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Actrice solitaire, Julie Sawyer percute un splendide chien blanc dans l'obscurité des collines d'Hollywood. Après l'avoir porté chez un vétérinaire, la jeune femme garde l'animal, adorable…du moins aux premiers abords. Une nuit, un cambrioleur agresse Julie à son domicile et le toutou intervient dans la bagarre, défendant vaillamment sa nouvelle maîtresse. Soulagement de courte durée puisque l'animal tue un homme lors d'une escapade en ville et blesse une amie de Julie : les deux victimes étaient des personnes de couleur noire…



Adaptation du roman quasi-autobiographique de Romain Gary "Chien blanc", "Dressé pour tuer" donne l'occasion pour le grand Samuel Fuller de renouer une fois de plus avec le thème de l'animal croqueur d'hommes 13 ans après son "Shark".
Comme vous aurez pu le deviner, il est question du meilleur ami de l'homme cette fois-ci : il sera cependant important de souligner que le très bon film de Fuller se rapproche bien plus d'un thriller ou d'un drame que d'un véritable film d'horreur. Ce qui n'empêche pas qu'il reste le meilleur film de "vilains zanimaux" des années 80 avec "Incidents de parcours", lui aussi un peu oublié et pourtant tout aussi apprécié.



On quitte l'atmosphère pleine de souffre de la fin des sixties et le couple Gary/Jean Seberg présents dans le livre pour cette adaptation cinématographique se situant alors dans les 80's.
Recueillant un chien qu'elle a blessé accidentellement, une jeune actrice (dont la coupe légèrement "garçonne" est très certainement un renvoi à Seberg) apprend bien trop tard qu'il est un authentique "chien blanc", ces canidés qu'on "éduque" depuis leur plus jeune âge pour les forcer à n'attaquer que les noirs.
Une anecdote de Fuller est également à l'origine du livre de Gary (les deux hommes se connaissaient alors) : lorsqu'il était en Tunisie durant la seconde guerre mondiale, il affirme que des chiens étaient dressés par les Allemands pour différencier les Américains et les Allemands à l'odeur !



Ainsi, le film est dédicacé à Romain Gary, mort deux ans plus tôt (un violent suicide, une année après l'overdose de Jean Seberg, alors son ex-femme) : Fuller avoue cependant avoir passablement adapté le roman de Gary en ayant trop minimalisé le thème du racisme (il faut dire justement que le film ne prend plus les sixties, époque de lutte et de tensions raciales, comme toile de fond). Et pourtant, Fuller signe là un grand, très grand film.
Conscient du défi qu'on lui pose, Kays, dresseur (noir évidemment) d'animaux et habitué à des créatures féroces de tous poils, s'embarque dans un long et douloureux combat avec l'animal au pelage blanc comme la neige…neige ensanglantée parfois. Selon certaines rumeurs, la version TV américaine bouleverse la donne avec un chien s'attaquant également aux blancs. Ridicule.



Personnage principal, le "White dog" est aussi fabuleux que les acteurs qui le côtoient : le chien de garde parfait, une belle et grande peluche jusqu'à qu'il révèle sa face cachée lors d'une attaque sauvage, propulsant un camion et son conducteur dans les vitres d'un grand magasin. Un Cerbère sanguinaire capable de susciter l'effroi le plus total comme lorsque qu'il dévore sans pitié un pauvre quidam dans l'enceinte d'une église : proprement flippant, en particulier lorsque le monstre, les babines retroussées et les poils couverts de sang, jette un regard vers un vitrail représentant Saint François d'Assise, trônant auprès d'un grand chien blanc…
Rien de maléfique dans tout ça, le chien n'a jamais porté les germes du mal depuis sa venue en ce monde : ce sont au contraire les germes malfaisants de l'homme qui l'ont corrompue, et plus particulièrement celle d'un maître révélant alors son identité en fin de métrage dans une scène parfaitement électrisante ; oui, la connerie humaine peut prendre le visage le plus insoupçonnable qui soit.
S'ils peuvent être "contaminés" par le mal de l'homme, les animaux peuvent également être victime de leur supériorité…d'une autre manière : voir alors cette émouvante scène où Julie, visitant une fourrière, comprend qu'on ne pique pas les chiens, les dirigeants de l'endroit leur réservant alors un sort bien plus terrible…
Et puis que dire de cette séquence finale, terrible, tendue, inoubliable, et qui risque de vous hanter longtemps, longtemps…
Stupéfiant, pessimiste et bouleversant.








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