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Cold Rock, USA, petite ville minière en proie à la déliquescence, où de nombreux enfants ont disparu sans laisser de traces au fil des années. Chaque habitant semble avoir sa théorie sur le sujet, mais pour Julia (Jessica Biel), le médecin dans cette ville sinistrée, ce ne sont que des légendes urbaines (ou plutôt rurales vu les conditions). Une nuit, son jeune fils est enlevé sous ses yeux par un individu mystérieux. Elle se lance à sa poursuite.



En 2008, on avait laissé Pascal Laugier en proie avec ses colères dans le sulfureux «Martyrs», film qui avait divisé (histoire de manier l’euphémisme) les amateurs de productions horrifiques et provoquer la polémique que l’on sait avec ces messieurs les censeurs.
Traversant l’atlantique tel un Gérard d’Aboville sans les rames, le voilà aujourd’hui qui nous revient avec son troisième long-métrage «The tall man», traduit par le peu approprié (tiens revoilà l’euphémisme) «The secret».
En effet, quand c’est flou c’est qu’il y a un loup et quand l’on rebaptise un métrage pour le dénommer le secret, que fait le spectateur lambda dès que les premières images frappent sa rétine ? Hein, messieurs les as des marketings, que fait-il ?
On se retrouve après une petite capture...



Alors, messieurs, que fait donc le spectateur à qui vous avez soutiré une dizaine d’euros alors que la crise frappe à nos huis ?
Et bien, il fouille , il farfouille, il examine et explore, il scrute l’écran à la recherche du moindre indice lui permettant de le découvrir et même de l’anticiper. Cela gâche à l’évidence le suspens et le moment où celui-ci lui sera révélé. Zéro pointé donc messieurs z’et mesdames pour votre grotesque contribution créatrice. Que Dieu vous terrasse après vous avoir fait dévorer le foie par un animal aux dents acérés.

Quoi qu’il en soit, brisons tout de suite le supplice tantalien qui doit être le vôtre, amis et amies lecteurs. Oui, the tall man est un bon, voir un très bon film, qui aurait pu être excellent sans un dernier acte poussif et pas vraiment utile puisqu’il n’est qu’une explication de texte de tout ce qui précède. Volonté du réalisateur ou obligation face au public états-uniens qui aimerait , paraît-il, être tenu par la main et qui détesterait sortir d’un film sans avoir toutes les explications ? L’auteur de ces lignes se plaît à croire que c’est le second choix qui s’impose, même si cela reste dommageable.

Si the tall man est avant tout un film d’horreur mâtiné de fantastique qui n’ose dire son nom, il est aussi un long-métrage qui tourne son regarde vers la dissection d’un petit coin paumé de la grande Amérique. Redoutablement amer, pessimiste et cynique, il donne une vision saisissante de la société «white trash» en proie à la misère sociale et économique.



Trois actes pour un film qui se veut à la fois critique sociale de l’amercain way of life à la manière d’un Stephen King de la grande époque ou d’un Romero époque 70’s/80’s, regard acerbe (et croate ?) sur une petite communauté clone de la bourgade Lynchienne de Twin Peaks, mais aussi étude des légendes et de leurs pouvoirs sur les personnes.

Scénaristiquement, the tall man est très malin, brouillant les pistes à l’envie et pendant une bonne heure le spectateur ne saura pas vraiment sur quel pied il doit danser. A t’on droit à une enquête sur la disparition des enfants ? Celles-ci sont-elle le fait d’un pervers ou comme le laisse entendre la légende d’une créature venue de la forêt ? Est-ce donc l’histoire de cet homme grand et maléfique hommage appuyé au personnage joué par Angus Scrimm dans la série des «Phantasm» ? Ou bien est-ce une simple évocation d’un bourg remplis d’arriérés consanguins et superstitieux ? De l’histoire d’une femme qui recherche son gamin ?
Laugier déconstruit ainsi son intrigue en multipliant les sous intrigues qui , peut-être, se révéleront intrigue principale, mais chut ! c’est un secret bien sûr.
En attendant, il nous ressert quelques thèmes récurrents qui semblent hanter sa bref filmographie. La femme forte victime des autres, une violence qui sans aller jusqu’aux traumatisantes images de «Martyrs» reste sans concessions visuelles, une touche fantastique toujours présente en arrière plan, une vision de la société toujours pessimiste et un final aux allures de morale provocatrice. La Laugier’s touch ?

Techniquement, notre réalisateur s’avère à l’évidence ne pas être un de ces yes-man qui pullule dans le monde mystérieux d’Hollywood. On ressent tout du long qu’il y a véritablement quelqu’un derrière la caméra et que c’est lui qui imprime sa patte au métrage.
La mise en scène est léchée sans être trop voyante, la photographie est en accord avec le climat et les lieux de déshérence dans lesquels s’ébrouent les protagonistes.
La direction d’acteurs est également brillamment réussi avec notamment une Jessica Biel qui ne coule pas le film, mais qui au contraire réussit à donner corps (qu’elle a fort jolie) à son personnage.



Osant le retournement de situation tôt dans le film, le nouvel opus de Laugier risque bien de scotcher pas mal de spectateurs à son siège au moins pendant une grosse heure. The tall man n’est pas un film confortable à regarder, le climat y est malsain, l’ambiance délétère et le suspens robuste.
Du moins jusqu’à une dernière partie, la plus courte heureusement, qui comme déjà mentionné aurait pu être évité ou différente dans son approche.
Reste la morale finale qui, comme dans «Martyrs» d’ailleurs, pourra être jugée contestable par certains tant elle fait froid dans le dos (et tant elle semble crédible ?). Elle a tout du moins le mérite de ne pas mettre le spectateur dans une situation plaisante par son ambiguïté même, elle est même assez incroyable pour un film de studio qui d’habitude caresse toujours dans le sens du poil. Ici le poil risque de ne pas aimer du tout cette métaphore de la vision du bien et du mal vu par le prisme de certaines classes sociales.

Un grand film ? Il ne faut peut-être pas pousser, surtout qu’une seconde vision risque de ne plus avoir le même attrait scénaristique une fois les rouages connus, mais un très bon film (un des meilleurs de 2012) flippant, angoissant et adulte, aucun doute là-dessus.









Du même réalisateur :

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