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LES LOUPS-GAROUS AU CINEMA PARTIE 1 , un dossier de Stéphane Erbisti

Le loup-garou. Un mythe très présent dans le cinéma fantastique, à l’instar de ses compatriotes le vampire, la momie ou la créature de Frankenstein.

Mais tout mythe a une base réelle. Celui du loup-garou vient probablement du Moyen-Âge, même si on a découvert des dessins préhistoriques représentant des êtres mi-hommes, mi-loups. Le loup a toujours représenté une menace pour l’homme, encore de nos jours. Et même si Romulus et Remus ont été secourus par une louve, cet animal n’inspire guère la confiance chez les hommes.

Vers la fin du 16ème siècle, on rapporte l’histoire d’un loup affamé qui semait la terreur dans une région allemande. Ce loup tuait des hommes, des femmes et des enfants en les éventrant et les dévorant. Suite à de nombreuses battues, on parvint à capturer la bête sauvage, qui n’en était pas une. En effet, il s’agissait d’un homme nommé Peter Stubbe. On découvrit que Stubbe avait même mutilé son propre fils et lui avait mangé le cerveau. Pour sa défense, il raconta qu’il se transformait en monstre lorsqu’il mettait à sa taille une ceinture offerte par le Diable. Il fut condamné en tant que "loup-garou" et mis à mort sur la Grande Place de Bedbourg.

Par la suite, on accusa les sorciers de se transformer en loup la nuit afin de chasser leurs proies. Ce qui entraîna une vague d’accusations sans fondement, où les accusés étaient condamnés au bûcher par le Christianisme, la transformation de l’homme en loup étant considérée comme l’œuvre du démon. On compte environ 100 000 personnes emmenées au bûcher sur l’accusation d’être un loup-garou en France et en Allemagne entre 1500 et 1700. En France, on a vent de tels agissements entre 1589 et 1610. On peut également citer le cas de Jacques Rollet, qui vivait dans le département de la Loire, et qui fut accusé en 1598 d’avoir dévoré un enfant. Il avoua de nombreux autres crimes et fut condamné à mort. Mais il fut en fait déclaré fou et enfermé à vie. Un changement notable qui conduira par la suite à faire évoluer cette légende de l’homme loup vers la maladie mentale, qu’on qualifia de lycanthropie. Cette aliénation mentale fait croire au malade qu’il est un loup, il hurle à la lune, se sert de ses ongles comme des griffes, et marche à quatre pattes. Certaines personnes, atteinte d'une maladie augmentant considérablement leur pilosité furent également considérées comme des loups-garous et ils firent la joie des forains qui géraient des "freaks".

  

photos de personnes ayant une pilosité abondante

Au fil du temps, la légende du loup-garou évolua. On lui administra une peau résistante à l’épreuve des balles, puis on donna à l’argent le pouvoir de le détruire. L’état de loup-garou devient une malédiction, qui se propage par morsure. L’homme mordu prend conscience de son état quand il est "humain" mais ne peut pas lutter contre. Comme la créature de Frankenstein, le loup-garou est une victime en quelque sorte, un être qui n’est pas mauvais au fond de lui.

Un tel être, une telle créature habitée par cette dualité du bien et du mal ne pouvait décemment ne pas attirer les réalisateurs de films. Ce fut chose faite dès 1913 avec un film nommé "the werewolf", basé sur une légende indienne, racontant la vengeance de Watuma, jeune femme sortant de sa tombe métamorphosée en louve, afin de tuer les personnes responsables de la mort de son amant. Un loup-garou mort vivant, et de sexe féminin ! Ca démarre fort ! Second film traitant de ce mythe, "the white hunter" en 1914, également basé sur une légende indienne, racontant les aventures d’un guerrier se métamorphosant en loup blanc la nuit. Bien sûr, aucune scène de transformation n’est présente à l’écran, on se contente de filmer des loups. On pourra également citer un film français, baptisé "le loup-garou (1923)". Et puis, plus rien. Plus rien jusqu’en 1935, date à laquelle on verra le premier vrai film de loup-garou, du bien sûr à la fameuse firme Universal, mère de tous les monstres classiques du cinéma.

LE MONSTRE DEBARQUE SUR LES ECRANS !

 

Stuart Walker se voit confier la réalisation du film "le monstre de londres", en 1935 donc. Le film présente de nombreux éléments qui seront repris par la suite dans d’autres films de loups-garous (transmission de la malédiction par morsure, loup-garou abattu par une balle, bien que celle-ci ne soit pas encore en argent, détresse du personnage qui a conscience de sa nouvelle nature…) mais également des curiosités comme la découverte d’une plante tibétaine permettant au loup-garou de ne pas se transformer par exemple. Historiquement parlant, on peut dire que les acteurs Henry Hull et Warner Oland sont les deux premiers loups-garous de l’histoire du cinéma. Les maquillages ont été confiés au talentueux Jack Pierce, déjà responsable de la transformation de Boris Karloff pour son rôle de la créature de Frankenstein, ainsi qu’à John P. Fulton, le responsable des effets speciaux. La transformation en loup-garou se décompose étape par étape avec des fondus enchaînés, avec ajout de poils et de prothèses sur le visage de l’acteur. Un procédé simple mais efficace, qui servira à de nombreuses reprises jusqu’à la révolution des années 80.

   

   

La transformation du Monstre de Londres

Le film de Walker pose donc des bases solides pour l’avenir du loup-garou au cinéma et même si le film n’est pas entièrement baigné dans l’épouvante (il y a de nombreux éléments comiques dedans), il n’en reste pas moins fort sympathique à regarder.
Il faudra ensuite attendre 1941 pour que ce nouveau monstre du bestiaire du cinéma fantastique fasse sa réapparition. C’est encore à la Universal qu’on le doit, avec l’excellent film de George Waggner, sobrement intitulé : "le loup-garou". Le personnage principal du film, Larry Talbot, est interprété par le fils du plus grand acteur muet qui a existé. C’est en effet à Lon Chaney Jr. que revient l’honneur d’être le nouveau loup-garou de la firme. Sa prestation fut d’ailleurs fort remarquée puisque son personnage reviendra de nombreuses fois dans d’autres films de la Universal.

 

LARRY TALBOT OU LA MALEDICTION DU LOUP-GAROU

Dans "le loup-garou" de Waggner, Larry Talbot revient au Pays de Galles après une longue période d’absence, où il retrouve son père suite à la mort de son frère. Aux alentours du village vivent de nombreux tziganes qui croient à la légende du loup-garou. Un soir, Talbot prend la défense d’une femme attaquée par un énorme loup. Il parvient à le tuer à coups de canne mais se fait mordre. Le lendemain, le corps du loup a laissé place à un corps humain, celui d’un bohémien (joué par Bela Lugosi). La mère du tzigane apprend à Talbot que son fils était un loup-garou et que la morsure va le transformer lui aussi en monstre. La phrase est d’ailleurs prononcée très solennellement : "toute personne qui est mordue par un loup-garou et survit deviendra à son tour un loup-garou". Talbot n’en croit rien mais un soir de pleine lune, il se transforme à son tour en loup-garou et tue sa première victime…

 

C’est un très beau film que nous livre Waggner, qui rejoint haut la main le "dracula" de Browning ou le "frankenstein" de Whale. La photographie est somptueuse, certaines scènes sont très poétiques (le final dans la forêt baignée dans la brume) et Lon Chaney est vraiment convaincant dans son rôle. On retrouve de nombreux éléments du film de 1935 (contamination par morsure, rôle de la Lune…) mais tout est ici sublimé, avec l’apport de nouveauté comme le fait que le loup-garou à l’état d’humain voie un pentagramme apparaître dans la paume de ses futures victimes. Les effets de transformation sont encore dus au duo gagnant de la Universal. Cette fois, Jack Pierce a amélioré son travail et son loup-garou est superbe. Plus velu, il apparaît bien plus agressif et bestial que "le monstre de londres". Les étapes de la métamorphose sont toujours amenées image par image, dans de jolis fondus enchaînés.

   

Lon Chaney devient le loup-garou

L’un des points qui est également accentué est la détresse du personnage, conscient de sa condition de monstre, et totalement anéanti quand il apprend qu’il a tué une victime innocente. Un peu sous-estimé par rapport aux autres films de la Universal, "le loup-garou" est pourtant bien un classique, et représente une étape importante dans la filmographie du loup-garou au cinéma.

   

Jack Pierce à l'oeuvre et le résultat final

Malgré le fait que Larry Talbot se soit fait tuer à la fin du film de George Waggner, il réapparaît en pleine forme deux ans plus tard dans "frankenstein rencontre le loup-garou" de Roy William Mc Neill. C’est la loi des films de série, oublier la fin de l’œuvre précédente pour permettre de réutiliser le personnage…
On notera d’ailleurs que le personnage du loup-garou chez la Universal n’a jamais eu le même traitement de faveur que les autres monstres du studio : à part les films de 35 et 41, le loup-garou n’a plus jamais eu le rôle principal mais se retrouva toujours associé à d’autres monstres. Dans le film qui nous intéresse ici, c’est à la créature de Frankenstein.

 

Après avoir été sorti de sa tombe par deux détrousseurs de cadavres, Larry Talbot se retrouve dans un hôpital mais la pleine lune le pousse à nouveau à s’attaquer à des innocents. Il part alors retrouver la tzigane dont le fils est responsable de sa malédiction pour qu’elle l’aide à la vaincre. Elle l’emmène au château du docteur Frankenstein pour tenter de le guérir mais le docteur est mort. En cherchant dans le château, Larry Talbot découvre le monstre de Frankenstein congelé dans un bloc de glace. Sans traitement, Talbot redeviendra loup-garou et affrontera lors du final la créature de Frankenstein (jouée par Bela Lugosi) revenue également à la vie. Au niveau effets speciaux, rien de nouveau, même look pour le loup-garou et même méthode d’image par image pour la métamorphose.

   

   

Pauvre Lon Chaney, toujours sous l'emprise de sa malédiction

On appréciera toujours la bonne composition de Lon Chaney Jr., qui reviendra l’année suivante dans "la maison de frankenstein", en 1944 donc.

 

Réalisé par Erle C. Kenton, le film réunit trois monstres dans un seul film, Dracula étant présent cette fois-ci. Néanmoins, ils ne seront jamais réunis ensemble, chacun apparaissant à tour de rôle, réanimé par un savant fou (Boris Karloff) qui veut se venger de ceux qui l’ont envoyé en prison. On serait presque à la limite du film à sketches. La séquence avec le loup-garou est très bonne, et encore une fois assez poétique, puisque Talbot se fera abattre par une jeune fille dont il est tombé amoureux, avec une balle d’argent, après l’avoir sauvagement attaquée.

   

  

House of Frankenstein - 1944

Malgré ses nombreuses morts, notre Larry Talbot sera encore de la partie dans le film suivant, "la maison de dracula" en 1945, toujours réalisé par Kenton. Le personnage vient demander à nouveau à un savant (fou bien évidemment) un remède contre la lycanthropie. Celui-ci va enfin réussir à guérir Talbot de sa malédiction. Le film présentera même le loup-garou comme un héros puisque c’est lui qui mettra fin aux agissements du savant, transformé en sorte de Mister Hyde suite à ses expériences.

On aurait pu penser qu’on ne reverrait donc plus le personnage de Larry Talbot. Et pourtant, Lon Chaney Jr reprit pour une ultime fois son rôle de loup-garou en 1948 dans "deux nigauds contre frankenstein", parodie d’épouvante avec le célèbre duo comique Bud Abbott et Lou Costello. Malgré qu’il s’agisse ici d’une comédie fantastique, le traitement des monstres est très respectueux et la métamorphose de Chaney toujours traitée avec soin. Dracula (à nouveau joué par Bela Lugosi) et la créature de Frankenstein sont également de la partie. Larry Talbot apparaît encore comme un héros puisqu’il se sacrifie pour sa bien-aimée et pour les deux nigauds, entraînant avec lui dans une chute mortelle le Comte Dracula.

  

Quand le loup-garou aide les deux nigauds...

Le film est un vrai régal d’humour et de comédie. Il achève la collaboration entre la Universal et le personnage du loup-garou, personnage ayant hissé Lon Chaney Jr au panthéon des stars de l’épouvante. La vie de Larry Talbot ne fut donc pas très amusante, puisque contrairement aux autres créatures, il n’a jamais accepté sa condition de monstre lunaire, cherchant toujours à trouver un remède à la malédiction, cherchant également l’amour, qui lui sera refusé de par sa condition de loup-garou. Un destin tragique en somme…

IL N’Y A PAS EU QUE LARRY TALBOT…

Entre temps, d’autres films ont utilisé le personnage du loup-garou. On pourra citer deux films de 1942 par exemple. Tout d’abord "the mad monster" de Sam Newfield, qui s’éloigne un peu de la lycanthropie classique puisque dans ce film, le monstre poilu est créé scientifiquement par un médecin fou. Cette même année, on verra également "the undying monster" de John Brahm, qui nous présente lui un vrai loup-garou, terrorisant une famille britannique victime d’une ancienne malédiction.

 

Même la France réalisera son "werewolf movie" avec "le loup de malveneur" de Guillaume Radot. En 1943, Bela Lugosi jouait le rôle d’un vampire, ayant pour serviteur un loup-garou dans "return of the vampire" de Lew Landers. Le maquillage dans ce film évolue vers un côté encore plus bestial et sauvage, avec oreilles pointues et proéminentes, dents acérées et mains griffues. Mais le personnage de loup-garou ne sert que de faire-valoir au vampire et il est donc relégué au second plan.

1944 verra l’apparition d’un loup-garou féminin dans "la fille du loup-garou" d’Henry Levin, jouant plus sur le suggestif que les autres films du genre. Point de métamorphose dans ce film, mis à part les mains devenant des pattes griffues. Un film à petit budget pas inintéressant, misant plus sur l’ambiance que sur les effets speciaux.

Cette même année, le trio comique des Trois Stooges rencontrera également le loup-garou dans le court-métrage "idle roomers".

En 1945, la Universal réalisa un film au titre mensonger, puisqu’il n’y a point de loup-garou dans "she wolf of london" mais un tueur utilisant des griffes d’acier pour commettre ses méfaits et faire accuser une jeune femme de lycanthropie.

Après le film "deux nigauds contre frankenstein" en 48, il faudra attendre 1953 pour voir réapparaître notre monstre. Tout d’abord dans un film égyptien, "haram alek", parodie de films d’épouvante dans le style de ceux de la Universal, réunissant plusieurs monstres.

Beaucoup plus intéressant sera "the werewolf" de Fred S. Sears, réalisé en 1956. Réalisateur de "les soucoupes volantes attaquent", Sears inclura la science-fiction au thème du loup-garou dans son film. En effet, notre monstre provient des expériences d’un savant désirant créer un être capable de résister à des explosions nucléaires. Le maquillage est assez réussi je trouve, le côté animal étant bien représenté.

 

 

Un loup-garou au look sympa dans le film "the werewolf"

Savant toujours dans "i was a teenage werewolf" de Gene Fowler Jr., qui nous présente un tout jeune Michael London en 57, qui deviendra beaucoup plus célèbre en jouant dans des séries télévisées comme Bonanza ou La Petite Maison dans la Prairie. Le jeune étudiant, soumis à une séance d’hypnose régressive, va donc devenir un homme loup et faire quelques victimes. J’aime beaucoup ce petit film fort sympathique, et le loup-garou a vraiment une bonne tête ! Un avant "teen wolf" en quelque sorte…

 

 

Vous le reconnaissez ? C'est bien Michael London, alias Charles Ingalls !

Les Etats-Unis n’ont pas le monopole sur le personnage. En 1958, le Mexique nous livre "el castillo de los monstruos", voulant surfer sur la vague des films parodiques de la Universal. Tous les monstres sont au rendez-vous : le vampire, la créature de Frankenstein, le loup-garou, la momie et même Quasimodo ! Apparemment, le film serait un quasi remake de "deux nigauds contre frankenstein".

 

L’année suivante verra apparaître "la casa del terror", réunissant le loup-garou et la momie dans un scénario rocambolesque ! Un professeur tient un musée de cire dont les mannequins sont de vrais cadavres enduits de cire. Il vole une momie et expérimente sur elle sa nouvelle machine devant faire ressusciter les morts. Celle-ci revient à la vie et se transforme subitement en loup-garou, ce qu’elle était lorsqu’elle était vivante…

Le principal intérêt du film, outre le scénario délirant, est que le réalisateur mexicain Gilberto Martinez Solares a fait appel à Lon Chaney Jr pour jouer les deux monstres, qu’il avait jadis interprétés pour la Universal. Son maquillage de loup-garou ressemble d’ailleurs fortement à celui que Jack Pierce lui avait confectionné. Ce film est également connu sous le titre américanisé "face of the screaming werewolf".

Entre ces deux films mexicains, les Etats-Unis nous avaient livré en 1958 un autre film au scénario exubérant, le "how to make a monster" d’Herbert Strock, situé dans le milieu des maquilleurs de cinéma. L’un deux, se retrouvant au chômage à cause du studio qui ne veut plus réaliser de films d’épouvante, se venge en incorporant un mystérieux poison au maquillage des deux acteurs de son dernier film. Ceux-ci se transforment alors réellement en créature de Frankenstein et en loup-garou… Une idée très originale et ingénieuse, mais la faiblesse du budget ne permet pas d’avoir un film très réussi, les maquillages étant assez "spéciaux". Je lui trouve néanmoins un certain charme, qui vient justement de ces maquillages étranges et outranciers.

 

L’Italie n’est pas en reste puisque débarque en 1961 un "lycanthropus", aussi appelé "le monstre aux filles" ou "werewolf in a girls dormitory". L’histoire se déroule dans un pensionnat de jeunes filles, où celles-ci sont la proie d’un loup-garou. Les meurtres sont assez bien rendus, de même que le maquillage du monstre.

 

Mais ce thème n’a pas vraiment inspiré les Italiens, qui n’utiliseront que très peu le personnage du loup-garou par la suite.

C’est en Angleterre qu’il faut aller chercher le renouveau du mythe, avec un film de la célèbre Hammer, réalisé également en 1961 par le génial Terence Fisher, "la nuit du loup-garou". C’était la première fois que ce monstre intéressait la firme anglaise, et bien lui en prit. Le film est l’un de ses meilleurs et pour la première fois, nous allons voir un loup-garou en Technicolor.

 

Fisher dépoussière le genre dès l’introduction du film, puisqu’il nous présente ce que les autres films n’ont jamais évoqué : la naissance du premier loup-garou. En effet, dans les autres productions antérieures, le personnage devenait loup-garou après avoir été mordu par un autre loup-garou. Mais cet autre loup-garou, comment l’est-il devenu ? Situé en Espagne, le film de Fisher nous raconte donc la mésaventure d’un mendiant se rendant au château d’un cruel marquis alors que celui-ci fête son mariage. Le marquis fera du mendiant une source de moquerie et le jettera dans ses cachots. Celui-ci, abandonné de tous, deviendra au fil du temps plus une bête qu’un humain, mangeant sa nourriture tel un animal, voyant son corps et son visage recouverts de poils, d’une longue barbe et d’une chevelure hirsute. Devenu vieux, le marquis tente de courtiser une jeune servante muette mais devant son refus, il l’a fait enfermer dans ses prisons. Elle se retrouve avec le vieux mendiant qui abuse d’elle avant de mourir. Parvenant à s’échapper, et après avoir assassiné le marquis, elle est recueillie par Don Alfredo. Elle mourra en mettant au monde un petit garçon, Leon, que Don Alfredo adoptera. Mais Leon n’est pas un garçon comme les autres. Dès que la Lune inonde le ciel de sa clarté, il est pris de crise d’hystérie. Devenu adulte, le mal qui le ronge sera de plus en plus présent, et il en aura conscience, se faisant enfermer pour ne pas tuer d’innocentes victimes. Mais sa force se trouve décuplée par ses crises de lycanthropie et les portes ne lui résistent guère…
C’est Oliver Reed qui joue le rôle de Leon adulte, et l’acteur est impeccable. On ressent vraiment sa culpabilité et son effroi face à la malédiction qui le ronge. C’est le maquilleur Roy Ashton qui le transformera en loup-garou, et nous verrons pour la première fois également son torse entièrement recouvert de poils, lui conférant un aspect encore plus bestial.

   

   

La nuit du loup-garou de Terence Fisher

Fisher attendra quasiment la fin du film pour nous montrer les étapes de la transformation, toujours en plan par plan. Ashton a réussi un très beau maquillage, sous lequel on reconnaît encore l’acteur, lui permettant d’avoir des expressions et de "jouer" encore. Bref, un excellent film qui mérite d’être revu et qui permet à Fisher de continuer son travail d’actualisation des grands mythes du fantastique après Dracula et Frankenstein.

Le loup-garou sera présent en 1962 dans la comédie fantastique sexy "house on bare mountain", film servant de prétexte à montrer des filles fortes peu vêtues en train de danser.

Retour au Mexique en 1963 où notre homme loup va se mesurer au catcheur Santo dans "santo en el museo de cera", qui, comme son titre l’indique, se déroule dans un musée de cire, où un savant (fou, oui on sait…) redonne vie à des statues de cire, dont l’une est celle d’un loup-garou.

 

Citons un film méconnu réalisé en 1964, "devil wolf of shadow mountain", qui mixait western et film de loup-garou. Le péplum italien se servit également du personnage dans "la terreur des kirghizes" d’Antonio Margheriti où un monstre transforme les hommes en loups-garous.

L’Angleterre utilisera à nouveau le loup-garou dans l’un des sketches du film "le train des epouvantes" mais malheureusement, on ne le verra guère, mis à part ses mains griffues. Dommage car la réalisation de ce segment était de bonne qualité.

Lon Chaney Jr. se retrouve dans une production mettant en scène un loup-garou en 1965, mais ce n’est pas lui qui joue le rôle. Dans "blood of the man-devil", Chaney interprète un méchant personnage, capable de transformer en loup-garou un membre de sa famille. Son frère, joué par David Carradine, mettra fin à ses agissements. Je n’ai pas vu ce film mais le maquillage du loup-garou serait plutôt mauvais. A noter que ce film ne fut distribué que dix ans après sa réalisation.

Le Mexique encore nous délivrera en 1966 un "el charro de las calaveras" mélangeant vampires, loups-garous et cavaliers sans tête, pour un film inédit chez nous.

En 67, le loup-garou sera présent sous la forme de marionnette dans "mad monster party", film ovni avec la voix off de Karloff et tous les monstres du bestiaire fantastique également en marionnettes.

Santo et son compagnon Blue Demon affronteront à nouveau de nombreux monstres, dont le loup-garou, dans "santo y blue demon contra los monstruos", un des meilleurs de la série du catcheur masqué.

Après les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Italie et le Mexique, c’est au tour de l’Espagne de devenir terre d’accueil du loup-garou et de faire d’un acteur une star de l’épouvante. Paul Naschy va devenir LE loup-garou espagnol dans de nombreux films (neuf pour être exact !). Le premier de la série, datant de 1968, sera "la marca del hombre lobo", intitulé idiotement chez nous "les vampires du docteur dracula", réalisé par Enrique Lopez Eguiluz. A l’origine, ce film fut tourné en 3D. Paul Naschy, qui fut également scénariste et réalisateur, devient le Lon Chaney Jr. espagnol. En effet, son personnage, baptisé Waldemar Daninsky, réapparaîtra dans tous les autres films de genre, comme le Larry Talbot chez la Universal…

A SUIVRE…