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Willard Stiles est un jeune homme solitaire sans ami, vivant avec une mère aussi acariâtre qu'envahissante dans une vieille demeure. Humilié par Monsieur Martin, son patron qui s'est accaparé l'entreprise familiale, rejeté voire ignoré par ses collègues à part la gentille Joan, Willard va ainsi trouver refuge auprès de rats découverts dans son jardin et avec lesquels il se lie d'amitié, notamment l'un d'entre eux, qu'il va baptiser Socrate pour son intelligence. Connaissant ensuite des déboires professionnels et familiaux, forcé par les banquiers à céder l'habitation familiale, il va se servir des rongeurs comme instrument de sa vengeance envers tous ceux qui l'ont humilié et poussé à bout. Mais c'est sans compter sur l'apparition de Ben, un rat aussi gros que malin avec lequel il va devoir lutter pour la place de chef dominant de cette horde de nuisibles …



Si on est fan d'extrapolation, on pourra dire que le cycle des films sur la "revanche de mère nature envers les hommes" a en fait commencé avec "Les oiseaux" de l'illustre Alfred Hitchcock en 1963. C'est toutefois le succès assez conséquent d'un film au faible budget qui marquera les débuts de ce genre à part entière dans les seventies. Ce long métrage, c'est Willard et à son époque, ce fut un véritable petit bijou d'horreur. Si avec le temps il a un peu vieilli, il reste suffisamment décent. Pourquoi me direz-vous ?

Premièrement parce que l'histoire est assez originale (notons qu'il s'agit là d'une adaptation d'un roman de Stephen Gilbert, "Ratman's notebooks") : Willard est un col blanc employé par un exécrable et arrogant patron, Monsieur Martin, qui a volé l'affaire familiale au papa maintenant décédé du jeune homme. Le fils à sa maman est constamment mis sous pression par son entourage lui demandant de se comporter comme un homme, tandis qu'une de ses collègues essaie d'avoir une "love affair" avec lui. Pendant son temps libre, Willard a noué une étrange relation avec un rat intelligent prénommé par ses soins Socrate en raison d'une sagesse digne de l'illustre philosophe grec. Il garde précieusement son ami rongeur dans la cave, là où il constitue également son armée de rats avec lesquels il va "punir" tous ceux à l'origine de sa mauvaise fortune (sa mère qui passe l'arme à gauche, la menace d'expulsion, son licenciement). Le point d'orgue arrive une fois que Monsieur Martin matraque Socrate à mort et que Ben, un nuisible particulièrement retors, se pose de plus en plus en concurrent direct pour le poste de chef suprême des rongeurs. C'en est trop pour l'amoureux des animaux un peu naïf : Willard envoie alors ses troupes aux yeux rouges à une fête de son boss où les rats sèmeront la panique générale dans une orgie de violence…

Deuxièmement, niveau casting c'est pas mal non plus. Bien que ce soient les rats qui sont ici les stars et d'ailleurs ils ont été, pour l'occasion, super bien dressés, Willard nous donne l'occasion de voir la superbe performance de Bruce Davison ("X-Men", un paquet de séries dont la version américaine du "Kingdom hospital" du père Lars Von Trier). Il fait du personnage principal un aimable jeune homme un peu niais mais attachant qui, à force de connaître des déconvenues diverses, sombre peu à peu dans la folie et usera de son influence sur les rats pour qu'ils deviennent son épée justicière, arme tranchante ou plutôt mordante de sa vengeance. Davison est ainsi à la fois pathétique, sociopathe et sympathique, il en est donc "sympathétique", si je puis me permettre ce néologisme ! Elsa Lanchester, quant à elle, se débrouille bien également dans le rôle de la maman castratrice et encombrante, tout comme Sondra Locke dans l'un de ses tout premiers rôles. Mais à mon sens le plus formidable, ou tout du moins l'équivalent de Davison, sa Némésis en quelque sorte, c'est Ernest Borgnine (mais si souvenez-vous, le copilote de "Supercopter", étrange croisement entre Donald Duck pour l'art de la pantomime plus la voix de canard et un Sharpei pour la tronche toute fripée !) superbement abject qui donne envie au spectateur de le voir se faire bouffer tout cru par les rats et ce, à petit feu afin qu'il souffre un maximum le bougre ! Pourquoi est-il si répugnant ? Tout simplement parce qu'il persécute Willard moralement, a l'intention de lui ravir sa propriété tout comme il a piqué l'entreprise du paternel et ce, en fomentant un plan machiavélique consistant à faire jouer le délai de l'hypothèque en défaveur des Stiles. Il faut voir également comment il se comporte envers ses employés ! Bref, une véritable ordure pour rester poli !

Côté réalisation, le cinéaste Daniel Mann (ayant jusque-là œuvré dans le drame), suggère plus qu'il ne montre et se débrouille suffisamment bien pour faire monter la tension et installer les scènes clés afin d'en obtenir le maximum. En revanche, petits bémols : la sous-intrigue à propos de l'histoire d'amour ne fonctionne pas vraiment et il y a pas mal de passages qui aurait dû être coupés car ils n'apportent rien à l'intrigue ou sont trop superflus. Malgré cela, Willard constitue un film efficace dans l'ensemble.

Dans les années 70, Willard était une œuvre sortant des sentiers battus dans le genre du film d'horreur avec des animaux. Le métrage est en fait un véritable thriller psychologique à propos d'un jeune niais, fils à sa maman qui à recours à l'homicide pour résoudre tous ses problèmes de la vie courante. Le hic, c'est qu'il utilise une armée de rats pour le faire ! Cela peut prêter à sourire, non ? Pourtant, Willard est un agréable petit film au rythme assez lent certes, mais bien géré, assez pauvre en matière de gore et dépourvu de scènes de sexe ou autre grivoiserie interdite à un public d'un certain âge. Il constitue toutefois un bon petit amuse-gueule horrifique par la tension qu'il procure. Inévitablement, d'aucuns seront certainement déçus par le nombre de morts montrés à l'écran, mais ceux-là pourront se rattraper par l'excellent casting et la terrible "descente aux enfers" psychologique d'un puceau mué en véritable psychopathe comme on les aime. Dommage alors que ce petit joyau ne soit pas sorti en DVD !

Notons que le succès d'estime du film lui a valu une séquelle l'année suivante tout simplement intitulée "Ben" et qu'un remake a vu le jour en 2003 avec Crispin Glover dans le rôle titre.






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