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Le reporter Ryan Peterson est assigné à se rendre dans la station spatiale BZ 88 pour écrire un article sur les "Space Men", les cosmonautes. Rapidement, des tensions se créent entre lui et le commandant, tensions augmentées par la présence de la ravissante Lucy, seul élément féminin présent à bord de la fusée. Lors de leur voyage, ils croisent la fusée Alpha 2 et découvrent que tout l’équipage est mort. Alpha 2 est désormais sous le contrôle de l’ordinateur de bord qui la redirige vers la Terre, menaçant de détruire cette dernière. Alpha 2 étant équipée propulseurs photoniques qui émettent de vives radiations, toute tentative de destruction avant la collision paraît fortement compromise…



Ce film est important pour deux raisons. Tout d’abord, c’est le premier long-métrage d’Antonio Margheriti en tant que réalisateur principal. Il n’avait auparavant à son actif que la co-réalisation du film "Gambe d’Oro" en 58. Il deviendra par la suite l’un des meilleurs artisans du cinéma Bis italien, avec des films comme "Pulsions cannibales", "Danse macabre", "La vierge de Nuremberg", "L’invasion des piranhas" ou "Yor le chasseur du futur" par exemple.

Ensuite, c’est l’un des tout premiers films de science-fiction italien. Je crois qu’il n’est précédé que par "Le Danger vient de l’espace", co-production Franco-italienne réalisée par Paolo Heusch en 1958. A l’époque, la science-fiction n’est pas un domaine qui intéresse les réalisateurs transalpins, ce qui n’est pas le cas d’Antonio Margheriti. Il aime cet univers et veut prouver que l’Italie peut aussi faire de bons films de science-fiction. Avec un budget avoisinant les 30000$, il tourne en vingt jours Assignment – Outer Space pour la firme Titanus. Avec les moyens du bord et surtout beaucoup d’imagination et de créativité, il fabrique et filme des vaisseaux, des fusées, des planètes, des missiles, des explosions et des cosmonautes flottant dans l’espace, chose inédite en Italie. La campagne publicitaire s’axe justement sur ce fait, avec des accroches telles que "aucune scène de ce film n’a été tournée sur la planète du système solaire connue sous le nom de Terre", et ça marche ! Le film est un succès, il se vend pour le marché américain et Antonio Margheriti gagne ses galons de réalisateur. De plus, comme vous avez pu le constater dans le résumé de l’histoire, certains thèmes deviendront des fers de lance des futures productions de SF, on pourrait même voir dans ce film une ébauche au "2001 Odyssée de l’espace" de Kubrick !



Maintenant, si j’ai mis le mot "important" en italique, c’est aussi parce qu’il faut bien avouer que Assignment – Outer Space a bien mal vieilli et s’avère assez soporifique sur sa pourtant courte durée (73 minutes environ). Malgré de belles trouvailles visuelles pour l’époque, la vision du film en 2009 est assez laborieuse et son côté rétro qui lui apporte un certain charme ne parvient pas à briser le sentiment d’ennui qui nous assaille. Il faut dire que la première partie du film est plutôt avare en scènes d’action. Beaucoup de bavardages, présentation des protagonistes, querelles naissantes entre le reporter et le commandant, apparition de la belle Lucy, interprétée par Gabriella Farinon (qu’on verra la même année dans "Et mourir de plaisir" de Roger Vadim) et quelques sorties de cosmonautes dans l’espace seront les principales distractions. Le déroulement de l’histoire se suit mollement et on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent en réalité. Evidemment, nous ne sommes qu’en 1960 et "2001" ou "La Guerre des étoiles" n’ont pas encore redéfini le cinéma de science-fiction. Mais le film manque de rythme, on n’y peut rien.

Point intéressant, Antonio Margheriti a inclus dans son casting l’acteur noir Archie Savage, qui campe un gentil gars toujours souriant et qui n’hésitera pas à se sacrifier pour tenter de sauver notre bonne vieille planète.

Le personnage principal est, quant à lui, interprété par Rick Van Nutter, qui s’avère assez fade dans son interprétation, de même que ses querelles avec le commandant nous apparaissent bien inutiles et surtout guère passionnantes. L’apparition d’un personnage féminin va (comme d’habitude !) diviser encore plus les deux étalons qui n’ont d’yeux que pour la belle. Néanmoins, l’héroïsme du jeune reporter lors du final rapprochera les deux hommes et le commandant n’hésitera pas à aller contre des ordres pour tenter de le sauver. C’est beau !



Une fois la découverte de la menace Alpha 2 faite, le rythme du film s’accélère un peu nous tirant lentement de notre torpeur. Pensez-vous, une fusée qui peut détruire la Terre, faut bien que ça réveille l’équipage ! Surtout que la tâche n’est pas aisée, puisque cette maudite fusée bénéficie d’un champ de force photonique provoqué par ses réacteurs. Donc tout missile envoyé pour la détruire se voit instantanément réduit en cendres avant de l’atteindre ! Diantre ! Comment faire ?? Quel suspense d’un coup ! Il est malin ce Margheriti quand même…

Pour corser le tout, la fusée photonique est contrôlée par…un ordinateur ! Kubrick a-t-il vu le film de Margheriti avant de faire son "2001" ? Les scénaristes ont-ils lu les nouvelles d’Arthur C. Clarke ? Tout est possible mais il est intéressant de voir que des thèmes similaires se retrouvent dans les deux œuvres. Et dans de nombreuses autres par la suite. Idem, l’idée qu’il existe un couloir dans le champ de force photonique permettant d’atteindre la méchante fusée sans exploser n’est pas sans rappeler la traversée du couloir menant à l’Etoile Noire dans "La Guerre des étoiles" ! Bref, Margheriti avec son tout petit film de SF au budget ridicule balance des trouvailles qu’on reverra quelques années plus tard dans des films devenus des classiques. Quand je vous disais qu’il était fort notre Antonio !

Bien évidemment, les effets spéciaux de Assignment – Outer Space font plutôt dans le kitsch et le spectateur de 2009 aura bien du mal à y croire ou s’en amusera. Il faut pourtant reconnaître que le vol des missiles dans l’espace est assez réussi, que les vaisseaux, fusées et les fameux "Taxi de l’espace" sont joliment réalisés pour le budget alloué. On est certes très loin de la beauté formelle des films américains comme "Planète Interdite", "Les survivants de l’infini" ou "Le jour où la terre s’arrêta" par exemple. Assignment – Outer Space est plus proche de "Plan 9 from Outer Space", c’est clair. Il suffit de voir l’explosion d’un vaisseau sur un satellite de Mars pour le comprendre. Le monteur n’a pas vu qu’il avait laissé une image de deux voitures se percuter avant l’explosion. Pas très crédible sur un décor de science-fiction ! Fous rires (gentils) assurés par contre ! C’est aussi ça le charme des productions italiennes…



Amateurs de SF rétro, plongez-vous dans ce qui peut-être considéré comme le film de science-fiction précurseur en Italie. Soyez tout de même en bonne condition physique et pas trop fatigué pour tenir le coup et voir si notre équipage va réussir à sauver la Terre d’une catastrophe imminente. De la science-fiction désuète qui a perdu beaucoup de son charme et dont le manque de rythme ne joue pas en sa faveur. Ca reste malgré tout un film à voir une fois ne serait-ce que parce qu’il est le premier long-métrage de Margheriti !