RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4.7
(3 votes)
Budapest. Lili doit passer trois mois chez son père, contrainte par sa mère qui part en voyage avec son nouveau compagnon. L'enfant est accompagnée de Hagen, un bâtard canin qui la suit comme son ombre. Mais le paternel ne l'entend pas de cette oreille là : pas de clébard chez lui – et surtout pas un bâtard pour lesquels il faut s'acquitter d'une taxe auprès du gouvernement. Après d'âpres discussions, hurlements et chantage, Hagen est jeté dehors. Commence alors pour Lili, une croisade pour retrouver son compagnon. Pour Hagen, la croquette est difficile à avaler et il va découvrir la dure vie d'un bâtard errant dans les rues de Budapest...



White God (Dieu blanc – référence à ce que représente le maître pour son chien) est la claque pour ce qui est une année bien tristounette en matière de cinéma. Alors que le rouleau compresseur « Mais qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? » à bien trop longtemps squatté les salles, d'autres films n'ont pas eu la distribution qu'ils méritaient (« Alleluia » - environ 10 salles) voire pas de distribution salle du tout (« The green inferno » notamment). Sale temps pour le cinéma de genre. Heureusement, White God (estampillé « Drame », ça fait plus sérieux) pointe le bout de sa truffe.

White God c'est avant tout de l'espoir. Production européenne (hongro-germano-suédoise) primée au festival de Cannes 2014 (un certain regard), le film de Kornél Mundruczó pourrait ouvrir les vannes d'un cinéma de genre(s) européen. La France à déjà montré à plusieurs reprises son dédain pour le genre, alors pourquoi ne pas se tourner vers l'Europe ?

White God c'est aussi l'espoir d'un cinéma intelligent qui joue avec les ficelles du genre, sans jamais aller se vautrer dans la facilité. C'est touchant et exigeant, jamais putassier et surtout, surtout le spectateur n'est jamais pris pour un canasson. Tous les éléments du scénario ne sont pas vomis directement dans la bouche du spectateur - mieux, il y a de la substance derrière l'image. White God c'est un retour à un cinéma qui fait appel au spectateur et ça fait un bien fou.



Lorsque le père de Lili est exposé, on devine qu'il a été un important scientifique – vétérinaire peut-être – mais que suite aux difficultés économiques récentes, il se retrouve à approuver la comestibilité de barbaques en abattoir. Le personnage incarne une amertume semi-ravalée suite à sa déchéance sociale – ce qui le rend souvent froid et détestable. Son comportement vis-à-vis d'Hagen fait réagir le spectateur. Le quadrupède enamouré de sa jeune maîtresse en prend plein le museau et ne comprend pas ce qui lui arrive – jusqu'à ce qu'il soit largué sur un bord de route.

S'ensuit une véritable descente aux enfers pour le chien, usé et abusé par tous. Pour le réalisateur, le canidé est la métaphore parfaite pour refléter la façon dont nos sociétés traitent les minorités. Il m'a semblé que le film allait toutefois bien plus loin, présentant une humanité cynique, violente et le plus souvent encline à souiller systématiquement l'innocence.



Ici tout le monde est à sa place et le niveau de jeu est très élevé : protagonistes hantée qui personnifient des traits de caractères et des aberrations d'une société occidentale sur le déclin. Le constat est amer, gris et puissant.

Mais évidemment, s'il est une actrice qui en impose véritablement, c'est la jeune Zsófia Psotta. Malgré son jeune âge, elle incarne Lili, véritable femme forte au sens cinématographique du terme (voir Sigourney 'Ripley' Weaver, Jessica 'Zero dark thirty' Chastain...). Enfant sans enfance, Lili résiste. Elle éclate le sexisme social, s'habillant en pantalons et gros sweat à capuche quand « les adultes » aimeraient la voir en fillette (chemisier, jupette, chaussettes aux genoux et ballerines). Elle est impertinente et se rebelle maintes fois contre l'autorité « adulte » qui lui apparaît (et qui est) injuste et peu éclairée.



Les mots manquent pour faire justice à White God. Alors, au lieu de lire ma prose de cinéphile allumé, allez plutôt voir White God. Au cinéma. C'est comme ça que vous profiterez le mieux de la meute de 250 chiens hurlants (et des vrais avec ça, pas de l'imagerie numérique de merde !).


Tobe Hooper lui a décerné le prix du jury ainsi que le Mélies d'argent aux F.E.F.F.S. de Strasbourg






Du même réalisateur :

Spartadog !

Portrait de Lionel Jacquet

5.04

En ces temps consternants en matière de films dits « de genre «, voici venir non pas le temps des rires et des chants, mais le temps de regarder un vrai bon film qui bien que vendu comme un drame (ça fait plus sérieux et ça permet d’être sélectionné à Cannes) est en fait un métrage d’horreur sociale assez formidable. La métaphore sur la situation politique en Hongrie au travers de la chasse aux bâtards canins est évidente et renforce l’impact de l’œuvre. Mais c’est surtout la dernière demi-heure, prodigieuse, qui voit le chien se transformer en véritable Spartacus à quatre pattes qui, je m’excuse, troue le fondement.
De bons acteurs (surtout Hagen le chien !), un vrai scénario, de la réflexion, une mise en scène remarquable, pas de CGI à la con, de la tension, ruez vous dessus !
Debout le damnés de la terre ! Waouf !