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1850. Alors qu’une mystérieuse horde d’indiens a kidnappé des habitants de la paisible ville de Bright Hope, le shérif local accompagné d’une petite poignée d’hommes se lance à leur poursuite.



Il est rare de voir un western figurer dans la liste des films projetés aux festivals d’Avoriaz/Gérardmer et pourtant c’est bien dans cette 23ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer et même dans la compétition officielle que se trouve un certain "bone tomahawk".
Sur le papier, rien ne laissait penser que ce film (bien plus long que les autres long-métrages projetés lors de cette édition 2016 du festival soit dit en passant avec ses 2h12 au compteur) allait finalement repartir avec le Grand Prix. « Un western avec des cowboys qui partent rechercher certains des leurs kidnappés par des indiens ? Rien de bien original dans tout ceci ! » pouvait-on entendre par-ci par-là dans les rues de celle que l’on appelle la « Perle des Vosges ». Et pourtant, beaucoup d’entre nous (dont je fais partie) ressortirent conquis par cette aventure américaine campée en plein milieu du 19ème siècle !

Alors que certains se demandaient si un western avait sa place dans la compétition, les premières images de "bone tomahawk" enlevèrent tout doute ou suspicion qui pouvaient encore subsister après l’extinction des lampes dans la grande salle du festival. Après un égorgement en gros plan avec en prime une petite explication orale sur la méthodologie à adopter pour sectionner une gorge sans laisser la moindre chance à la victime, deux brigands (dont l’un joué par notre ami Sid - Captain Spaulding – Haig qui fera alors une apparition très rapide à la manière d’un "butcher 3" par exemple) vont tomber nez-à-nez avec des êtres bipèdes sveltes et à la stature imposante dont seule la silhouette dans l’ombre nous sera dévoilée pour entretenir le mystère. Sid Haig ne s’en sortira pas, ce dernier se faisant exterminer d’une façon très « prédatorienne » près de ce qui pourrait s’apparenter à un vieux cimetière indien, laissant derrière lui son complice apeuré et surtout des festivaliers enchantés de constater que ce "bone tomahawk" va probablement être plus jouissif qu’il n’y paraissait sur le papier !



Avec son casting trois étoiles (Kurt Russell dans la peau du shérif, accompagné dans cette épopée par Patrick Wilson, Richard Jenkins et Matthew Fox), ce premier film de S. Craig Zahler en tant que réalisateur/scénariste nous montre là un « western horrifique », comme nos amis outre-Atlantique aiment si bien le qualifier depuis sa projection en festivals en 2015, certes classique dans son scénario mais à la réalisation très soignée.

Exit les complexités narratives, place ici à un western des plus accessibles avec son histoire de vengeance et de chevauchée héroïque où chacun des protagonistes se montre courageux, fiers et intrépides (à part peut-être notre adjoint du shérif, un homme d’un certain âge moins fougueux que ses compères, présenté ici comme le sage de cette aventure en quelque sorte, un personnage essentiel pour ses notions de médecine et pour cette stabilité qu’il apporte dans ce groupe où les egos et les élans de bravoure pourraient se heurter facilement) à l’image de ce que l’on connait de ces bons vieux westerns d’antan !

Certes, le film possède une narration quelque peu particulière (qui en a rebuté certains) dans le sens où cette dernière s’avère assez lente et répétitive (on galope, on marche, on monte le camp pour la nuit, on repart quelques heures après et rebelote le lendemain…) mais qui témoigne de la difficulté de cette épopée (un voyage long, rude, fatigant auquel on a l’impression de participer en temps réel) et montre également l’isolement qui commence à se mettre en place pour nos valeureux cowboys perdus dans ces contrées inconnues et parfois hostiles (loin de chez eux et dans l’incapacité de faire appel à une cavalerie bienveillante, nos hommes ne peuvent compter que sur eux-mêmes).

Pour rendre ce voyage plus agréable, moins monotone, quelques cailloux viendront se faufiler dans les chaussures de nos cowboys (bandits de grands chemins, vol des chevaux, mystérieux visiteurs nocturnes, douleur insupportable à la jambe pour l’un d’entre eux qui ralentit quelque peu le groupe…) histoire de nous faire patienter jusqu’à la tribu de ces sauvages troglodytes qu’ils sont venus défier sur leur territoire. Ajoutez à cela des paysages contemplatifs (les décors sont magnifiques, tout comme les jeux de lumières qui se créent au fil des journées avec le soleil) et des bonnes petites touches d’humour bien dosées (un humour fin qui fait étonnamment mouche à chaque coup) et vous avez là une épopée longue en soi mais qui passe rudement bien à l’écran et n’ennuie à aucun moment (malgré une petite baisse de rythme ressentie dans la seconde partie pendant une bonne dizaine de minutes qui sera finalement rapidement gommée par l’arrivée de nos amis sur le territoire des indiens)!



Nous y voilà enfin à nos fameux indiens ! A la manière d’un film de cannibales dont nos amis italiens aimaient tant nous abreuver durant l’âge d’or des Ruggero Deodato, Umberto Lenzi, Sergio Martino et bien d’autres, "bone tomahawk" nous plonge alors dans cet univers devenu soudainement plus hostile (l’enfer vert ayant ici cédé la place à l’enfer jaune) avec cette tribu de sauvages surgissant sans crier gare et s’avérant particulièrement violents.

La comparaison avec les films italiens de cannibales ne s’arrête d’ailleurs pas là car, en plus d’être de vilains indiens, ces derniers pratiquent le cannibalisme avec notamment toute cette barbarie qui en découle (certaines scènes particulièrement violentes et crues font leur petit effet et nous confirment que nous sommes bien arrivés à destination).
Une confrontation entre deux mondes se ressent tout au long de "bone tomahawk" : d’un coté le peuple civilisé (dans lequel nous nous identifions) et de l’autre celui des sauvages (peuple primitif aux instincts presque animaux) où barbarie et loi du plus fort semblent les maîtres mots. Impossible de connaître avant l’heure la fin de ce combat entre deux mondes radicalement opposés au vu des atouts que chacun ont dans leurs jeux (l’avantage du terrain et une faculté à chasser bien plus poussée pour les indiens, les armes et les idées pour les cowboys).

Nous pourrions d’ailleurs voir dans "bone tomahawk" une certaine métaphore avec le monde d’aujourd’hui en proie à la menace djihadiste. Tout d’abord une menace invisible qui sévit sans que l’on s’y attende (nos indiens frappent sans prévenir, directement dans la petite ville si paisible de Bright Hope), puis direction un territoire éloigné/reculé qui semble hostile, vaste et enclin à de multiples embuscades possibles, pour enfin être témoin d’une sauvagerie inouïe dans les actes perpétrés par nos indiens… Sans oublier cette façon de nous faire comprendre à un moment du récit que nous ne devons pas forcément nous méfier de tout ce qui est différent de nous, ne surtout pas faire d’amalgame (tous les indiens ne sont pas méchants nous assure l’un d’entre eux avant cette épopée chevaleresque, lui-même étant indien mais n’ayant rien à voir avec cette tribu : un constat identique à l’heure d’aujourd’hui où certains extrémistes mettent toute la population musulmane dans le même panier…).
Un film qui laisse donc à réfléchir et qui continue encore de nous surprendre même après son visionnage !



Distrayante, haletante, cette grande aventure humaine en plein 19ème siècle mérite amplement son Grand Prix au festival de Gérardmer 2016. Servi par un casting de très bonne facture, "bone tomahawk" est une sacrée surprise !

Le seul bémol que nous pourrons peut-être faire au sujet de "bone tomahawk" réside peut-être dans ces quelques incohérences scénaristiques liées au mari de la jeune femme kidnappée par nos sauvages cannibales (un homme à la jambe souffrante parvient à faire cette longue épopée à pied sans grand retard sur ses compères, parvient à échapper aux indiens pourtant en pleine forme et réussit à grimper dans les cavernes de nos troglodytes situées en hauteur…), heureusement sans grande conséquence sur la bonne lecture du film. En effet, ne boudons pas notre plaisir face à ce qui fut l’une des meilleures surprises de ce festival !








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