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Convoquant une foultitude de références au cinéma d'horreur gothique et à l'oeuvre littéraire de Lovecraft, le réalisateur italien livre le plus impressionnant et intense film macabre depuis bien longtemps. Dark Waters est le seul long métrage de Mariano Baino qui, à l'instar d'un Michele Soavi, n'a eu que la bien mauvaise idée de débuter sa carrière à une époque où le cinéma de genre Italien était en plein marasme et qui par conséquent nous prive d'un des plus grand talent du cinéma horrifique. Trois courts-métrages (de qualité !) et ce film, voilà à quoi se résume sa filmographie, pour le moment ? La courte carrière de cet artisan restant hélas méconnu du grand public.



Et pourtant ! Quel film ! Renvoyant la majorité des oeuvres gothiques à leurs chères études, Baino parvient à distiller une ambiance malsaine, diabolique et envoûtante d'un bout à l'autre de sa pellicule.

On y suit une jeune femme (interprétée avec brio par Louis Salter que l'on ne reverra plus guère que brièvement dans " Entretien avec un Vampire") en quête de secrets familiaux, arrivant sur une île isolée de tout et pourvue d'un couvent mystérieux qui obéit à des rites qui semblent n'avoir que peu de rapports avec la tradition Chrétienne.

A travers la simplicité d'un scénario qui n'a rien de particulièrement novateur, l'auteur italien réussit là où beaucoup d'autres ont échoué, à savoir : restituer une ambiance morbide, malsaine et glauque renvoyant directement à l'oeuvre indicible du grand H.P. LOVECRAFT, ce qui n'est pas une mince affaire !



Ne voulant (ou ne pouvant) pas adapter littéralement une de ses nouvelles, mais en en retranscrivant l'atmosphère et les sensations, le film nous aspire dans un autre monde, immémorial, peuplé de cultes sataniques, de soleils déclinants, d'ambiance d'une autre époque, dans un autre univers à la fois proche et parallèle.

Brouillage des perceptions, incertitude de ce que l'on voit ou entend, décalage avec le réel, mysticisme de la foi, vertige mental de l'héroïne, utilisation du non- dit et de la suggestion, le film n'ouvre sur rien mais se referme sur le spectateur comme un piège dont on connaît à l'avance l'issue.

S'il n'invente rien en matière de technique cinématographique, Mariano Baino est allé puisé chez ses confrères du genre italien la quintessence du gothique, avec une pincée de mysticisme renvoyant à Carl Dryer et saupoudrée de métaphysique et d'introspection Bergmanienne...rien de moins ! Un "film somme", syncrétisme d'influences majeures du cinéma de genre !



Meurtres graphiques renvoyant au " Giallo" ;
Mélange du sang et de l'eau évoquant la grande époque de Dario Argento ;
Utilisation du sacré à des fins blasphématoires rappelant " La Chiesa" de Michele Soavi ;
Silhouette noire se découpant sur le ciel à la manière du " Vampyr" de Dreyer ;
Yeux morts, aveugles et blancs en hommage à Lucio Fulci ;
Descente métaphysique dans son propre enfer, leçon apprise de Bergmann ;
Caméra portée façon ouverture d' "Evil Dead" ;
Jeux sur les lumières, l'éclairage et le son, référence obligée à Mario Bava ;
Etc.

Mais il ne s'agit pas ici, de faire un film hommage, mais bien de faire un film d'horreur gothique qui prendra aux tripes les plus influençables et laissera un sentiment de malaise aux autres.

Un des rares films que l'on peut qualifier de "sensoriel", invitant s'il y est prêt, le spectateur à se repaître d'image terrifiantes, à se noyer dans le flot musical et sonore, à faire abstraction de l'intrigue en elle-même pour se laisser (trans) porter par le courant charriant l'indicible. La sensibilité devant l'emporter sur l'intelligence, le non-dit sur le réel, l'épouvante sur le gore.



Pas de CGI, pas d'ordinateurs, pas de post-production coûteuse, pas de main mise des studios, un cinéaste libre, ouvert, qualifié, artisan de sa sensibilité et voilà ce que l'on pouvait encore faire il y a peu ! Oui décidemment c'était mieux avant !

Poème fantastique, utilisant le passé pour mieux se l'approprier et le réinventer de manière novatrice. Un maître contraint au silence.

Chapeau bas Monsieur Baino !

Une édition simple zone 2 en français est disponible chez l'éditeur Sidonis, ainsi qu'une magnifique édition collector en zone 1 ( avec sous-titres anglais ) chez No shame, nantie d'un second DVD avec les excellents courts-métrages du réalisateur.
Les deux sont évidemment disponible sur le site de Sin'art
MAJ : une superbe édition director's cut limitée est disponible en précommande sur le site de the Ecstasy of Films : http://the-ecstasy-of-films.com/index.php?id_product=23&controller=product






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