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La collection Tromasterpiece ressort "Combat Shock" dans une édition double DVD proprement explosive. En plus d'un DVD entier bardé de suppléments, le film est proposé dans ses deux versions : la version cinéma et la director's cut. C'est à la seconde que cette critique s'intéresse. Frankie Dunlan est un vétéran de la guerre du Vietnam. Rattrapé par les Viêt-Cong, il se fera torturer, et sera laissé pour mort. Ses blessures lui vaudront un séjour de 3 ans dans un hôpital militaire, où seule la morphine pourra encore quelque chose pour lui. Des années après son retour au pays, la vie n'a toujours rien à lui offrir. Sa famille se limite à une femme vénale, un petit garçon difforme de un an et un père qui le croit mort. Sans argent, il est contraint de vivre dans un véritable taudis. Aujourd'hui, Frankie est sur le point de se faire expulser. "Il y a des jours comme ça, où tout ce qui ne peut pas mal tourner, tourne mal." Avec une sortie pareille, la collection Tromasterpiece n'a jamais aussi bien porté son nom.



American Nightmares est le titre de la version première du film de Buddy Giovinazzo, sortie en 1984. Après quelques rares projections, le film est repris par Troma, qui gonfle la copie 16mm de American Nightmares en 35mm. Le studio indépendant y a bien sûr apporté quelques modifications. Avec la bénédiction du réalisateur, des stock-shots ont été insérés dans le film, une musique différente (orchestrale) rythme l'introduction et les titrages ont été "tromatisés". C'est en substance ce que Troma a apporté au contenu du film (NDLR : je n'ai pas vu la totalité de "Combat Shock", y préférant le director's cut). Ces apports n'influent en rien sur le ton du film, et ne font qu'apporter une illusion de moyens à l'introduction.

Fort de l'aide de Lloyd Kaufman et Michael Hertz, American Nightmares dispose d'une véritable sortie cinéma en 1986. Certes le film ne sera projeté que dans un nombre très restreint de salles (une ?!), mais cela ne l'empêchera pas de rencontrer un succès certain auprès des spectateurs et auprès de la critique. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance, la faute à une campagne marketing trompeuse de la part de Troma. Au vu du poster de "Combat Shock," on ne peut qu'imaginer un film de guerre, façon série B. Or il n'en est rien, "Combat Shock" a beaucoup plus à voir avec "Taxi Driver" qu'avec "Rambo". Et son poster plein de couleurs, tout à fait représentatif d'un film d'exploitation, ne reflète en rien l'atmosphère nihiliste du film.
Bien que dérouté, venu voir bastons et pétarades et se retrouvant face à une descente en enfer, le public a accueilli le film avec bonheur. Et par public il faut entendre aussi William "Maniac" Lustig, John "Henry : portrait d'un serial killer" McNaughton, Jim "Manson Family" Van Bebber... Tous (et bien d'autres) interviennent dans les bonus de l'édition 25ème anniversaire – double DVD.
Mais parlons plutôt du film, puisque vous l'aurez compris ce double disque est ultime.



S'il est bien une chose dont Buddy Giovinazzo ne disposait pas pour faire son film, c'est de moyens. Tout a été tourné de bric et de broc sur Staten Island (état de New-York). Et à cette époque, l'île ne ressemblait en rien à une tranquille banlieue résidentielle de Manhattan. Un intéressant bonus en fait d'ailleurs état. A l'époque Staten Island était un amas de friches de toutes sortes baignant dans une zone plus ou moins marécageuse. En bref, un véritable coupe-gorge.
Il n'en a pas fallu plus pour que le jeune Buddy Giovinazzo puisse trouver le lieu idéal pour tourner un film dénué de toute concession, et plus encore, de tout espoir. De la première à la dernière minute, American Nightmares refoule d'une odeur immonde. Tout y est tellement sale et désespéré, que la puanteur traverse l'écran pour s'insinuer directement dans les naseaux du spectateur. Sous les yeux de Frankie ne s'étalent que ruines, ordures et misère. Lui-même est une véritable ruine. Le grain du 16mm ajoute considérablement à l'atmosphère sordide du métrage.
D'une certaine façon, American Nightmares est la réponse banlieusarde à "Maniac". Tournés dans le même format, pendant la même période, les deux films s'intéressent à nous faire plonger aux enfers avec deux individus particulièrement abimés. Mais là où "Maniac" a été tourné dans Manhattan, American Nightmares a lui été excentré vers Staten Island.



De mémoire de spectateur, rarement un film aura autant suinté la crasse. A côté du paumé de American Nightmares, le chauffeur de taxi de Scorcese a l'air d'un dandy en promenade de santé. Buddy Giovinazzo ne donne aucune chance de rédemption à son protagoniste. Partout où il va, il n'est qu'un loqueteux de plus ; une pouille de plus à faire la queue devant l'agence nationale pour l'emploi, un pauvre hère de plus dans la rue.
Sa femme lui reproche : "tu ne cherches pas du travail... tu attends que la fin du monde." En vérité, le monde de Frankie a déjà pris fin il y a longtemps. Il a donné sa vie pour une guerre qui n'était pas la sienne ; en échange il n'a rien eu, ni reconnaissance, ni espoir. Il n'est plus qu'une ombre, écrasée dans de larges plans aux mouvements panoramiques lents. Dans American Nightmares tout est lent. Le temps semble arrêté, englué. Tout le poids de son passé empêche Frankie d'avancer ; à chaque pas il l'enfonce un peu plus profond.

Ses errements se font au rythme d'une musique électronique. L'une de ces étranges mélodies si populaires dans les films des années 80, qui assène encore et encore la même rengaine glauque. La bande-son n'a certes rien d'un chef-d'œuvre symphonique. Pourtant, elle sied à merveille, et s'infiltre dans les tympans pour venir raisonner longuement entre les deux oreilles. Les sonorités dépressives artificielles accompagnent l'environnement urbain en perdition.



Regarder American Nightmares c'est se laisser pénétrer par une vision nihiliste de l'Amérique, et de la société en général. Aujourd'hui plus que jamais le film est d'actualité : guerre du Vietnam, guerre en Irak, en Afghanistan... C'est aussi se mettre dans les godasses d'un marginal qui n'a pas choisi sa condition. A dire vrai, Frankie n'a rien choisi, tout ce qui lui arrive, il le subit.
American Nightmares n'a rien d'un pique-nique, ou d'une promenade de santé. Le film colle à la peau, et marque en profondeur. Il est d'ailleurs préférable d'être en forme lors de la vision du métrage, tant il laisse peu de place à l'espoir.

Ne laissez pas le culte passer à coté de vous. Si vous avez vu "Maniac", "Taxi Driver" (ou même "Tweek City" qui aborde les mêmes thèmes), vous ne pouvez contourner American Nightmares. Ce serait un crime.








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