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1943. L’Allemagne nazie subit quelques défaites importantes et les hommes d’Hitler s’enfoncent dans le défaitisme, certains allant même jusqu’à comploter contre leur Fürher. Utilisant une brillante idée d’un major nazi, Hitler décide d’envoyer un train occupé par des prostituées afin de redonner la joie de vivre aux officiers et aux soldats présents sur le front. Pour diriger le train, les officiers nomment l’impitoyable Elsa Ackermann au grade de colonelle SS et lui confie la mission de découvrir qui complote contre Hitler. Après avoir choisi elle-même les filles de joie qui l’accompagneront dans cette tâche, Elsa démarre sa mission et n’hésite pas à exécuter les nombreux traîtres qui se confient innocemment aux différentes filles présentes dans le train de l’amour et de la mort…



Pour qui ne le saurait pas, la firme Eurociné est l’une des plus anciennes sociétés de production de films en France, qui débuta sa carrière en 1947, sous l’impulsion du fils de forain Marius Lesoeur. Quasiment tous les genres du cinéma populaire, dit "cinéma Bis" furent exploités par Eurociné, qui, comme les italiens, surfait sur les succès du cinéma et s’engouffrait immédiatement dans les filons qui rapportaient de l’argent. Western, comédie, film érotique, film d’épouvante ou d’horreur, film de guerre, film d’aventure, tout y passa. Eurociné n’avait pas de gros budget et faisait avec ses faibles moyens, co-produisant la plupart du temps avec d’autres pays. Souvent considéré comme des nanars, les films Eurociné possèdent néanmoins un côté rétro et charmant qui font qu’ils sont très prisés des amateurs de Bis.

Dans les années 70, les films de guerre se déroulant durant la Seconde Guerre Mondiale et mettant en scène des nazis eurent soudainement le vent en poupe, principalement grâce à la littérature de gare, friande de ce type d’histoires, mais également grâce à trois succès cinématographiques de ce genre crapuleux qu’on appellera par la suite "Nazisploitation" : "Salon Kitty" de Tinto Brass, "Portier de Nuit" de Liliana Cavani et le malsain "Ilsa la louve des SS" de Don Edmonds. Voyant l’intérêt du public pour ce genre de productions mêlant costumes d’époques, érotisme et tortures, les dirigeants d’Eurociné décidèrent de produire quelques films dans ce style. Ce fut chose assez aisée car Marius Lesoeur possédait un passé de héros de la Résistance durant la guerre et fut de suite très intéressé par la production de films de guerre se déroulant durant la Seconde Guerre Mondiale. Eurociné produisit donc dès 1976 des films au titre évocateur, tels "Erika, fille SS", "Nathalie dans l’enfer Nazi", "A l’Est de Berlin", "Helga, la Louve de Stilberg", "Train spécial pour Hitler" et ce "Elsa Fraulein SS" dont je vais vous parler. Il est à noter que ces films sont parfois pourvus de nombreux titres alternatifs, ce qui ne rend pas toujours facile leur identification.



"Elsa Fraulein SS", connu aussi sous le titre de "Fraulein Kitty", en référence au "Salon Kitty" de Tinto Brass bien sûr, est un nazisploitation assez plaisant à regarder, malgré ses faibles moyens financiers. Mais qui dit faible moyen ne dit pas toujours "foutage de gueule" comme on peut le croire quand on évoque des films Eurociné. Ici, les producteurs n’ont pas hésité à mettre de leur poche pour obtenir de vrais uniformes nazis, quelques véhicules (chars, jeeps) et surtout un petit train en parfait état de marche qui amplifia la crédibilité des séquences du film. Comme la location de ce train était ce qui coûtait le plus cher au niveau de la production, Eurociné eut l’astucieuse idée de s’en servir pour un autre film, dont le tournage débuta pendant la dernière semaine de tournage d’ "Elsa Fraulein SS", avec une partie des figurants déjà présents pour ce dernier. Ce second film était "Train spécial pour Hitler", réalisé par Alain Payet, qui n’était pas encore devenu le réalisateur de films pornographiques cultes connu sous le pseudo de John Love. Bref, une idée économique et rentable, puisque ces deux films avaient déjà trouvé acquéreur en Espagne et en Italie alors qu’ils n’étaient même pas encore tournés !

Pour surfer également sur le personnage de la diabolique "Ilsa", Patrice Rohmm eut recours à l’actrice Malisa Longo, qui interprète donc le rôle d’Elsa. Autant le dire de suite, Malisa Longo est absolument parfaite dans ce rôle de femme nazie sans cœur qui n’hésite pas à tuer et à torturer pour parvenir à ses fins et servir le grand Reich. Ses cheveux bouclés blond/roux, ses yeux, son physique avantageux, en font une parfaite clone d’ilsa. On pourra alors regretter qu’Eurociné ne soit pas allé plus loin dans le scabreux avec ce film. Car "Elsa Fraulein SS" reste assez gentillet en fait, que ce soit dans l’érotisme assez soft, ou dans l’horreur très épuré. On est vraiment loin de séquences gores du film de Don Edmonds mettant en vedette Dyane Thorne. Ici, on fouette des filles, on loge quelques balles dans la tête des traîtres mais rien de plus. Un petit bémol donc, l’amateur de nazisploitation s’attendant justement à quelques débordements de violences gratuites qui font tout le charme de ce genre de productions.



Néanmoins, "Elsa Fraulein SS" possède d’autres qualités qui nous font apprécier le spectacle. Hormis la beauté de Malisa Longo, on appréciera également le physique des autres filles dont la ravissante Patrizia Gori qui incarne Liselotte, la prostituée qui est en fait une résistante infiltrée et qui tombera amoureuse de Franz, un officier nazi ne supportant plus les exactions de son parti et ancien amant de la cruelle Elsa. Comme souvent dans les productions Eurociné, il y a un côté mélodramatique assez prononcé et la relation entre ces deux personnages y est pour beaucoup dans "Elsa Fraulein SS".

Autre élément appréciable, la séquence chantée dans le train qui nous rappelle encore une fois "Salon Kitty". Notons au passage que l’acteur jouant le rôle du pianiste qui accompagne la chanteuse n’est autre que Daniel White, le compositeur de la musique du film.

Citons bien évidemment la méchanceté dont fait preuve Elsa à l’égard des traîtres, poussant le vice jusqu’à faire l’amour à un jeune soldat de 20 ans avant de l’envoyer se faire exécuter par les officiers nazis, cette dernière ayant découvert qu’il était en fait un déserteur ! Impitoyable et sans cœur, je vous le disais, dans la grande tradition des méchantes du cinema bis ! La scène "choc" du film revenant également à Malisa Longo, qui se situe au début du film, quand celle-ci s’habille dans une petite tenue affriolante et avec de longues cuissardes noires qu’elle demande à son amant de lécher. Le côté sadomasochiste souvent présent dans les films de nazisploitation se retrouve donc ici et l’interprétation de Malisa, qui simule un orgasme lorsque Franz s’exécute et lèche ses bottes, rend la scène assez malsaine mais également bien dans le ton de ce genre de film. Dommage que cet excès n’a pas été reconduit pour la suite du métrage.



Porté par le jeu de Malisa Longo, "Elsa Fraulein SS", même s’il n’atteint jamais le degré de perversité des productions italiennes de ce genre, se laisse voir avec plaisir et sans ennui, malgré l’absence de séquences vraiment chocs ou horrifiques. C’est une sympathique co-production franco-italienne que l’amateur de Bis se devra de découvrir, ce qui sera dorénavant chose aisée puisque l’éditeur Artus Films vient de sortir le film en DVD.








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