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INTERVIEW DAVID SCHERER
 
 
Ah, David Scherer ! Nous l’aimons bien à horreur.com notre Cocorico Boy venu de Strasbourg et travaillant dans le domaine des effets spéciaux et des maquillages. Films issus de genres divers et variés, séries télé, courts-métrages ou encore vidéo-clips, notre alsacien est un touche-à-tout que nous admirons depuis de nombreuses années au sein de l’équipe. Et pourtant, beaucoup d’entre vous ne connaissent finalement pas grand chose de l’ami David Scherer et il est temps aujourd’hui de rétablir cela par le biais de cette interview qu’il nous a consacrée !
 
 
 
QUI ES-TU DONC AMI ALSACIEN ?
 
 
David MAURICE : Salut David ! Bon, nous te connaissons bien à horreur.com mais pourrais-tu rapidement te présenter auprès de nos internautes ? 
 
David SCHERER : Salut à tous ! Alors pour faire simple, je m'appelle David Scherer et je crée des effets speciaux pour le cinéma depuis une dizaine d'années.... Et je suis un grand fan de cinéma depuis tout aussi longtemps !!
 
DM : Et surtout tu es originaire d’Alsace-Lorraine comme moi ! (rires)
Créer des effets spéciaux et donner naissance à des maquillages les plus réalistes possibles n’est pas chose facile et rares sont celles et ceux pouvant se vanter de pareilles prouesses techniques. 
Et pourtant tu te dis autodidacte : veux-tu dire par là que tu n’as jamais fréquenté d’école de maquillage ou autres établissements spécialisés dans les effets visuels ? Comment en es-tu arrivé à de telles performances et à de tels travaux aussi précis que ceux que nous pouvons voir dans les films et autres courts-métrages auxquels tu as participé ? Comment t’es-tu instruit ?
 
DS : Alors effectivement je suis autodidacte... Je ne voulais pas faire d'école de maquillage car je n'aime pas du tout le côté formaté qui en ressort... Je me suis donc documenté en regardant des dizaines de films :) Ca m'a permis déjà de me forger une cinéphilie mais aussi et surtout de comprendre les techniques de montage et de mise en scène dans un film. Comment on annonce un effet spécial, comment on l'utilise, comment on le filme etc... Ca a été primordial je pense... En outre c'est ainsi que je me suis découvert une passion pour un certain genre de cinéma, mais ça j'en parlerai plus tard je pense :)
 
 
UNE VIE EXCITANTE... ET REMUANTE !!!
 
 
DM : En effet, je pense que nous allons en parler un peu ! (rires) 
Parmi tes collaborations, nous pouvons citer entre autres les films « thanatomorphose » d’Eric Falardeau (4 prix des meilleurs effets spéciaux !), « love » de Gaspard Noé, « lady blood » de Jean-Marc Vincent, « horsehead » de Romain Basset, « l’étrange couleur des larmes de ton corps » de Bruno Forzani et Hélène Cattet, « le serpent aux milles coupures » d’Eric Valette ou encore le film à sketches « theatre bizarre ». Mais nous pouvons également citer des séries télé telles que « falco », « profilage », « boulevard du palais », « hero corp » ou encore « plus belle la vie » sans oublier de nombreux courts-métrages (le très primé « quenottes » ou encore « Margaux » et « Paris by night of the living dead ») et des vidéo-clips (citons par exemple « whisper » de Superbus, « Try it out » de Skrillex, « transe-lucide » de Disiz et « sanctuary » de Cavalera Conspiracy).
Au vu de tous ces projets qui s’enchaînent les uns derrière les autres au fil des mois et des années, nous comprenons aisément que tu ne dois pas souvent avoir de temps libre. Ton emploi du temps ressemble-t-il à celui d’un ministre ou parviens-tu encore à trouver de temps en temps une petite semaine tranquille ?
 
DS : Alors c'est vrai que je suis plutot sollicité ces derniers temps, je ne vais pas m'en plaindre... Après évidemment cela implique d'avoir un emploi du temps assez difficile à gérer par moments... Entre les préparations d'atelier où on conçoit et fabrique les différents effets et les tournages proprements dits, c'est dur de trouver du temps pour soi.... Mais en contrepartie je suis vraiment heureux d'avoir participé à de si nombreux projets. Et le nombre de rencontres que j'ai pu faire de cette facon est impressionant... Des rencontres qui comptent beaucoup à mes yeux. C'est vraiment ma plus grande satisfaction, pouvoir cotoyer des réalisateurs et découvrir leurs univers.
 
DM : Le rapide survol fait ci-avant de tes collaborations montre également que tu acceptes volontiers des projets divers et variés (une préférence est notable pour le cinéma fantastique mais tu vagabondes également dans d’autres genres, tandis que pour les vidéo-clips tu passes du pop rock français de Superbus au rap de Disiz en t’arrêtant volontiers sur du métal le temps par exemple d’un séjour en Nouvelle-Aquitaine chez Gojira). 
Qu’est-ce qui te pousse à préférer bien souvent un projet à un autre ? La difficulté de celui-ci (le challenge) ? Son originalité (le changement) ? Le genre auquel il se rattache (les goûts cinématographiques) ?
Autrement dit : que privilégies-tu dans un projet quand plusieurs s’offrent à toi ?
 
DS : L'originalité d'un projet et la vision du réalisateur sont très importants pour moi. Et le rapport humain naturellement... Je pense que les meilleurs travaux que j'ai pu faire sont ceux où j'ai pu vraiment cerner l'univers du réalisateur et du projet. Je cherche vraiment à explorer de nouveaux genres en permanence.
L'univers "Giallo" et italien de réalisateurs comme Hélène Cattet et Bruno Forzani, Francois Gaillard par exemple, pour passer ensuite à un univers très polar lorsque j'ai travaillé sur « Le serpent aux milles coupures » d'Eric Valette... Ce sont deux types d'effets très différents, baroques et esthétiques d'un côté et très réalistes de l'autre.
C'est pour cela que ma rencontre avec l'équipe des Films de la Mouche a été formidable d'un point de vue artistique et humain. J'ai été épaté de la maturité de cette jeune équipe extrêmement talentueuse ! Ils maitrisent tout le processus de fabrication d'un film et on une grande culture cinématographique. J'ai débuté ma collaboration avec eux sur « Margaux » en 2016, un excellent souvenir de tournage !!! On a crée une créature "Zulawskienne" et j'étais très curieux de voir ce qu'ils allaient en faire... Le moins que l'on puisse dire c'est que je n'ai pas été déçu du résultat !!! J'ai vraiment aimé l'utilisation très intelligente de ce monstre ! Et bien entendu j'ai beaucoup aimé le film tout court ! 
Ces dernieres semaines j'ai tourné avec eux « Le jour où maman est devenue un monstre » réalisé par Josephine Hopkins et « Et le Diable rit avec moi » réalisé par Rémy Barbe , deux projets tres différents mais qui témoignent de leur grande ambition et exigence en termes de cinéma ! Je suis très impatient de découvrir le résultat final ! Je ne peux pas rentrer dans les détails sur ce que j'ai créé sur ces deux films mais je peux vous dire que ça va vraiment être impressionant !!! Sur le plateau tout roulait très simplement, il y avait certes beaucoup de défis techniques mais tout était géré dans une ambiance très sympathique tout en restant rigoureuse... Bref voilà ce que je cherche avant tout... Ce type d'ambiance te permet de surpasser le manque de moyens je trouve et d'arriver à de supers résultats !
 
 
DM : Pressé de voir cela ! Pour ma part j’ai découvert « Margaux » lors du festival de Gérardmer et j’ai bien accroché ! Alors si tu me dis que cette fois-ci je vais être scotché à mon siège alors je prends ! Parmi tous ces projets, nous imaginons que tu gardes des souvenirs plus ou moins ancrés dans ta mémoire. Quel est ton meilleur souvenir ? Quel est l’effet visuel dont tu es le plus fier à ce jour ?
 
DS : Mon meilleur souvenir n'est pas à proprement parler un souvenir d'effets spéciaux : c'est pendant le tournage de "L'étrange couleur des larmes de ton corps". Le tournage se passait en Belgique pour les extérieurs et au Luxembourg en studio. Pendant cette période l'équipe logeait sur place et j'étais dans le même logement que Francois Cognard (rédacteur sur la revue Starfix aujourd’hui disparue, fondateur de la société de production Tobina Film, ndlr), du coup on parlait beaucoup après le tournage et j'ai de supers souvenirs de soirées passées à discuter de sa carrière de journaliste, de producteur, d'anecdotes de tournage, de cinéma Bis et de Benoit Lestang (maquilleur, marionnettiste, acteur, réalisateur, scénariste et producteur français, ndlr) que j'aurais vraiment aimé pouvoir rencontrer... Ca reste une merveilleuse expérience ce tournage et, outre l'aspect technique et artistique, des rencontres formidables !
 
Dans le même style, lorsque je travaillais sur « Un ciel bleu presque parfait » j'ai reçu deux appels le même jour de la part de réalisateurs dont j'aime le travail et avec qui j'ai eu la chance de travailler depuis .... Fouad Benhammou avec qui j'ai fait le promoreel (morceau de film destiné à trouver des financement, ndlr) de « Finding death » et qui a été une très belle rencontre et Eric Valette pour lequel j'ai fait quelques "morceaux" pour son très bon « Le serpent aux mille coupures » !
 
Après, j'ai des effets que j'apprécie beaucoup dans certains films mais je pense que c'est l'utilisation directe qui en est faite qui me plait... J'aime beaucoup « Margaux » pour cela mais je peux te citer « Tokyo grand guignol » de Francois Gaillard, « Thanatomorphose » d'Eric Falardeau evidemment, « L'étrange couleur des larmes de ton corps » d’Hélène Cattet et Bruno Forzani pour ce coté esthétisant à l'extrême ou dernièrement "Un ciel bleu presque parfait" de Quarxx. Il y avait beaucoup de choses à faire sur ce dernier et notamment la créature devant le miroir : Quarxx avait des idées très précises sur ce qu'il voulait. Ce film a vraiment un truc en plus et c'était vraiment intéressant de le voir prendre vie ! Les visions cauchemardesques comme la crucifixion de « Horsehead » me parlent beaucoup , là encore la vision de Romain Basset y est pour beaucoup... Ou bien les effets sanglants de « Chimères » d’Olivier Beguin qui sont bien integrés au film avec une approche intelligente je trouve : il ne s'agissait pas de faire du splatter (genre né en Allemagne, signifiant « éclaboussures », et dans lequel on retrouve certains réalisateurs portés sur le gore tels que Andreas Schnaas, Olaf Ittembach et autres Timo Rose et Heiko Fipper, ndlr) à outrance mais d'essayer une approche plutôt viscérale et réaliste....
 
En parlant de réalisme, j'apprécie aussi beaucoup les "petits" travaux que j'ai pu faire dans « A tout prix » par exemple de Yann Danh, « Trip » de Pascal Stervinou ou encore « Le serpent aux mille coupures » d’Eric Valette. On est dans ce cas-là dans un univers beaucoup plus réaliste avec une structure de film noir qui là encore me plait énormément, parce que j'adore ce genre....
 
Et naturellement j'adore aussi passer dans le fantastique pur et dur lorsque je vais faire la créature de « Noct » de Vincent Toujas ou le lovecraftien « L'appel » d’Alban Ravassard ; là encore c'est tout un pan de cinéma que j'apprécie beaucoup et qui permet de créer des effets très marqués. En bref un des aspects de ce métier qui me plait le plus, la variété et le changement permanent dans les styles de films.
 
DM : Créer des cadavres plus vrais que nature, rendre les plus réalistes possible des morts vivants, des grands brûlés et des victimes d’infections cutanées ou encore donner vie à des monstres issus de nos pires cauchemars (on peut d’ailleurs retrouver nombreuses de tes créations sur le site www.dsfx.book.fr), voilà en quelque sorte ton charmant quotidien de maquilleur et SFX maker ! Mais tout ne doit pas toujours se faire sans mal, le réalisme et la perfection pouvant être bien long à obtenir...
Te souviens-tu du projet le plus difficile que l’on t’ait donné ? 
 
DS : « Thanatomorphose » et « L'étrange couleur des larmes de ton corps » pour la variété des effets et leur nombre. Heureusement dans les deux cas j'ai pu bénéficier d'un bon temps de préparation et nous avions vu tous les détails en amont avec l'équipe ! Dès lors, le tournage fut vraiment une partie de plaisir !
 
Dernièrement « Cold ground » de Fabien Delage a été un bon challenge car nous avons tourné dans la montagne, de nuit avec 30cm de neige... Mais le jeu en valait la chandelle car il y a un effet gore que je ne peux pas spoiler qui risque de faire grincer des dents !
 
En soit chaque projet est compliqué mais encore une fois c'est une question de communication et de préparation , tout passe par là... Et bien sûr une question d'équipe en général : lorsque je te parlais de l'équipe des Films de la Mouche, il faut voir ce qu'ils arrivent à obtenir techniquement avec leur incroyable équipe !!! Tu vas avoir une personne maquillée pendant 4 heures : il va forcément avoir des plis, des petits défauts et autres, le maquillage va s'user... Mais lorsqu'on le met dans le cadre, avec la lumière et tout, ça devient magique, tu vois un personnage qui existe... Ils sont très forts pour ca !!!!
 
 
TES GOUTS, TES PREFERENCES, TES IDOLES : DIS-NOUS TOUT !!!
 
 
DM : Dans « le lac des morts-vivants », il y a de la lumière mais le maquillage fout l’camp quand ils sortent de l’eau et du coup c’est pire qu’avant... OK, on parle d’autre chose ! (rires)
Ray Harryhausen, Rick Baker, Rob Bottin, Tom Savini, Stan Winston, Greg Nicotero, Dick Smith, Gianetto De Rossi, Dennis Muren, Phil Tippett... Nombreux sont les artisans ayant oeuvré avec succès dans les effets spéciaux et les maquillages dans le cinéma fantastique !
La question est simple : Quelles sont tes idoles ? Et pourquoi ?
 
DS : Gianetto De Rossi, j'adore écouter le Monsieur en interview : il dégage une grande sérénité. J'aime beaucoup ses travaux sur les films de Fulci mais j'adore aussi les effets qu'il a créés sur « Haute tension ». Il a le sens du bricolage dans le sens noble du terme : il fourmille d'astuces pour optimiser des budgets souvent ridicules ! De plus, il ne bosse pas avec une équipe de 35 personnes, il est souvent seul sur le plateau ou alors avec un ou deux assistants.... Aujourd'hui, beaucoup de maquilleurs sont dans la technique avant tout, j'ai l'impression que De Rossi cherche plutôt la solution adaptée par rapport à ce que raconte l'histoire.... Si tu regardes les zombies qu'il a fabriqués chez Fulci, je trouve que c'est représentatif de cet état d'esprit. Ses morts-vivants sont couverts de terre, très salis avec beaucoup de chair décomposée... Aujourd'hui, on irait sans doute vers quelque chose de plus "sculpté", trop "propre", et ca n'irait pas je trouve avec la thématique de ces films... Fulci était un réalisateur qui avait peur de la mort, et la mort dans ses films est representée par des dégats très importants, les morts-vivants sont très abimés et, détail important, toujours aveugles (leurs yeux sont cachés par des lentilles blanches ou des blessures). De Rossi a parfaitement saisi cela et je trouve que les morts-vivants fulciesques dégagent vraiment quelque chose : ils ne font pas comme c'est souvent le cas aujourd'hui "défilé de maquillages" ou "performances techniques"....
 
J'essaye donc humblement de tenir à cet état d'esprit en cherchant avant tout une solution qui corresponde au style du film. Je me fiche d'utiliser du silicone dernier cri ou du latex, ce qui importe c'est le résultat dans le plan, à l'ecran.
 
L'autre grand maquilleur que je respecte énormément et que je n'ai malheureusement pas eu la chance de rencontrer est Benoit Lestang. Le parcours et la variété des travaux du bonhomme m'impressionnent beaucoup ! Il a énormement de mérite car il a commencé à une époque où on ne trouvait pas tous les produits d'aujourd'hui ou les multiples tutos sur Internet (il a commencé sur « La morte vivante » de Jean Rollin). Sa disparition a vraiment laissé un vide je trouve...
 
DM : Moi non plus je ne cache pas depuis de nombreuses années maintenant mon admiration pour les zombies de l’univers de Fulci que j’ai toujours considérés comme les plus saisissants, les plus attroces assurément ! Cela me fait plaisir que tu nous en parles durant cette interview !
Outre le fait que tu fasses de nombreux maquillages et SFX, tu raffoles de cinéma fantastique et fais partie comme nous de ce que l’on appelle des vidéophages (j’ai appris notamment qu’étant jeune tu fréquentais très couramment un vidéo-club situé juste à côté de ton établissement scolaire... plutôt que de faire tes devoirs ??? rires)
Avec le paquet de films fantastiques que tu as pu voir dans ta vie, lequel représente selon toi le summum, le Saint Graal, au niveau des effets spéciaux ?
 
DS : Alors, à mon avis, le meilleur film en terme d'effets spéciaux maquillages et physiques reste « The thing » de Carpenter... Là encore une utilisation superbe des effets de Rob Bottin, car je trouve que « The thing » est avant tout un film sur la paranoia et non un film de monstres. Encore une fois, les effets speciaux renforcent le propos mais ne sont pas simplement des démonstrations techniques pour épater les geeks... Même si bien-entendu chaque apparition de la créature est extrêmement forte !
 
Après je ne recherche pas forcément un déluge d'effets spéciaux dans les films, j'ai souvent droit à la remarque un peu stupide de "mais ca va te plaire ce film, il y a des têtes qui explosent....". Je suis plus attiré par des films comme « Possession », « L'exorciste » (forcément), « La grande menace » , « Rolling thunder » ou bien encore « Mad Max 2 », « L'autre » ou encore les westerns italiens.... 
En films francais, j'aime énormément « Le vieux fusil » et « Tchao Pantin » ... Ca reste effectivement des films assez sombres (à l'exception de « Mad Max 2 » que je considère plutôt comme un gigantesque film "bande dessinée" et une vraie leçon de découpage...) et beaucoup d'autres encore complètent cette liste mais là je pourrais remplir plusieurs pages...
 
 
DM : « Le vieux fusil » ? Tu dois bien t’entendre avec Lionel notre Webmaster alors ! (rires) J’ai lu dans une interview que tu étais fan de giallos et notamment de cinéastes transalpins tels que Mario Bava, Dario Argento ou encore Sergio Martino. Pourtant ce genre de film n’est pas ce qui se fait de plus démonstratif en termes d’effervescence d’effets spéciaux et autres maquillages, contrairement au cinéma gore/trash, aux monsters movies ou aux films de zombies et de cannibales...
Qu’aimes-tu tout particulièrement dans le giallo ? 
 
DS : J'aime beaucoup le giallo parce que c'est un genre visuel et audacieux ! 
Lorsque je découvre des films, j'ai besoin de voir du cinéma, du visuel... J'aime la recherche visuelle. J'ai un peu de mal avec certains films qui se passent dans un appart avec 3 acteurs qui parlent sur un canapé pendant 10 minutes...
 
J'ai découvert le giallo avec Dario Argento et j'ai été assez interloqué à ma première vision de "4 mouches de velours gris" par la façon de raconter son intrigue et ses trouvailles visuelles justement. Puis je me suis mis à chercher tout ce que je pouvais trouver sur ce genre.... Je trouve que les italiens (Mario Bava en premier) ont vraiment créé un genre à part entière ! Une facon visuelle et esthétique de raconter une histoire policière. Car il y a très souvent un assassin, masqué et ganté, des meurtres à l'arme blanche filmés comme des rituels, un fétichisme appuyé des armes blanches, une sensualité extrême, et une thématique constante qui renvoie à la mémoire ou  la perception de la réalité défaillante (cf "Profondo Rosso" ou "4 mouches de velours gris" par exemples). Par cela, le plan visuel devient un élément à part entière de l'intrigue et je trouve ça très intéressant !
 
Ce qui me plait encore dans le giallo et le cinéma de genre italien en général, c'est que tu retrouves une humilité et un désir de bien faire. En cela par exemple Sergio Martino est un excellent artisan, dans le sens noble du terme. Il est passé par tous les genres, aussi bien la comédie, que le film d'aventure (« La montagne du dieu cannibale »), le polar violent et le giallo (« La queue du scorpion »), il soigne son cadre, sa musique (Bruno Nicolai pour ses giallis justement !!!!) et ses effets. Là il n'y a plus simplement des effets spéciaux dans le sens basique du terme mais plutôt des effets de mise en scène. Le découpage, le rythme, le montage d'une séquence de meurtre dans un giallo est très important et ne se limite pas justement à deux trois plans de chair transpercée...
 
Après, évidemment, j'ai mes giallis fétiches comme « Profondo Rosso », « Ténèbres » et l'incroyable « La longue nuit de l'exorcisme » de Fulci qui est un veritable giallo rural se passant en plein soleil avec une atmosphère incroyable et quelques séquences mémorables (la séquence avec Florinda Balkan).
 
Enfin, pour finir, je trouve que dans un giallo en général, même si le film est raté tu trouveras toujours une ou deux séquences incroyables, une perle de mise en scène où tu te diras "wouah j'avais jamais vu ca avant !" et ca me plait davantage que d'être devant un film plat, bien fait peut-être, mais sans audace particulière....
 
 
DM : On ne l’arrête plus notre strasbourgeois quand il s’agit de parler Giallo ! (rires)
Et j’imagine que travailler avec le duo de réalisateurs de « Amer », Bruno Forzani et Hélène Cattet, a dû te combler de joie !
 
DS : Oh oui complètement ! J'ai découvert « Amer » au festival de Gérardmer et j'ai été soufflé ! J'ai absolument voulu les rencontrer par la suite pour leur dire ce que j'avais pensé de leur film ! On a pas mal discuté après la projo et on est resté en contact car je voulais savoir quand « Amer » allait repasser sur Strasbourg... Et fin 2011, je reçois un mail de leur part me demandant si ca m'intéresserait de travailler sur leur prochain ! Autant dire que j'étais comme un fou !
Je suis allé les voir à Bruxelles pour discuter du projet et j'ai pu découvrir deux personnes d'une gentillesse folle, tres cultivées, pleines de références au cinéma italien... Ils ont des idées très précises de ce qu'ils veulent et ont plein d'idées sur la façon d'obtenir les effets voulus. Il y a toujours beaucoup de boulot sur leurs films : des effets en direct, des blessures diverses et variées, des prothèses etc...
 
Sur leur dernier, « Laissez bronzer les cadavres », j'ai travaillé en collaboration avec le superviseur SFX plateau Olivier de Laveleye sur certains effets. C'est un gars incroyable qui a géré une foule de choses sur le film. Je pense que le résultat va être incroyable !!!!
 
 
LES EFFETS SPECIAUX
 
 
DM : Tu as le don de nous faire saliver en tout cas !
Comme nous ici tu préfères le cinéma fantastique des années 70-80, ces années où les prothèses en latex cotoyaient les animatroniques par exemple !
Que penses-tu des évolutions numériques dans le domaine des effets spéciaux ? 
Un très bon documentaire sur les SFX intitulé « le complexe de Frankenstein » est sorti il y a maintenant deux ans et avait été présenté dans divers festivals, l’as-tu vu ?
 
DS : Oui absolument !!! Je pense qu'Alexandre et Gilles ont fait un boulot formidable pour rendre hommage a tous ces artisans des effets spéciaux !!! Leur précédent sur Ray Harryhausen était aussi une grande réussite !!!
 
Comme pas mal de personnes, j'ai l'impression qu'on assiste à un retour aux effets spéciaux "réels", sur le plateau. Je trouve que c'est une bonne chose car cela permet d'avoir un résultat concret devant les yeux. De plus cela permet aussi aux comédiens d'avoir quelque chose pour intéragir. Quand un acteur porte une fausse blessure, avec du faux sang qui gicle etc..., ça lui permet de se mettre dans un certain état pour tourner, c'est autre chose que d'être devant un drap vert et de devoir imaginer tout ce qui se passe... Disons que c'est une autre méthode de travail !
 
Après je suis vraiment pour la combinaison des techniques, en ce sens où le numérique permet d'améliorer souvent des effets en direct. A mon avis il faut prendre le meilleur de chaque technique pour avoir un résultat optimal ! Avoir une base réelle sur le plateau et ensuite améliorer et retoucher...
 
DM : Je suis assez de ton avis, mais seule la parole de l’expert importe ! (rire)
Tes nombreuses collaborations t’ont notamment permis de voyager (tu es parti par exemples en Inde, au Maroc...).
As-tu eu l’occasion d’apprendre de nouvelles techniques, un nouveau  savoir-faire, lors de ces voyages à l’étranger ?
 
DS : Comme je le disais, les rencontres humaines sont le plus important pour moi et mes tournages à l'étranger ont tous été des expériences formidables ! J'ai pu découvrir les méthodes de travail en Asie et au Canada lorsque j'ai fait « Thanatomorphose » par exemple. En Inde, lorsque j'ai tourné « Ludo » j'ai pu découvrir les conditions extrêmes x10 :))) Il faisait extrêmement chaud (plus de 40°C), on tournait 16/17 heures par jour, il y avait beaucoup de prises, le maquillage fondait littéralement... Mais je ne regrette pas de l'avoir fait ! Il y a deux ans je tournais « Dearest sister » au Laos avec la réalisatrice Mattie Do : ce fut un tournage beaucoup plus tranquille, il n'y avait pas une pléthore d'effets mais des choses très spécifiques sur certains personnages et encore une fois un souvenir merveilleux car l'équipe était incroyable, je suis très très heureux d'avoir participé à ce film qui fait une très belle carrière en festival et que j'ai très hâte de decouvrir...
 
DM : Ah bah on y vient au « lac des morts-vivants » dans lequel le maquillage fond ! Je ne savais pas qu’il avait été tourné en Inde ! (rires)
Sinon, j’ai appris que tu collaborais avec un artificier/accessoiriste nommé Léo Levoyer avec qui tu as créé le site www.oneshotsfx.wixsite.com. Grâce à ce site, il est possible de vous contacter pour faire appel à vous sur un ou plusieurs projet(s).
Peux-tu nous parler un peu plus de cette collaboration avec Léo Levoyer ? Comment est-elle née ?
 
DS : J'ai rencontré Léo sur « They were in Normandie » de Vincent Lecrocq. Je me rappelle très bien de la première rencontre, c'était un film de guerre et il y avait des explosions dans une tranchée. Là je vois un gars accroupi en train de tripatouiller des fils, et quand il se relève je me dis "Oh bah ça mais on dirait Tom Cruise !" C'était pas banal....
On a pas mal discuté et je me suis rendu compte que Léo avait le même amour pour le cinéma que moi. C'est devenu un ami et on a commencé à faire plusieurs tournages ensemble.... 
 
On a fait beaucoup de tournages en commun. On a bossé sur « Last caress » de Francois Gaillard pour lequel il a fait entre autres des effets de flamme pour la séquence du bûcher, il m'a aussi aidé à animer la marionnette de la fille pendant cette même séquence... On a fait le dingo « Matriarche » ensemble avec les impacts ultra violents, un de nos souvenirs de tournage les plus dingues ! Après on a eu aussi de bons plans galères, comme ce tournage où Léo avait preparé une dizaine d'impacts de balles pour une grosse scène de fusillade mais malheureusement la preposée assistante réal n'avait pas vraiment organisé son truc et il en a tourné au final... deux... Quand je dis que la préparation et l'organisation sont les mamelles d'un tournage réussi !
 
 
LES FESTIVALS
 
 
DM : Tu as été récemment membre du jury pour l’édition 2017 du Sadique-Master Festival, un festival mettant en valeur le cinéma underground extrême. 
Regardes-tu habituellement ce type de cinéma où les effets spéciaux et autres maquillages sont légion ?
 
 DS : Je suis moins connaisseur de ce genre de cinéma, même si j'ai bossé sur le « Thanatomorphose » d’Eric Falardeau. Ma venue au Sadique Master m'a permis de découvrir de nouvelles choses et aussi de passer de très très bons moments de projection avec mes camarades, notamment François Gaillard (quels fous-rires mémorables !!!), sans oublier la découverte d'une petite perle véneuse, « Sacrifice » réalisée par l'énigmatique Poison Rouge qui nous a bien remués ! Un petit film trash indépendant mais pas que !!!! A découvrir car il en vaut la peine !
 
DM : Oui, j’en ai pas mal entendu parler en effet, ne serait-ce qu’en discutant avec Tinam, l’organisateur du festival ! Etait-ce la première fois que tu étais jury dans un festival dédié au cinéma de genre ? Que retiens-tu de cette expérience ?
 
DS : Oui First Time ! :)
Une expérience excessivement sympathique, à refaire naturellement !!! L'occasion de découvrir des films méconnus en bonnes conditions de projo et devant un public de passionnés, ce ne se refuse pas !
 
DM : Si tu pouvais être membre du jury dans le festival de ton choix (cinéma fantastique ou autres), lequel serait-il ?
 
DS : Tout à fait honnêtement, je serais honoré de faire partie de n’importe quel festival fantastique :)
 
 
ET DANS L’AVENIR ?
 
 
DM : Allez, une dernière petite question pour la route ! Une traditionnelle chez nous :
Quels sont tes futurs projets pour les mois à venir ? 
 
DS : Je travaille actuellement sur un nouvel épisode de la série « Profilage » et j'ai quelques projets de courts très intéressants, un lovecraftien dans l'esprit et un hommage aux séries B des années 80 « Atomic Ed », tout un programme... Je pars également sur quelques longs cet été et j'attends le feu vert pour une série fantastique ! Bientôt bientôt....
 
DM : Merci de nous avoir accordé cette interview David ! Toute l’équipe d’horreur.com te souhaite encore de bien beaux projets, plein de zombies, de monstres et de cadavres en tous genres !
 
DS : Merci à vous !!! Pour votre travail et votre amour du cinéma !!! Merci à Lionel de nous avoir mis en contact et pour ces discussions de passionnés !!!!
 
 
David MAURICE
 
Interview réalisée le 10/05/2017


Stéphane Erbisti

LUMIèRE SUR