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Auteur
Stephen King

Editeur
J'ai lu

Date de sortie
1981

Nombre de pages
760

Langue
Anglais

Couleur




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Moyenne: 6
(1 vote)


Vous avez tous ressenti des frissons de plaisir,‭ ‬des frémissements d'angoisse en lisant les ouvrages de Stephen King.‭ ‬Cette inquiétante étrangeté du quotidien qu'il sait si bien décrire...‭ ‬Qui n'a jamais voulu savoir ‭? ‬Percer les raisons de son succès,‭ ‬comprendre la force de son imagination ‭?
Or le Maître a décidé ici de lever le voile,‭ ‬de vous révéler les secrets de son inspiration ‭? ‬Egrenant anecdotes et souvenirs,‭ ‬il se confie enfin,‭ ‬avec humour et simplicité.‭ ‬Voici donc l'itinéraire d'un jeune garçon dans les Etats-Unis de l'immédiat après-guerre,‭ ‬l'histoire d'un talent qui se forge au fil des films qui l'ont épouvanté,‭ ‬des romans qui l'ont inspiré,‭ ‬des comics qui l'ont émerveillé...‭ ‬Et dans le sillage de l'évocation nostalgique,‭ ‬s'impose la réflexion fondatrice de l'oeuvre de King :‭ ‬entre pop culture et baby-boom,‭ ‬séries B et esprit pionnier,‭ ‬que reste-t-il du rêve américain quand on éteint la lumière ‭?


AVIS :

Encouragé par son éditeur de l'époque,‭ ‬Stephen King signe en‭ ‬1981‭ ‬un essai sur le genre horrifique.‭ ‬Lui-même passionné de fiction horrifique sous toutes ses formes,‭ ‬il va s'interroger sur la place du genre,‭ ‬son évolution et ses différents supports,‭ ‬revenant en détail sur certaines œuvres phares ou l'ayant marqué,‭ ‬essayant d'en dégager les principaux thèmes tout en étoffant la démonstration de nombreux éléments biographiques.

Il tente d'abord d'analyser le succès des histoires d'horreur,‭ ‬et fait une distinction hiérarchisée entre la terreur‭ (‬l'art de la suggestion‭)‬,‭ ‬l'horreur‭ (‬qui montre‭) ‬et la révulsion‭ (‬qui cherche donc à dégoûter‭)‬.‭ ‬Il extrait ensuite trois thèmes majeurs,‭ ‬à travers trois œuvres fondatrices :‭ ‬la figure du vampire,‭ ‬popularisée par le‭ "‬Dracula"‭ ‬de Bram Stoker ‭; ‬celle du loup-garou,‭ ‬issue de‭ ‬"L'Etrange cas du docteur Jekyll et de M.Hyde" ‭; ‬et celle de la chose,‭ ‬telle qu'elle apparaît dans‭ ‬"Frankenstein‭ ‬ou le Prométhée moderne" de Mary Shelley.‭ ‬A ces trois grands thèmes,‭ ‬il ajoute celui du fantôme,‭ ‬en se basant sur‭ "‬Le Tour d'écrou" de Henry James.‭

King s'intéresse ensuite aux différents supports de l'horreur.‭ ‬S'il a une tendresse particulière pour la radio,‭ ‬qui permet notamment de jouer avec l'imagination de l'auditeur‭ (‬et donc de faire naître la terreur‭)‬,‭ ‬avec des émissions comme‭ "‬Inner sanctum mysteries" ou‭ "‬Dimension X",‭ ‬il est beaucoup plus critique envers la télévision,‭ ‬incapable de retranscrire correctement l'horreur à cause de la censure malgré quelques réussites comme certains épisodes de‭ ‬"La Quatrième dimension" ou‭ "‬Au-delà du réel".‭ ‬Il évoque évidemment longuement le cinéma,‭ ‬notamment à travers son goût pour la série B,‭ ‬voire Z,‭ ‬nous ouvrant parfois la porte sur des œuvres totalement méconnues qui l'ont marqué‭ – ‬en bien comme en mal.

C'est d'ailleurs l'une des forces du livre :‭ ‬loin de se cantonner à une analyse froide du genre,‭ ‬Stephen King remplit son livre d'anecdotes personnelles,‭ ‬et assume pleinement la part de subjectivité de sa démonstration.‭ ‬Il peut ainsi encenser quelques films dont il est conscient des défauts,‭ ‬mais aussi faire grincer des dents avec quelques remarques très acides sur certains films‭ (‬"Mad Max",‭ ‬qualifié de navet‭) ‬ou réalisateurs‭ (‬Wes Craven‭)‬.‭ ‬Cela rend cet essai particulièrement vivant et fluide à lire,‭ ‬et donne surtout envie de‭ (‬re)découvrir les films,‭ ‬émissions et livres dont il parle.

Car évidemment,‭ ‬il réserve une large partie de cette‭ ‬Anatomie de l'horreur à la littérature horrifique,‭ ‬en s'attardant sur une dizaine de classiques indispensables du genre :‭ ‬"Ghost story‭" (‬Peter Straub‭)‬,‭ ‬"La Maison d'à côté"‭ ‬(Anne Rivers Siddons‭)‬,‭ "‬Maison hantée‭" ‬(Shirley Jackson‭)‬,‭ "‬L'Homme qui rétrécit‭" (‬Richard Matheson‭)‬,‭ "‬La Foire des ténèbres‭" ‬(Ray Bradbury‭)‬,‭ ‬"Un bébé pour Rosemary"‭ ‬(Ira Levin‭)‬,‭ "‬L'Invasion des profanateurs de sépulture"‭ (‬Jack Finney‭)‬,‭ "‬La Poupée qui dévora sa mère"‭ ‬(Ramsey Campbell‭)‬,‭ "‬Fog"‭ (‬James Herbert‭) ‬et‭ "‬Hitler peignait des roses‭" (‬Harlan Ellison‭)‬.‭ ‬Chacune des ces analyses permet à King d'évoquer leurs auteurs‭ (‬il participera largement à la redécouverte de l'oeuvre mal-aimée de James Herbert‭)‬,‭ ‬leurs adaptations cinématographiques,‭ ‬cultivant l'art de la digression comme le passionné avide de faire partager ses connaissances qu'il est.‭

Anatomie de l'horreur est donc un livre précieux pour tout amateur d'horreur,‭ ‬d'une étonnante richesse‭ (‬il est ponctué d'innombrables notes de bas de page‭ – ‬on notera d'ailleurs l'extraordinaire travail de traduction‭ – ‬et de listes conséquentes de choses à voir ou à lire‭)‬,‭ ‬qui permet de découvrir ou redécouvrir de nombreuses œuvres,‭ ‬radiographiques,‭ ‬télévisuelles,‭ ‬cinématographiques et littéraires à travers les yeux d'un pur passionné,‭ ‬qui conclue son essai en s'interrogeant sur l'influence de la fiction sur la réalité à travers des faits divers ayant été rapprochés de romans d'horreur.


6/6 - Steeve Raoult
LUMIèRE SUR