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COMPTE-RENDU FESTIVAL DE GERARDMER 2015

-par David Maurice-

 

Cette année encore, je suis venu en terres vosgiennes pour assister à cette nouvelle édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.

Une 22ème édition, dont nous vous parlions depuis le mois d’octobre 2014 au fur et à mesure que les informations nous étaient communiquées, qui s’est avérée de très bonne facture. Beaucoup parleront même de cette édition 2015 comme « l’une des meilleures depuis la création du festival ».

En effet, une fois les inquiétudes liées au nouveau fonctionnement de la billetterie (chaque séance pouvait être réservée en ligne dans la limite des stocks disponibles grâce à un numéro d’adhérent communiqué au festivalier suite à l’achat de son pass) dissipées - car l’être humain est ainsi fait, il n’aime pas les changements soudains dans ses bonnes vieilles habitudes (pour ma part je soutiens ce nouveau fonctionnement de réservation : simple, pratique et surtout n’empêchant pas les rencontres et les échanges dans les files d’attentes comme je le craignais au départ : finalement des files d’attente il y en a et il y en aura toujours car on veut tous les meilleures places dans les salles!) – c’était avec admiration que nous découvrions la liste des films présentés dans cette nouvelle édition. Une programmation très surprenante où chacun pouvait trouver son petit bonheur parmi trente films (si on ne tient pas compte des films-hommages à Christophe Gans et Robert Rodriguez) venant de pays divers et variés (Etats-Unis en grand nombre mais également France, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Colombie, Japon, Estonie, Lettonie, Australie, Nouvelle-Zélande, Autriche, Suède, Canada, Russie, Ukraine, République Tchèque).

Dix films et cinq courts-métrages en compétition (il y en avait indéniablement pour tous les goûts : science-fiction, slasher/survival, post-apocalyptique, comédie fantastique, paranormal…), vingt films en hors-compétition (dont un film d’animation et un documentaire), quatre films en hommage à Robert Rodriguez et trois films en hommage à Christophe Gans, auxquels viennent également s’ajouter de nombreuses animations, expositions et ateliers à divers endroits de la Perle des Vosges : c’est cela la 22ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer!

Comme à l’accoutumée depuis plusieurs années maintenant, j’étais présent sur les lieux afin de vivre cet évènement annuel, bravant cette année une neige qui n’a quasi pas cesser de tomber du mercredi, jour de l’ouverture du festival, au dimanche soir. L’occasion donc pour moi à présent de vous faire (re)vivre cette édition très réussie de celui que l’on appelait jadis (et que je continue d’appeler ainsi) Fantastic’Arts.

Ayant pu cette année profiter des joies du festival durant les cinq jours que celui-ci occupe dans le calendrier (habituellement je m’y rends 2-3 jours), ce compte-rendu version 2015 sera construit différemment des autres confectionnés jusqu’à présent. En effet, afin de ne pas rendre le dossier trop dense et pompeux (26 films ayant été vus contre une petite quinzaine les autres années), j’ai choisi de ne pas m’attarder sur chaque film mais plutôt de vous parler rapidement de chacun en quelques lignes. Et, comme les habitués le savent bien, des chroniques plus détaillées d’une partie de ces films présentés au Festival seront mises en ligne sur les mois de février/mars/avril comme chaque année. En espérant que cette façon de faire vous satisfera…

* JOUR 1 – MERCREDI 28 JANVIER 2015

 

Arrivés vers 11h15 sur Gérardmer, le temps de finir quelques formalités à l’Espace Tilleul (pour celles et ceux qui ne connaissent pas, il s’agit tout simplement du Point Informations du festival, dans l’hyper-centre de la ville) puis de venir chercher les clés de l’appartement et nous voici plongés au cœur de la Perle des Vosges pour une petite ballade (l’occasion comme chaque année de regarder les vitrines décorées de membres ensanglantés et autres pantins désarticulés chez de nombreux commerçants) suivie d’une petite sieste avant la Cérémonie d’Ouverture prévue à 19h.

1- "EX-MACHINA"

Une cérémonie d’ouverture où discours d’usage et présentation du jury (on pardonnera le retard d’Alysson Paradis et on regrettera l’absence de Franck Khalfoun) précèdent la projection du premier film en compétition, « ex_machina » de l’anglais Alex Garland (surtout connu pour ses scénarios de « 28 jours plus tard » et « sunshine » de Danny Boyle, sans oublier son roman « la plage »). Une œuvre de science-fiction dans laquelle un jeune programmateur en informatique de 24 ans va avoir pour tâche d’étudier un robot doté d’une intelligence artificielle sans précédent. Histoire visionnaire dans laquelle le génie robotique et les prouesses informatiques nous poussent à nous demander où sont les limites de ces avancées très rapides de la technologie d’aujourd’hui et les conséquences que cela peut avoir sur l’être humain. Certes, un thème déjà abordé par le passé (on peut penser à des œuvres telles que « Eva », « doomsday book » ou pourquoi pas également « i robot ») mais qui fonctionne à merveille dans ce surprenant « ex_machina », grâce notamment à un casting de très bonne facture, des dialogues intelligents et un scénario subtile qui s’amuse à nous aiguiller à maintes reprises sur des pistes rapidement abandonnées ensuite. Un bon film d’ouverture que voilà !

* JOUR 2 - JEUDI 29 JANVIER 2015

2- "LA LEGENDE DE VIY"

Après un petit déjeuner dans un salon de thé du centre-ville, il est l’heure d’aller voir la projection d’un film hors-compétition mais pas n’importe lequel : « la légende de Viy ». Enorme succès en Russie avec plus de 34 millions de dollars de recettes dans le pays, le nouveau film du cinéaste Oleg Stepchenko (à qui l’on doit déjà notamment « velvet revolution ») nous raconte la folle aventure d’un cartographe arrivé en 1713 dans un petit village isolé situé dans des endroits encore inexplorés de la Transylvanie où les habitants sont terrorisés par des démons et des créatures inhumaines. Un conte fantastique où sorcellerie et monstres sont de la partie, le tout dans un univers transpirant le folklore du pays. Bien que le casting ne soit pas forcément toujours à la hauteur du projet (le jeu d’acteur n’étant pas toujours parfait loin de là), il faut bien reconnaître qu’esthétiquement c’est très réussi (les décors sont de toute beauté et rappellent bien souvent certaines œuvres burtonesques) et qu’il est facile de se laisser entraîner dans cette bien sympathique histoire qui n’ennuie à aucun moment, alternant entre humour et horreur pour notre plus grand plaisir (on retiendra notamment une scène de repas tournant au cauchemar dans un déluge d’effets spéciaux saisissants).

3 - "ABCs OF DEATH 2"

Passée cette première projection du jeudi, il est temps ensuite de se rendre à celle d’un second film présenté en hors-compétition lui aussi, le fameux « ABCs of death 2 ». Comme le souligne le réalisateur Julien Maury, compère d’Alexandre Bustillo (« à l’intérieur », « livide », « aux yeux des vivants »), venu sur scène présenter le film : seules les personnes n’ayant pas encore téléchargé le film sur la toile sont présents. Et ils ont bien raison de venir découvrir ce nouvel opus de la saga naissante des « ABCs of death » dans un festival car c’est bien lors de ce genre de manifestation qu’il est préférable de regarder ce dernier.  26 segments, chacun réalisé par un cinéaste différent qui s’est vu attribuer une lettre de l’alphabet avec laquelle il a dû choisir un mot commençant par cette dernière pour ensuite l’illustrer dans un petit sketche fantastique où la mort intervient. Comme dans tout film à sketches, nous avons droit à des segments bien fades (pour ne pas dire très mauvais voire même sans réel intérêt pour certains) mais également à quelques petites histoires très amusantes, oscillant parfois entre l’humour grandguignolesque, le gore qui tâche et le trash bien déjanté. Certes, on ressent comme un ennui dans le milieu du film où plusieurs segments désolants se succèdent, mais la qualité, l’originalité et l’humour des toutes dernières histoires nous feraient presque oublier cet incident en milieu de parcours. On ressort donc de la projection à demi satisfaits mais avec en tête quelques passages mémorables (entre autres le segment intitulé « xylophone » de nos deux compères français où l’on retrouve de nouveau l’inquiétante Béatrice Dalle qui n’est alors pas sans rappeler un certain « à l’intérieur ») que l’on ne manquera pas de se rappeler dans les files d’attente du début d’après-midi.

4 - "CUB"

17h, l’heure à présent de venir découvrir ce fameux « cub », film belge présenté en compétition que les médias se sont fait une joie de porter en avant lors des présentations du festival. Un film vacillant entre le slasher et le survival dans lequel des scouts et leurs accompagnants vont se retrouver confrontés à une menace qui sévit dans la forêt. Véritable hommage aux années 80 (d’ailleurs le réalisateur Jonas Govaerts annonce d’emblée la couleur avant la projection du film), « cub » est le genre de film qui se suit agréablement bien, alternant entre l’humour et l’horreur avec une certainement habileté. Et même si on pourra reprocher à ce film flamand pas mal d’incohérences dans son scénario, nous saluerons par contre ce casting de très bonne facture, l’inventivité de certaines mises à mort ou encore ce final à rallonge et à double interprétation plutôt surprenant et bienvenu. Un film qui se suit sans prise de tête, à la manière des épisodes de Jason Voorhees, et dans lequel d’ailleurs notre tueur au fond des bois semble presque aussi costaud qu’un Kane Hodder!

19h30, le moment tant attendu de l’hommage annuel à la Perle des Vosges. Cette année, il s’agit du texan Robert Rodriguez. Après la projection habituelle d’un petit condensé de la filmographie du Mariachi et quelques discours d’usage, notre texan monte sur scène faire un petit discours à son tour et recevoir son trophée. Un moment magique pour les fans présents dans la salle (d’autant plus que notre homme nous informera que c’est la première fois qu’un hommage lui est rendu lors d’un festival) qui se termine par un tonnerre d’applaudissements.

5 - "THE SIGNAL"

Chacun garde son siège car il est l’heure à présent de voir « the signal », autre film en compétition cette année. Un film de science-fiction américain qui a d’ailleurs l’originalité d’être proposé en VOD en même temps que sa projection à Gérardmer. Très médiatisé suite à son passage à Sundance, le film de William Eubank oscillant entre thriller et science-fiction ne fera cependant pas l’unanimité dans la salle. En effet, malgré un final renversant et une bande originale percutante, il faut bien reconnaître que le traitement de « the signal » est très particulier : énigmatique et long dans sa narration (le contraire même de ce que montre la bande-annonce), nous suivons des jeunes hackers américains déboussolés qui, à la suite d’un évènement inexplicable durant lequel ils vont perdre connaissance, se retrouvent dans une sorte de base de recherches. D’indice en indice, notre trio de jeunes va progressivement comprendre la terrible vérité sur ce qui les entoure. Un bon film de SF sur lequel il est bien difficile d’en dire plus au risque de trop en dévoiler. Le mieux est de vous laisser le voir mais un conseil : ne soyez pas destabilisés par un début complexe (des dialogues de hackers quelque peu pompeux et incompréhensibles) et ce rythme lent du métrage : la fin justifie à elle-seule que l’on reste jusqu’au bout devant cet ovni pouvant s’avérer bien ennuyeux par moments il faut le reconnaître.

6 - "EXISTS"

Une seconde journée de festival qui se termine par la projection de « exists », le nouveau Eduardo Sanchez (à qui l’on doit « le projet Blair witch » ou encore « altered »). Caméra à l’épaule durant une bonne partie du film, nous suivons une bande d’amis qui ont décidé de passer du bon temps dans une petite cabane perdue au fin fond de la forêt. Mais ce qu’ils ne savent pas encore, c’est qu’une menace rôde dans les alentours… Rien de bien novateur dans ce nouveau found-footage qui n’évite pas les clichés du genre (on nous présente une bande de potes peu matures s’adonnant à des activités parfois débiles…) si ce n’est que la caméra à l’épaule ne sera pas utilisée tout au long du film (une bien bonne initiative!) et que la menace dont il est question ici est une sorte de Big Foot ayant élu domicile non loin de là (monstre assez peu représenté à l’écran et réellement effrayant par moments ici). Mais ne boudons pas notre plaisir : même si « exists » est parfois involontairement drôle (des répliques maladroites, un Big Foot bondissant sur nos amis tel un ninja…), le film s’avère plutôt divertissant avec ses quelques passages sombres et silencieux tournés dans les bois ou encore ses course-poursuites haletantes. Un petit moment sympathique mais loin d’être transcendant qui clôture cette journée du jeudi.

* JOUR 3 – VENDREDI 30 JANVIER 2015

7 - "MONSTERZ"

Levés de bonne heure, le premier film vu ce jour est « monsterz », le nouveau film d’Hideo Nakata (« ring », « dark water »…) présenté en hors-compétition. Rappelant des films tels que « incassable » et « scanners », ce dernier nous présente un homme ayant la capacité de contrôler les gens par la seule force de son regard. Alors qu’il profite de ce don pour commettre parfois des larcins et ainsi pouvoir vivre sans travailler, quelle n’est pas sa surprise quand il s’aperçoit qu’il ne parvient pas à contrôler le jeune Shuichi Tanaka. Fou de rage, il va alors décider de le faire disparaitre… Remake d’un film coréen, ce film mélangeant action et science-fiction s’avère être plutôt plaisant si on fait exception des jeux d’acteurs semblant sortir tout droit d’un manga. Peut-être un peu long par moments et quelque peu répétitif (on joue à un jeu du chat et de la souris qui s’éternise), nous sommes cependant récompensés de nos attentes par quelques scènes d’action très sympathiques dans lesquels nos deux hommes se mettent sur la gueule avec une réelle violence sans jamais succomber aux blessures (un aspect un peu cartoonesque avec un Shuichi Tanaka, qui possède le don de guérir rapidement de ses blessures et d’être quasi invincible, qui prend des bacs à fleurs municipaux ou encore des bancs publics en pleine tronche). Alors certes c’est quelque peu tiré par les cheveux et la fin est longue à venir mais les scènes d’action et l’humour (porté par des personnages peu ordinaires : un trio de « héros » composé d’un geek quelque peu illuminé, d’un hacker un peu paumé et d’un gay excentrique) qui en ressortent font plutôt bien passer la pilule!

8 - "LE PROJET ATTICUS"

Film très médiatisé durant ce festival et présenté lui aussi en hors-compétition, « le projet Atticus » de Chris Sparling (à qui on doit le scénario de « buried ») est le second film vu lors de cette troisième journée à Gérardmer. Nous sommes plongés ici dans un institut spécialisé dans l’étude des personnes développant des capacités paranormales (voyance, psychokinésie…) et nous allons ici nous arrêter plus particulièrement sur le cas de Judith Winstead : personne présentant des facultés encore jamais vues auparavant. Filmé de façon à nous laisser croire que nous visualisons des vidéos archivées (un aspect found-footage où interviews, tests paranormaux et autres expériences se succèdent) pour donner cette impression de réalisme clairement recherchée ici, « le projet Atticus » est un film de possession démoniaque, un genre qui a connu un énorme essor ces dernières années mais qui ici parvient à se renouveler, grâce notamment à cette approche très scientifique (on apprend le fonctionnement de l’Institut, ses nombreux tests pour déceler les facultés cérébrales et mentales des patients…) mais également grâce à l’énonciation des stratégies et enjeux politico-économiques qui découleraient de l’utilisation du Diable si on parvenait à le canaliser (tuer des ennemis à distance, connaitre et contrer les futures attaques des ennemis de l’Etat…). Un bon petit film avec des acteurs convaincants qui donne un réel souffle nouveau aux films de possessions démoniaques.

9 - "THE MAIN IN THE ORANGE JACKET"

14h. L’heure de voir le premier film en compétition de la journée : « the man in the orange jacket ». L’histoire d’un homme qui tue son patron et sa femme après être entré chez eux par effraction. Ce dernier va alors prendre possession de cette vaste demeure jusqu’au jour où il va recevoir une mystérieuse visite qui risque de chambouler tous ses plans… Voici peut-être le film évènement de ce festival, le film dont tout le monde parle depuis sa projection dans la grande salle ce même jour à 11h… Mais malheureusement, si ce film lettonien-estonien fait tant parler de lui, ce n’est pas pour ses qualités mais bel et bien pour ses défauts. Bien malin celui qui parviendra à comprendre la totalité de cette histoire qui parait montée dans le désordre et qui semble impossible à recoller parfaitement pour avoir un ensemble cohérent. Alors que certaines séquences semblent être le fruit des pensées et des rêves de notre mystérieux tueur, d’autres au contraire semblent bien réelles : au spectateur ensuite de récupérer chaque indice laissé par-ci par-là et de reconstruire cette histoire qui visiblement semble donner de nombreuses interprétations chez les festivaliers (du moins celles et ceux s’étant donnés la peine d’essayer de comprendre ce véritable puzzle, très lent dans sa narration et guère sauvé par ses quelques excès sanglants et ses deux-trois touches sexy) après discussions dans les files d’attente. Pour ma part, suite à la projection de cet ovni cinématographique, je me suis posé quelques temps dans un fast-food afin de me refaire le film dans ma tête. J’en ressors une histoire presque complète, puisant dans le paranormal, mais j’avoue que certains passages du film demeurent encore aujourd’hui de véritables mystères, des morceaux que je peine à intégrer dans l’histoire que j’ai reconstruite. Un film qui a au moins le mérite de faire réfléchir mais qu’il est bien difficile de chroniquer sans en dévoiler toute l’intrigue…

10 - "JAMIE MARKS IS DEAD"

17h. Voici venue l’heure du deuxième film en compétition ce jour : « Jamie Marks is dead », le nouveau film de Carter Smith à qui l’on devait déjà six ans plus tôt « les ruines ». Une histoire de fantôme assez classique en apparence (l’esprit d’un jeune homme décédé va hanter l’un de ses camarades de classe qui va alors l’accompagner jusqu’à la porte du Paradis) mais qui s’avère être plutôt bien ficelée et délivrant pas mal de messages par le biais de thématiques fortes (la méchanceté des enfants, l’indifférence, la tolérance, l’homosexualité…). On reprochera peut-être à celui-ci d’être un peu longuet et surtout de ne pas parvenir au final à nous emporter émotionnellement parlant (comme avait su par exemple le faire le très beau « lovely bones »). Restent toutefois quelques bonnes idées, des acteurs convaincants et ce côté touchant (malheureusement pas assez exploité). Un film qui ne restera pas dans les mémoires des festivaliers mais qui s’avère être tout de même un bon petit moment de cinéma.

11 - "THE VOICES"

Voici maintenant l’heure tant attendue de découvrir le film « the voices » de  Marjane Satrapi (« persepolis »). Déjà remarqué dans une poignée de festivals, cette comédie noire fantastique nous raconte l’histoire de Jerry, un schizophrène suivi par une psychiatre et qui converse avec son chat et son chien sans que cela ne semble le perturber. Amoureux de l’une des comptables de sa société, Jerry va accidentellement la tuer et cacher le cadavre. Ne sachant comment se sortir de ce faux-pas, il va alors suivre les conseils de ses animaux de compagnie et commettre l’irréparable (ou devrait-on dire LES irréparables)… Les comédies fantastiques ont toujours été appréciées à Géradmer (« Fido », « le jour de la bête », « pastorela », « black sheep »…) et ce n’est pas « the voices » qui fera dire le contraire! Car même si on pourra reprocher peut-être au film de Marjane Satrapi de ne pas faire un peu plus dans le saignant (le film demeure assez soft sur ce point) et de jouer un peu trop souvent la carte de la facilité avec ses dialogues animaliers qui deviennent quelque peu répétitifs, il faut bien reconnaître que nous détenons là une bien sympathique comédie noire avec des personnages drôles (mention spéciale à Ryan Reynolds, acteur réussissant le pari de tantôt nous faire rire par son air benêt, tantôt de nous inquiéter sous ses airs de serial killer incontrôlable), des situations burlesques et un rythme fort bien soutenu. C’est original, c’est drôle et ça se suit sans temps mort : que demander de plus?

12 - "AT THE DEVIL'S DOOR"

Voici venu le moment le plus complexe logistiquement parlant de ce festival : se rendre sans voiture à l’autre bout de la ville à la séance de « at the devil’s door » à 22h alors que la séance de « the voices » se termine exactement à 21h37… Après une course folle dans les rues de Gérardmer, j’arrive finalement quelques minutes avant la projection du nouveau film de Nicholas McCarthy. Son premier film, « the pact », vu deux ans avant à Gérardmer, ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable mais j’étais toutefois curieux de voir sa nouvelle réalisation. Sur le papier « At the devil’s door » semblait assez classique dans l’ensemble : une jeune femme travaillant dans une agence immobilière est chargée de vendre une maison dans laquelle il semblerait qu’une entité démoniaque ait élu domicile. Film de diable donc, rien de bien transcendant ici dans le résumé. Et pourtant, même si « at the devil’s door » ne brille pas de mille feux, il faut bien reconnaître que ce dernier ne se limite pas à nous balancer des jumpscares à tout va ou à nous montrer une femme au regard vide au fond d’une pièce mais va nous livrer au contraire un scénario plus original que ce que nous pouvons habituellement voir de nos jours dans les films de Diable et de maisons hantées. Alors certes, la première partie du film est quelque peu banale et reprend un peu les clichés du genre (la maison sombre et vétuste, la présence qui rôde et joue à cache-cache avec notre agent immobilier…) mais la seconde partie du film est bien plus intéressante et propose des idées bien moins communes comme cette transmission peu habituelle de l’entité démoniaque d’une personne à l’autre (une idée qu’il est difficile d’expliquer sans faire de spoilers regrettables). De même, les quelques jumpscares intégrés par-ci par-là sont bien conçus et plusieurs apparitions démoniaques vous feront sursauter à coups sûrs. En deux mots : simple mais efficace.

13 - "WHAT WE DO IN THE SHADOWS"

Dernière séance de la journée et pas des moindres car il s’agit peut-être là de la meilleure comédie présentée cette année au festival : le film néo-zélandais « what we do in the shadows ». Une comédie vampirique carrément mordante (c’est le cas de le dire) qui vient compléter la liste des meilleures réalisations appartenant à ce sous-genre (« le bal des vampires » et « vampire vous avez dit vampire? » entre autres) malheureusement pas toujours en grande forme (« un vampire à Brooklyn », « lesbian vampire killers »…). « What we do in the shadows » nous plonge dans l’univers décalé d’un groupe de vampires vivant en collocation dans une maison à étages. On suit avec rigolades leur quotidien dans ce qui semble être une émission pour le petit écran (présentation des membres du groupe puis invitation dans leur monde si particulier). Pas de réel scénario ici, nous sommes uniquement dans une phase de découvertes pour les besoin de l’émission : découvertes de leur milieu de vie et de leurs habitudes (que mangent-ils ? A quoi passent-ils leur temps ?...), le tout dans un déluge de gags s’enchaînant à une vitesse folle (on ne voit pas le temps passer). Parfois débile, parfois sanglant (mince, j’ai croqué dans l’artère, c’est le geyser!) mais surtout très malin par moments (les scénaristes connaissent leur sujet à fond et tout y passe : se jouer de l’absence de reflet dans le miroir, comment bien mordre sa proie, comment se faire inviter dans une discothèque pour pouvoir y entrer…) et se refusant de tomber dans la trop grosse facilité qui deviendrait rapidement rasoir, « what we do in the shadows » est l’une des grosses surprises de ce festival assurément!

* JOUR 4 – SAMEDI 31 JANVIER 2015

14 - "THE POOL"

Après une dernière nuit convenable (la prochaine sera bien plus courte…), nous voici donc à la séance d’un film hollandais intitulé « the pool ». Un de ces longs-métrages dont nous ne savons presque rien, ce dernier ne bénéficiant pas d’une bande-annonce alléchante et n’ayant pas été beaucoup médiatisé mais paraissant pourtant suffisamment intéressant pour figurer dans la liste des films projetés dans la grande salle le vendredi. Et pourtant la veille, personne ne semblait parler de ce petit film hors-compétition dans les files d’attente alors que ce dernier avait été projeté en tout début d’après-midi… Etrange donc mais peu importe : le résumé qui nous a été donné par les organisateurs du festival donne suffisamment l’eau à la bouche (un petit groupe de campeurs amateurs s’installent en pleine forêt aux bords d’un petit étang d’où semble provenir des voix attirant les gens de passage dans les eaux marécageuses) pour que l’on se jette dès 8h30 du matin dans la file d’attente de ce « the pool ». A notre grand étonnement, le réalisateur, le producteur ainsi que leur traducteur sont venus pour présenter leur film (ce dernier étant pourtant d’une part en hors-compétition et d’autre part projeté ce jour dans une petit salle) : voilà qui semble d’emblée nous rassurer sur la potentielle qualité du métrage que nous allons voir. Et quelle ne fut pas notre surprise à l’issue de la projection de ce petit film hollandais! Car, avec « what we do in the shadows », voici peut-être l’un des meilleurs films hors-compétition vus durant ce festival pour le moment! Long-métrage mêlant habilement sorcellerie, possession et humour noire, « the pool » nous entraîne dans une histoire haletante, sans réel temps mort, et dans laquelle il est bien assez difficile de trouver des défauts. Intrigant dans sa première partie (des évènements étranges surviennent sur le campement : la nourriture pourrit subitement et des dégâts sont causés sans trouver de responsables alors que des voix semblent sortir des eaux marécageuses…), le rythme va ensuite rapidement s’accélérer dès lors que des apparitions spectrales autour de l’étang vont faire leur entrée et la tension va devenir palpable au sein de notre petit groupe de campeurs. Comme possédé et obsédé par quelque chose dont nous ignorons encore l’identité, le père de famille va progressivement devenir la principale menace (ce dernier sombrant dans la folie, à la manière d’un certain « the forest », vu également en hors-compétition les années précédentes à Gérardmer) de part son comportement et ses sauts d’humeur peu habituels jusque là. Entre passages sanguinolents et scènes de tension entre les campeurs, mais également avec quelques touches d’humour habilement ancrées dans le récit, nous suivons ce petit groupe briser ses liens d’amitié et ses liens familiaux qui les unissaient, face à cette menace invisible et inévitable (impossible de s’en aller : la boussole du père de famille ramène sans arrêt nos amis à cet étang mystérieux qui semble à l’origine de tout cela). Un film dont l’on ressort conquis et qui annonce là une bien belle journée!

15 - "OUIJA"

Et pourtant, l’heure est à présent venue de voir ce fameux « ouija » dont beaucoup parlent. Un film dont je n’attendais franchement pas grand-chose au vu du résumé banal et visiblement axé ados (suite à la mort soudaine et inexplicable de leur camarade, une bande de jeunes décident d’utiliser une planche de spiritisme pour invoquer les esprits et connaître la vérité sur le décès de leur amie), d’autant plus qu’il s’agit là tout de même d’une production Michael Bay et Jason Blum (« paranormal activity »). Eh bien nous n’avons pas tord : d’emblée nous sommes plongés dans un univers très « teenage movie » dans lequel ensuite clichés, jumpscares ridicules, mises à mort prévisibles mais également gros sentiment de déjà vu seront de la partie. Ajoutez à cela un final assurément crétin (qui aura au moins le mérite de nous avoir bien faire rire dans la salle : quelques applaudissements comme le veut la coutume pour saluer l’imbécilité de cette séquence de secourisme carrément inattendue et dont je ne dévoilerai pas le contenu) et vous avez là probablement le moins bon film présenté en hors-compétition cette année. Restent toutefois quelques effets spéciaux bien foutus, deux-trois bonnes idées (dont celle d’utiliser un être humain comme récepteur et traducteur des voix des esprits) et quelques jolies petites têtes dans la galerie des personnages mais pas de quoi crier au génie. Un film pour adolescents et novices (rassurez-vous, une bêtise pareille ça va sortir au cinéma!), les autres passeront leur chemin…

Première pause de la journée (le prochain film étant prévu à 16h, nous avons donc 2h30 devant nous). L’occasion d’aller voir les expositions proposées dans le cadre de cette 22ème édition du festival. Au programme : une sympathique exposition de photos et d’affiches consacrées à la Hammer, une exposition bande dessinée (avec en invité l’artiste Julien Telo ayant œuvré sur le tome 2 d’Elric notamment) ou encore les expositions Arts plastiques axées sur le thème « Entre fantastique et fantasy » (l’occasion de découvrir des sculptures et des peintures dont notamment quelques œuvres de l’artiste Manon Guenot que nous pouvons retrouver dans la série à succès « American horror story »).

Comme à mon habitude, je profite également de cette bien sympathique pause pour me rendre à l’Espace fantastique où se tiennent des stands maquillages, ventes de bijoux, tee-shirts, dvd (l’occasion de rencontrer l’habitué David Laballery, vendeur de dvd et cd à petits prix présent sur la majeure partie des festivals français et que vous pouvez contacter par mail pour de plus amples informations à l’adresse suivante : davidlaballery@gmail.com). Quelques organisateurs de la convention Bloody Week-End étaient également présents sur l’Espace fantastique, l’occasion d’en connaître un peu plus sur la 6ème édition qui se déroulera du 29 au 31 Mai 2015 (plus d’informations sur le site Internet www.bloodyweekend.fr).

Enfin, n’oublions pas de regarder la traditionnelle zombie walk, un groupe de personnes maquillées voire même déguisées en morts-vivants et arpentant les artères principales du centre-ville de Gérardmer. Une zombie walk quelque peu décevante cette année (des zombies peu nombreux et qui marchent plutôt vite : j’ai manqué à plusieurs reprises de me casser la figure sur les trottoirs enneigés pour les rattraper) mais certains maquillages et costumes méritaient une belle photo souvenir tout de même.

16 - "GOODNIGHT MOMMY"

16h, l’heure pour nous d’aller voir le premier film en compétition de la journée : l’autrichien « goodnight mommy ». Film d’horreur psychologique, tantôt effrayant tantôt amusant, qui questionne son public sur le pouvoir des relations familiales, l’identité et l’éducation mais également sur l’amour maternel. L’histoire de deux jeunes jumeaux qui s’interrogent sur les comportements changeants de leur mère célibataire, revenue au sein du foyer le visage bandé et plus froide et distante qu’auparavant. S’agit-il réellement de leur mère? Les doutes s’installent dans les esprits des deux jeunes enfants et ces derniers comptent bien découvrir la vérité…

« Goodnight mommy » est probablement le meilleur film en compétition cette année selon moi. Malgré un rythme assez lent dans sa narration, ce drame familial flirtant avec le paranormal parvient à nous tenir en haleine du début à la fin grâce notamment à un jeu d’acteurs de très bonne facture et surtout une histoire énigmatique et réellement prenante. Un rythme qui va crescendo pour finalement verser dans un semblant de torture movie assez violent et réellement dérangeant. Même si une partie du twist final est facile à entrevoir au bout d’une trentaine de minutes, on appréciera également cette fin laissée volontairement énigmatique où chacun sera libre de choisir son interprétation à l’aide des petits indices laissés intentionnellement par-ci par-là tout au long du film. Un très bon moment de cinéma!

17 - "THESE FINAL HOURS"

Deuxième film en compétition de la journée : « these final hours ». Même si ce dernier n’en est pas vraiment un, ce long-métrage australien aux allures de film post-apocalyptique s’avère être une assez bonne surprise. La majeure partie de la planète a été détruite et seuls semblent encore survivre les pays de l’Océanie. Les australiens savent pertinemment que la fin du Monde est proche : alors que certains préfèrent le suicide, d’autres au contraire commettent des crimes ou vont tout simplement profiter des dernières heures à vivre pour faire la fête et s’amuser. James, lui, décide de se rendre à ce que ses amis appellent « la Fête Ultime », celle de la fin du Monde. Mais en chemin, il va sauver une petite fille des mains de sadiques pervers et va se voir alors investi de nouvelles responsabilités non prévues : ses priorités basculent, il décide de retrouver le père de la fillette afin que celle-ci puisse être à ses côtés quand la dernière seconde de vie sur Terre sera arrivée.

Rares sont les films post-apocalyptiques de piètre qualité et le festival de Gérardmer, habitué à ce genre tant apprécié des festivaliers (« hell », « the day »…), le sait bien. Et ce n’est pas « these final hours » qui dérogera à la règle : partant d’un concept plutôt original (la fin est proche et chacun décide de vivre ses dernières heures comme il l’entend) où règnent désolation, pessimisme et désespoir de toute une Nation, le film de Zak Hilditch est le genre de métrage qui se suit sans trop réfléchir et surtout qui ne présente pas de réel temps mort. Tantôt remuant (bagarres rythmées, courses-poursuites effrénées pour échapper aux griffes d’un maniaque de la machette, énorme fiesta arrosée avec bikini, alcool et sexe à tout va), tantôt émouvant (les drames familiaux, la fillette qui pleure son père, notre héros qui fait le choix d’aider cette fillette qu’il connait à peine alors qu’il pourrait être aux côtés de sa compagne aimante…), « these final hours » nous narre une histoire aux multiples facettes efficace et riche en émotions. Un bon casting (la fillette est tout simplement bluffante), une bande originale percutante, une histoire entraînante : que demander de plus?

18 - "JUPITER, LE DESTIN DE L'UNIVERS"

La journée du samedi se termine avec l’un des évènements de ce festival : la projection en avant-première national de « Jupiter, le destin de l’univers » (alias « Jupiter ascending »), le dernier film de Lana et Andy Wachowski à qui l’on doit notamment la saga « Matrix », « speed racer » ou encore « cloud atlas ». Beaucoup de difficulté pour les festivaliers pour avoir des places pour cette séance spéciale où le film, projeté en 3D, a déjà fait beaucoup parler de lui sur Internet. L’histoire d’une jeune fille, Jupiter Jones, qui apprend par un ancien chasseur militaire de l’Espace qu’elle est l’héritière d’une grande partie du Cosmos, un destin qui pourrait bouleverser l’équilibre même de ce dernier.

Lunettes 3D sur le nez, nous voici donc plongés en plein space opera! Très beau visuellement (avec un budget de 175 millions de dollars, on peut…), ce blockbuster vacillant entre science-fiction et heroïc fantasy nous entraîne dans des scènes d’actions grandioses où courses-poursuites, échanges de balles et bastons à tout va nous en mettent plein les mirettes. Du grand spectacle que voilà mais malheureusement il y a un hic : le scénario, bien trop dense, nuit quelque peu à la parfaite compréhension du film. Du coup, afin de ne pas se retrouver trop perdu dans les méandres de ce scénario et crouler sous les déluges de dialogues parfois difficilement compréhensibles, on cherche à ne retenir que l’essentiel et de ce fait la pilule passe rapidement beaucoup mieux (il est peut-être dommage de perdre de l’information en route mais face à un scénario aussi costaud que celui-ci, beaucoup de cerveaux ne feraient pas le poids si on décidait de tout décrypter…).

Un film donc recommandable pour ses effets spéciaux à tout va (la 3D est de très bonne qualité même si une fois encore nous sommes plus dans une notion de relief que de 3D pure et dure), son action en veux-tu en voilà et son originalité, à condition de ne pas se laisser submerger par un scénario assez dense mais, quand on y réfléchit rapidement, pas si difficile à comprendre!

* JOUR 5 – DIMANCHE 01 JANVIER 2015

Comme à mon accoutumée et comme de nombreux festivaliers, je ne raterais pour rien au monde la Nuit du Fantastique (appelée cette année « la Nuit décalée ») : trois films où l’humour est roi et qui s’enchaînent de 00h30 à 05h00 approximativement.

Passés une vidéo d’introduction où Maïté nous régale de ses mets exquis (et parfois franchement dégueulasses) puis un lancé de guimauves et de boules de neige en guise de dessert glacé dans le public (cette année est axée sur le thème de la gourmandise), le premier film, intitulé « american burger », est lancé.

19 - "AMERICAN BURGER"

Un film d’ouverture de la Nuit décalée quelque peu décevant, au grand damne de nombreux festivaliers ne se satisfaisant pas de l’humour pipi-caca-cul qui découle de ce long-métrage suédois nous narrant l’histoire d’un groupe d’étudiants américains en voyage d’études en Europe confrontés à de dangereux bouchers fabriquant des hamburgers américains à partir de steaks hachés 100% pure viande humaine américaine! Un résumé qui pourtant ferait bien saliver n’importe quel amateur de films gores et déjantés mais voilà ce qui semblait être l’une des meilleures comédies fantastiques de cette année au festival fait l’effet d’un bon gros pétard mouillé… Un rythme lent et un scénario répétitif (on court, on court, on court dans la forêt…), des gags lourds et parfois très puérils, un manque réel de scènes sanglantes (quelques gorges tranchées sans grandes effusions de sang…), un sous-titrage approximatif, une frustration de ne pas en savoir un peu plus sur cette usine de fabrication d’hamburgers : bref, inutile peut-être de trop s’attarder sur ce premier film dont les qualités, trop peu nombreuses (la blonde un peu sosotte qui se déshabille accidentellement au fur et à mesure de l’histoire, deux-trois gags qui fonctionnent pas trop mal et un final original et amusant), sont rapidement oubliées. Un film pas mauvais pour autant mais tout simplement décevant par rapport au scénario qui promettait tellement…

20 - "ZOMBEAVERS"

Deuxième film : « zombeavers ». La Nuit décalée commence réellement avec ce second film (fini l’échauffement, nous voici dans la course à présent!). Quoi de plus drôle que de mettre un groupe de jeunes face à des castors zombies? A l’image d’un « black sheep », nous voici là dans une comédie gore animalière qui risque de faire parler d’elle par la suite (cette dernière a d’ailleurs déjà eu de bons retours dans d’autres festivals). Ici pas de temps morts, nos castors montrent rapidement le bout de leur museau et quelle poilade : exit les images de synthèse, les effets animatroniques sont là pour notre plus grand plaisir et rappellent un certain petit singe dans un film de Peter Jackson! Volontairement hideux et plus que perfectibles, nos petites bêtes poilues ne manqueront pas de vous faire rire par leur appétit féroce : un bon gros délire qui tâche et que nous attendions tous au tournant! Mais là où le film fait encore plus fort, c’est quand on se rend compte que les victimes des castors mutent en castors humains!!! Délire parfaitement assumé, on s’émerveille devant tant de bêtises, d’effets spéciaux souvent approximatifs et d’hommages à des classiques du cinéma de genre (j’adore notamment cette scène rappelant « la nuit des morts-vivants » où nos chers castors encerclent la maison barricadée à l’aide de planches par nos héros… Mais au fait, les castors, ça grignote le bois nan? Merde!!!).

21 - "EAT"

Après ce grand moment de cinéma gore, place à présent pour celles et ceux que l’on nomme au festival les « warriors » le troisième et dernier film de la Nuit décalée. Il est alors un peu plus de 3h30 du matin et c’est un second film américain qui fait son entrée : « eat ». L’histoire d’une nana, la trentaine passée, qui a bien du mal à finir les fins de mois : frigo vide, menace d’expulsion, cette belle blonde célibataire ne parvient pas à décrocher de contrat de comédienne et commence sérieusement à angoisser pour son avenir. Stressée, la jeune femme se ronge les ongles et l’anxiété la pousse à manger mais que grignoter d’autre que des ongles quand on a rien dans le réfrigérateur? Un petit morceau de poignet par exemple, ou pourquoi pas un morceau de pied ensuite… « Eat » est de loin le film le plus saignant et le plus trash de ce festival : cette histoire de femme qui se dévore elle-même est sacrément folle! Mais le film de Jimmy Weber ne s’arrête pas à cela : outre ses pulsions dévorantes, nous suivons également cette vie misérable que mène Novella, ses sorties en boîte pour trouver désespérément un prince charmant (mais elle ne tombe que sur des dingos), ses entretiens professionnels qui ne donnent rien… Un condensé de détresse qui pousse la jeune femme à se mutiler mais, comme si cela ne suffisait pas, sa meilleure amie qui a un sacré sang froid n’hésite pas à s’en prendre violemment à ses tortionnaires, accumulant les victimes et cadavres autour d’elle… Un vrai carnage qui va crescendo et finit dans un véritable bain de sang que je vous laisse découvrir par la suite.

Sur ces douces notes se finit la Nuit décalée : une Nuit qui certes ne démarrait pas bien fort mais qui a su largement se rattraper ensuite! On reviendra!

22 - "IT FOLLOWS"

Après une longue nuit de sommeil (2h20 environ…), nous ne voulions surtout pas manquer celui qui fait tant parler de lui depuis ses passages remarqués dans plusieurs festivals : le fameux « it follows » de David Robert Mitchell.  Après une relation sexuelle anodine, la jeune Jay est confrontée à des visions : des personnes aux allures de morts-vivants la suivent, des êtres démoniaques qui tentent de l’attraper pour la tuer. Aidée de ses amis, Jay va tenter de survivre à ce qui semble être une malédiction. « It follows » est le type même de film qui possède un concept fort original (une malédiction qui se refile comme une MST, jolie métaphore) et des messages intelligents (le passage à l’âge adulte avec ses hauts et ses bas, la sexualité chez les jeunes d’aujourd’hui, les parents qui, perturbés par leur précarité liée parfois à l’économie fléchissant  de certaines villes comme Détroit qui nous est dépeint ici, ne surveillent plus leurs enfants…) mais qui malheureusement, n’en déplaise à certains, ne parviennent pas à atteindre l’un des buts principaux que nous étions peut-être en droit d’attendre car la plupart des louanges portaient là-dessus en grande partie : la peur et l’angoisse. En effet, « it follows » est un film que l’on  veut effrayant, dérangeant mais malheureusement ça ne fonctionne pas ici. Les jumpscares sont ratés, les moments de tension ne provoquent aucun frisson et seule la musique réussit peut-être à nous tenir en haleine jusqu’à la fin. Restent toutefois une histoire sympathique et originale (si on oublie quelques scènes inutiles, voire idiotes), un casting de bonne facture et une musique fort bien choisie (qui d’ailleurs nous fait dresser les poils dans son introduction réussie) : c’est déjà pas mal mais pas assez pour se hisser parmi les meilleurs films en compétition cette année (un peu comme « honeymoon » qui sera présenté un peu plus loin)… Une petite déception donc due en grande partie à ce manque de frissons, l’une des principales essences de ce type de film selon moi.

11h30 : l’heure de la compétition courts-métrages.

Entre comédie, torture porn, fantastique, paranormal et film de monstre, la compétition des courts-métrages est d’assez bonne qualité cette année. Cinq courts-métrages, tous français, nous sont présentés sur un timing d’1h30 environ. Un bon moment là encore que de nombreux festivaliers mettent en avant dans leur choix de séance chaque année, cette compétition étant l’une des habituelles réussites du festival.

23 - "HONEYMOON"

Nous arrivons maintenant au dernier film en compétition, à savoir « honeymoon ». L’histoire d’un jeune couple fraîchement marié qui part en lune de miel dans un petit chalet au bord d’un lac. Peu de temps après leur arrivée, Paul retrouve Béa dehors en pleine nuit, complètement désorientée. Crise de somnambulisme? Paul ne sait pas mais ce dernier commence à s’inquiéter du comportement soudainement différent de Béa et se pose alors des questions sur ce qui s’est réellement passé dans les bois cette nuit-là. « Honeymoon » n’est peut-être pas le film le plus transcendant de cette compétition mais s’avère toutefois plaisant à regarder si l’on met de côté les quelques longueurs du scénario dans la première partie (le couple est amoureux, on l’a bien compris… C’est quand-même un peu gnian-gnian tout ça!). On appréciera surtout dans « honeymoon » cette intrigue assez prenante, portée par deux très bons acteurs (ce changement radical de Béa avec ses quelques flashs de lucidité parfois nous intrigue fortement), qui se finit par un final terrifiant malgré la simplicité du scénario. Une ambiance parfois pesante, des maquillages réussis sur la fin (les effets spéciaux sont simplistes, pas vraiment tape à l’œil, mais passent agréablement bien à l’écran). En bref, il n’y a peut-être dans « honeymoon » pas grand-chose de bien original mais c’est bien réalisé et ça suscite des émotions. Un bon petit moment certes mais pas inoubliable…

Après une petite pause, nous arrivons à présent dans le dernier tournant du festival. Il nous reste en effet trois films hors-compétition à voir et pas des moindres : l’ovni « tusk » de Kevin Smith (à qui l’on doit entre autres « red state » et quelques comédies comme « top cops » ou « Zack et Miri font du porno ») à 18h30, le dernier né de la Hammer « les âmes silencieuses » à 20h30 et enfin le film de clôture du festival « the mirror », projeté une seconde fois à 23h.

24 - "TUSK"

Beaucoup de monde est présent dans la file d’attente de la salle du Casino pour découvrir celui dont beaucoup parlent suite à sa projection au festival de Paris entre autres : « tusk », le nouveau film du surprenant Kevin Smith. L’histoire se résume assez facilement : un journaliste faisant des podcasts sur le Web se retrouve pris au piège dans la villa d’un ancien marin. Sa femme, son collègue et un responsable de la sécurité canadienne tentent de le retrouver pour le sortir de ce guet-apens dans lequel il est tombé en répondant à une petite annonce dans une station-service.

Captivant, drôle et intelligent, mais surtout osé, voici comment décrire très brièvement le phénomène « tusk ». Alors que le film commence tel un survival (on pense souvent à « misery » ou à « the loved ones »), certes un peu longuet dans sa narration (les histoires racontées par le marin ne sont pas toujours très attrayantes), ce dernier va radicalement changer dans sa seconde partie qui vire soudainement dans le kitch et le grand n’importe quoi (on ne peut d’ailleurs s’empêcher de penser à « the human centipède », le côté plus sérieux en moins). Un ovni un peu fou-fou, parfaitement assumé par un Kevin Smith en grande forme qui nous balance une galerie de personnages que l’on ne souhaiterait pour rien au monde dans son entourage proche (un marin complètement ravagé, un journaliste macho, vulgaire et haineux au possible, un responsable de la sécurité canadienne loufoque et à moitié taré), et qui constitue là une œuvre totalement barrée hautement recommandable pour un festival (dommage cependant que la première partie soit si lente). Une œuvre dont il est difficile d’expliquer le contenu de la seconde partie sans spoiler et que je vous propose de découvrir par vous-mêmes si le manque de crédibilité et la débilité ne vous gênent pas.

25 - "LES ÂMES SILENCIEUSES"

Autre film, autre registre avec cette fois-ci le dernier né de la Hammer : « les âmes silencieuses ». Une histoire de possession (oui, encore une) dans laquelle un professeur tente de venir en aide à une jeune patiente perturbée, non pas par le spiritisme mais pas la médecine, persuadé que cette dernière n’a pas besoin de gri-gri et autres exorcismes pour guérir. Un film très classique dans son approche, peu angoissant, et un sentiment de déjà vu (et en bien mieux et plus énergique) : voilà ce que l’on retient principalement de cette œuvre assez banale ne présentant que trop peu de nouveauté pour nos cervelles blasées par ce trop grand nombre de films de possession. Peu de surprise dans ce film qui se suit certes sans grande difficulté (c’est plutôt bien joué et ça tient la route) mais malheureusement aussi sans grand intérêt et qui restera dans l’ombre de son principal concurrent durant le festival, « le projet Atticus ». Une petite déception donc…

26 - "THE MIRROR"

Finissons comme il se doit le festival par le film de clôture : « the mirror ». Après avoir passé dix années en institut psychiatrique suite à la mort violente de ses parents, Tim Russell est recueilli par sa grande sœur Kaylie qui lui confie alors avoir retrouvé un fameux miroir qui serait la cause du décès de leurs parents alors précipités à l’époque dans une démence des plus diaboliques. Doté d’un scénario bien ficelé, où époque contemporaine et drames d’il y a dix ans s’alternent sans arrêt, de passages angoissants (les jumpscares sont réussis, tout comme cette ambiance pesante) et de scènes horrifiques prenantes, « the mirror » est une assez bonne surprise et se place sans souci parmi les meilleurs films hors-compétition cette année. Un bon moment de cinéma et un bon film de clôture pour ce qui fut probablement l’une des toutes meilleures éditions de Fantastic’Arts!

 

PALMARES 2015 DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FANTASTIQUE DE GERARDMER :

 

GRAND PRIX : "It Follows" de David Robert Mitchell

PRIX DU JURY : "The Voices" de Marjane Satrapi // "Ex_Machina" d'Alex Garland (ex-aequo)

PRIX DU PUBLIC : "The Voices" de Marjane Satrapi

PRIX DE LA CRITIQUE : "It Follows" de David Robert Mitchell

PRIX DU JURY JEUNES : "Goodnight Mommy" de Veronika Franz & Severin Fiala

PRIX DU JURY SYFY : "Goodnight Mommy" de Veronika Franz & Severin Fiala

PRIX DE LA MEILLEURE MUSIQUE : "These Final Hours" de Zak Hilditch

PRIX DU MEILLEUR COURT-METRAGE : "Habana" d'Edouard Salier

 

Remerciements tout particuliers à Anne-Sophie TRINTIGNAC et Clément REBILLAT (LE PUBLIC SYSTEME CINEMA) pour leur accompagnement, leur écoute et leur sympathie.

 

David MAURICE

05 Février 2015

COOL !

Portrait de Sylvain Gib

Merci pour ce compte-rendu détaillé ! c'est clair que ça donne envie ! l'année prochaine peut être !

Alléchant !


Comme tous les ans, ça fait vraiment envie petit veinard. Il faut absolument que je m'y colle un jour !

LUMIèRE SUR