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Embauchés tous deux dans une usine de fabrication d’extincteurs proche de Tokyo, Fujio et Mitsuo préfèrent passer leur temps à s’entraîner au jujitsu, art martial asiatique dont Mitsuo est un expert. Un quotidien guère passionnant pour nos deux hommes qui va se retrouver bouleversé par une invasion de zombies sur Tokyo et ses environs. En effet, un monticule d’ordures s’est élevé au fil des années dans la banlieue de la capitale japonaise, véritable décharge où de nombreuses personnes jettent divers objets, produits toxiques et mêmes cadavres de défunts ! Un bien beau mélange qui a permis aux morts de revenir à la vie et d’envahir progressivement la grande mégalopole nippone !



Adaptation d’un manga, "Tokyo zombie" est une comédie fantastique japonaise réalisée par un certain Sakichi Sato, connu notamment pour ses travaux sur les films de Takashi Miike "Ichi the killer" et "gozu" pour lesquels il fut scénariste.
Premier long-métrage de notre homme, "Tokyo zombie" s’avère être un premier essai concluant, certes loin d’être exempt de défauts mais fourmillant de pas mal de petites idées et de touches d’originalité par-ci par-là.

Bien plus qu’un film de zombies (nos morts-vivants, certes bien existants et fort nombreux, paraissent ici être bien plus un élément complémentaire à l’intrigue, une sorte de « caillou dans la godasse » pour notre duo de compères qui demeure le principal centre d’intérêt), "Tokyo zombie" est avant tout une histoire d’amitié entre deux collègues de travail avec tout ce qui peut arriver dans une relation entre deux individus (amusements, taquineries, mauvais coups mais également séparation, drame...). Les fanatiques de films de zombies avec leurs excès d’hémoglobine et leurs héros qui tentent de survivre coûte que coûte à l’invasion pourront quelque peu être surpris par certains choix scénaristiques proposés ici.

Certes, de nombreux items propres aux zombie movies sont de la partie dans "Tokyo zombie" (des home invasions, des morsures à tout-va, des morts-vivants aux déplacements lents et saccadés, des survivants qui se regroupent pour survivre dans des zones à priori sûres...), mais le film de Sakichi Sato baigne également dans un humour basculant bien souvent dans l’absurde et le grand-guignolesque (une habitude dirons-nous dans les films fantastiques en provenance du Japon) quand ce n’est pas dans l’humour noir (on y traite des thèmes tels que la pédophilie, le parricide, la maladie ; on s’amuse de l’homosexualité ou des accidents de la route entre autres...), s’aventure sur des terrains imprévus (une touche sentimentale, dramatique, en seconde partie de long-métrage avec la disparition de Mitsuo et la détresse profonde de Fujio, sa compagne et sa fille muette qui vivent dans un taudis et travaillent dur pour quelques malheureuses pièces) et n’hésite pas à dénoncer le système dans lequel nous vivons (pollution, inégalité et lutte des classes).



"Tokyo zombie", c’est également un film clairement découpé en deux parties distinctes.

La première, très amusante et proche de ce que l’on peut voir dans certaines comédies de films de zombies (nous pensons bien-entendu à des films tels que "le retour des morts-vivants" ou encore, comme les médias aiment le rappeler, "shaun of the dead"), est fort réussie,dynamique (on ne s’ennuie pas une seule seconde) et jouit de dialogues parfois savoureux (certaines situations burlesques contiennent leurs petits lots de blagounettes bienvenues) servis par des acteurs talentueux. On y découvre deux personnages un brin décalés, pour ne pas dire parfois totalement illuminés : l’un s’avère être un véritable François Pignon (incapable de suivre la moindre consigne, Fujio accumule les gaffes et attire les ennuis plus qu’il ne les évite) tandis que le second fait office de vieux sage, malheureusement hypocondriaque et totalement accro au jujitsu. Un sacré duo que voilà, interprété par Tadanobu Asano ("Ichi the killer", "zatoichi") et Sho Aikawa ("dead or alive", "zebraman"), deux têtes connues dans la filmographie de Takashi Miike !

La seconde partie du film vire quant à elle vers le post-apocalyptique et se rapproche volontiers parfois d’un "mad max 3 – au delà du dôme du tonnerre" ou d’un "turbo kid" pour ses combats d’arène notamment. La lutte de classes et la dénonciation des inégalités entre pauvres et riches : cette seconde moitié de film critique clairement la société actuelle et nous plonge, pour se faire, dans une zone sûre dans laquelle les bourgeois se servent des pauvres gens encore en vie pour soit les confronter à des zombies dans des arènes, soit les utiliser comme dynamos humaines pour fabriquer de l’électricité.
Une seconde partie de film qui va également être marquée par quelques touches dramatiques (une famille en détresse, un enfant très touchant) - qui apporteront peut-être quelques légères lenteurs rapidement gommées - et au contraire sur la fin par une explosion de bêtises et d’absurdités bienvenues rappelant les trente premières minutes de film (les séquences sur la montagne d’ordures, indéniablement les meilleurs moments de "Tokyo zombie") et durant laquelle vous pourrez notamment vous délecter devant des combats de zombies vampires ou zombies masqués (après les zombies catcheurs dans "zombie king and the legion of doom", voici les zombies mordus de jujitsu !) ou devant des jets de pisse et d’excréments sur de bien vilaines bourgeoises puant le fric, l’immoralité et l’indifférence. Du post-apocalyptique version grand-guignol !



Quoiqu’il en soit, que l’on préfère la première moitié du film ou la seconde, une chose est sûre : chacune apporte son petit lot d’originalité ! Entre la nouvelle façon de concevoir des zombies (des âmes de défunts + des ordures + des produits toxiques = zombies) dévoilée dans la première demi-heure du film, le fait d’intégrer le jujitsu à toutes les sauces dans le film (au départ un divertissement entre deux collègues, le jujitsu va ensuite servir à repousser les premières invasions de zombies, à lutter contre la maladie, à communiquer avec le défunt Mitsuo, à devenir une star des arènes, à se donner une raison de vivre... Peut-être votre rédacteur va-t-il se mettre au jujitsu !) ou encore les combats de zombies en arènes, "Tokyo zombie" ne manque pas de nous surprendre !

La fin du film d’ailleurs est surprenante et ne manquera pas de vous tirer un sourire (une fin amusante et surtout indispensable pour bien comprendre les quelques petites étrangetés qui auraient pu apparaître en premier lieu comme des incohérences... mais il n’en est rien !)

Ajoutons à tout ceci une bande son entraînante (rock) et des effets spéciaux volontairement risibles par moments, très kitchs (une éventration peu esthétique rappelant, pour rester dans l’univers asiatique, le génial "story of Ricky", des pantins en guise de cadavres, des décapitations rapidement expédiées, des giclées de sang qui piquent les yeux...) et en parfaite adéquation avec le côté burlesque et grand-guignolesque du projet !



Au final, "Tokyo zombie" est un bien sympathique premier essai pour le compère de Takashi Miike, Sakichi Sato. Tantôt absurde, tantôt émouvant, ce zombie movie possède au final très peu de longueurs et se suit agréablement bien de par ses nombreuses touches d’originalité qui en font une oeuvre singulière dans le paysage zombiesque.

Dommage que le dvd paru chez Kubik ne propose pas une bien belle image (une restauration inexistante, proche de la qualité VHS), bien que la version proposée en VOSTFR soit non-censurée et pourvue de bonus plutôt sympathiques (interview de Tadanobu Asano, making of, clip, teaser/trailer/spot TV).








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