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Diagnostiqué sociopathe par des médecins, John, un jeune homme habitant une petite bourgade tranquille, est suivi par un psychiatre afin de comprendre d’où lui vient cette pathologie et l’aider à en guérir, d’évaluer son potentiel de dangerosité et surtout prévenir de comportements qui deviendraient subitement anormaux chez notre ami. Passionné par les tueurs en série, quelle n’est pas la surprise pour John quand il apprend par les Médias qu’un dangereux tueur, souvent décrit comme un monstre sanguinaire par les riverains, rôde dans ses quartiers depuis quelques jours maintenant ! Rapidement, le jeune homme va mener sa petite enquête pour démasquer ce mystérieux individu ayant comme particularité de dérober à chaque fois un membre ou un organe à ses victimes…



Quel plaisir de retrouver Billy O’Brien derrière la caméra dans un film fantastique ! Après son "isolation" qui avait marqué les esprits de nombreux festivaliers (le film avait notamment remporté le Grand Prix et le Prix de la Critique à la treizième édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, alors encore appelé « Fantastic’Arts »), nous n’avions plus trop vu notre cher irlandais sur le devant de la scène, ce dernier ayant réalisé entre temps deux films tombés dans l’oubli...

Pour son quatrième film, Billy O’Brien décide d’adapter un roman de Dan Wells de 2009 et donne à celui-ci le même titre que le premier chapitre de la saga littéraire « John Wayne Cleaver » dont il est issu : "I am not a serial killer".

Un film qui a fait parler de lui sur la seconde moitié de l’année 2016 avec notamment ses projections au Paris International Fantastic Film Festival (long-métrage en compétition) mais également au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg durant lequel il remportera le Méliès d’Argent ("grave" ayant obtenu l’Octopus d’Or et le Prix du Public).



Thriller psychologique teinté de fantastique, "I am not a serial killer" se veut également un film dramatique sur de nombreux plans (que ce soit du côté de notre anti-héros John ou dans le final quelque peu touchant que nous offre Billy O’Brien derrière sa caméra), sans pour autant oublier de nous livrer quelques séquences amusantes par moments (humour noir notamment).

Un thriller fort original dans lequel nous suivons John, un jeune homme perturbé, diagnostiqué sociopathe par son psychiatre personnel qui le suit au fil des semaines afin de détecter et anticiper la moindre dérive comportementale. Un jeune homme tourmenté, à l’école (des altercations avec d’autres élèves) comme dans le cocon familial (un père ayant quitté le foyer et qui ne prend que très peu de nouvelles de ses enfants, une sœur en guerre perpétuelle avec leur mère), ce qui n’aide pas en la guérison de sa pathologie diagnostiquée.

Un problème d’autant plus gênant que le jeune homme est fasciné par les serial killers et autres psychopathes, à tel point qu’il n’hésite pas à rendre un devoir biographique sur Dennis Rader, un célèbre tueur en série américain connu sous le surnom de « B.T.K. » (nous pensons alors inévitablement à un certain Danny, interprété par Edward Furlong, rendant une dissertation faisant l’éloge de « Mein Kampf » d’Adolf Hitler dans le culte "american history x"), tout en étalant sa culture auprès de son meilleur ami (on y fait mention de Ted Bundy, « le tueur de femmes », Jeffrey Dahmer, « le cannibale de Milwaukee », sans oublier que notre jeune homme s’appelle en réalité John Wayne, tout comme John Wayne Gacy, « le clown tueur »…).
Dernier élément se voulant être un véritable obstacle pour le psychiatre suivant John : sa mère et sa tante tiennent une entreprise de pompes funèbres familiale et passent leur temps à pratiquer la thanatopraxie (embaumement des cadavres)…

Interprété par un remarquable Max Records qui porte indéniablement le film sur ses épaules (et que nous avons déjà pu voir dans "Max et les maximonstres"), nous voici donc face à un anti-héros à première vue donc, principal suspect au départ pour les spectateurs que nous sommes quand nous apprenons cette vague de crimes mystérieux dans les quartiers environnants. D’ailleurs, Billy O’Brien s’amuse dans les trente premières minutes de film à nous amener vers de fausses pistes (et si John était finalement ce tueur en série ? Ou pourquoi pas ce jeune homme qui s’isole avec un vieillard avant de sortir un couteau ?...) avant finalement de dévoiler très rapidement (nous en sommes alors à un peu plus de 25 minutes de film !) l’identité du tueur.



Un tueur qui n’est autre que le voisin de John, un vieil homme campé par ce cher Christopher Lloyd (le Doc dans "retour vers le futur" ou encore Oncle Fétide dans "la famille Addams"), toujours aussi juste dans ses rôles tantôt dramatiques tantôt amusants qu’on lui confie.

A la manière d’un "vampire vous avez dit vampire ?", nous nous rendons compte que la menace provient de la maison d’à côté. Très vite, notre anti-héros John va alors espionner son voisin par la fenêtre (nous pensons à "fenêtre sur cour", "mimic 3" ou encore "paranoïak") ou directement en lui rendant des services, à lui ou sa femme, histoire de se rapprocher un peu plus de ce dernier.
Un beau paradoxe que voilà : un jeune homme souffrant à priori de sociopathie, luttant contre des pulsions meurtrières en s’imposant des règles et des conduites à tenir, va être poussé de lui-même à étudier le profil de ce tueur en série atypique après l’avoir démasqué et ce dans le but de le neutraliser (une auto-guérison ?).

Mais quand on y pense, ce paradoxe est on ne peut plus logique finalement : en effet, qui de mieux qu’un sociopathe fasciné par les tueurs en série pour démasquer et empêcher un serial killer de récidiver dans ses horribles méfaits ? Qui de mieux placé pour comprendre ce tueur ? John est clairement le candidat idéal ici.

En ressort alors de "I am not a serial killer" une bonne intrigue haletante et au rythme relativement soutenu (les quelques scènes à la dynamique fébrile sont contrebalancées systématiquement par une séquence suivante plus captivante, que ce soit par l’action, l’humour ou la tension qu’elle procure), permis notamment par un bon casting (merci Max Renolds et Christopher Lloyd !), une ambiance parfois pesante (les jeux de lumière permis par les phares de voitures et les lampadaires mais aussi les fumées/brouillards utilisés à bon escient renforcent ce climat froid d’insécurité et cette atmosphère lugubre bienvenus) et des péripéties plutôt bien menées il est vrai.

Car même si l’identité du tueur nous est rapidement dévoilée, le film n’est pas pour autant terminé et un réel jeu du chat et de la souris se met en place. Une traque intelligente laissant flotter des mystères qui ne trouveront réponses que dans un final captivant, émouvant et inattendu.

N’oublions pas également de souligner le très bon travail perpétré sur la musique du film, élément essentiel dans l’atmosphère général du film de Billy O’Brien. Tantôt rock, tantôt axée clavier/synthétiseur, cette dernière se marie parfaitement avec les séquences choisies pour avoir un fond musical et amplifie nettement le ton donné aux divers passages, variant de l’effroi au dramatique, de l’humour au viscéral.



Au final, "I am not a serial killer" est une bonne surprise. Un thriller psychologique haletant et original, porté magistralement par un duo d’acteurs très convaincants (Max Records et Christopher Lloyd), un scénario efficace et non dépourvu de péripéties bienvenues, sans oublier une ambiance pesante/froide et un tueur singulier (ne spoilons pas le final réussi et inattendu) qui nous rappellent que nous sommes également ici dans un film fantastique.

Décidément, avec également "the autopsy of Jane Doe" d’André Ovredal, 2016 nous aura ouvert la porte de bien sympathiques morgues et autres tables de dissection !
Un film à conseiller assurément !








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