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Il se passe de drôles de choses au manoir Briarcliff, devenu un hôpital psychiatrique...






Fourre tout malin et méchant qui reprenait à son compte le sempiternel mythe de la maison hantée, la première saison d'American Horror Story s'était révélée n'être qu'une histoire parmi d'autres, se concluant définitivement pour laisser la saison 2 emboîter le pas sur une nouvelle trame. Si Ryan Murphy reprend une partie du casting, aucun lien n'est emmené entre la première et la seconde saison : délocalisation géographique, thématique, mais aussi temporelle ; là où le passé grouillait encore sur le présent à travers divers flash-backs insistants, c'est l'inverse qui se produit dès lors dans la saison 2, l'action se déroulant en 1964 tout en faisant intervenir un récit annexe situé de nos jours.

Si l'action est plantée à nouveau dans un édifice manifestement maudit, ce ne sont plus les spectres qui sont ici à la fête ; il s'agit même de quelque chose de bien pire...
Le manoir Briarcliff, sanitarium devenu asile de fous, devient le centre de toutes les intentions : celui-ci est mené d'une main de fer par Soeur Jude, qui prêche davantage les coups de bâtons que l'amour de Dieu, tentant de suivre la fabuleuse ambition chrétienne de son supérieur religieux, le père Timothy Howard. La situation s'envenime dès l'arrivée de deux nouveaux patients : Kit Walker, un jeune garçon accusé d'être le terrible Bloody Face, le dépeceur de femmes terrorisant la région, et Lana Winters, journaliste lesbienne enfermée contre son gré.



Même si les surprises affluaient, la première saison foulait un sentier connu, en l’occurrence celui du film de maison hantée : dès le premier épisode, on sent ici la portée plus virulente, des articulations plus intenses et des ruptures de tons encore plus nombreuses. A force de retourner son sujet dans tous les sens, Ryan Murphy joue ouvertement la carte de la pochette surprise et donne si peu de chances au spectateur d'anticiper la suite des événements, ce qu'il fait avec une jubilation non dissimulée.

Carrefour de la folie humaine, l'asile de Briarcliff devient une antichambre de l'enfer attirant toutes les créatures inimaginables : enfant diabolique, père Noël tueur, mutants, serial killer, et même plus fort encore, le diable et la grande faucheuse elle-même (incarnée par une Frances Conroy troublante) ! Le contexte encore persistant de la guerre froide va jusqu'à permettre d'installer un climat de paranoïa faisant intervenir nazis et extra-terrestres !



Grand vétéran des thèmes épineux et des surprises déviantes, Murphy se plaît dans ce foutoir satanique, mais impose des personnages plus complexes et attachants que ceux de la précédente monture. Et pour cause, tous deviennent tour à tour victimes et bourreaux, se jouant des clivages de la réalité et de la folie. Le face à face entre Soeur Jude, soeur revêche en pleine rédemption, et le Docteur Arden, savant louche aux mœurs douteuses, met le spectateur dans une situation délicieusement périlleuse, le forçant à gratter sous la monstruosité et à se confronter à une ambiguïté sans cesse remise en cause. La religion, absente de la première saison, va jusqu'à y tenir une place prépondérante, ce qui donne l'occasion à Murphy de tirer à boulets rouges sur les ignominies secrètes et hypocrites de la Sainte Mère l'Église : facile, mais efficace.

Loin du glamour de son personnage de Constance, Jessica Lange passe par tous les états imaginables et s'abîme comme au temps de Frances, fausse vieille salope mais vraie âme blessée. Tout le reste du casting est au diapason, en particulier une Sarah Paulson éblouissante en lesbienne martyr en plein remake de Shock Corridor (mâtiné d'un rien de Rape and Revenge).

Parmi les revenants de la saison 1, et après Lange, le rôle le plus mémorable revient sans aucun doute à Lily Rabe, guère surprenante dans la première saison en maman fantôche mais ici hallucinante en bonne timorée devenue l'hôte malheureuse du malin, offrant l'une des incarnations féminines du diable les plus étonnante, sexy et vacharde de cette décennie. Quant aux nouvelles têtes, petits (Franka Potente, Ian McShane, Chloé Sevigny ou Clea Duvall) ou grands rôles (Joseph Fiennes, James Cromwell) offrent une cour des miracles épatante et névrosée à souhait.
Plus baroque et plus intense que son prédécesseur, plus émouvante, plus drôle (l'utilisation abusive et ironique de notre Soeur Sourire nationale !) et même plus barrée (une scène musicale funky débarquant sans crier gare) cette virée au dessus d'un nid de coucous ne se contentent pas d'explorer simplement les mythes horrifiques et leurs équivalents cinématographiques (ce qui nous vaut des clins d'oeils musicaux à Candyman, Carrie ou Massacre à la tronçonneuse) mais également de labourer l'horreur du genre humain (le spectre du nazisme, l'homophobie, le racisme), d'explorer les ailleurs inquiétants (la présente flottante d'ovnis, jusqu'à l'ange de la mort) et les terreurs de l'Amérique (Bloody Face est un décalque persistant d'un certain Ed Gein). Autant dire que la Saison 3 aura du pain sur la planche...






4/6 - Jérémie Marchetti



Sympa mais...


4.02

...moins bien que la première saison, la faute à une inégalité rythmique dans les épisodes et à quelques effets de manche mal venus et parfois inexpliqués (pourquoi, par exemple, l'ange déchu vient d'un seul coup donner le baiser de la mort ?).

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