, on en dénombre pas moins de cinq, tous réalisés par des cinéastes japonais aux renommées disparates. Qu’en est-il alors de ce projet initialement développé pour la télévision nipponne puis sorti en DVD dans d’autres contrées ?



Le premier court-métrage de cette anthologie horrifique japonaise est « La femme-araignée » relatant le récit d’un groupe de jeunes gens voyageant en voiture qui devisent sur le mythe de « La dame blanche » et aperçoivent, lors d’un passage sous un pont, un être vivant non identifiable. La panique les gagne alors et c’est l’accident mortel. Quelques jours plus tard, une jeune femme se fait attaquer au même endroit et il n’en faut donc pas plus pour que la presse commence à s’intéresser à cette histoire qui va vite devenir une légende urbaine. Bientôt, tout le monde parle de cette chose qui serait, en fait, une femme-araignée. Jusqu’à ce qu’un journaliste soit confronté à cette créature…

Ce sketch de Yoshihiro Nakamura (scénariste de "Dark water") commence assez bien avec une première séquence intrigante, où ce qui effraie n'est pas ce que l'on voit, mais la terreur qu'on lit sur le visage de la victime. Heureusement finalement, car dès que l’on arrive à voir de quoi il s’agit, on le regrette amèrement ! On sent bien qu’il s’agit-là d’une production fauchée ne misant pas sur les effets spéciaux semblant dater de 1950 ! Comme si cela ne suffisait pas, les interprètes sont fades au possible et surtout dotés d’un jeu d’acteur réduit à la portion congrue. Tout cela est bien dommage d’autant que la thématique abordant la frontière ténue entre la réalité et les légendes urbaines était intéressante mais l’ensemble fait tellement bricolé que cela lui enlève tout crédit !

Suit « Interstices », le second court-métrage réalisé par Norio Tsuruta ("Ring 0" et "Prémonition") qui parle d’un homme qui emménage dans un appartement au troublant passé. Celui-ci découvre que tous les interstices, tels que les contours des fenêtres, des portes, des tiroirs, des placards ou des armoires sont recouverts de scotch. Les enlevant rapidement, il va se rendre bientôt compte que ceux-ci avaient pourtant un but bien précis…

Cette partie est plus intéressante que la première et se concentre sur l’effet de peur beaucoup plus que sur une quelconque trame et on peut dire que c’est assez réussi, si on enlève deux, trois effets un peu cheap, comme par exemple la main crochue qui sort du tiroir. Bien rythmé, faisant monter la tension crescendo, ce sketch qui offre une sorte de variation de "Kaïro" de Kiyoshi Kurosawa est pour moi ce qu’il y a de plus abouti dans cette anthologie malgré sa trop courte durée.



« La malédiction » (« The sacrifice » chez nos amis anglo-saxons, titre tout aussi parlant), troisième court-métrage présenté, est l’œuvre de Kôji Shiraishi ("Ju-rei la malédiction" ou encore "Grotesque"). Il raconte l’histoire d’une jeune femme qui repousse les avances de l’un des ses supérieurs hiérarchiques. Ce dernier décide de se venger en s’immisçant dans sa vie privée et en pratiquant des rituels bien étranges tels que des incantations accompagnées de symboles dessinés avec du sang humain sur sa porte. La mère de la demoiselle harcelée va alors réciter des sûtras à longueur de journée afin de protéger sa fille de ce qui apparaît comme une malédiction…

Voilà une trame très complexe car mélangeant les serial-killers fétichistes, le satanisme, une malédiction ancestrale et une héroïne quasi prophétique qui a semble-t-il des visions. C’est le tour de force que réussit à exécuter plus ou moins le réalisateur japonais en vingt minutes seulement ! Si l’ensemble peut paraître indigeste, notons que les deux principaux protagonistes tirent leur épingle du jeu et que le noir et blanc utilisé pendant les scènes de flashback est très beau visuellement. En revanche, la bestiole gélatineuse aperçue lors de quelques plans laisse à désirer tant elle ressemble à un vulgaire croisement entre « Jabba le Hutt » et le monstre final de carton-pâte vu dans "Le passage" avec l’inénarrable Alain Delon. C’est dire si elle est esthétiquement magnifique !

Le quatrième court de Dark tales of Japan est « La blonde Kwaidan » de Takashi Shimizu, initiateur des franchises "Ju-on" et "The grudge", rien que ça ! Ici, un type un peu bizarre et oisif occupe la maison d’un cadre pendant son absence et découvre que ce dernier est marié avec une belle blonde. Quelques heures plus tard, notre homme apprend que son hôte n’est pas en vacances mais qu’il est mort ! C’est là que celui qui occupe désormais les lieux va faire une bien étrange découverte sous le lit...

Sketch le plus court (8 minutes environ), l’œuvre de Shimizu propose une histoire des plus banales et sans grand intérêt. La seule originalité réside dans la couleur de cheveux du traditionnel personnage de fantôme féminin, arborant ici une belle tignasse blonde. Pour le reste, c’est inintéressant au possible, en plus d’être mal joué, mal rythmé et d’être pseudo comique alors que nous sommes dans une anthologie à vocation horrifique. Bref, à éviter !



« Pressentiment » de Masayuki Ochiai (ayant réadapté "Shutter" de Parkpoom Wongpoom & Banjong Pisanthanakun en 2008) est le dernier court de ce film omnibus. Il met en images un salarié d’entreprise qui se retrouve à travailler tard en fin de journée et part le dernier du boulot. Un soir, il décide de dérober la liste des personnes ayant de grosses créances avant de partir de son bureau et de prendre l’ascenseur pour rejoindre sa femme qui l’attend à un arrêt de train. Il se retrouve alors dans l’ascenseur accompagné d’une vielle dame, d’un vieillard et d’une jeune femme. L’élévateur tombe en panne et tous ces protagonistes sont alors coincés. Après avoir fait connaissance avec les trois autres personnes, il réussit à contacter le service de maintenance et grâce à une caméra de sécurité, l’un des techniciens lui indique qu’il est pourtant seul dans l’ascenseur…

Partant d’un scénario ressemblant fortement à un de ceux que l’on aurait pu voir dans un vieil épisode de la série « The twillight zone », Oshiai arrive à faire monter la pression grâce à la variété de ses plans et le talent de son acteur principal, Teruyuki Gagawa, vu dans le récent "Creepy" ou encore dans la formidable série télé "Shokuzai". C'est assez prévisible dans l’ensemble, mais ça se laisse facilement suivre. C’est finalement le réalisateur a priori le moins chevronné et reconnu qui comprend le mieux le projet global en nous proposant un court agréable tourné à l’ancienne et sans grands effets de manche.



Ainsi, si les histoires se révèlent assez diverses dans les thèmes montrés à l’écran avec des créatures monstrueuses, des esprits vengeurs, une malédiction et des fantômes, elles se rejoignent toutes sur trois principaux points : le grain d'image horrible qui fait passer certaines scènes pour une série Z bricolée par des étudiants en cinéma, les effets spéciaux hasardeux et un casting très inégal présentant des acteurs confirmés (peu) et d’autres sans une once de charisme (beaucoup). En revanche, la mise en scène est parfois inventive et certaines histoires captent l'attention du spectateur pour peu qu'il ait passé le cap de l’aspect bas de gamme de l’ensemble !









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