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Alors qu’elle est enceinte de sept mois, Ruth croit entendre son bébé lui parler. Encore en deuil suite au décès de son conjoint survenu quelques mois auparavant, la jeune femme est encore fragile et vit en solitaire, rongée par la détresse et semblant ne trouver du réconfort qu’auprès de son petit qu’elle porte en elle. Un foetus qui va d’ailleurs dicter à Ruth des meurtres que cette dernière va perpétrer sans relâche. Lancée dans une véritable virée sanglante, la future jeune maman passe incognito auprès des forces de l’ordre et du voisinage. En effet, qui penserait qu’une femme enceinte de sept mois puisse être à l’origine de tous ces meurtres ?



Après avoir joué dans de nombreuses comédies produites pour la télévision britannique mais également dans des films d’Edgar Wright ("hot fuzz" et "le dernier pub avant la fin du monde") et Ben Wheatley ("kill list" et "touristes") entre autres, Alice Lowe décide de se lancer dans la réalisation avec un premier long-métrage intitulé "prevenge".
Alors qu’elle est enceinte de sept mois au moment des faits, notre courageuse britannique n’hésite pas à endosser les casquettes de scénariste (elle qui a déjà écrit le scénario de "touristes" notamment), réalisatrice et actrice (elle joue le rôle de Ruth, personnage principal de "prevenge") sur son premier film !

Présenté dans une belle petite brochette de festivals (Toronto, Paris, Londres, Gérardmer...), "prevenge" parvient à faire parler un peu de lui, notamment dans la Presse spécialisée qui lui reconnait certaines qualités. Méconnu du Grand Public (seuls les festivaliers et les amateurs de cinéma de genre en auront entendu parler), le premier film d’Alice Lowe est pourtant fort divertissant, et ce malgré des limites imposées par un budget quelque peu rikiki il faut le reconnaître.



Petit thriller mêlant slasher et giallo dans lequel nous suivons le parcours sanglant d’une jeune femme enceinte dictée par les pulsions meurtrières de son foetus (on pense clairement au film culte français "baby blood", il va sans dire), "prevenge" fait dans l’humour et le cynisme avec une bien belle maîtrise (on voit bien que la femme a été entourée durant sa carrière par Edgar Wright notamment), deux facteurs importants dans la réussite du projet qui nous est présenté ici.

Car même si nous assistons dans "prevenge" à une vague de meurtres perpétrés à l’arme blanche, la variante humoristique tient une place très importante dans le long-métrage. Alors que le film d’Alice Lowe pourra parfois paraître absurde aux yeux de certain(s)s (la voix grotesque du foetus en est un bel exemple), il faut bien reconnaître que notre réalisatrice manie proprement les divers procédés comiques que nous apprenons notamment au théâtre. Comique de situation (certaines confrontations avec les futures victimes sont hilarantes), comique de mots (le bon gros dragueur, première victime de notre Ruth déterminée, ne cesse de faire des allusions au sexe en parlant des reptiles de son magasin spécialisé dans les animaux de compagnie), comique de caractère (il faut voir le fameux DJ Dan, un raté persuadé d’être une star et vivant encore chez sa mère à 40 balais passés, avec ses jurons et ses techniques de drague bien lourdes et parfois machistes) ou encore comique de gestes (comment oublier les scènes de danse avec DJ Dan !) sont de la partie pour nous amener dans cette série de meurtres certes peu sanglante (la plupart des assassinats sont expéditifs, à la limite du hors-champs, faute de budget probablement) mais terriblement divertissante grâce à cette bonne dose d’humour bienvenue !



Partant d’un scénario simple (trop diront certain(e)s), "prevenge" ne fera pas de grandes étincelles à ce niveau (pas de grand suspense ni de grandes surprises dans cette épopée vengeresse, pas de morale en fin de métrage), ce film clairement décomplexé étant axé principalement sur le cynisme et l’humour. Des situations et des dialogues si savoureux (la rencontre suivie de la confrontation avec DJ Dan est probablement le point d’orgue du film) et si habilement distillés tout au long du récit (nous ne déplorons pas de véritable temps mort) que l’on en oublie que le film d’Alice Lowe manque quelque peu de profondeur (nous aurions peut-être aimé un peu plus d’intéractions entre Ruth et son bébé par exemple) et surtout qu’il est très répétitif (une rencontre, un meurtre, une rencontre, un meurtre...).

Un personnage central que nous aurions effectivement peut-être voulu un peu plus fouillé mais il semblerait que ce n’était peut-être pas l’objectif premier de notre réalisatrice qui préférait vraisemblablement relancer cette dernière au plus vite sur le ring une fois le combat précédent terminé.
Nous retrouvons cependant une certaine connotation dramatique, tragique, dans cette soif de vengeance (Ruth est toujours endeuillée par la mort de son conjoint, père du bébé qu’elle porte en elle). Seule et abattue par cette mort inattendue, la jeune femme est d’autant plus fragilisée et donc plus facilement en proie à des hallucinations (elle entend son foetus lui parler). Elle est surtout plus influençable à ce stade, à ce niveau critique de fatigue émotionnelle dû à sa grossesse et à cet évènement tragique survenu auparavant dans sa vie (sa sage-femme, qu’elle voit que de manière ponctuelle, semble être la seule personne à lui sortir la tête de l’eau, sa conscience étant mise à rude épreuve par les voix de son bébé qui s’obstinent à lui parler et à lui dicter des crimes). Un personnage transpirant la psychologie et la psychanalyse du fait de son état mental alarmant qui aurait effectivement pu être encore un peu plus fouillé donc...



N’allons pas mentir, nous ressentons clairement le manque de budget au visionnage de "prevenge" mais Alice Lowe use de nombreux stratagèmes pour contourner les limites imposées par ce manque indéniable d’argent et ce tournage éclair de 11 jours seulement. En témoigne par exemple un casting de fort honnête facture et terriblement efficace avec ses personnages masculins bien caricaturés (le vendeur dragueur et lourdingue, le DJ raté et grossier) et ses personnages féminins au contraire forts et robustes (une sportive qui va donner du fil à retordre à Ruth, une business woman qui cherche à la rabaisser), marque d’un certain féminisme volontairement drôle ici. Nous pensons également à la bande originale du film, percutante et entêtante, qui ponctue de bien belle manière certaines séquences de "prevenge" (probablement la meilleurs BO écoutée lors du festival de Gérardmer en 2017), à défaut d’avoir parfois les éclairages adéquats.

Au final, "prevenge" est un film à découvrir, un thriller mêlant habilement le giallo, le slasher et le film de tueur fou, le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour. Peu sanglant mais sacrément divertissant, voilà bien un film peut-être simpliste sur le papier mais fort efficace !








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