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L'utilisation de l'énergie mana pour lutter contre l'invasion de Legion a considérablement affaibli la Terre. De nombreux œufs de Gyaos éclosent un peu partout dans le monde et les créatures commencent à proliférer. Gamera poursuit sa lutte contre ses ennemis héréditaires causant la mort de nombreuses personnes. L'armée est sur les dents et l'opinion publique se retourne contre Gamera. Une jeune fille voulant se venger de Gamera qui a tué ses parents découvre dans une grotte une étrange créature qu'elle baptise Iris...



Avec ce "Revenge of Iris", Shusuke Kaneko vient terminer ce qui est dorénavant connu comme la trilogie Heisei de Gamera. Trois films qui ont révolutionné le kaiju eiga, autant sur ses thématiques que sur sa forme. Trois films qui, au moment où godzilla traverse l'Atlantique, ravivent l'interêt du Japon pour le film de monstres et imposent Gamera comme la nouvelle figure majeure du genre. Trois films bien souvent considérés comme le sommet du genre. Après avoir parlé de "Gamera Guardian of the Universe" et de "Gamera 2 - Attack of Legion", attaquons nous donc au dernier volet.



Suite directe des deux épisodes précédents, le film nous montre les conséquences de la lutte entre Gamera et les Gyaos puis Legion: un pays toujours marqué par les destructions causées par ces batailles, dont la population garde souvent un souvenir négatif, beaucoup de familles ayant été endeuillées lors des combats titanesques des monstres. Ce sera d'ailleurs le point de départ du film, qui va se développer autour du personnage d'Ayana Hirasaka, jouée par Ai Maeda (notamment apparue dans le rôle de la fille du professeur Kitano dans "Battle Royale 2: Requiem"). Ce personnage, comme nous l'expliquera un cauchemar en forme de flash-back, a perdu ses parents au cours de l'affrontement entre Gamera et Gyaos dans le premier film, et voue donc envers la tortue une profonde haine. Une haine que vont vite partager de nombreux japonais, notamment après une bataille apocalyptique dans le quartier de Shibuya, à Tokyo, en pleine heure de pointe. Occupé à lutter contre les Gyaos, le Gardien de l'Univers ne se soucie guère des victimes collatérales dans sa volonté de détruire ses ennemis. Ce sont ainsi des centaines de personnes qui périront, dans un désastre qui fera la une de tous les médias. Kaneko multiplie dans cette scène les intéractions monstres/humains, montrant la bataille du point de vue des spectateurs présents sur les lieux et multipliant l'action en arrière plan. Il pousse même le vice jusqu'à narguer le concurrent Godzillesque en parodiant l'un des plans signatures d' "Independance Day" de Emmerich ("coupable" aux yeux des japonais du remake de "Godzilla"): un mur de feu s'avance dans les rues, emportant avec lui des humains, contre des voitures dans le blockbuster américain.

Si l'ambiguïté sur la nature protectrice ou destructrice de Gamera était déja présente dans les deux films précédents, elle prend une autre dimension avec ce passage, le monstre devenant, malgré le fait d'avoir plusieurs fois sauvé la Terre, une menace contre laquelle il faut lutter. Et c'est ce sentiment de haine envers la tortue qui va créer son nouvel ennemi. En effet, Ayana Hirasaka découvre une étrange créature, qu'elle va élever et à qui elle transmettra cette envie de vengeance. Iris, puisque c'est le nom qu'elle lui donne, a d'abord l'apparence docile d'une jeune créature fragile et craintive, mais va rapidement grandir jusqu'à devenir un monstre gigantesque. Semblant être tiré tout droit de certains jeux vidéo (on pourra par exemple penser à certaines créatures des Final Fantasy), tentaculaire, vampirique et destructeur,il s'agit à l'heure actuelle d'une des plus belles créations du kaiju eiga. Lié à Ayana, il cherchera à fusionner avec elle, notamment le temps d'une magnifique scène dans la forêt. Une menace qui mettra une nouvelle fois à mal la tortue géante, dont le look a une nouvelle fois été repensé pour coller à son image destructrice, dans un combat final dantesque commençant dans les airs et se terminant dans la gare gigantesque de Kyoto. Empalements, amputation, effusions de sang, organes arrachés, explosion, projections...le combat ne fait vraiment pas dans la dantelle et est terriblement violent, plus encore que le combat final contre Legion.



A côté de cette brutalité et de cette thématique autour de l'ambiguïté de Gamera, ce qui va vraiment distinguer "Gamera 3: revenge of iris" des kaiju eiga habituels, c'est le fait que Kaneko va entièrement plonger le film dans une atmosphère mystique et poétique, déja esquissée dans Guardian of the Universe. On est ainsi très loin d'un film de monstres basique (ce qui lui sera d'ailleurs reproché par les plus conservateurs), le métrage explorant des voies jusqu'alors ignorée. On reprend ainsi de manière plus frontale les allusions mythologiques, on pousse les liens mystiques entre monstres et humanité à son paroxysme, et on nous offre même certains passages oniriques totalement inattendus dans ce type de film, comme pour les fusions entre Ayana et Iris. Ce mysticisme ralentira largement le rythme pendant une bonne partie du film, et pourra certainement en rebuter certains. Mais personnellement, le fait d'explorer une voie si originale dans un kaiju eiga est vraiment un bonheur. Les éléments des différents films s'imbriquent, le film utilisant notamment l'explication de la baisse de l'énergie Mana (l'énergie de la planète) suite aux différents combats de Gamera pour expliquer l'apparition soudaine partout dans le monde de nombreux Gyaos. Tout le film, deux personnages étaleront théorie sur théorie, l'une étant plutôt optimiste et l'autre totalement nihiliste, imaginant la fin (méritée selon lui) de l'humanité. Deux personnages un peu trop loufoques par moment et qu'on croirait sortis d'un manga, que l'on retrouve aux côté des principaux personnages de la saga: Shinobu Nakayama reprend le rôle de Mayumi Nagamine qu'elle tenait dans Gamera 1, l'inspecteur Osako (Yukijiro Hotaru) reprend une place un plus conséquente, et Ayako Fujitani (tellement plus mignonne avec les cheveux mi-longs) interprête une troisième fois Asagi Kusanagi, la fille liée spirituellement à Gamera.



Enfin, Shusuke Kaneko soigne particulièrement sa réalisation. Toujours aussi soucieux de mettre en valeur le gigantisme des monstres, il les filme une nouvelle fois du sol, ou met en relation les créatures avec les humains, notamment avec un plan de la tête de Gamera vue de l'intérieur d'un restaurant. On notera également les magnifiques séquences mettant en scène Iris, notamment dans les fameuses scènes de fusion ou pendant une course poursuite au dessus des nuages. Gamera ne sera pas en reste, notamment à la fin du film, avançant sous la pluie et au milieu des flammes dans Kyoto en ruines. Enfin, l'une des dernières images du film, montrant des centaines de Gyaos se dirigeant vers Gamera est à couper le souffle, et laissait entrevoir des possibilités immense pour une suite des aventures de la tortue géante. Apparemment, ce combat sera développé dans un film non officiel et pratiquement introuvable réalisé par un fan, et nommé "Gamera 4: Truth". La saga officielle reprendra quant à elle en 2006, sans Shusuke Kaneko, avec "Gamera the Brave", revenant à une vision mélant légéreté enfantine et sérieux.