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Pastor se réveille au bord d’un cours d’eau avec une étrange et inquiétante cicatrice dans le bas du dos. Sans perdre de temps, ce commercial père de famille va se rendre chez un médecin qui va lui apprendre qu’on lui a volé un rein. Obnubilé par cet évènement traumatisant, notre homme va tout faire pour retrouver les coupables, quitte à mettre en péril son travail et sa famille...



Benoît Delépine avait vu juste en confiant son scénario à un jeune réalisateur de 25 ans, déjà remarqué pour son court-métrage « Tommy » en 2011 (Mention spéciale Méliès d’Argent au 25ème Festival de Leeds) et pour le clip vidéo « Good day today » de David Lynch pour lequel il fut auteur et réalisateur.

Présenté en compétition au 21ème Festival International du Film Fantastique à Gérardmer, le premier film d’Arnold de Parscau est un agréable petit thriller noir aux allures bien hexagonales qui a ravi de nombreux spectateurs. Pas un chef d’œuvre certes mais un bon premier film, un début prometteur pour un jeune réalisateur à qui l’on souhaite une bien belle carrière. Retour en quelques lignes sur ce sympathique « ablations ».



« Ablations » fait partie de ces films qui font parfois froid dans le dos car ils abordent des thématiques (que dire des fléaux même!) dont il est parfois question dans l’actualité. Ici, le don et la greffe d’organe sont visés mais surtout le côté négatif de la chose, les conséquences néfastes que ces pratiques médicales entraînent : le trafic d’organes. Le contexte même dans lequel débute le film fait frissonner : un homme se réveille, amputé d’un rein. Comment est-ce que cela a-t-il pu arriver? Comment cela est-ce possible? Notre homme a-t-il été drogué puis charcuté à l’abri des regards indiscrets? Tant de questions qui font frissonner rien qu’en y pensant…

A la manière d’un « taken », nous voilà donc plongés dans un milieu sombre, clandestin, hostile, où notre malheureuse victime va tenter de trouver des pistes pouvant l’amener à son agresseur. Un milieu difficile à pénétrer, souvent peu fréquentable (les bars louches…) du fait du peu d’indices qui s’offrent à nous.

Simple mais efficace, « ablations » se veut surtout réaliste dans son approche. Même s’il n’est pas exempt de défauts (son final pourra notamment décevoir certaines personnes désireuses de voir quelque chose de plus original, les autres au contraire trouveront la fin acceptable du fait que le film se veut réaliste et nous confronte alors au devenir des deux « camps » : les gentils et les méchants, avec un certain sens de la tragédie bien aiguisé), le film d’Arnold de Parscau se suit agréablement bien. Entre péripéties et rebondissements dans cette enquête quasi policière, petites séquences humoristiques bienvenues et faisant mouche à chaque coup, « ablations » navigue sur deux tableaux (le tragique et le comique) avec une certaine adresse il faut bien le reconnaître.

Certes, beaucoup le diront (et peut-être parfois à juste titre), « ablations » n’est pas un film très dynamique, dans le sens où ce dernier ne comporte pas beaucoup d’action. Cependant, le film d’Arnold de Parscau se veut très captivant du début à la fin de par la thématique visée, cette alternance entre comique et drame, les mystères qui entourent cette enquête et l’intelligence du scénario (ces indices essentiels qui font avancer l’enquête comme la liste des gens de médecine interdits d’exercer, ou encore les chutes qui tombent à point nommé dans l’histoire…).



Un résultat convaincant et permis également grâce à un casting remarquable porté par de très bons acteurs français.

Nous retrouvons effectivement d’une part Yolande Moreau et Philippe Nahon dans le camps des « méchants ». Sortes de « Robins des Bois » des temps modernes (du fait qu’ils prennent aux personnes aisées ou modestes pour donner aux pauvres en quelques sortes), notre duo d’anciens va réussir, dans un contexte des plus dramatiques et sombres (ces derniers passent tout de même leur temps à endormir de malheureuses victimes pour leur extirper leurs reins!), à nous faire rigoler de part leurs mimiques, leurs expressions et autres sympathiques réflexions.

Du côté des gens « fréquentables » dirons-nous, nous retrouvons un Denis Ménochet remarquable dans son rôle de victime prête à tout pour en découdre avec ces fumiers qui lui ont piqué un rein. Un personnage d’autant plus tragique que ce dernier, pour arriver à ses fins, va s’enfoncer encore un peu plus chaque jour dans son calvaire, n’hésitant pas à mettre de côté sa famille (Virginie Ledoyen comme femme tout de même) en l’ignorant, lui mentant et en allant même retrouver une ancienne compagne dans l’intention (au départ) de soutirer quelques informations d’ordre médicale… S’éloignant également de son travail (il prend des congés de dernières minutes à tout va), Pastor ne vit plus que pour connaître la vérité, une enquête qui le poussera jusqu’au meurtre, l’un des points culminants de sa descente aux Enfers.



Doté d’un rythme assez lent il faut le reconnaître, « ablations » n’en demeure pas moins captivant du fait que nous sommes plongés dans cette enquête mystérieuse et intrigante mise en scène avec un fort degré de réalisme. Cette narration nous dévoilant deux quotidiens totalement opposés est également fort appréciable : d’un côté le quotidien d’un homme qui est en train de basculer du côté obscur et d’un autre côté le quotidien de notre duo Nahon/Moreau qui nous présentent leur « activité » des plus horribles avec humour et bonne humeur. « Le malheur des uns fait le bonheur des autres » dit-on… Un charme qui opère pour ma part.









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