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Téhéran, Iran 1988. Alors que la ville est en proie à des bombardements depuis huit ans dans cette guerre qui oppose l’Iran à l’Irak, Iraj est muté en plein champs de bataille et doit laisser sa femme Shideh seule avec leur fille Dorsa. Suite à l’écrasement d’un missile ennemi sur le toit de leur immeuble, la petite fille commence à manifester un comportement de plus en plus étrange, d’autant plus que leur appartement semble depuis cet incident abriter une présence inconnue... Une voisine superstitieuse explique alors à Shideh que le missile ayant atteri sur leur immeuble devait transporter un Djinn, une force surnaturelle qui voyage avec le vent et cherche à posséder des hôtes humains...



Après avoir fait le buzz suite à son passage dans certains festivals (Sundance notamment), "under the shadow", premier film de Babak Anvari, est notamment passé à l’Etrange Festival, puis à Strasbourg sans trop faire d’échos avant de finir son grand tour des festivals français par Gérardmer principalement où ce film multinational (Royaume-Uni, Qatar, Iran et Jordanie) a récolté deux prix : le Prix du Jury (ex-aequo avec "on l’appelle Jeeg Robot") et le Prix du Jury Syfy.

Même si sa présence pouvait sembler des plus étranges (le film était disponible depuis quelques temps sur Netflix) lors du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, le retrouver en compétition à la Perle des Vosges et en plus le voir repartir avec deux récompenses furent pour moi deux grosses surprises de taille, n’ayant pas été plus que cela emballé par le film de Babak Anvari.

Voir ce film récompensé de deux prix m’a plus que surpris, moi qui pensais que la scandaleuse et incompréhensible récompense décernée au décevant "jeruzalem" (Prix du Jury ex-aequo avec le très bon "evolution") l’année précédente n’était finalement qu’un dramatique épisode ponctuel, une erreur de parcours isolée.
Mais pourquoi tant d’incompréhensions de ma part ? La réponse, qui je pense ne fera pas l’unanimité auprès de nos lecteurs (et je m’en excuse d’avance), est dans les quelques paragraphes qui suivent (rassurez-vous, les premiers sont élogieux !)...



Quand tu t’apprêtes à visionner un film réalisé par un iranien vivant à Londres et tourné en Jordanie, tu ne sais pas trop où tu vas mettre les pieds mais tu y fonces, espérant y trouver une petite pépite inattendue.
Et en effet, "under the shadow" possède une poignée de qualités non négligeables et montre quelques touches d’originalité bienvenues dans ce type de registre pourtant vu maintes et maintes fois.

Nous retiendrons plus particulièrement du film de Babak Anvari le contexte géo-politique servant de cadre temporel au récit. Peinte de bien belle façon ici, la vie en Iran durant la guerre qui l’oppose à l’Irak dans la fin des années 80 se ressent à chaque minute du film, si bien que le spectateur ne peut s’empêcher d’éprouver de la compassion pour ce peuple qui tente de survivre dans ce vaste champs de bataille que représente la capitale de l’Iran.
Bombardements, sirènes d’alarmes et descentes à l’abri anti-bombardements : tel est le quotidien des habitants de Téhéran et notamment des résidents de cet immeuble où se passe la quasi-totalité de "under the shadow". Une vie rythmée au son des explosions d’obus, aux intonations émanant des rues désertées, aux craquements des fissures sur les murs et plafonds des logements ou encore aux sonneries de téléphone annonçant parfois de bien mauvaises nouvelles... Une peur au quotidien qui se transforme également en peur du lendemain (l’immeuble se vide de ses occupants au fur et à mesure que le récit avance).

Plus qu’un cadre temporel donné à notre histoire, nous faire vivre la vie en Iran c’est également mettre en avant dans "under the shadow" tout un aspect social.
Nous suivons en effet une Shideh en proie aux habitudes mais surtout aux obligations dictées par la religion et la politique du pays qui tiennent une place importante dans le récit. Mal dans sa peau, notre jeune femme doit essuyer des revers personnels (l’impossibilité de reprendre ses études de médecine car elle a un lourd passé de manifestante contre la politique du pays), vivre avec des obligations religieuses qu’elle ne semble pas apprécier (elle se fait arrêter pour non-port du voile dans la rue) mais elle est également contrainte de vivre certaines activités clandestinement tout en espérant ne pas être en proie à des dénonciations du voisinage (elle cache son magnétoscope et ses VHS de Jane Fonda, des produits interdits en Iran, devant lesquelles elle a pris pour habitude de faire des exercices journaliers).

Babak Anvari signe donc là une peinture vivante de la vie en Iran durant la guerre plutôt réaliste, un film à tendance féministe qui condamne les conditions de la femme en Iran mais également une critique de la société iranienne dans laquelle le poids de la religion (et les punitions infligées en cas de non-respect de certaines obligations) et les interdits sociaux sont montrés du doigts. A ce niveau-là, notre réalisateur réussit plutôt bien son coup et apporte une certaine originalité à son métrage. Un bon gros point donc !



Notre pauvre Shideh est de plus en plus mal dans sa peau (une dégradation mentale plutôt bien rendue qui combine à la fois le mal-être de la jeune femme cité ci-avant avec cette relation mère-fille qui se détériore) et nous suivons tout au long du film cette descente aux Enfers pour notre mère de famille. Epuisée, assommée par tout ce qui lui arrive (ses problèmes personnels, la guerre, sa fille qui perçoit des « choses » dans la maison...), Shideh en vient à croire aux Djinns (comparaison d’un missile avec un vaisseau rempli de ces esprits frappeurs) et même à les entrevoir (ces derniers sont représentés ici par des voiles).
Fruit de l’imagination (un enfant muet que sa fille entend parler, des objets qui disparaissent et réapparaissent, un voile assimilable à un esprit qui flotte par la fenêtre...) ou réelle menace ? Cette histoire de croquemitaine/esprit et cette relation mère/enfant n’est en tout cas pas sans rappeler un certain "mister babadook" de Jennifer Kent sorti quelques années auparavant (et ayant presque tout raflé à Gérardmer en 2014)!

Malheureusement, cette sorte de huis-clos dans un immeuble (presque dans un appartement) montrera rapidement ses limites.
Car même si ce dernier nous gratifie de deux-trois jumpscares plutôt réussis et de quelques apparitions fantomatiques (bon en fait il s'agit de Djinns...) là aussi de bel effet, il faut bien reconnaître que nous sommes ici en terrain connu (les sentiers ayant été battus à de nombreuses reprises) et que le film, hormis ce contexte socio-géo-politique (oulà...), ne nous montre finalement pas grand chose de bien nouveau dans l’univers fantastique.

Un enfant qui voit des choses que sa mère ne voit pas (et qui forcément va penser qu’il s’agit de simples terreurs nocturnes juvéniles), des objets qui disparaissent (mon dieu, ils ont pris le doudou de l’enfant !), le monstre sous le lit (d’ailleurs la créature est d’un ridicule...), les regards à travers le judas, les portes qui s’ouvrent et se ferment... Non, rien de bien nouveau ici et c’est bien dommage...
Rajoutez à cela une jeune Avin Manshadi (interprétant le rôle de la fillette Dorsa) énervante, pour ne pas dire insupportable (ces crises à répétition...), ainsi qu’une fin de film décevante et vous obtenez là un premier long-métrage certes à la mise en scène maîtrisée et à l’ambiance bien retranscrite (une bonne montée en pression) mais malheureusement qui ne semble pas abouti et qui flirte beaucoup trop avec le « déjà-vu ».



Alors oui, "under the shadow" n’est pas un mauvais film, oui le film de Babak Anvari possède deux-trois bonnes idées dans son scénario (dont ce contexte géo-politique peu ordinaire), oui encore nous avons droit à quelques bons jumpscares qui fonctionnent.. Mais franchement, après avoir vu "under the shadow", nous nous rendons rapidement compte que le film est relativement creux, qu’il emprunte souvent des sentiers bien battus et qu’il n’apporte finalement pas grand chose au genre si ce n’est encore une fois ce contexte géo-politique bien retranscrit ici.
Dans le genre nous avons vu beaucoup mieux, mais ne boudons pas notre plaisir car le film se suit plutôt bien malgré tout et les temps morts sont rares, chose importante à souligner !

Pour revenir sur les premiers paragraphes de ma chronique qui ont peut-être froissé certain(e)s d’entre vous ayant beaucoup apprécié le film, "under the shadow" n’est pas un mauvais film en soi je le répète mais il ne méritait clairement pas ces deux distinctions à Gérardmer face à cette concurrence terrible cette année ("on l’appelle Jeeg Robot", "realive", "grave" et "the autopsy of Jane Doe" plus particulièrement). Un bel hold-up selon moi...








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