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L’inspecteur Eddie Argo et sa nouvelle partenaire Helen Westcott sont chargés d’élucider une série de meurtres et d’agressions dans lesquels les victimes sont retrouvées mutilées, certaines ayant l’équation "W Delta Z" gravée dans leur chair. La progression de l’enquête va mener Eddie Argo à replonger dans une ancienne et sordide affaire de viol et de mutilation commise par les membres d’un gang local. Les deux agents vont également s’apercevoir que chaque victime a dû faire un choix cruel : mourir ou laisser mourir un de leurs proches pour rester en vie…



Décidemment, l’Angleterre ne cesse de nous envoyer de très bons films ces derniers temps et ce n’est pas l’amateur éclairé qui s’en plaindra. Cette fois, c’est dans le thriller sombre que nos confrères anglais s’illustrent de bien belle manière, avec cette production datant de 2007 qui n’aurait pas démérité d’une sortie sur grand écran, tant elle possède des qualités.
Dans le genre du thriller glauque et oppressant, les maîtres étalons restent encore aujourd’hui le "Seven" de David Fincher, "Le Silence des Agneaux" de Jonathan Demme et le "Saw" de James Wang. A ce triptyque peut désormais être rajouté "W Delta Z" de Tom Shankland, qui sort en DVD dans notre pays sous son titre de travail "WAZ", le symbole triangulaire du Delta pouvant visuellement signifier la lettre A.

D’ailleurs, l’ambiance du film ainsi que certaines séquences ne seront pas sans nous rappeler les métrages de Fincher et Wang. Des influences très claires (le réalisateur s'en défendant et clamant que le scénario a été écrit bien avant celui de "Saw") mais qui ne viennent pas faire passer le film pour une simple copie d’un élève doué, bien au contraire, et participent pleinement à faire que l’on ressort vraiment conquis à la fin du générique.



Bien souvent dans les thrillers, on a un duo qui fait fonctionner le film. WAZ ne déroge pas à cette règle et le film nous présente un inspecteur qui a déjà bien bourlingué devant faire équipe avec une nouvelle recrue. Un schéma assez classique mais qui permet d’emmener le spectateur en terrain connu pour mieux le surprendre par la suite. L’inspecteur Eddie Argo est interprété par Stellan Skarsgard, acteur suédois qu’on a vu à maintes reprises dans des films comme "Peur Bleue", "Pirates des Caraïbes 2 et 3" ou "L’Exorciste : le commencement" par exemple. Sa jeune collègue, Helen Westcott, est incarnée par la jolie blondinette Melissa George, vue dans "30 jours de nuit", "Amityville 2005" ou "Paradise Lost".

Les relations entre ces deux personnages sont très bien développées, le réalisateur s’attardant sur la psychologie de ses protagonistes et la mettant en avant. On a bien sûr droit aux petits clichés traditionnels comme dans la scène où Helen doit aller interroger seule les membres d’un gang plutôt peu accueillant, sorte d’examen de passage que lui fait subir Eddie. Evidemment, ce dernier interviendra quand la situation commencera à sentir mauvais pour sa coéquipière. On découvre qu’Eddie semble avoir réussi à imposer un certain respect aux membres du gang puisque dès son arrivée, plus un ne bronche. L’inspecteur aurait-il abusé de méthodes dignes de l’inspecteur Harry auparavant ? Plus le film avance et plus les zones d’ombre sur ce personnage deviennent importantes. Quel secret cache-t-il ? Des interrogations qu’on ne peut s’empêcher de se poser tant on devient vite certain que le mobile du tueur, voir son identité, n’est pas inconnu de l’inspecteur. Il en va de même pour ses collègues policiers, certaines de leurs réflexions ou certains comportements s’avérant pour le moins étranges.

L’identité du tueur nous sera d’ailleurs révélée dès la moitié du film sans que cela vienne gâcher le suspense, bien au contraire. Car l’enjeu, le but de WAZ n’est pas de nous faire deviner qui est le coupable. Le réalisateur et le scénariste ont d’autres ambitions, et l’équation w delta z n’est pas anodine, puisqu'elle traite du gène égoïste présent chez les animaux mais aussi chez les humains, théorie démontrée par le généticien George Price en 1964, qui, avec cette formule qu'il a lui même créé, démontra l'absence d'altruisme chez les animaux.



Baignant dans un climat sombre et violent, le film nous amène en effet à réfléchir sur nous-mêmes, et sur les limites qu’on s’imposerait ou qu’on ne s’imposerait pas par amour. Le niveau ultime étant bien sûr d’accepter de mourir par amour, pour sauver l’autre de la mort. Cette théorie implacable va servir de moteur au tueur, qui va s’amuser à concocter un petit jeu bien vicieux pour ses victimes (c’est là qu’on retrouve un peu l’esprit frappadingue du tueur de la saga "Saw") en les mettant face à eux-mêmes : jusqu’où seront-ils prêts à supporter la douleur, voir à mourir, pour sauver un être qui leur est cher ? Une mère se sacrifiera-t-elle pour sauver son tout jeune enfant ? Un truand se sacrifiera-t-il pour sauver sa grand-mère, seule personne lui ayant donné de l’affection ? Un autre acceptera-t-il de mourir pour sauver sa compagne enceinte de lui ?

Un jeu certes cruel, dont la violence n’est pas toujours placée hors champ par le réalisateur, qui voulait justement se démarquer de "Saw" en restant plus dans le suggestif, mais certaines fois montrée de façon bien démonstrative, et le moins que l’on puisse dire, c’est que certaines séquences font mal ! Pas de fioritures, pas de retenu, Tom Shankland va au bout de son sujet, de son idée et n’aseptise pas ses images et son propos pour rester dans "la morale". Bien sûr, quand on connaîtra le passé du tueur, on pourra comprendre ses actes, bien que se faire justice soi-même, et de cette manière, n’est pas franchement pardonnable.



WAZ se révèle être au final un thriller angoissant, oppressant, très sombre, qui devrait donner grande satisfaction aux amateurs du genre. Tout le film est baigné dans la pénombre, dans des teintes grisâtres et peu lumineuses, renforçant le côté glauque de l’ambiance générale. Les rues sont sales, les quartiers malfamés, la délinquance et la violence règnent en maîtres, bref, on n’a pas vraiment envie d’aller fréquenter les décors du film. Les acteurs s’en sortent vraiment bien, avec un léger bémol pour Melissa George qui est un peu transparente parfois face à son collègue, très charismatique et parfait dans son rôle de flic un peu bourru mais pas dénué d'émotions. La violence visuelle est bien présente, et couplée avec le sujet du film qui mène à réflexion, elle achève de donner à WAZ un petit parfum de "reviens-y". Il y a des films dont on sait qu’ils ne retourneront pas une seconde fois dans notre lecteur DVD, WAZ ne fait définitivement pas partie de ceux-là…








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