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Réalisation
Sabu

Scénariste
Sabu

Date de sortie
2013

Genre
Zombie

Tagline


Cast
Ayaka Komatsu
Makoto Togashi
Toru Tezuka
Taro Suruga
Riku Ohnishi…


Pays
Japon

Production


Musique
-

Effets spéciaux



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Un médecin aisé, sa femme et leur fils reçoivent un jour de la part d’un ami une cage dans laquelle se trouve une morte vivante. Rapidement, notre zombie devient la femme de ménage du foyer, nettoyant sans rechigner et sans relâche les sols de la propriété. Mais très vite, cette femme zombie va fasciner et interroger le monde qui l’entoure et plus particulièrement la gente masculine, créant alors une succession d’évènements malheureux et non désirés au sein de cette petite famille…



Cette critique contient de nombreux spoilers qu’il apparaît difficile de contourner pour critiquer pleinement cette œuvre.

Ce fameux "miss zombie" aura fait parler de lui à la 21ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. Dès la diffusion de la liste des films présents en compétition au festival, "miss zombie" a tout de suite fait figure de gros outsider face à des films tels que "dark touch", "the sacrament" et "we are what we are" qui étaient d’emblée cités comme étant les gros favoris en course pour le Grand Prix. Mais une fois les premières projections du film passées, la nouvelle s’est répandue à une vitesse folle dans les files d’attente du festival vosgien : « miss zombie » serait « une vraie merde », « un film long et ennuyeux »… Bref, rien ne laissait présager que le film de Sabu (scénariste, réalisateur et comédien japonais connu notamment pour son film "blessing bell" en 2002) gagnerait un quelconque prix à la « Perle des Vosges ». Et pourtant c’est bien lui qui est reparti avec le Grand Prix… Revenons donc, le temps de quelques paragraphes, sur le phénomène "miss zombie".

Tourné en noir et blanc, couleurs froides et tristes choisies pour mettre en image cette histoire dramatique, "miss zombie" revient sur une thématique déjà vue à Fantastic’Arts avec "Fido" en 2007 : l’esclavage ou l’intégration des zombies dans la société, voire même dans le cocon familial. Mais tandis que "Fido" traitait ce thème dans un registre comique, "miss zombie" va lui l’intégrer dans un film tragique ne laissant pas de place à l’humour.

Une originalité qui, sur le papier, pourrait en faire saliver plus d’un. Alors pourquoi tant de haine et tant de moqueries au sujet de ce "miss zombie" ? Tout simplement en raison de cette réalisation pouvant s’avérer quelque peu déstabilisante il faut bien le reconnaître… Car, à l’inverse de la plupart des films de zombies, le long-métrage de Sabu est lent, très lent même.
Monotone, peu énergique (ne vous attendez pas à voir débouler des hordes de morts-vivants toutes les 10 minutes), dépourvu de scènes sanguinolentes (critère parfois essentiel à certain(e)s pour apprécier pleinement un film de zombies), "miss zombie" est une tragédie lente, hypnotisante, préférant faire la part belle à l’esthétisme (des éclairages magnifiques, des jeux d’ombrages remarquables) et à une mise en scène peu dynamique (pour se focaliser sur la vie peu trépidante de notre zombie) plutôt qu’à un florilège de scènes chocs, de passages gores et autres joyeusetés bien plus classiques dans le cinéma zombiesque.



"Miss zombie" nous livre ici une tragédie pouvant être perçue sur deux plans différents.

D’un côté, nous avons notre femme zombie. Alors que cette dernière est clairement prisonnière au sein du foyer qui l’a accueillie en tant qu’esclave (elle passe ses journées à récurer une cour sans relâche, une vie déprimante), elle est humiliée et martyrisée (elle reçoit même des cailloux par les enfants du quartier), poignardée (de jeunes voyous dans la rue prennent un malin plaisir chaque soir à lui planter des couteaux dans son corps insensible à la douleur) puis violée et abusée (par ses collègues humains dans un premier temps, puis par le maître de maison). Un destin d’autant plus tragique que notre malheureuse zombie, en être docile et fidèle à ses maîtres, ne bronche pas, ne se révolte pas et semble prendre cela comme quelque chose de logique, dans la continuité de sa misérable existence… Une vie cruelle qui nous pousse à nous demander qui est le plus déshumanisé entre l’humain et le zombie. Quel est le réel ennemi ? Qui présente la plus grande menace ? (…)

A la différence de "Fido" où le zombie est un fidèle serviteur à qui on ne fait pas de mal au sein du foyer, le mort-vivant chez Sabu n’est pas encore accepté dans toutes les mœurs (les voisins et l’entourage du médecin voient cette domestique comme une menace) et beaucoup le considèrent comme un ennemi, un être instable pouvant à tout moment s’en prendre aux humains qui l’entourent. Le zombie est ici un objet de curiosité (il attise la curiosité mais également la méfiance) et il semble tout à fait possible, dans ce monde que nous dépeint Sabu, d’en avoir un chez soi, un esclave de la société placé bien plus bas que l’animal de compagnie au sein de la famille.



Mais, dans cette société dans laquelle nous plonge Sabu, les zombies sont classés par « ordre de zombification ». Ici, notre zombie girl est à un stade de zombification moins avancé que certain de ses semblables. Elle est donc moins dangereuse, plus docile également, et peut alors être domestiquée comme c’est le cas ici. Or, de ce fait, un être placé en bas de cette échelle a une mémoire plus efficace (des souvenirs moins enfouis) et conserve alors une infime part d’humanité (on le voit notamment dans cette scène où notre morte-vivante se recoud devant le miroir). Cette part d’humanité que la zombie a en elle va être l’un des éléments déclencheurs d’une seconde tragédie au sein de la famille…

Malgré cette place en bas de l’échelle sociale, la zombie va réussir progressivement à se hisser dans la hiérarchie familiale jusqu’à prendre la place de la patronne en quelques sortes (elle surprend son mari en train d’abuser de cette zombie, celle-là même que son fils ne cesse de prendre en photo, comme hypnotisé par cette servante pas comme les autres qui apparait alors comme plus importante que sa propre mère), au grand damne de cette dernière qui va vouloir s’en débarrasser (lui donner de la viande peut la rendre dangereuse, elle le sait : voilà alors un parfait mobile pour l’abattre).

Des rapports de force qui s’inversent donc, à la manière de "the woman" de Lucky McKee, mais la situation ne s’arrête pas là. Conservant une part d’humanité comme nous l’avions dit un peu plus haut, notre zombie va se rappeler avoir un jour materné (un flash-back nous la montre enceinte, poursuivie par une horde de zombies qui visiblement auront le dessus sur elle). Déprimée et envieuse d’une vie meilleure, cette dernière va s’enfuir avec l’enfant du couple qu’elle vient à l’instant de ramener à la vie suite à un incident tragique.
Son mari décédé, son enfant kidnappé, la patronne voit sa vie lui échapper en quelques minutes à peine. Un renversement de situation remarquable (bien que long à venir…) et des rapports de force à présent totalement renversés entre les deux femmes. Une course-poursuite s’engage alors entre celles-ci à travers champs…



Esthétiquement très beau et original en bien des aspects, "miss zombie" mérite d’être reconnu à sa juste valeur.
Sabu nous livre ici une bien belle histoire sur la tolérance (sur fond de féminisme également) mais qui malheureusement pour beaucoup de festivaliers à Gérardmer, lors de cette 21ème édition du festival, s’avérait bien trop pompeux et lent dans sa mise en scène, si bien que l’énervement et l’ennui auront eu raison de lui…








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