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Tomás, un vieil homme mais jeune veuf, revient dans sa ville natale en Espagne, après avoir passé les quarante dernières années de sa vie en exil. S’il fait la route jusqu’à une contrée qu’il a quittée dans sa jeunesse, c’est parce qu’il a reçu une carte de tarot, celle des amants, que seule une personne aurait pu lui envoyer. Mais le problème, c’est que cette dernière est morte, des décennies auparavant ! Tout en conduisant, il se rappelle, à travers des flashbacks, de son adolescence dans les années 60 dans un petit village superstitieux, à la campagne. Pendant des séances de révisions avec ses amis Carlos et Vicente, les jeunes hommes se racontent les rumeurs circulant à propos de Moira, une nouvelle venue vivant en solitaire dans une maison isolée sur la colline. Aux dires des commères du village, la belle Moira serait une sorcière qui recevrait pendant la nuit les visites du diable ou bien une prostituée accueillant des hommes à son logis dès la pénombre venue. Les ados décident alors d’aller fouiner du côté de chez la belle inconnue mais Tomás trébuche sur une racine et s’évanouit. A son réveil, il est dans le lit de Moira, celle-ci ayant soigné sa cheville et lavé ses vêtements. Plus tard dans la journée, le jeune homme retourne chez lui et devient obsédé par la belle ermite. Mais qu’a-t-il bien pu bien se passer à l’époque pour que Tomás face le déplacement de l’Allemagne à l’Espagne de nos jours à cause d’une carte ? Mais surtout, qui a bien pu envoyer ladite carte ?



Spectre dont le titre espagnol (« Retour à Moira ») serait déjà plus explicite que le français mais beaucoup moins que le brésilien qui remporte la palme du titre le plus approprié avec « Appel du passé » (aka « Chamado passado » en portugais) fait partie des segments de la série horrifique ibérique « Peliculas para no dormir ». Au même titre que Jaume Balaguero ("A louer"), Narciso Ibanez Serrador ("La faute"), Paco Plaza ("Conte de Noël"), Enrique urbizu ("Un vrai ami") ou encore Alex de la Iglesia ("La chambre du fils"), le réalisateur de "Jeu de rôles" et scénariste de Amenabar (pour "Tesis" et "Ouvre les yeux", entre autres) a lui aussi été convié à participer à la série de métrages conçus pour la télévision.



Et ce segment particulier va nous montrer qu’un événement singulier peut vous hanter pour le reste de votre vie. C'est le cas pour Tomás, un vieil homme de retour à son village natal espagnol qui était autrefois son fief, maintenant modernisé à l'exception de la maison d'une jeune femme aux mœurs jugées différentes et dont la fin fut tragique. Considérée comme une hérétique par les femmes pieuses, visitée par des hommes à son domicile pendant la nuit, Moira était évitée le jour car vue comme une paria par tout le village profondément catholique, et en proie à des commérages vivaces toujours aigris envers ceux ne partageant pas les croyances de toute une bourgade. Ce téléfilm alterne ainsi entre deux périodes ayant Tomás pour dénominateur commun. On le voit ainsi, à l’aide de flashbacks judicieux, au temps de son adolescence et de sa rencontre avec Moira dont la différence due à son statut de célibataire en pleine campagne dévote provoque l’animosité des adultes et l’imagination féconde des jeunes hommes, mais aussi de nos jours, âgé de quarante années supplémentaires et l’on suit ainsi son pèlerinage vers la reconstitution du puzzle de sa vie afin de démêler l’écheveau de tous les secrets enfouis. Spectre est donc un film sur l'amour interdit, les fantômes du passé et le fanatisme d’un village où les habitants décident de devenir juges et bourreaux à propos de Moira, tout juste différente d’eux car vivant seule, sans attache familiale. Spectre c’est aussi un conte tragique, somptueusement photographié dans lequel il est inévitable que la relation entre Tomás et Moira n’aura pas de fin heureuse à cause de facteurs extérieurs, ici les autres. Spectre montre également comment le passé peut toujours tenir quelqu'un sous son emprise, ce qui est le cas de Tomás, plus âgé. On peut ainsi voir les décennies de regret et de déception écrites sur le visage du vieil homme, n'ayant jamais oublié son amour d’adolescence. Il est ainsi motivé pour retourner à l'endroit de ses jeunes années grâce à une carte de tarot qui lui est adressée par on ne sait qui et quand il y arrivera, le réveil des souvenirs de sa belle l’engloutira à tout jamais…



Ce qui est le plus frappant en regardant Spectre est de voir combien il est différent de tous ces films de fantômes japonais tels que "The ring" et autres "Ju-On" ou "The Grudge" si populaires avec leurs esprits très présents et autres jumpscares de circonstances. En effet, pour un film horrifique, il y a à peine une ou deux apparitions spectrales et une seule scène gore. Mais là n’est pas l’important, car ici tout est dans l’atmosphère. Et l’on peut dire qu’en la matière, Mateo Gil sait y faire. Le cinéaste ibérique parvient incontestablement à susciter une curiosité permanente et le dénouement progressif du mystère autour de Tomás et de Moira l’emportera quoi qu’il arrive sur tout éventuel ennui pouvant poindre en dépit du manque d’action et de scènes d’horreur pure. L’ambiance au village dans une Espagne estivale des années 60 est chaude et suffocante, tant on sait que le danger guette et peut surgir à tout moment. En outre, l’excellente photographie, la subtilité de la mise en scène et une musique au diapason font de ce téléfilm un produit parfait pour la télévision. Mais c’est aussi sans compter sur une fin inattendue et bouleversante vécue comme un véritable exorcisme par Tomás et une révélation attendue par le spectateur quant au pacte signé il y a si longtemps entre les deux amants : « Désormais, nous sommes unis pour toujours, je suis le fil de ton destin, je suis la pelote autour duquel s’enroule ce fil, et je suis le ciseau qui coupera le fil, je suis ton logis, je suis ton bonheur et ton malheur, je suis ce qui te touche, aujourd’hui et pour toujours, quoi que tu fasses, où que tu sois, que tu me voies ou non, tu ne pourras plus renoncer à moi, unis, au-delà même de la mort ». Ah que c’est beau !

Mais la mise en scène subtile de Mateo Gil ne serait rien sans ses acteurs talentueux. Juan José Ballesta apporte toutes les nuances appropriées de curiosité et de naïveté qu’un jeune homme peut ressentir à seize ans, tandis que Jordi Dauder apparaît comme seul et fatigué par la vie et porte bien son âge ainsi que ses peines sur son visage. Natalia Millán est une Moira idéale, tantôt sensuelle, mystérieuse ou bienveillante, elle incarne le dosage parfait entre attraction et impénétrabilité. Des performances décentes viennent ensuite de la part de David Arnaiz et Adrián Marín incarnant les amis du jeune Tomàs, tout comme José Ángel Egido et Miguel Rellán, leurs homologues plus âgés. Il faut toutefois noter l’excellence de Victoria Mora qui joue le rôle de la mère de Tomàs, castratrice et dominatrice à souhait et tellement influente au sein de son village qu’elle arrivera à elle seule à décider du destin de Moira…



Nantie d’un casting ibérique avec peu de visages connus (du moins en France) mais avec des acteurs légitimes, une mise en scène élégante accompagnée d’un suspense et d’une envie de savoir ce qui se trame tenaces, cette petite production télévisuelle, constituera un produit de qualité tout à fait regardable. On regrettera cependant que certains portraits ou relations entre certains protagonistes n’aient pas été creusés davantage. Mais bon, que pouvait-on attendre de plus d’un métrage d’à peine plus d’une heure vingt ?









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