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Immanquable, que ce soit lorsqu'elle fait la couverture de magazines ou qu'elle tourne une pub de shampooing à la télé, la top-model Alison Parker décide de prendre un peu l'air et s'offre un appartement à l'ancienne à moindre coup. Celui-ci se situe dans un vieil immeuble relativement peu rassurant, aux locataires tous plus étranges les uns que les autres. Malaises, visions macabres, rencontres indésirables: la vie de Alison prend une tournure de plus en plus désagréable, la conduisant à penser que l'édifice est tout bonnement hanté. Et ce prêtre aveugle, impassible, logeant au dernier étage, n'y peut-être pas pour rien...



Cinéaste à l'univers assez peu tendre, Michael Winner s'égare le temps d'un film dans la vague des bondieuseries de l'époque, quittant la terre des vigilante musclés et du Western sauvage. Pas tout à fait une première dans le genre pour le sir, puisqu'il avait déjà livré la préquelle des Innocents avec un Corrupteur parfaitement malsain.
Et il ne quittera pas, une fois de plus, cet esprit quelque peu "rentre dedans" pour cette Sentinelle des maudits...

On calcule pourtant assez peu ce petit film malgré tout assez appréciable dans ses outrances visuelles mais dont on se souvient volontiers de son casting "énaurme" : d'un côté, la vieille garde hollywoodienne, avec Burgess Meredith, José Ferrer, Arthur Kennedy, John Carradine, Ava Gardner ou Eli Wallach, et de l'autre la nouvelle génération, avec des apparitions plus ou moins furtives de Christopher Walken, Jeff Goldblum, Beverly d'Angelo, Chris Sarandon ou Tom Berenger !!
La logique veut évidemment que ces visages à l'époque inconnus tiennent des rôles plus ou moins insignifiants, face à des vétérans auquel on réserve volontiers des rôles clefs.

S'il cumule quelques scènes bavardes (la partie investigation, pas inintéressante mais faisait parfois office de remplissage), La sentinelle des maudits semble surtout avoir été victime de son aspect purement "ersatz", reprenant ce qu'il peut aux grands hits sataniques de l'époque : Rosemary's baby est sans aucun doute le plus concerné, puisque l'on retrouve un cadre purement urbain, avec sa tripotée de personnages pressés et bizarres, comme ce vieux garçon collant ou ce couple de lesbiennes lubriques, et la tentation d'exploiter au mieux une folie Polanskienne, entre rire jaune et franc malaise (des cauchemars bizarres, une orgie organisée par un vieillard, l'anniversaire d'un chat fêté en grande pompe...).

Si le film se garde bien de représenter Lucifer ou sa progéniture à l'écran, il hérite tout de même d'un vision du mal purement grotesque, primaire et foncièrement inquiétante (et donc, tout à fait grand-guignolesque) tout comme pour "l'exorciste" (à qui il emprunte aussi Dick Miller !) en son temps, avec sa cohorte de mutilations et de figures crevassées, sanguinolentes, boursouflées ou décomposées, comme surgies de l'imaginaire dément de Jérôme Bosch.
L'introduction pousse le vice jusqu'à se dérouler en Italie (souvenez-vous, Rome pour celle de "la malediction", l'Irak pour "l'exorciste" et le Brésil pour L'Antéchrist), pour annoncer (hélas bien mollement) l'arrivée des forces obscures.

Hantée par l'image d'un père débauché, la fraîche mais perturbée Alison (sublime Cristina Raines) se trouve confronter à un univers terriblement opposé des plateaux télés et des studios photos, pied de nez volontaire à une imagerie policée et sexy à souhait, et la faisant côtoyer alors mobilier poussiéreux, croyances redoutables et spectres décharnés : dans une séquence charnière, et accessoirement grand scène de flippe du métrage, la jeune femme est réveillée par des bruits particulièrement violents à l'étage du dessus, pourtant soi-disant inhabité ; seule dans la nuit, elle se faufile (en nuisette, évidemment...) alors avec sa lampe torche jusqu'à l'appartement où l'attend une bien mauvaise surprise...chut chut !

Winner s'autorise un défilé de créatures toutes plus difformes les unes que les autres, des damnés dont une partie fut apparemment maquillée par le grand Dick Smith et l'autre est en réalité totalement authentique ! Le procédé n'est pas nouveau certes (les gueules cassées de 14-18 servant de morts-vivants dans "j'accuse" ou encore le mythique Freaks) mais fait son petit (ou grand, selon les spectateurs) effet, amplifiant le malaise de certaines scènes horrifiques.
Le travail de Smith ne s'arrête pourtant pas là, et on profitera de coups de couteaux d'une violence inouïe, d'un visage se fissurant sans plans de coupes, de poignets tranchés...
L'homme a cependant toujours posé un regard peu satisfait sur le résultat, en particulier sur ses effets gores, qu'il jugeait gratuits et plutôt vulgaires.
Bref, un spectacle de la grande époque pas très original mais redoutable et dérangeant : ça mérite bien un petit coup d'œil quand même ?








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