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Julia inquiète pour sa sœur se rend à sa maison et la découvre pendue. Tout semble indiquer que Sarah se soit suicidée mais quelques éléments viennent l'en faire douter. En compagnie de son mari Isaac, la voilà qui mène l'enquête pendant qu'une course contre la montre (car Julia souffre, comme sa sœur décédée, d'une dégénérescence des yeux), la plonge progressivement dans l'obscurité…



Fort de son cinéma fantastique riche et divers ("Rec", "L'orphelinat"), l'Espagne arrive souvent à nous surprendre positivement. Bien loin des clichés hollywoodiens, ce pays réussit à aller de l'avant avec des films assez soignés et ne ressemblant pas au tout venant. Comme le prouve ce nouveau métrage prenant pour thème central la cécité, qui se trouve abordée à plusieurs échelons lors du long-métrage: 1°) d'abord par l'intermédiaire de l'héroïne qui sombre dans une nuit sans fin au fur et à mesure de l'intrigue, nous y plongeant aussi, ce qui fait que même pour le spectateur les visages sont cachés ce qui accentue le doute; 2°) mais aussi avec le fantomatique tueur qui passe inaperçu et dont étrangement personne ne semble se souvenir. C'est par cette seconde approche que Les yeux de Julia est même le plus passionnant en nous faisant douter de la réalité tangible du tueur, même si dès la scène d'introduction avec Sarah, la caméra nous dévoile une paire de chaussures qui semble attester de sa réalité physique.



En jouant sur les sens de Julia et en nous plongeant dans l'ombre de sa rétine, le film tente de nous faire perdre pied (ce n'est peut être pas ce qu'il y a de plus réussi d' ailleurs) avec la réalité. A ce sujet l'une des scènes les plus abouties se déroule lors de la rencontre de Julia avec un groupe de femmes aveugles nues dans un vestiaire. Au delà de son aspect trivial en apparence, il en ressort une étrangeté qui transforme ces aveugles en voyantes, les sens en alerte, notamment l'odorat [les yeux vitreux de ces dames font penser aux trois sorcières aveugles de "Le choc des Titans"] et une capacité à sentir ce qui se trame dans l'obscurité, et qui échappe alors à Julia- cette dernière n'ayant pas encore perdue la vue. La présence fantomatique du psychopathe est bien avérée lorsque ce dernier utilise le flash de son appareil photographique, afin de mieux faire reculer l'obscurité à son profit.



Si l'on croit de prime abord que l'on va assister à un énième film de fantômes ou autre, rassurons- nous! Les Yeux de Julia préfère suivre les traces du giallo en mettant en scène un tueur camouflé non par un vêtement mais par une astuce (auquel on adhère ou pas...) mais qui le fait passer inaperçu pour le commun des mortels. Ce jeu du chat et de la souris entre lui et Julia fait monter la tension qui atteint son paroxysme dans une lutte finale qui n'a pas peur de faire appel aux effets chocs (victime clouée au mur par un grand couteau, seringue dans l'œil) qui fonctionnent toujours.



Plus que dans le registre du suspense plutôt efficace – avec son thème de la cécité au cœur d'une intrigue policière peu exploité au cinéma (Cf. "Jennifer 8" ou "Blink") -, Los Ojos de Julia (titre en version originale) réussit à nous émouvoir face au destin qui plonge de manière sûre et certaine Julia dans le monde des Ténèbres. Difficile de ne pas avoir la larme à l'œil, ce qui prouve qu'épouvante peut rimer avec sensibilité. Produit par Guillermo Del Toro ("Mimic", "Le labyrinthe de Pan"), ce thriller espagnol mérite de sortir de l'ombre dans laquelle il se trouve pour rejoindre les classiques du cinéma ibérique, même si l'ambiance est un peu moins travaillée que dans "L'orphelinat" par exemple. Ce voyage au bout de la nuit vaut le détour....








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