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Des essais nucléaires en Arctique réveillent un dinosaure carnivore géant, le Rhédosaurus, qui était prisonnier des glaces depuis 100 millions d'années. Bientôt, le monstre longe la côte Est des Etats-Unis, causant de nombreux dégâts matériels et faisant de nombreuses victimes, avant d'atteindre Manhattan, où l'armée va engager une lutte à mort contre lui...



En 1952, "King Kong" fait l'objet d'une nouvelle sortie sur les écrans américains, et obtient un vif succès populaire. Encouragés par cette réussite, les producteurs Jack Dietz et Hal E. Chester ont l'idée de reprendre le thème du monstre géant semant la terreur dans une grande ville, et d'y mêler le thème du nucléaire, désirant ainsi exploiter la paranoïa grandissante de la population. Ils achètent les droits de la nouvelle "The Beast from 20,000 fathoms" de Ray Bradbury, et changent le titre original du film, "The Monster from beneath the sea", afin de profiter de la renommée de l'auteur des Chroniques martiennes en 1950 et de Fahrenheit 451 en 1953, pour finalement n'en garder que l'idée de base (une créature préhistorique se réveillant), quelques détails, et présenter le film comme "suggested by a Ray Bradbury story". Ray Bradbury changera d'ailleurs le titre de sa nouvelle par la suite, celle-ci étant désormais connue sous le nom de "The Fog Horn".



La réalisation est confiée au Français Eugène Lourié, décorateur sur des films français ("La Grande illusion" ou "La Règle du jeu" par exemple) jusqu'en 1940, il s'installe ensuite aux Etats-Unis pour continuer à être décorateur, puis directeur artistique, comme sur "Les Feux de la rampe" de Chaplin. Le Monstre des temps perdus est donc son premier film en tant que réalisateur, assumant également pour le film les fonctions de scénariste, directeur des effets spéciaux et décorateur. Côté casting, les fans des films de science-fiction des années 50 pourront reconnaître Kenneth Tobey, interprète du capitaine Hendry dans "La Chose d'un autre monde" et également à l'affiche de "Le Monstre vient de la mer" ou, plus récemment, de "Hurlements", "Gremlins" et "Gremlins 2". On remarquera aussi Cecil Kellaway ("Le Retour de l'homme invisible" ou "Hush...Hush, Sweet Charlotte"), Donald Woods (l'original de "13 fantômes"), et surtout Lee Van Cleef dans un de ses premiers rôles.

Mais surtout, Le Monstre des temps perdus va marquer les premiers pas à la tête des effets spéciaux de Ray Harryhausen, après avoir été assistant de Willis O'Brien sur "Monsieur Joe", pour lequel il effectue l'essentiel de l'animation du gorille. Avec le film de Lourié, Harryhausen va continuer son travail sur l'intégration de ses animations image par image avec des plans d'acteur dans de vrais décors. Les effets sont saisissants, et le succès est tel que le film est désormais sans doute plus connu pour le travail de Harryhausen que pour celui de Lourié, et que le nom du magicien des effets spéciaux apparaîtra rapidement en valeur sur les affiches des futurs films auxquels il participera (de "Les Soucoupes volantes attaquent" à "Le Choc des Titans", en passant par "Jason et les Argonautes"). Encore aujourd'hui, les effets de Le Monstre des temps perdus n'ont rien perdu de leur magie, voire même de leur efficacité, même si l'on distingue mieux les trucages utilisés ou la différence de couches, notamment lors de la célèbre scène où le Rhédosaure attrape un policier new-yorkais.



Ces effets visuels constituent, il est vrai, l'atout principal du film. Il faut bien le dire, le scénario reste très classique, même pour l'époque, en empruntant notamment à "King Kong" ou "Le Monde perdu". Le monstre réveillé se dirige peu à peu vers New York, qui n'a toujours pas fini de se voir détruite par des monstres géants avec les récents "Godzilla (1998)" ou "Cloverfield", pour le dernier acte du film, tandis que les personnages sont ceux de la plupart des films de monstres : on retrouve l'éternelle opposition entre scientifiques (qui veulent étudier le monstre et le voient comme un miracle de la nature) et militaires (qui veulent le dézinguer), le personnage qui sait ce qui se passe, qui a vu le monstre, mais que personne ne croit avant qu'il ne soit trop tard...Là où le film innove, c'est en ajoutant l'élément nucléaire à l'histoire : réveillé par des essais en Arctique, le monstre, en saignant abondamment après les nombreuses attaques des militaires, contamine la population et cause encore davantage de décès. Après ce film, c'est tout un pan du cinéma fantastique qui va s'engouffrer dans la brèche des créatures contaminées par des retombées nucléaires. Ainsi, "Le Monstre des temps perdus" va faire exploser aux Etats-Unis les creature features, parmi lesquels "Des Monstres attaquent la ville" ou "Tarantula", et va au Japon contribuer à créer un nouveau genre : le kaiju eiga. En effet, "Godzilla" s'inspire beaucoup du film de Lourié (Harryhausen parlera même de "copie-carbone" dans l'ouvrage Stop-Motion), qui s'inspirera d'ailleurs lui-même du monstre japonais pour son "Gorgo", la principale différence tenant aux effets spéciaux, animation image par image d'un côté, acteur costumé de l'autre.



On retrouve d'ailleurs des passages-signatures du genre : la destruction d'un phare, en ombres chinoises, qui sera d'ailleurs la seule véritable référence à la nouvelle de base de Bradbury, et surtout le Rhédosaure attaquant New York au milieu d'une foule terrifiée, pourtant composée d'une petite vingtaine de figurants ! Le Rhédosaure, dinosaure carnivore quadrupède fantaisiste, devait d'ailleurs à l'origine cracher du feu, comme on peut le voir sur l'affiche, mais l'idée fut abandonnée pour des raisons de budget ; des raisons qui expliquent aussi que la créature apparaît très rapidement, alors que les scénaristes souhaitaient une narration plus progressive. Le mystère y perd, mais la créature animée par Harryhausen est tellement réussie que finalement, ça n'a pas vraiment d'importance : "Le Monstre des temps perdus", figure de proue du film de monstres, n'a pris que très peu de rides (essentiellement dues à une certaine naïveté du propos), et constitue une oeuvre très importante pour la carrière de Harryhausen. On pourra évidemment lui reprocher également quelques longueurs avant l'arrivée à New York, mais dans l'ensemble, s'il est assez classique sur la forme, Le Monstre des temps perdus est une vraie réussite, bien supérieur à la plupart des creature features qui suivront.








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GORGO