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AUX SOMBRES HEROS DE LA HAMMER PARTIE 1 , un dossier de Lionel JACQUET

 

  

Lorsqu’au milieu des années 50, la Hammer films rachète les droits du catalogue fantastique de la mythique société américaine " Universal", elle est sans doute loin d’imaginer qu’elle allait créer un engouement extraordinaire et donner au fantastique un nouvel élan et marquer durablement l’esthétisme du film d’épouvante.
Autour d’une petite équipe technique toute entière dédiée à la firme, la Hammer a su imposer un style immédiatement reconnaissable et qui reste encore aujourd’hui sa marque de fabrique.
Esthétisation du sang, utilisation de la couleur dans l’épouvante, érotisme omniprésent, décorum gothique renvoyant au classique de la littérature d’épouvante. La "facture Hammérienne" reste inimitable.

Petites précisions avant d’entamer la longue traversée en compagnie de Terence Fisher, Christopher Lee, Peter Cushing, les " Hammer girls" aux décolletés dans lesquels le regard et l’esprit se perd, Jimmy Sangster, Dracula, Frankenstein, Quatermass et les autres.

Le présent dossier n’abordera que la partie en accord avec l’esprit du site Horreur.com. Il omet donc volontairement et naturellement les comédies, les polars et les films d’aventures purs et durs (certains seront quand même présentés car possédant quelques passages horrifiques ou fantastiques. Un choix purement subjectif, mais il fallait bien à un moment en faire un). Cela laisse tout de même la bagatelle de 72 films fantastiques, de SF, d’horreur, d’épouvante et de fantasy, auxquels s’ajoutent les deux séries tournées pour la télévision anglaise dans les années 80 et un pilote télé de 1958.
Ceux qui voudront en savoir plus pourront se tourner vers les liens disponibles à la fin du dossier.
Enfin, si des oublis ou des omissions (inévitables) vous sautent aux yeux, vous êtes cordialement invités en nous en faire part.

Four-Sided Triangle - Le Triangle À Quatre Cotés - Terence Fisher – 1953

  

Le triangle à quatre côtés vous fera résoudre la quadrature du cercle

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Robin et Bill sont tous deux amoureux de Lena. Celle-ci part aux USA et les deux garçons étudient les sciences. 10 ans plus tard, Lena revient et retrouvent ses deux amis qui construisent une machine capable de dupliquer tous les objets. Lena préfère Robin. Bill demande alors à celui-ci de l’aider à dupliquer Lena. L'expérience réussit, mais Bill n’avait pas prévu que les émotions aussi étaient dupliquées et Helen, le clone de Lena, est également attirée par Robin…

A la Hammer depuis 1951 mais bien avant de devenir le maître de l’horreur gothique, Terence Fisher tourne une poignée de polars et deux films de science-fiction dont celui-ci.
Bien moins ennuyeux que "Spaceways", le métrage tourne également autour d’une histoire d’amour. Moins mielleuse, mais tout de même assez convenue dans son déroulement et surtout dans une conclusion qui sauve la face de la respectabilité et qui aurait pu quelques années plus tard être beaucoup plus cruelle et donc efficace.
L’aspect science-fiction est également un peu plus poussé, mais reste à la lisière du genre.
Le peu de moyens (visibles) nous donne à voir un pauvre laboratoire fait de bric et de broc construit au fond d’une sorte de grange. Pas vraiment embêtant mais diablement en dessous de ce que l’on pourra voir quatre ou cinq années plus tard dans la reconstitution du labo du Dr Frankenstein.
Sympathique cependant, car le film évoque déjà les dangers de vouloir jouer à Dieu en reproduisant à l’identique un être humain. Réflexions sur le clonage reprises avec immensément plus de consistance en 1958 dans "La mouche noire" et dans le remake Cronenbergien de 1986.
Le temps n’était probablement pas encore venu pour la Hammer et surtout pour Fisher de s’affranchir de la morale ambiante.
On ne joue pas impunément à Dieu, même par amour semble nous dire le bureau de la censure anglaise avertissant au tout début du film que celui-ci ne devrait être vu que par des adultes.
Sorti en DVD zone 1 chez Anchor Bay, langue anglaise seulement.

spaceways - Enquête Dans L'Espace - Terence Fisher – 1953

  

Enquête dans l’espace vous fera aimer la terre ferme.

Stephen Mitchell travaille sur des tests ultra secrets de fusées. Sa femme Vanessa le trompe avec Philip, un savant venu espionner les projets de Stephen. Une fusée est envoyée dans l’espace, mais ne revient pas sur Terre. Vanessa et Philip ayant disparu, on accuse Stephen de les avoir tués et mis dans la fusée.

Mélangeant romance à la manière du Hollywood de l’époque (du genre, je t’aime à mourir mon amour, oui moi aussi je t’aime...chiant donc), enquête policière et argument scientifique basé sur la conquête de l’espace, spaceways reste une petite production sans réel intérêt.
Même si le film est très court (75 petites minutes) il n’évite pas les longs tunnels de dialogues plats comme des soles meunières, les personnages stéréotypés et la platitude toute "téléfilmesque" de la mise en scène. Bien loin de ce que pourra créer quelques années plus tard Terence Fisher.
La science-fiction se résume ici à quelques séquences de décollages de fusées que l’on suit dans la pièce de contrôle et quelques considérations mathématiques sur le meilleur moyen de maintenir un vol habité dans l’espace. Très léger.
Pas vraiment de quoi maintenir l’intérêt.
Reste tout de même un suspense correct dans la dernière partie du métrage.
A souligner la présence d’une toute jeune et très mignonne Eva Bartok que l’on retrouvera en Comtesse Cristina dans le classique "Six femmes pour l’assassin" de Mario Bava.
Une curiosité dispensable, surtout que le film n’est disponible à ce jour qu’en version anglaise only.
Un DVD zone 1 existe chez Image Entertainment, pour anglophones uniquement.

Quatermass Xperiment - le monstre - Val Guest – 1955

  

Sur la Terre, personne ne vous entendra crier.

S’appuyant sur un téléfilm en six parties au titre éponyme, The quatermass xperiment rencontra un grand succès en Angleterre. Pur film de science-fiction, mais aussi de terreur brute, le film est centré sur le professeur Quatermass, sorte de Docteur Frankenstein avant l’heure, résolu à tout pour poursuivre ses recherches, même au mépris de la vie humaine.
Une fusée est envoyée dans l’espace avec à son bord trois individus. Hélas la fusée est bientôt retrouvée, elle s’est écrasée dans un champ et ne contient plus qu’un seul homme.
Ce dernier, malade et muet, se transforme jour après jour en monstre, parvient à s’échapper pour semer la mort autour de lui, absorbant les êtres vivants et augmentant de volume à chacun de ses carnages.
Bâti sur un scénario cohérent, "Le monstre" distille un suspense savamment entretenu autour de ce mystérieux astronaute revenu de l’espace. Bien avant Alien et compagnie, Val Guest interpelle le spectateur avec cette simple question : et si le danger venait de l’espace ?
Le superbe noir et blanc, l’interprétation remarquable de Brian Donlevy dans le rôle du monstre et une montée crescendo dans la terreur font de ce film une des très grandes réussites du film de science-fiction toutes époques confondues.
Le final est d’ailleurs très impressionnant pour un si petit budget.
Plus que recommandable.
Dispo en zone 2 chez Seven 7 (piste en français).

X the unknown - Leslie Norman – 1956

  

Le Facteur X sonne toujours deux fois.

La peur du nucléaire étant très présente peu de temps après la Deuxième Guerre Mondiale et avec l’avènement d’une seconde puissance possédant la bombe atomique (l’URSS, après les USA donc), il n’est pas étonnant que bon nombre de films de science-fiction s’appuie sur cette problématique.
Je ne sais pas si le carton d’introduction du film annonçant que les auteurs remercient les forces armées pour leurs " conseils" est véridique ou ironique, mais espérons que les militaires anglais n’utilisèrent pas l’énergie atomique de la même façon que dans le métrage !
En effet, tripoter à la main (avec des gants certes) des matières hautement contaminées ou les manipuler derrière une simple vitre, ne parait pas représenter les meilleures garanties de sécurité (pour manier l’euphémisme). Alors, soit les militaires étaient vraiment ignorants des dangers, soit les auteurs se sont affranchis de la réalité. Pourvu que ce soit la seconde option qui soit la bonne, autrement on a eu très très chaud.
Mais foin d’ironie facile, X the Unknown est un très bon produit, le haut du panier de la SF des années 50.
Réussissant à s’affranchir du petit budget (certains décors et les "nappes musicales" semblent empruntés au " Quatermass Xperiment" tourné l’année d’avant) et s’appuyant avant tout sur un scénario aux multiples rebondissements et des acteurs franchement convaincants, on passe un excellent moment en compagnie de ces scientifiques qui tentent de détruire une chose innommable et radioactive surgie des tréfonds de la terre lors d’un exercice militaire (sont couillons ces militaires je vous jure ! ).
La chose apparaissant dans la dernière partie du film et sans dévoiler son aspect, sachez que son " design" sera repris deux ans plus tard dans un film d’horreur culte avec un tout jeune Steve McQueen à la baguette (ok, en fait je dévoile tout, pardon aux familles tout ça).

Jamais traduit dans la langue de Molière (une langue râpeuse parait-il).
Il existe une édition All zone éditée par Anchor Bay (simple ou en double programme avec "Four-Sided triangle", mais english only ).

Quatermass 2 - La Marque - Val Guest – 1957

  

La Marque...un film marquant.

On nous cache tout, on ne nous dit rien. Bien avant X-files, bien avant "Les Envahisseurs" et surfant à l’évidence sur "L'invasion des profanateurs de sépultures" sorti en 1956, "La marque" mélange à merveille la paranoïa d’une invasion extraterrestre, la lutte pour garder son identité humaine et un suspense de tous les instants, tout en évitant de sombrer dans la charge anti-communiste des films de SF états-uniens de l’époque.

De bizarres météorites (en fait des artefacts d’origine non terrienne) s’abattent à proximité du laboratoire du professeur Quatermass. Celui-ci, se rendant sur place avec un de ses assistant, a la surprise de découvrir que son projet de base lunaire a été intégralement construit en plein cœur de la lande anglaise.
Son assistant, brûlé par l’un des nombreux artefacts trouvés sur place, est littéralement enlevé par des gardes sortis de la nouvelle ville.
Alors qu’il cherche à savoir ce qui est arrivé à son collègue, le professeur Quatermass va vite se rendre compte que si ce projet est classé top secret par son propre gouvernement, il recèle en fait un mystère bien plus incroyable et terrifiant mettant en jeu ni plus, ni moins que l’avenir du genre humain.

A l’instar de sa première aventure (Le Monstre), cette seconde apparition du professeur Quatermass, un scientifique tout en énergie, procure un vrai plaisir avant tout grâce à son scénario carré et cohérent permettant de toujours maintenir l’intérêt du spectateur. Sa courte durée (1 h20) est également à souligner car elle ne permet pas les digressions et les longues plages de dialogues qui souvent plombent ce type de production.
Malgré un budget toujours aussi serré (mais moins que celui de quatermass xperiment, semble-t-il), une mise en scène sans réelle inventivité et une fin qui ne surprendra pas grand monde, on se prend très vite au jeu de l’enquête que mène le bon scientifique surtout que celle-ci déviera très vite vers des implications aux conséquences universelles. Le fait de très peu voir les gros vilains E.T. dans un climax qui fleure bon le petit budget, empêche celui-ci de sombrer dans le grotesque et prouve qu’une certaine suggestion est toujours une bonne idée de mise en scène. Un des tous meilleurs films de SF des années 50 et même au-delà.

Dispo à pas cher en zone 2 avec piste française chez Seven 7.

The Abominable Snowman - Le Redoutable Homme Des Neiges - Val Guest - 1957

  

L’abominable ennui des neiges.

Pas grand-chose à sauver dans ce petit film bavard et terriblement inodore. Peter Cushing fait ce qu’il peu, mais la mayonnaise ne prend jamais (il faut dire que par un froid pareil, pas facile de monter les œufs en neige). De loooongs dialogues succèdent de looongues marches dans la neige, puis de looooongs dialogues.
L’histoire est celle d’un groupe qui se rend au cœur même de l’Himalaya pour y traquer le Yéti et le ramener en Occident afin de gagner de l’argent, ils sont aidés en cela par un professeur (Peter Cushing) qui lui, pense y découvrir une espèce parallèle aux grands singes, donc à l’Homme, et descendants du même ancêtre. Evidemment lui, il est gentil et ne fait ça que pour la science, alors que les autres sont mauvais (d’ailleurs le chef est américain, c’est dire !) et ne font ça que pour le flouze, le pèse, les brouzoufs, les dollars.
Ce qui nous vaudra de soporifiques dialogues sur le bien, le mal, l’amour et les petites fleurs, bref chiant.
Et c’est dommage car aux détours de quelques phrases et de quelques scènes, on se prend à rêver (modérément certes) à ce que le film aurait pu être s’il avait pris le parti de nous en apprendre un peu plus sur les dons et les capacités cognitives que l’on entraperçoit de cette tribu d’hommes des neiges (des êtres d’une sagesse supérieure, doués pour une forme de télépathie empathique, en harmonie avec la nature et qui attendraient l’extinction de la race humaine pour régner sur la Terre) .
Au lieu de cela, on a un tout petit film d’aventures, fade et mou de l’entrecuisse.
Ah ! Le Yéti ! On le voit en tout et pour tout trois fois et encore la première fois c’est juste une main, la seconde un bras, la troisième son sexe capable de déclencher des avalanches à distance (non c’est pas vrai), en fait à la toute fin on entraperçoit la moitié d’un visage plongé dans la pénombre. C’est un peu court jeune homme tout de même !
Ce n’est pas comme cela que l’on va développer le tourisme sur le toit du monde !

Dispo en zone 2 avec piste française chez Seven 7.

The Curse Of Frankenstein - Frankenstein S'Est Échappé - Terence Fisher – 1957

  

Terence Fisher s’est échappé, il court toujours.

Fort éloigné du livre de Mary Shelley, mais aussi du Frankenstein de la "Universal", le premier film d’horreur gothique de la Hammer donne une place prépondérante au savant par rapport à sa créature. Peter Cushing se chargeant de lui donner corps dans un rôle qu’il reprendra à moult reprises avec beaucoup de talent.
Le baron Frankenstein met la recherche scientifique au-dessus de toutes autres considérations, quelles soient morales, éthiques ou religieuses. Seul compte le but final qui est de recréer la vie en laboratoire. Un être totalement amoral qui ne se laissera pas entraver ni par son mentor, ni par les préjugés de la société.
On a, pour tout dire, peine à imaginer aujourd’hui combien l’horreur à dû être vive à la vision de ce savant sans scrupules réussissant à faire naître du néant une créature repoussante incarnée ici par un tout jeune Christopher Lee.
L’apport pour la première fois de la couleur dans une œuvre d’épouvante (enfin presque, puisque le "House of Wax" d’André de Toth date de 1953), les décors gothiques transposant l’univers Victorien au cœur du monde germanique, la mise en scène intelligente de Terence Fisher, la beauté de la photographie, le jeu des acteurs, la présence d’un érotisme diffus et le traitement audacieux de l’histoire font de ce film une des pierres angulaires du cinéma fantastique mondial.
Immense succès outre-manche et aux Etats-Unis (où il terrassa "Le pont de la rivière Kwai" en termes de recette), " Frankenstein s’est échappé" marque le début du mythe Hammer.
Peut-être pas le meilleur Hammer gothique mais diablement réussi tout de même.
Comme le faisait remarquer, à l’époque le Centre catholique de radio et télévision : "S’abstenir (d’aller voir le film) par discipline chrétienne".

Dispo en zone 2 chez Warner Home Vidéo avec piste in french.

Tales Of Frankenstein - Curt Siodmak - Pilote télé – 1958

  

Un pilote pâlot.

Pilote télévisuel d’une série de 13 épisodes de 30 minutes...qui ne vit jamais le jour. Coproduction anglo-étatsunienne entre la Hammer et la Columbia, cet unique épisode aurait dû être intitulé " The face in the tombstone mirror".
Curieux mélange entre les films universal des années 30 et le style gothique tout juste naissant du studio Londonien, Tales of Frankenstein a été écrit et réalisé aux USA par un certain Curt Siodmak, scénariste d’une flopée de films d’épouvante dans les années 40 et 50 (notamment deux "Frankenstein-movie" : "Frankenstein Meets the Wolf Man" en 1943 et "House of Frankenstein" en 1944).

L’ouverture nous montre classiquement le monstre, qui, à peine revenu à la vie, tente d’étrangler son géniteur. Ce dernier le maîtrise et pense que l’attitude de la créature est due au fait qu’elle possède un cerveau de meurtrier. Il lui faut donc un cerveau plus "respectable". Sur ces entrefaites, le baron reçoit la visite d’un couple, dont le mari est gravement malade et qui lui demande de le sauver. Il refuse au nom de la morale. Le mari décède, il est enterré, Frankenstein vole le corps, greffe le cerveau sur la créature. La femme du défunt découvre la supercherie, part à la recherche de feu son mari. le monstre s’échappe en reconnaissant son ex-épouse, il tombe alors devant un miroir et voyant ce qu’il est devenu, se met à poursuivre le baron dans le but de l’occire. Tout ce beau monde arrive dans le cimetière où était enterré le corps de Monsieur, la femme réussit à raisonner la créature et celle-ci décide de mettre fin à ses jours en plongeant dans sa tombe. Frankenstein est arrêté, mais déclare qu’il recommencera (il ne manque plus que le rire sardonique).

Si ce pilote bénéficie de la présence de bons acteurs, notamment Anton Driffing (que l’on retrouvera dans un autre Hammer " The man who could cheat the death", puis dans le classique " Le cirque des horreurs" ) et la ravissante Helen Westcott, il n’est en revanche qu’un empilement de poncifs et de clichés éculés (même pour l’époque) sur Frankenstein et sa créature. De plus, la réalisation sans éclat (en fait totalement télévisuelle) et le noir et blanc tranchent avec la nouvelle vision de l’épouvante apportée par Terence Fisher au même moment.
Pas ennuyeux mais sans aucune surprise, Tales of Frankenstein est une curiosité que tout le monde peut voir sur la plupart des sites de vidéos en ligne, celui-ci étant depuis longtemps tombé dans le domaine public.

Horror Of Dracula - Le Cauchemar De Dracula - Terence Fisher – 1958

  

Le cauchemar de dracula, le rêve du cinéphage.

Sans aucun doute le film emblématique, non seulement de la Hammer, mais aussi de Terence Fisher, de Christopher Lee et de Peter Cushing.
Rarement l’adéquation entre la modestie du budget qui oblige à être ingénieux, l’intelligence de la mise en scène, la qualité du jeu des acteurs, la splendeur de la photographie, le rythme du montage et la beauté ténébreuse qui se dégage des décors, n’auront été portés à un tel niveau. Le cauchemar de dracula représentant la perfection du métrage réalisé en studio.
A plus de cinquante ans de distance, il est étonnant de voir combien ce film a finalement peu vieilli, surtout si on le compare à la quasi-intégralité des films d’horreur des années 50.
Le seul (très léger) bémol se situant évidemment dans sa capacité à effrayer. Si en son temps le film de Fisher terrorisa une grande part des spectateurs (et épouvanta littéralement les tenants de la bienséance), il est évident qu’aujourd’hui, il ne devrait plus procurer le même frisson.
Il serait pourtant plus que dommage de faire l’impasse (pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu...chose impensable !) sur un tel chef-d’œuvre (le terme n’étant pas usurpé, pour une fois) du film d’épouvante.
La courte durée (1 h 20), le montage nerveux, les allers et retours entre les différents personnages donnent du rythme à l’intrigue, la volonté Fisherienne de mettre constamment en exergue la couleur rouge, symbole du vampirisme, dans un nombre conséquent de plans (ici une tenture, là un rideau, ailleurs un meuble, un livre, un élément quelconque du décor), la qualité de l’interprétation et notamment celle monstrueuse (dans tous les sens du terme) de Christopher Lee, "l’érotisation" de la morsure du vampire (il faut voir comment les futures victimes se pâment littéralement dans l’attente de la visite du maître des ténèbres, telles des maîtresses alanguies dans l’attente toute proche de l’orgasme que leur procurera la fatidique morsure), les décolletés vertigineux, la beauté toute victorienne des décors et des actrices.
Tout cela concourt à faire de cette relecture (très libre) du roman de Bram Stoker, un magnifique moment et l’un des plus grands films de vampires de tous les temps, ni plus, ni moins. Intemporel comme Dracula.

Un dénommé Gilbert Salachas, critique émérite écrivit lors de sa sortie en France : " Le cinéma qui est un art noble, est aussi, hélas une école de perversion : un moyen d’expression privilégiée pour entretenir et même créer une génération de détraquées et d’obsédés."

Vous voilà prévenus !

Dispo en zone 2 chez Warner Home Vidéo avec sous-titres en français.

The Revenge Of Frankenstein - La Revanche De Frankenstein - Terence Fisher - 1958

  

La réinvention du mythe.

Le second opus "Hammérien" des aventures du Baron Frankenstein commence exactement là où "Frankenstein s’est échappé" s’achevait. Le Baron est conduit à la guillotine, condamné pour avoir créé un monstre. Alors qu’on le croit mort, on va très vite se rendre compte qu’il a échappé à la mort par la grâce de son fidèle valet.
Sa sépulture renferme à sa place, le cadavre décapité du prêtre devant lui donner les derniers sacrements au moment de son exécution. Il va s’installer dans une ville allemande, pour y devenir le médecin le plus connu et apparemment le plus généreux de celle-ci, allant jusqu’à soigner gratuitement les indigents. Son but étant en fait de se servir de ces derniers pour poursuivre ses travaux et recréer enfin la vie.
L’argument trouvé pour ramener sur le devant de la scène le Baron Frankenstein fut un immense choc en 1958. Oser tuer un prêtre (même si c’est de manière totalement suggérée évidemment) pour permettre à un docteur fou de poursuivre ses expériences étaient totalement inconcevable et d’une incroyable transgression des valeurs et de la morale de l’époque. C’est pratiquement l’Antéchrist qui revenait à la vie !

Au-delà de ce début ma foi fort couillu, le film se déroule comme dans un rêve de cinéphile amateur d’épouvante.
Le rythme est trépidant, aucun temps mort, le montage Fishérien faisant une nouvelle fois des merveilles, la qualité de la photographie s’enrichit ici d’un étonnant travail sur la lumière, faisant baigner certains lieux (notamment le laboratoire clandestin du Baron) dans les lumières rouges et vertes donnant une certaine irréalité à l’ensemble (curieux de voir combien Mario Bava ou plus tard Dario Argento en reprendront le concept).
Peter Cushing campe une seconde fois avec un talent immense le plus célèbre des scientifiques déviants. Son personnage reste un roc de volonté massive, inarrêtable dans sa soif de connaissance et dans son absence totale de remords, un être qui à bien y regarder est totalement inhumain, uniquement préoccupé par sa grande œuvre, son but, son Graal, créer un être vivant à partir de morceaux de cadavres (un hobbie primesautier s’il en fut).
La plus grande réussite du film se situe d’ailleurs probablement dans sa mise en avant du Baron par rapport à sa (ses) créature(s), il devient le personnage central, Fisher s’éloignant donc un peu plus du roman de Mary Shelley afin d’en faire une œuvre personnelle et audacieuse. La chute finale dynamitant définitivement le lien entre le livre et son adaptation, en faisant entrer le personnage de Frankenstein dans le cercle restreint de ces mortels capables de revenir à satiété d’entre les morts (25 ans d’avance sur les Freddy, Jason ou Myers, mais si, mais si), ce qu’il ne se privera pas de faire encore plusieurs fois, le bougre.
50 ans après sa sortie, "Le retour de Frankenstein" reste le meilleur film de la Hammer sur le sujet et un des tous meilleurs (avec "La Fiancée de Frankenstein" tout de même) de l’histoire du terrible Baron et de son monstre.
Intemporel et immortel. God not bless you.

Zone 1 et zone 2 ave sous-titres en français dispo chez Columbia TriStar.

The Hound Of The Baskervilles - Le chien des Baskerville - Terence Fisher – 1959

  

Holmes sweet Holmes.

Multi adapté à l’écran, cette version Fisherienne du roman d’Arthur Conan Doyle est probablement l’une des plus abouties au moins en termes visuels, elle est en tout cas la première à être tournée en couleur.
La beauté de la photographie frappe dès les premiers instants et installe le spectateur dans un univers gothique cohérent en adéquation avec celle émanant du livre, pour évoquer les raisons de la malédiction pesant sur la famille Baskerville.
La rude lande anglaise fait froid dans le dos, les décors du château des Baskerville sont somptueux, évoquant toute l’austérité Victorienne de l’époque.
Les personnages sont tout autant campés avec profondeur, Cushing est remarquable en Sherlock Holmes énergique et bondissant, Christopher Lee sort pour une fois de ses rôles de monstres pour camper un Sir Henry victime d’un complot diabolique, les seconds rôles sont tout aussi aboutis dans leurs psychologies, une mention spéciale allant à l’interprétation d’un certain Miles Malleson en pasteur rigolard et adepte de la bouteille.

Si Fisher prend quelques libertés avec l’œuvre originale, si le côté infernal de la bête qui hante la lande aurait probablement pu être plus présent et plus original que de simples hurlements lugubres et si le dénouement est un peu décevant dans sa forme et dans sa rapidité, nul doute que ce Chien des Baskerville là, n’est pas prêt de perdre son statut de classique d’adaptation des "aventures Holmesiennes".

Disponible en zone 2 chez MGM avec piste et sous-titres en français.

The Mummy - La Malédiction Des Pharaons - Terence Fisher – 1959

  

Quand pharaon pas content.

Reprenant en grande partie l’intrigue de son modèle de 1932, ce remake n’apporte en fait pas grand-chose de neuf (lui étant inférieur pour tout dire), si ce n’est la couleur bien entendu et une approche romantique bien moins poussée que dans le classique de Karl Freund.
Terence Fisher semble beaucoup moins à l’aise dès qu’il s’éloigne de l’atmosphère gothique, les scènes se déroulant en Egypte sont plus que convenues et font ressortir le côté carton-pâte des décors. Christopher Lee étant bien plus à l’aise dans son rôle de Momie que dans celui du prêtre Kharis (on pourra d’ailleurs remarquer que certaines actrices jouant les servantes de la grande prêtresse et destinées à être assassinées pour reposer auprès de cette dernière, ont bien du mal à ne pas sourire !).
Alors oui, les passages en Egypte prêtent à sourire et la trop grande suggestion lors des séquences d’embaumement ou du supplice de Kharis font perdre une grande part de l’intérêt de celles-ci (les premiers Hammer devant une bonne part de leur succès par un recul des limites de ce qui était alors montrable sur un écran).
Fisher n’en démontre pas moins des qualités de mise en scène évidentes, rendant l’action se déroulant à Londres tendue et parvenant à rendre les attaques de la momie, nerveuses et violentes. Une mention toute spéciale pour la partition musicale, peut-être l’une des toutes meilleures de la Hammer film.
Pas le meilleur métrage de momies, encore moins le meilleur Fisher, qui semble ne pas trop avoir su comment insérer ses thèmes de prédilections matérialistes, athéistes et érotiques. Peut-être était-ce impossible ?
Quoi qu’il en soit, la momie de 1959 donne parfois le blues.

DVD zone 2 disponible chez Warner Home Vidéo avec piste in french.

The Man Who Could Cheat Death - L'Homme Qui Trompait La Mort - Terence Fisher – 1959

  

Dorian Gray trompe la mort.

Remake (et oui déjà !) d’un film de la Paramount datant de 1945 "The Man in Half Moon Street", basé lui-même sur une pièce de théâtre.

Le docteur Bonner a trouvé le moyen de vivre éternellement par des transplantations régulières d'organes provenant de victimes en bonne santé. Pour son entourage, il ne dépasse guère la trentaine, mais son collègue et ami de toujours, le Docteur émérite, Ludwig Weisz est le seul à être au courant de son véritable âge : 104 ans.

Histoire d’immortalité, de dilemmes philosophiques et moraux, matinée d’un zeste d’horreur et de fantastique, " L’homme qui trompait la mort" est une œuvre intéressante d’un strict point de vue scénaristique mais s’essouffle rapidement par la faute d’une mise en scène perfectible et d’un jeu d’acteurs beaucoup trop théâtral (plans fixes, images statiques, acteurs surjouant légèrement…). Pourtant, le film de Fisher ne manque pas d’atouts, outre son casting qui réunit un tout jeune Christopher Lee, le grand Anton Diffing et la sublime et poitrinaire Hazel Court (à moins d’être un moine trappiste, bien difficile de regarder ailleurs que dans son décolleté !), une photographie impeccable et quelques scènes horrifiques assez fortes, c’est surtout dans les interrogations du docteur Bonner et de son entourage que l’œuvre prend de la hauteur.
Comme le Dr Jekyll ou Jack Griffin (Aka l’homme invisible) il s’est vu contraint de tester sur lui-même son invention et il est devenu immortel…Mais c’est une immortalité qui va le contraindre à devenir immoral, obligé de tuer des gens pour survivre. Sa vie en marge de l’humanité suscitant en lui de douloureuses questions " métaphysiques" (hélas pas assez développées pour que ce soit réellement attrayant).
Si la fin du métrage renvoie inévitablement au classique "Portrait de Dorian Gray", elle n’en demeure pas moins, à défaut d’être originale, horrifiquement satisfaisante.

Une bien belle curiosité encore une fois, hélas difficilement trouvable sous nos climats tempérés.

Une édition zone 1 existe chez Legend Films (les non-anglophones peuvent se gratter cependant).

The Stranglers Of bombay - Les Étrangleurs De bombay - Terence Fisher – 1960

  

Fisher a "Bombay" la chemise.

Abandonnant pour un temps les créatures de l’enfer que sont Frankenstein et Dracula, Terence Fisher nous livre ici un film d’aventure mâtiné de thriller horrifique.
Classique des films "coloniaux", celui-ci est situé en Inde (ancienne colonie britannique) au milieu du 19ème siècle.
Ce type de métrage est toujours à la limite du racisme, proposant de montrer les bienfaits de la civilisation face à la barbarie des indigènes. Ici, une secte d’Indiens adorateurs de Kali, dont les membres sont bien évidemment cruels et amoraux, baignant dans une forme de mysticisme d’un autre temps. En face, on trouve le classique gentleman anglais qui n’écoutant que son courage va tout faire pour démasquer cette secte ultrasecrète.
Sauf que Fisher, comme pour donner un contrepoids à ce colonialisme bon teint, multiplie les piques envers le colonisateur britannique. Montrant son incompétence, sa fausse humilité, sa méconnaissance de l’Inde profonde, sa volonté de faire du profit sur le dos des habitants sans se soucier ni de leur santé, ni de leur bien-être. Ils peuvent bien s’entretuer, du moment que les profits de la compagnie des Indes sont préservés, tout ira bien.
Sans non plus prétendre que Fisher ait voulu réaliser un film anticolonial (faut pas déconner non plus), son approche est suffisamment singulière pour l’époque pour le noter.

Et le film en lui-même me direz-vous ?
La faiblesse du budget est cette fois un petit handicap. Difficile de faire croire à une Inde grouillante de vie, de cultures et de croyances avec si peu de lieux différents (une place de marché, quelques arpents de brousse, trois ou quatre intérieurs et un morceau de jungle là où se tiennent les cérémonies de la secte des étrangleurs) et si peu de figurants.
Néanmoins, avec un grand sens du rythme, "Les étrangleurs de bombay" se suit sans ennui et avec intérêt. Les rebondissements sont nombreux, les personnages bien campés (quoique caricaturaux comme il sied à ce type de métrage) par des acteurs qui font le métier. Les scènes de cruauté sont nombreuses et d’une grande violence pour l’époque, que ce soit physiquement : langue arrachée, yeux crevés, mains coupées notamment (tout cela se déroule hors champ, on est en 1960) ou morales : un des membres de la secte est obligé d’étrangler son frère afin de ne pas fâcher la déesse Kali. Dommage cependant que la couleur soit absente, cela aurait probablement donné plus de forces à ces scènes.

L’exotisme n’est également pas oublié avec un fort joli combat entre un serpent et une mangouste.
Aventure, amour, courage, horreur, exotisme, rythme. Un fort respectable film populaire.

Zone 1 avec sous-titres en français chez Sony Pictures (coffret "Icons of adventure" qui comprend quatre Hammer d’aventures).

Brides of Dracula - Les Maîtresses De Dracula - Terence Fisher – 1960

  

Quand Dracula pas là, ses maîtresses dansent.

Fisher s’aventure une deuxième fois dans la mythologie du vampire. Ici, point de Dracula à l’horizon et ce malgré le titre. Point de Christopher Lee, non plus (il aurait refusé de faire le film pour certains ou la production aurait préféré ne pas avoir à lui payer un cachet trop important), mais un Peter Cushing toujours aussi impérial dans son rôle de chasseur de vampires puritain qui va remettre de l’ordre dans ce foutoir !
La mise en scène est toujours aussi probante, la musique empreinte de religiosité colle parfaitement à l’intrigue, la photographie de Jack Asher en technicolor est à tomber par terre et les décors sont d’une rare somptuosité, portant la "Hammer’s touch" à un niveau rarement atteint.
Reste le film en lui-même, et là Fisher n’y va pas de main morte dans sa représentation des perversions qu’engendre une époque où le puritanisme (et l’hypocrisie qui en découle presque naturellement) est érigé en principale valeur morale. De l’inceste à la nécrophilie en passant par le lesbianisme ou le sado masochisme, le film ne se montre donc pas avare en transgressions de la bienséance. Tout cela étant bien évidemment beaucoup plus (subtilement) suggéré que montré (on est en 1960).
On y retrouve de même, les pâmoisons traditionnelles des jeunes filles vêtues de chemises de nuit vaporeuses au moment de l’extatique morsure orgasmique et même une délicate analogie entre le vampirisme et l’homosexualité avec le rôle du baron vampire Meinster.
La distribution féminine étant toujours aussi ravissante avec Marie Devereux en vampire à nuisette, une flopée de nymphettes et la diaphane Yvonne Monlaur (actrice française, hélas grandement et injustement oubliée de nos jours).
Du tout bon. Un classique qui n’a guère vieilli.

Le DVD est disponible en zone 2 chez nos amis de Bach films.

The Two Faces Of Dr. Jekyll - Les Deux Visages Du Docteur Jekyll - Terence Fisher – 1960

  

Stevenson, Fisher ouvre.

Etonnant de constater que ce film ne soit pas devenu un classique de la Hammer et du cinéma d’épouvante tout court, à l’instar d’un " cauchemar de Dracula" ou du "Dr Jekyll et Mr Hyde" de Rouben Mamoulian (1931). Est-ce dû à l’absence d’un vrai monstre n’ayant pas apparence humaine ? A l’absence de sang à l’écran qui caractérise souvent les films d’horreur de la Hammer ? A la volonté de ne point montrer la transformation " graphique" de Jekyll en Hyde ?
Peut-être. Toujours est-il que l’adaptation du roman de Stevenson par Terence Fisher est étonnante à plus d’un titre. La profondeur psychologique du personnage Jekyll/Hyde rend justice à celle imaginée par l’écrivain écossais, bien loin de la caricature visible dans les autres adaptations.
Le plus étonnant et qui donne une bonne part de son sel au métrage est d’avoir osé inverser la représentation de la double identité. Jekyll est un être mal à l’aise en société, laid, avec une voix gutturale et que sa femme trompe. A l’inverse Hyde est un bel homme, plein d’esprit, à l’aise en société (tout le contraire donc de l’imagerie du roman où Hyde est physiquement un monstre). Ce dernier, conscient de sa classe et de son " pouvoir" va prendre littéralement ce qui lui fait envie (l’argent, la drogue, les femmes).
Hyde est (comme dans le récit) un monstre, mais un monstre uniquement moral, poussé par son instinct, semblant retourner petit à petit à la barbarie la plus crasse et finalement prendre le dessus sur le pauvre Dr Jekyll.
Si le thème principal est le dédoublement de la personnalité culminant par moments jusqu’au trouble de la personnalité multiple (plusieurs personnes prenant tout à tour le contrôle du sujet) ; cette matrice permet aussi de mettre en avant l’immense hypocrisie sociale et morale caractéristique de l’époque Victorienne. Fisher ne se prive évidemment pas de nous la montrer, parsemant son film de multiples références subtiles à la sexualité (dans les dialogues notamment ou dans la scène avec la charmeuse de serpents prenant l’animal dans sa bouche à la manière de vous savez quoi. Symbole phallique quand tu nous tiens !).
Le réalisateur peut s’appuyer sur la grande performance d’acteur de Paul Massie, impeccable dans les deux rôles du docteur et de son double maléfique. Les deux autres acteurs principaux n’étant pas en reste, Christopher Lee est assez irrésistible en dépravé mondain (probablement un de ses meilleurs rôles), quant à Dawn Adams elle est tout simplement craquante en femme/maîtresse digne de la marquise de Merteuil des "liaisons dangereuses".

Une grande réussite, à (re)découvrir de tout urgence, d’autant plus qu’un DVD zone 2 est sorti récemment (mars 2009) chez Sony Pictures

The Terror Of The Tongs - L'Empreinte Du Dragon Rouge - Anthony Bushell – 1961

  

The terror of the tongs : la hantise des espadrilles.

Comme pour "Les étrangleurs de bombay" l’année précédente, l’unique film en tant que réalisateur du sieur Bushell (à la base, c’est un acteur) nous conte l’histoire d’une société secrète, aux relents mafieux, implantée au cœur de la société et contre laquelle le gentil colonisateur anglais (ici incarné sous les traits d’un vaillant capitaine de navire de sa royale Majesté) va combattre avec toute sa fougue.
Déménageant de l’Inde vers Hong-Kong, les mêmes recettes sont employées, mais avec cependant moins de réussite.
Deux gros handicaps plombent en fait le film et ils ne sont en rien imputables à son réalisateur qui ne s’en tire finalement pas si mal que cela.
Le premier c’est le manque parfois incroyable de psychologie élémentaire attribuée aux personnages et en particulier à celui de notre héros au regard si doux. En effet, lorsque sa fille se fait assassiner par des nervis à la solde de la secte des tongs du dragon rouge, on a l’impression que ce dernier en a autant à faire qui s’il avait perdu son canari avalé par le chat ! Du coup, sans même tirer une larme, il se lance de suite (l’enterre-t-il seulement ?) dans l’enquête lui permettant de trouver les commanditaires de cet odieux forfait.
Le second, c’est de faire jouer tous les rôles importants de Chinois (et Chinoises) par des acteurs européens. On tire les yeux, on met deux pattes d’oies sur les côtés, un chapeau et roule ma poule ! Ca fait quand même sourire et bizarre de voir Christopher Lee en grand manitou de la secte jouant un Fu-Manchu d’opérette.
Néanmoins, le rythme est bon, l’intrigue convenable, l’exotisme présent malgré, comme toujours, un budget rachitique qui empêche de ressentir le grouillement de la vie d’une ville comme Hong-Kong et "le message sous-jacent" renvoie dos à dos les responsabilités du racket autant à la secte qu’au colon britannique et l’on ne s’ennuie jamais.
Et puis, la fracture des paupières permanente que représente la vision de l’incroyablement belle Yvonne Monlaur , ici dans des tenues asiatiques qui lui moule la silhouette comme dans un rêve éveillé valent à elle seule que l’on s’attarde sur ce sympathique petit film.

The Shadow Of The Cat - Le Spectre du Chat - John Gilling – 1961

  

Chat Poe !

Dans un noir et blanc classieux, John Gilling (réalisateur, notamment, du formidable "L’impasse aux violences" en 1960, mais aussi de "L'invasion des morts-vivants" en 1966) revisite la nouvelle multi adaptée d’Edgard Allan Poe : "Le chat noir". Si l’intrigue n’est pas la même et si le chat n’est même pas noir, le concept de base reste le même. Un chat se venge de la mort de sa maîtresse et tue un à un les responsables de son assassinat.
L’impeccable mise en scène, la volonté affirmée de faire du chat le personnage central du film (avec moult plans en caméra subjective nous mettant directement à la place du félidé) et un casting de premier ordre emmené par la divine Barbara Shelley, le spectre du chat se hisse sans souci au niveau des métrages populaires les plus réussis. Si à la manière d’un Columbo, on connaît dès les premières minutes l’identité du (des ?) assassins (là s’arrête la comparaison avec l’homme à l’imperméable), le mérite principal est d’avoir su retenir l’attention du spectateur durant 80 minutes sur la manière dont les coupables seront in fine punis cash par notre ami Tabatha (c’est le nom du chat, ce qui me permet de faire un jeu de mot foireux) .
Le long-métrage ne s’avère jamais ennuyeux, il recèle suffisamment de personnages différents et de rebondissements pour nous permettre de passer un très bon moment. C’est ce que l’on peut appeler un excellent divertissement populaire qui tient toujours le choc malgré le poids des ans.
Hélas ce "Spectre du chat" est fort difficile à trouver. Aucune édition DVD n’étant à ce jour disponible. Il a, par contre, été diffusé sur une des chaînes cinéma du câble en 2005 ou 2006, dans une copie de qualité moyenne (mais c’est toujours ça).

The Curse Of The Werewolf - La Nuit Du Loup-Garou - Terence Fisher – 1961

  

La genèse du mythe.

Terence Fisher continue de ressusciter les mythes de la "Universal". Après Frankenstein, Dracula et la Momie, voici le tour du loup-garou.
Quittant un moment le gothisme de l’époque victorienne, le film nous plonge en plein XVIIIème siècle espagnol. Que l’on se rassure, cela n’altère en rien la qualité de l’œuvre, toujours aussi belle à regarder et qui de plus prend ici une inattendue touche de tristesse. Peut-être le film le plus triste (notamment dans son dénouement) de son réalisateur…
Oliver Reed dans le rôle de l’homme devenu loup-garou est impeccable de par sa stature et sa puissance et renvoie aux oubliettes l’interprétation ampoulée de Lon Chaney Jr en 1941.
Pourtant, le grand Reed n’apparaît que dans la troisième partie du film, toute la première partie étant consacré à sa genèse, la seconde à son enfance. C’est la grande spécificité du métrage, où l’on apprend que le loup-garou ne naît pas de la morsure d’un de ses congénères, mais de circonstances néfastes et d’une lourde hérédité. La malédiction s’abattrait sur un enfant bâtard née un 25 décembre d’une femme violée.
Un mendiant est enfermé dans les geôles d’un noble cruel. Oublié pendant des années, ce dernier devient un animal et viole une jeune domestique muette (la succulente et poitrinaire Yvonne Romain). Celle-ci assassine alors son maître et trouve refuge dans la ville voisine, recueillie par un homme bon et sa servante, elle accouche de l’enfant qu’a engendré son viol et meurt peu après.
C’est peut-être la partie la plus intéressante du film, la suite n’étant qu’une (intéressante et rythmée) lutte interne de la créature entre son humanité et son côté obscur. Seul l’amour de sa famille, puis d’une femme pourrait le sauver.
Fisher livre ici un film violent, cruel, implacable dans son déroulement (pas de happy end cette fois) et finalement d’une grande mélancolie.
Si les transformations se font hors-champ (à part un court plan sur les mains immobiles d’Oliver Reed), le maquillage du loup-garou est une réussite.
Un classique hautement recommandable.

Disponible en zone 2 chez Sony Pictures.

Taste Of Fear - Hurler de Peur - Seth Holt – 1961

  

Clouzot style.

Bien loin des ambiances gothiques de l’époque victorienne, Hurler de Peur nous convie à une ambiance pesante empruntant son mécanisme machiavélique aux films d’Henri-Georges Clouzot et à un sens du suspense proche d’Hitchcock. Atmosphère aux limites du fantastique, machination, double rebondissements finaux, les recettes qui feront quelques années plus tard le succès du giallo sont également présentes (l’érotisme en moins cependant).
Une jeune, fragile et belle héritière handicapée se déplaçant en fauteuil roulant depuis une dizaine d’années revient dans la demeure de son père sur la côte d’azur près de Cannes.
Son père est absent, pourtant elle semble l’apercevoir mort à plusieurs reprises. Devient-elle folle ? Sa belle-mère apparemment en cheville avec le docteur de la famille tente-t-elle de la rendre folle afin de s’assurer l’héritage ?
Filmé dans un noir et blanc macabre, nanti d’une atmosphère de plus en plus délétère et pourvu de quelques plans séquences dans la plus pure tradition expressionniste (ah ! le visage du paternel mort à la lumière de la bougie ! brrr) avec une réalisation de Seth Holth et un scénario de l’habituel Jimmy Sangster ne manquant pas de panache, le métrage joue admirablement bien sur les fêlures psychologiques de la jeune femme prise dans un piège diabolique. En phase avec ses doutes, ses interrogations et ses peurs, le spectateur ne peut qu’être à son tour pris dans les mailles du filet. La machination fonctionne à merveille et ce d’autant plus que si l’on pense avoir connaissance du fin mot de l’histoire à vingt minutes de la fin, le rebondissement ultime en étonnera plus d’un.
Notons la composition toute en sobriété d’un Christopher Lee échappant pour une fois au rôle de vampire assoiffé de sang et la remarquable interprétation de la gracile Susan Strasberg.

Un film sorti récemment en zone 2, nanti d’un master plus que correct chez Sony Pictures. Achat recommandé par Horreur.com bien évidemment.

Captain Clegg - Le Fascinant Capitaine Clegg - Peter Graham Scott – 1962

  

La clegg du paradis.

S’il s’agit ici d’un pur film de contrebandiers, il surfe inévitablement sur la vague engendrée par le succès du classique de Fritz Lang " Les contrebandiers de MoonFleet" (1955). Piraterie, aventure, contrebande, vils bandits contre militaires, le tout dans une ambiance gothique typique de la Hammer.
L’aspect fantastique s’axe principalement autour des fantômes qui hantent le marais et qui apparaissent notamment dans un fabuleux prologue où l’on voit un homme poursuivit par des spectres à cheval dans le brouillard putride des marécages (qui rappelle fortement le visuel d’Amando de Ossorio dans sa tétralogie des morts-vivants templiers).
Si l’intrigue s’avère assez vite routinière tournant autour du pasteur dont on devine bien vite la réelle identité, le métrage recèle la plupart des signatures de la firme anglaise. Le fantastique bien sûr, de belles femmes aux décolletés plongeant comme l’eau d’une cascade, quelques scènes explicites d’un point de vue sexuel (souvent licencieuses), des moments de violence très éprouvantes pour l’époque et un rythme omniprésent.
Comme d’habitude, la photographie est inimitable, le montage impeccable, les décors magistraux. On retrouve plusieurs interprètes "Hammeriens" tel Peter Cushing (comme toujours remarquable), Oliver Reed (curieusement un peu pataud), Patrick Allen et la divine Yvonne Romain (dont le décolleté est une invitation à la luxure).
Une réussite indéniable qui fait passer un excellent moment.

Le film est disponible en DVD zone 1 chez universal Studios avec sous-titres en français (coffret regroupant huit films de la Hammer : "Hammer Horror Series").

The Phantom Of The Opera - Le Fantôme De L'Opéra - Terence Fisher – 1962

  

La vengeance est un plat qui se mange sans amour (proverbe Londonien).

Peut-être pas la meilleur adaptation du roman éponyme de Gaston Leroux (dans la multitude de celles-ci, on pourra lui préférer celle, muette et en noir et blanc, de 1925 due à Rupert Julian Lubin), mais pas la pire non plus, loin s’en faut (il suffit de regarder la mièvre adaptation de Dario Argento datant de 1998 pour s’en rendre compte).
Que l’on ne s’y trompe pourtant pas, le film de Fisher est d’une très grande beauté formelle et reste dans l’esprit gothique de la Hammer, aucun doute là dessus. Les décors, la photographie, la mise en image de l’opéra de Londres sont remarquables. D’un point de vue technique, on est dans la plus pure tradition du réalisateur, solide comme le roc.
Le fait de ne pas bénéficier de l’opéra de Paris ferait-il perdre de sa magnificence au film ? Même pas, celui de Londres est d’une autre beauté, plus ténébreuse, plus gothique, mais pas moins impressionnante.
Non, la plus grande surprise, qui devient en même temps le plus grand handicap de ce métrage, c’est d’avoir voulu réinterpréter le mythe (comme l’on toujours fait les productions Hammer) d’une manière surprenante et qui, pour une fois, ne donne en rien une plus-value à l’ensemble.
En effet, en se voulant différent du roman, le fantôme perd de son attrait, et son histoire de sa singularité. Il n’est plus difforme depuis sa naissance, il a déjà été en contact avec le monde extérieur (c’est un compositeur déchu, comme dans la version de 1943 ou dans l’hommage délirant de Brian de Palma de 1974) et surtout, surtout, le film s’oriente davantage sur la partie vengeance pure que sur l’amour impossible entre le monstre et la belle cantatrice.
Quoi qu’il en soit, cette adaptation procure son lot d’émotion, notamment dans un final très émouvant.
Probablement le plus "gros" budget de la firme anglaise et son plus gros échec public. Un gouffre financier qui faillit mettre fin à la carrière de Terence Fisher. Les dirigeants de la Hammer n’ayant jamais été des philanthropes.

Disponible en zone 2 chez Bach Films (donc à pas cher).

Kiss Of The Vampire - Le Baiser Du Vampire - Don Sharp – 1963

  

Les vampires s'éSharp

Le film s’ouvre sur une magnifique séquence pré-générique dans un cimetière où, lors d’une inhumation, un homme vêtu de noir façon "Joe Coffin" s’avance vers une tombe ouverte et enfonce une pelle dans le cercueil. Un cri d’effroi sort de ce dernier et un sang rouge vif s’écoule de la boîte. Un père vient de tuer sa fille devenue vampire, libérant ainsi son âme maudite. Impressionnant !
Le reste du film sera à la hauteur de la scène inaugurale, non pas dans sa violence graphique mais dans son déroulement conçu comme un piège qui petit à petit va se refermer sur les deux protagonistes principaux, un homme et sa femme en voyage de noce et qui par malchance vont croiser la route d’une secte vampirique dirigée par un certain Varna.
Le fait de ne pas utiliser le personnage emblématique de Dracula et de confier les rôles principaux à des acteurs moins connus que Lee et Cushing permet de rentrer pleinement dans une intrigue alambiquée et originale.
Cela étant, Don Sharp poursuit dans la même veine que Terence Fisher, mettant en avant quelques scènes chocs où le sang rouge typique de la Hammer coule, usant d’un érotisme sulfureux (pour l’époque) et diffus de manière impeccable (les tenues vestimentaires toujours autant suggestives, la pamoison qui précède la morsure du vampire, des chauves souris qui se jettent sur les femmes pour leurs sucer le sang au niveau de la poitrine…), sans omettre la touche blasphématoire réglementaire consistant à faire porter des suaires blancs aux membres vampiriques de la secte dans une étrange et magnifique séquence d’initiation.
N’omettons pas de mettre en valeur la scène entière du bal masqué, qui à elle seule, mérite que l’on visionne ce "Baiser du Vampire". Polanski pour son "Bal des vampires" et Kubrick pour son "Eyes wide shut" seront se rappeler de la beauté, de l’inventivité, de l’érotisme et de la sourde menace qui filtre de ces quelques minutes.
Une grande et, étonnamment moderne, réussite.
Le film est disponible en DVD zone 1 chez universal Studios avec sous-titres en français (coffret regroupant huit films de la Hammer : " Hammer Horror Series").

The Damned - Les Damnés - Joseph Losey

  

Debout les damnés de la terre.

The damned met pratiquement ¾ d’heure à démarrer et à se concentrer sur son sujet principal. Pendant ce laps de temps, on a droit à une histoire d’amour contrariée entre un vieux beau et une jeune et fraîche donzelle puis à une description très "Orange mécanique" d’un gang de blousons noirs dirigé par Oliver Reed. Pas inintéressant, notamment d’un strict point de vue sociologique (ce n’est pas non plus du Bourdieu) et permettant de bien camper les protagonistes principaux, mais quand même beaucoup trop étiré en longueur.
A partir du moment où l’on découvre la cachette des enfants, le film prend alors une autre dimension, nous plongeant en pleine science-fiction paranoïaque et renvoyant immanquablement à "Le village des damnés" (1960) summum de la terreur à visage enfantin.
On assiste alors à un vrai film de science-fiction surprenant et original. Le film datant de 1963, il est contemporain de crise dite "des missiles de Cuba" où le monde est passé tout près de la guerre nucléaire. Le métrage met dés lors en avant l’inéluctabilité de l’apocalypse nucléaire et les expériences militaires destinées à préserver un noyau d’humains pour l’après cataclysme.
Des enfants radioactifs de naissance (suite à l’exposition à des retombées atomiques de leurs génitrices) sont élevés en secret au fond d’une carrière anglaise. Contrôlés, éduqués par le gouvernement, ils ne connaissent rien du monde extérieur, sont froids comme des cadavres, et sont évidemment un danger immédiat pour quiconque les approche.

Sur cette trame, Losey délivre un film désabusé, triste et noir, sans jamais sombrer dans le manichéisme. La scène finale est d’une grande cruauté mais d’une logique implacable…

Etonnant, glacial et ambitieux.

Le film a été diffusé le 25 janvier 2009 sur France 3 dans le cadre du "cinéma de minuit" et l’on attend toujours une édition DVD.

Mai 2010