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L'Italie au XVIe siècle. Francesco Cenci, un noble cruel, sème la terreur dans sa famille et sur ses terres. Un tyran de la pire espèce, sans aucune humanité, qui va jusqu'à fêter la mort de ses fils et tenter d'avoir des relations incestueuses avec sa fille Béatrice. Son entourage (sa fille en tête) décide donc de l'assassiner. Ce qui sera chose faite avec l'aide d'un bandit nommé "Le Catalan". Une enquête malhonnête sera menée par l'inquisition afin de confondre les coupables.



Sorti entre " Perversion Story " et "Le venin de la peur", deux excellents gialli, " Béatrice Cenci : liens d'amour et de sang" est probablement la plus grosse déception de la longue carrière de Lucio Fulci. Déception car malgré les qualités indéniables du film et la totale implication personnelle du réalisateur italien, celui-ci fut un échec critique et public complet, auquel viendront s'ajouter les foudres du Vatican (il resta, de plus, longtemps difficilement trouvable pour l'amateur).
Sa carrière aurait-elle pris un tour différent si le film avait connu le succès ? Pas sûr en effet que quelques dix ans plus tard, c'est par le gore le plus craspec qu'il aurait enfin connu une forme de reconnaissance.
D'ailleurs, gageons que la vision de " Béatrice Cenci" tordra définitivement le coup aux adeptes de l' "anti-fulcisme" primaire qui ne voient en lui qu'un faiseur incapable d'aligner deux scènes cohérentes, de structurer un récit ou de diriger ses acteurs.
Rigueur dans la mise en scène que l'on retrouve pratiquement dans chacun des plans, ceux-ci ayant visiblement été inspirés par le style renaissance (notamment dans la gestion des éclairages et de certaines audaces visuelles). Un style en harmonie avec la dramaturgie croissante de l'intrigue rendue palpable par la grande maîtrise technique de Fulci capable de sublimer la lente descente aux enfers de ses personnages en les filmant au plus près et de manière crue.





Le scénario se base sur une histoire vraie (et pour une fois elle l'est véritablement) : un fait divers dans l'Italie du XVIème siècle, repris dans "Les chroniques italiennes" de Stendhal et déjà mis en scène à plusieurs reprises, notamment par Riccardo Fredda dans "Le château des amants maudits" ( un film à la beauté graphique étonnante), Shelley lui consacra une tragédie également.
Si Fulci avait déjà laissé libre cours à une certaine forme de violence dans ses précédents films: "Le temps du Massacre" et "Perversion Story", la violence, la cruauté et le sadisme des scènes de tortures restent pour un film de 1969, plus qu'étonnants (tortures des
cordes, marquages aux fers rouges non suggérés).
Béatrice Cenci est une œuvre visuellement très soignée et intelligemment mise en scène. Ici, les paysages et décors de cette Italie en pleine Renaissance resplendissent face à des personnages soumis par un instinct bestial. C'est un film austère, dense, aux personnages haïssables, au pessimisme voire au nihilisme implacable.





Mais avant tout, ce qui rend ce film si poignant, c'est son féminisme exacerbé, Béatrice Cenci représentant la femme tentant d'échapper à une vie et un destin tout tracés tels que l'imposaient les mœurs de l'époque. Au sein d'une société machiste qui renvoie évidemment à celle qui existe dans les années 60 en Italie, il livre ainsi une métaphore à travers les âges sur la condition féminine.
Il livre également une vive attaque contre l'Eglise, et en particulier contre la soif de richesses de celle-ci qui se moque éperdument de l'innocence ou de la culpabilité, du moment que cela lui rapporte. Béatrice sera donc condamnée non pas pour ses fautes, mais pour ses terres.

Il faut dire que Fulci n'y va pas avec le dos de la cuillère en matière d'attaque frontale de l'église qui pille, torture, manigance au nom de son dieu, mais aussi au nom de l'agrandissement de son patrimoine, le tout couvert par une écoeurante morale chrétienne que seuls les pauvres se doivent de suivre, ce qui dans un pays aussi croyant que l'Italie des années 60 n'est pas anodin. Et pourtant, ce film est à l'image de son réalisateur, empli de doutes (Fulci est croyant, mais il se pose des questions ce qui, évidemment, n'est pas fait pour plaire aux caciques du Vatican qui diaboliseront cette œuvre).




Emmené par un Georges Wilson au sommet de son art dans le rôle du terrible Francesco Cenci, entouré de Tomas Millan figure phare du giallo italien et de la superbe Adrienne Larussa (plus jolie que bonne comédienne cependant), photographié avec talent, ou navigue entre colère, répulsion et empathie.

Le film n'est pas pour autant totalement abouti, la faute à : certains passages qui sont franchement datés, notamment dans les moments "érotiques" très très soft qui les rendent mièvres, une interprétation hésitante de la comédienne qui joue Béatrice et des décors extérieurs qui font un peu (un tout petit peu) série télévisée de l'époque.

Mais rien de totalement rédhibitoire pour un film brillant, un petit joyau d'une très grande noirceur que les fans de Fulci verront avec grand plaisir et qui devrait permettre aux autres de se faire une autre idée du monsieur.

Un film à la beauté vénéneuse, visuellement magnifique et d'une cruauté rare qui aurait été entièrement réussi sans un excès de pudeur et une actrice principale qui peine à se mettre au niveau de ce petit bijou de noirceur Fulcienne.

Un petit mot sur les bonus de la récente édition de Néo Publishing qui, à eux seuls, valent l'achat du DVD, puisqu'on y retrouve une interview sonore de Lucio Fulci qui retrace sa carrière (où il règle quelques comptes avec Fragasso et Argento… So Fulci !) et une autre où l'on peut y voir un réalisateur visiblement très fatigué physiquement, mais non intellectuellement, nous conter quelques anecdotes sur son métier. Des bonus, une fois n'est pas coutume, excellents, utiles et loin des sempiternels trailer, making-of débiles, autopromotion et j'en passe.