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Depuis plusieurs mois, un dangereux maniaque tueur d’enfants terrorise la ville de Berlin. Alors que les rafles et les arrestations à la chaîne se multiplient sans succès, la pègre décide de retrouver elle-même cet homme qui gêne les activités clandestines des voyous de la ville. Très vite, les mendiants et les SDF sont missionnés par les voyous des quartiers pour surveiller chaque coin de rue et mettre la main sur ce criminel. (La critique qui suit contient des spoilers sur sa dernière partie)



Allemagne, début des années 30. Le réalisateur allemand Fritz Lang marquera l’histoire du cinéma de genre avec son film "M le maudit". Tourné en noir et blanc, sans véritable musique (excepté l’air de « dans l’antre du roi de la montagne » sifflé par moments), "M, eine stadt sucht einen mörder" (de son vrai titre : « Une ville recherche un meurtrier ») est l’un de ces long-métrages qualifiés de chefs-d’œuvre qui encore aujourd’hui réussit à séduire de nombreuses personnes de par la qualité de sa mise en scène, la justesse de sa narration et les phénomènes toujours d’actualité qu’il aborde.

Mettant en scène un redoutable tueur en série terrorisant la population de Berlin dans les années 30, "M le maudit" s’inspire principalement de l’un des serial killers les plus tristement célèbres d’Allemagne : Peter Kürten, un tueur d’enfants ayant sévi entre autres sur la ville de Düsseldorf en 1929 (ce qui lui valut son surnom de « Vampire de Düsseldorf ») et qui fut condamné à mort par décapitation quelques semaines avant la première officielle de « M le maudit ».



Peter Lorre y joue le rôle de notre fameux tueur en série Hans Beckert. Une remarquable prestation, notamment dans la dernière partie du film, qu’Adolf Hitler lui-même ne manqua pas de souligner, soit dit en passant, proposant alors à Peter Lorre de continuer sa carrière sur le sol allemand bien qu’il soit juif (une proposition que l’acteur refusa).

Avec son faciès de « gentil bonhomme » et ce côté délicat/sensible qu’il dégage, à la manière d’un certain Norman Bates trente ans plus tard, difficile de penser que derrière cette personne si discrète se cache en réalité un terrible maniaque tueur d’enfants, un aliéné souffrant de dédoublement de la personnalité (sa performance d’acteur et son monologue teinté de douleurs et de souffrance lors du procès de la Pègre en fin de film en disent long sur sa remarquable interprétation).
Un serial killer d’autant plus inquiétant que ce dernier se fond dans la masse avec une habilité incroyable, notre tueur ressemblant à n’importe qui sous son chapeau et son long manteau des plus communs et n’hésitant pas à se promener dans les rues parmi la population, voire même à boire un verre à la terrasse d’un café, à la vue de toutes et tous, sans la moindre inquiétude.

Car oui, notre homme n’a que très peu de souci à se faire : agissant avec une grande prudence (d’ailleurs, sa première apparition à l’écran ne laisse entrevoir que son ombre, preuve de sa discrétion), tout en se tenant informé des avancées de la police locale, il ne pense pas une seule seconde pouvoir être démasqué et continue donc à s’adonner à cette activité macabre consistant à attirer des enfants, gagner leur confiance (sucreries, jouets…) pour enfin les assassiner après les avoir probablement (cela n’est pas clairement mentionné dans le film de Fritz Lang) agressés sexuellement.



Une activité morbide qui est remontée à la population par le biais d’éditions spéciales dans la Presse et d’annonces affichées sur les murs qui terrorisent les familles berlinoises, une population d’autant plus inquiète que la Police parait impuissante face à ces vagues de meurtres.

"M le maudit" a d’ailleurs à ce sujet une qualité de narration exceptionnelle : Fritz Lang réussit à nous dépeindre avec une grande efficacité et un souci du détail remarquable une situation d’urgence chez les forces de l’ordre (de nombreux moyens sont mis en place et on suit des pistes concrètes, logiques et dont le moindre indice est exploité). Avec un rythme des plus soutenus, le public est ainsi plongé dans une enquête policière prenant des airs de grande battue, ponctuée de rafles et de nombreuses arrestations dans les réseaux clandestins et autres bars malfamés des quartiers de la ville. Une ambiance qui n’est pas sans rappeler ce qui arrivera quelques années plus tard en Allemagne sous le Führer et qui peut se voir alors comme une métaphore de la montée en puissance du mouvement nazisme (on utilise notamment les termes « rafles » ou encore « collabos » dans le film de Fritz Lang).

A cette panique, cette terreur, dont est en proie la population berlinoise s’ajoute rapidement la paranoïa : très vite, les gens se rendent compte que le tueur peut être n’importe qui : un simple passant ou plus effrayant encore son propre voisin. Une paranoïa fort bien décrite par Fritz Lang qui nous plonge dans des attroupements voire des bagarres où les accusations et les soupçons coulent à flots.

Ce sont d’ailleurs ces peurs mêlées à cette paranoïa et cette perception d’impuissance des forces de l’ordre qui vont pousser les gens à ne plus faire confiance à la Police, à vouloir en découdre eux-mêmes avec cette situation devenue invivable. Les premiers concernés, victimes de ces rafles incessantes qui mettent à mal leurs trafics clandestins, sont la Pègre. Décidés à se faire justice eux-mêmes, les voyous de la ville vont alors instaurer un tribunal clandestin pour juger le captif Hans Beckert, terrorisé et apeuré devant tous ces malfrats désireux d’en finir une bonne fois pour toutes avec lui (de violents « A mort le monstre » résonnent, nous rappelant d’ailleurs l’œuvre de « Frankenstein », Hans étant assimilé au monstre du savant).



Aucune échappatoire ne semble possible pour le meurtrier dans cette dernière partie du film qui lance alors de nombreuses réflexions malheureusement encore d’actualité : le fait de se faire justice soi-même est-il parfois l’issue la plus juste? Une peine d’emprisonnement ou de mort peut-elle être prononcée quand le coupable est dément (« Là où il y a contrainte, il n’y a plus de libre arbitre ; là où il n’y a pas de responsabilité, aucune peine ne peut être prononcée »)? Doit-on continuer à surveiller de près un malade une fois sorti d’un asile psychiatrique? Ou tout simplement doit-on un jour relâcher un dément ayant perpétré des crimes sadiques?(…)

Véritable chef d’œuvre allemand des années 30 réalisé avec brio par un ingénieux Fritz Lang et interprété par un excellent Peter Lorre, "M le maudit" ne semble pas vouloir vieillir et continue à nous poser encore de nombreuses réflexions sur des phénomènes malheureusement toujours d’actualité. Une œuvre intemporelle magistrale à l’esthétisme surprenant à (re)découvrir sans hésitation!








Chef-d'oeuvre absolu...


6

...alliant récit solide, dialogues ciselés et une mise en scène magistrale où les images et les sons participent entièrement à l'atmosphère du métrage. Ah, la scène avec le ballon...